Café Tourmen-Thé
(Sans titre)
C’est ainsi que, quelques semaines seulement après notre arrivée au Nunavut, je survolais les déserts de glace dans le petit avion qui me ramenait dans ma belle maisonnette rouge à la cheminée fumante où m’attendait mon amoureux avec sur les genoux une petite chienne blanche arctique, orpheline de mère tout comme moi.
Nous étions faites pour nous trouver.
Chapitre 5
N oémie
« Allo Kariane, ma moitié,
Comment se porte le Grand Nord ? Le père Noël a-t-il enfin foulé de ses pieds magiques le sol de ton infirmerie glaciale ?
Je sais qu’on trouvait ça vintage pis toute, l’idée de juste s’écrire des lettres pendant ton contrat en soins infirmiers au Nunavut, mais fuck qu’aujourd’hui je voudrais que tu sois là et qu’on aille prendre un latté végan au Café Tao comme quand on avait 18 ans et qu’on croyait que les petits drames qui nous arrivaient dureraient toute la vie. My god, on était vraiment naïves, non ? Penses-tu qui vendent ça quelque part, peut-être dans l’arrière-boutique d’un magasin louche du quartier chinois, de la poudre d’innocence de filles de 18 ans ? J’en aurais grandement besoin à l’heure qu’il est. Pis cette idée aussi, de toujours partir au bout du monde. Tu sais que c’était ben cute à 20 ans, mais là ça va ben finir par faire. T’as une cousine dépendante affective à ta charge, faudrait que tu penses à elle un peu.
D’ailleurs, tu devineras JAMAIS qui veut racheter le Tourmen-Thé. Sérieux, j’ai failli barrer la porte à double tour et me barricader derrière des paquets de grains de café quand je l’ai vue débarquer de sa mini cooper copie conforme de celle que Charlize Theron conduit dans Un boulot à l’italienne.
CLARA estique. TA Clara.
Là, je t’entends répliquer : « C’est pas MA Clara. »
N’empêche que s’il y a bien une de tes ex que j’haïs plus que tout au monde c’est bien elle. T’imagines, elle va racheter mon rêve et en faire ce qu’elle veut. Elle va d’ailleurs aussi racheter les vestiges du Café Tao où on a quasiment grandi et tout détruire ça avec sa noirceur pis sa laideur intérieure. Je te jure, si en plus elle ose me demander des nouvelles de toi, je ne réponds plus de mes actes. Tu viendras me visiter en prison si je pogne perpétuité, hein ? Promis ?
Sébastien m’a dit qu’elle se partait en affaire avec sa sœur. L’as-tu déjà rencontrée ? Il ne se souvient plus de son nom, mais il m’a dit qu’elle était genre ben ben ben dynamique. Ça promet. Je la haïs déjà, elle pis sa too much joie de vivre. Clara et elle vont passer le prochain mois avec nous pour assurer une transition adéquate de propriétaires et voir si elles achètent ou pas. Un genre de mois de test… Tu comprends maintenant pourquoi j’aurais tant besoin que tu sois là ? J’ai l’impression que tout s’effondre autour de moi pis j’ai peur de me retrouver ensevelie en dessous des morceaux. Et tu me manques, bon.
Assez parlé de moi (moi-même je me tape sur les nerfs en me lisant).
Est-ce que José a fini par s’habituer à la température ou s’il pleurniche encore continuellement dans son manteau full doublé comme tu me disais dans tes dernières lettres ? Cette idée aussi de boycotter les Canada Goose parce qu’ils sont soi-disant pas végan ! Pffff. Selon moi, dans le Grand Nord, le froid l’emporte sur les principes, point final ! C’est sûr que ça fait changement de vos contrats avec des ONG en Afrique ou en Amérique du Sud ! Il y a bien juste toi, ma rocambolesque cousine, pour passer du Togo à Iqaluit en à peine un an. Anyway, José te suivrait au bout du monde si tu lui demandais. Je ne peux pas croire que ça fait maintenant douze ans que vous sortez ensemble. Ça m’arrive souvent de me dire que j’aurais dû suivre ton exemple et ne pas m’attacher nulle part, sauf à l’amour. Acheter un café à 25 ans c’est pas tout à fait ce qu’on appelle une liberté de mouvement absolue. Tu te souviens que la dernière fois que j’ai pris l’avion, j’ai amené Antoine et les filles en vacances à Cuba où j’ai passé la semaine à sacrer après leur Wifi cheap en essayant de faire la comptabilité du café à distance entre deux margaritas qui goûtaient l’eau. Admettons que niveau expérience intense de dépaysement, on repassera. Mais bon, c’est un peu tard pour les remises en question, non ?
