Comment je vis avec l'endometriosr
Introduction
Avant de commencer à vous raconter mon histoire, j’aimerais déjà
répondre à une question que certains vont peut-être se poser : « Pourquoi
avoir écrit ce livre ? Elle n’est ni médecin, ni spécialiste, ni écrivaine,
alors pourquoi ? » C’est vrai, je ne suis rien de tout ça, mais je suis
malgré tout bien placée pour parler de l’endométriose, puisque je vis
avec elle depuis plus de dix ans, maintenant. Avant de vous parler de la
maladie, je vais vous en dire un peu plus sur moi.
MOI, JULIA
Beaucoup me connaissent grâce aux – ou à cause des – émissions de
téléréalité, mais avant ça, j’étais dans un tout autre domaine. Petite, je
rêvais de devenir styliste. Bon, je ne suis pas très forte en dessin. Mais,
comme j’adorais écrire, je me suis orientée vers le métier de journaliste
de mode. Après un bac L, j’ai entamé une licence de lettres à Lille, pour
intégrer ensuite une école de journalisme, à Paris.
Pendant ces années de fac, je n’étais pas parmi les étudiants qui profitent
du jeudi soir pour faire la fête ou qui traînent dans les soirées étudiantes.
Non, moi, je préférais rester dans mon petit studio de 30 mètres carrés à
réviser, à lire un tas de livres sur l’auteur au programme du trimestre, et
surtout, à écrire. Je me souviens de ces fins de journée de cours
pluvieuses, après lesquelles je rentrais vite me réfugier chez moi, pour me plonger dans les romans de Balzac et être au point en vue des
prochaines évaluations.
J’étais passionnée par