Sinon tes deux petites nièces sont toujours aussi mignonnes et complètement survoltées. D’ailleurs, elles trippent ben raide sur les petits Inukshuks que tu leur as envoyés. Elles s’ennuient beaucoup de leur marraine Kari, so am I.
Parlant de cari, l’autre jour je suis allée au café porter les livres de compte des années passées pour que la sœur de Clara les regarde (comme si elle y connaissait quelque chose tsé, anyway) et j’ai remarqué que le pain aux épices traditionnelles du café avait une drôle de mine. Je l’ai sacré aux poubelles, par précaution, parce que sa couleur ne me disait rien qui vaille. Le lendemain, Sébas m’appelle pour me hurler dessus que je suis de mauvaise foi et que je fais tout pour faire capoter la vente. J’y comprenais absolument rien alors je me suis pointée au café. Imagine-toi donc que miss Clara-la-reine-de-la-pâtisserie-depuis-trois-minutes-et-quart a ajouté du cari dans la recette de pain aux épices-pu-pantoute-traditionnelles pour le rendre plus funky, plus “santé” et probablement plus instagrammable. Elle va avoir ma peau. Je t’ai-tu dit que je l’haïssais ?
Bon, assez de chialage là, j’ai la main engourdie à force de peser sur le crayon. Il est temps de revêtir mon costume de “super-mère super-business woman” et d’essayer de sortir la tête haute de tout ça.
Avant que j’oublie, tu te souviens de ma grosse chicane avec Ève ? On s’était pas reparlées depuis et, ce matin, elle m’envoie un texto pour m’inviter à la rejoindre à son club de yoga demain matin pour faire un cours avec elle. Ark, me vois-tu réellement en chien tête en bas ? En même temps, je pense qu’elle agite le drapeau blanc. Tu me dirais sûrement que ça se fait pas ben ben de lui faire faux bond… j’imagine ? Elle aurait au moins pu choisir du kickboxing, non ? Je pense que ça m’aurait fait du bien de frapper dans quelque chose (comme il paraît que j’ai pas le droit de frapper dans quelqu’un). Bref, je te dirai ce que ça a donné.
Je t’aime. Tu me manques. Quand est-ce que tu reviens déjà ? (Bientôt STP, pense à José qui a les doigts gelés et à ta cousine qui ne peut vivre sans son âme sœur de toujours.) Dis à Santa Claus que tes disciples ont besoin de toi ici. Il peut comprendre ça, j’en suis sûre. Il parait qu’il est pas mal en demande lui avec.
Quand tu reviens, tu pognes un contrat de mille ans à Saint-Jérôme, okay ?
Je t’aime
Noémie »
Je lèche soigneusement l’enveloppe comme j’avais l’habitude de le faire avec ma mère dans ma jeunesse quand on envoyait nos traditionnelles cartes de Noël. Il me semble que ça goûtait moins dégueu dans ce temps-là, ou encore, c’est un autre signe que je vieillis et que je perds mon étincelle, who knows. J’entends Antoine qui se glisse à pas feutrés derrière moi. Je fais semblant de n’avoir rien entendu. Il m’embrasse dans le cou. Glisse ses mains sur mon ventre, puis sous mon chandail. Bêtement, je lui lance :
— Qu’est-ce que tu fais ?
Ma remarque ne stoppe néanmoins pas son élan. Il relève tranquillement mon chandail et m’agrippe un sein, tout en douceur.
— Antoine…
— Ben là, les filles sont à la garderie, j’ai terminé d’annoter le roman sur lequel je travaille et c’est Sébas qui est avec les sœurs maléfiques au café aujourd’hui. Je me suis dit que peut-être…
Je tire froidement sur mon chandail pour le redescendre. Antoine me dévisage comme si c’était lui que je venais de remettre à sa place.
— Noé, on n’a presque pas passé de temps ensemble dans les derniers mois. Pour une fois qu’on a du temps, on pourrait en profiter… non ?
Je reste de glace, impénétrable. Il ne comprend pas. Sérieux ? Il ne voit rien du néant qui m’habite actuellement ?
— Penses-tu vraiment que j’ai la tête à ça, avec tout ce qui se passe ?
Il prend un air de petit labrador triste qui essaie de se faire adopter dans l’animalerie d’un centre d’achat désert.
— Justement, ça te changerait les idées…
Et il recommence ses petites caresses tendres là où il les avait laissées comme s’il était vraiment convaincu que je pouvais oublier aussi facilement que j’allais perdre mon café, mon premier bébé… mon rêve. Comme si une petite vite à 10 h le matin me ferait oublier que je vais me retrouver à 30 ans devant rien et avec aucun plan autre que celui d’être une mère au foyer. On parle quand même de la fille qui, à la base, ne voulait même pas avoir d'enfants avant sa trentaine avancée et encore.
Cette fois-ci c’en est trop. Je me lève, j’empoigne la lettre adressée à Kariane et je quitte la cuisine sans me retourner.
— Tu t’en vas où ?
J’entends ses pas qui se rapprochent de moi.
— À la poste.
Je mets mon manteau d’hiver, ma tuque et mes grosses mitaines de laine, prête à affronter la tempête de mars qui fait rage, dehors comme dans ma tête. Je m’apprête à sortir quand je remarque Antoine qui est accoté dans le cadre de porte. J’ai beau avoir l’impression de le connaître mieux que personne, le regard qu’il affiche actuellement m’est pourtant inconnu… un regard insondable.
Je lui rends ce drôle de regard, œil pour œil. Sans crier gare, il me balance une vérité, sa vérité… ou néanmoins une révélation à laquelle je n’étais pas préparée.
— Tu le sais, Noé, je suis un gars ben patient. Quand je t’ai rencontrée, tu travaillais 60 heures par semaine. Ensuite, tu as mis au monde nos jumelles. Tu es retournée travailler comme si de rien n’était et tes horaires de fou ont repris tranquillement, subtilement… progressivement. Les filles et moi, on s’est contentés longtemps de te partager avec le café, parce qu’on t’aime et qu’on veut ton bonheur. Mais ça fait déjà un moment que j’ai compris que tu n’étais pas heureuse et que nos sacrifices ne servaient finalement à rien. Ça fait des mois qu’on a pas fait l’amour, que tu ne me regardes même pas et que tu te contentes de me parler des versements pour la garderie, des rendez-vous médicaux pour les petites, de tes problèmes au café… mais je n’existe pas pour toi. En tout cas, je n’existe pas en dehors de cette coparentalité qui semble avoir remplacé tout ce qu’on avait avant.
Sans prendre le temps de respirer ni de s’assurer que moi je respire, il tourne les talons et quitte vers le salon. Me refusant à rester stoïque devant son départ, je claque la porte en signe de mécontentement et m’engouffre dans le froid et dans l’épaisse neige qui tombe du ciel. Trois pas, peut-être quatre, et puis je m’affale dans le banc de neige au pied de notre balcon. Dans ma tête, il n’y a qu’une télé en noir et blanc qui griche ben ben fort.
Je n’entends pas le ciel, il y a de la friture sur la ligne.
Dans ma jeune vie d’adulte, j’ai dû apprendre à vivre avec un trouble anxieux. À 18 ans, je me suis même retrouvée à l’urgence de l’hôpital de Saint-Jérôme après une grosse chicane avec Sébastien dans nos premiers mois de fréquentation. À cette époque, j’ai appris à coexister avec les crises de panique, le cœur qui défaille, la respiration courte… J’ai également dû assimiler le fait que mon système interne ne fonctionnait pas comme celui de tout le monde et que l’accalmie était venue en option sur mon modèle d’usine.
Le truc avec l’anxiété, c’est que quand tu as l’impression que tu gères, ben tu gères pas pantoute.
Quand t’as l’impression que tu maîtrises tout, c’est justement que tu vis dans le mensonge.
Les grésillements sont de plus en plus forts dans le matin calme de Saint-Jérôme.
Excuse la vie, je te rappelle plus tard, il y a des parasites sur les ondes.
K ariane
José sort de plus en plus souvent depuis quelque temps. Je suis déchirée parce que d’un côté je suis heureuse qu’il se soit fait des amis et qu’il se change les idées, mais, en même temps, je trouve qu’il rentre tard et dort peu. Il sent souvent l’alcool quand il revient et il a les traits tirés. Les horaires à la clinique sont toujours aussi intenses et je me sens moi-même vraiment très fatiguée. J’ai de la misère à faire mes journées, on dirait que l’hiver m’est rentré dedans solide. C’est sûrement le manque d’ensoleillement qui aura eu raison de mes bonnes volontés. C’est pas mêlant, je dormirais douze heures par jour, sept jours par semaine alors je n’imagine pas la fatigue de José qui enfile les quarts de travail et les sorties au petit bar du village. Je m’inquiète de plus en plus pour lui, autant pour sa santé mentale que physique. Par contre, il ne me donne absolument pas accès à ses sentiments... un vrai menhir. Je pense qu’il est chez Simon ce soir, au moins quand il est là je sais qu’il est en sécurité. Ce couple d’amis est fabuleux, nous sommes tellement choyés de les avoir rencontrés. Ils rendent notre expérience nordique tellement plus agréable. Chloé est à la clinique ce soir, elle remplace une collègue qui avait besoin d’un congé. Elle est formidable, toujours là pour les autres. Je crois que j’irai lui tenir compagnie quelques minutes pendant sa pause en me rendant au bureau de poste. J’espère avoir reçu une lettre de Noémie, elle me manque tellement. Je n’ai jamais été très sentimentale, mais, depuis quelque temps, je ressens davantage son absence à l’intérieur de moi. Comme si j’étais incomplète sans elle, ma réelle moitié. J’ai manqué Noël cette année, c’était la première fois depuis des années. Je croyais être immunisée contre le fait de m’ennuyer de mes proches, considérant le fait que je passe chaque année la majorité de l’année hors du pays. Par contre, cette fois-ci, je me sentais nostalgique. Il manquait quelque chose dans mon Noël nordique, quelque chose que la présence de José n’arrivait pas à combler pour une des très rares fois depuis qu’on se connaît.
Je mets le harnais sur Akéla et je m’engouffre dans le froid mordant. L’hiver a beau tirer à sa fin, il fait quand même dans les -20 degrés ce soir et je me sens comme au pôle Nord. Même mon husky semble se geler les coussinets. Elle est hilarante à voir marcher à trois pattes, en alternance, comme pour préserver l’une d’elles du sol glacial. Le spectacle est tellement drôle qu’on entend mon grand rire pur retentir dans l’écho du village tranquille. Il fait trop froid pour avoir envie de pratiquer des activités extérieures ce soir, mais moi, le froid me réconforte. Il m’active. Je passe à la poste et je suis aussitôt excitée comme une gamine quand je vois le nom de Noémie sur l’enveloppe dans mon casier postal. Je fais littéralement une danse de joie dans le hall désert du mini bureau de poste. J’ai tellement hâte d’avoir de ses nouvelles, d’en apprendre plus sur la vie des filles et de voir où en est son histoire de café, ouf ! Pauvre Noé, tout brasse en tempête et, moi, je suis super loin à me sentir totalement inutile, comme désuète. Quand ma mère est morte, Noémie m’a quasiment sauvée. Tout le monde trouvait que j’allais tellement bien, que je faisais face à la musique, mais, au fond d’elle, je sais qu’elle avait compris à quel point j’allais mal et elle ne m’a jamais lâchée des yeux une minute. Sans sa présence et mon travail au Café Tao, je ne sais pas si j’aurais été en mesure de traverser cet ouragan émotionnel. Ils ont été mes deux bouées. J’aurais tellement envie de lui rendre la pareille maintenant que c’est elle qui en a réellement besoin, pour une fois. Ma cousine d’amour inébranlable, je compte les jours avant la fin de mon contrat pour venir te serrer dans mes bras et t’aider à naviguer en eaux troubles. On dirait finalement que je commence à le ressentir moi aussi, ce léger mal du pays.
J’entre par la porte extérieure de la clinique qui est réservée au personnel et qui donne directement dans la petite salle de repos des employés. Bien qu’Akéla soit inéluctablement la coqueluche ici, il devient de moins en moins approprié de l’y amener à mesure qu’elle grandit. Bien que je sois une fervente croyante des bienfaits de la zoothérapie, il ne faudrait pas que je la retrouve cachée quelque part en train de mâchouiller une tubulure ou une poche à soluté. Je ne crois pas que les assurances responsabilité couvrent les rages dentaires des chiots en pleine croissance, aussi mignons soient-ils. En entrant dans la clinique, je suis surprise de voir Simon en train de se faire un café. Je lui lance aussitôt :
— Oh, je ne suis pas la seule qui vient tenir compagnie à Chloé même s’il fait au moins moins deux mille degrés dehors !
— Ah non, je ne suis pas aussi courageux que toi. Moi, je suis ici par obligations professionnelles sinon je serais resté confortablement emmailloté devant mon feu de foyer avec Hector. J’étais de garde et on a eu une petite urgence. Je dois surveiller l’état du patient encore quelques heures, après je rentre chez moi.
Sa réponse me surprend un peu, moi qui croyais que José avait l’intention de le retrouver ce soir. À ce qu’il m’a dit, il n’était pas de garde. À moins que j’aie mal compris ? Je lui réponds :
— J’ai dû manquer José de quelques minutes alors. Il a dû rentrer de chez toi quelques instants après que je sois partie pour le bureau de poste, méchant timing !
Cette fois-ci, c’est lui qui semble un peu surpris de ma réponse. Un sourcil levé, il me dévisage timidement sans dire un mot. Chloé entre dans la pièce au même moment, pimpante comme toujours malgré l’heure tardive et l’ambiance inexplicablement lourde qui règne dans la salle à café. Aussitôt, elle s’exclame :
— Kariane ! T’es folle raide de prendre une marche ce soir, il fait un froid de canard. Tu vas geler les petites patoches de ma nièce chérie.
Chloé et Simon, à défaut d’avoir de vrais neveux et nièces à chérir, se sont comme autoproclamée tante et oncle de Akéla. En même temps, comme Chloé appelle Hector « mon garçon », plus rien ne peut me surprendre. Son regard passe de Simon à moi, puis de moi à Simon, l’air de se demander dans quel sens la terre tourne. Elle renchérit :
— Ben voyons, est-ce que quelqu’un est mort ?
Je fais celle que rien n’atteint, une de ces vieilles habitudes qui collent à la peau.
— Ha ! Ha ! Ha ! Ben non. Je taquinais Simon.
Simon accentue son air confus, il ne sait clairement plus sur quel pied danser. Chloé regarde maintenant Simon :
— Ben voyons, chéri, décrispe. T’es aussi plissé qu’Hector.
Je suis tellement mal à l’aise, j’essaie de m’éclipser rapidement.
— Bon ben, moi je vais retourner chez moi avant que la température descende encore si vous ne voulez pas me retrouver congelée dans le banc de neige demain ! Bonne fin de nuit à vous deux et j’espère qu’il n’y aura pas d’autres urgences avant la fin de votre quart.
Chloé me salue et quitte la salle de pause en nous envoyant un bisou soufflé à chacun. Mal à l’aise de rester avec Simon, je tourne les talons et repars rapidement par où je suis arrivée avec une très grosse boule dans l’estomac. L’imposante porte de métal se referme derrière moi, mais s’ouvre à nouveau à la volée quelques secondes plus tard. Simon s’engouffre dans le froid hivernal simplement vêtu de son uniforme et me prend le bras pour m’arrêter dans mon élan. Il pose sur moi ses yeux gris qui semblent avoir tout perdu de leur confusion pour être maintenant simplement bienveillants. Il me serre légèrement le bras, comme pour se connecter à moi, et, avant d’être pris d’un colossal frisson de froid, il me dit :
— Entre Kariane, j’ai quelque chose à te dire à propos de José.
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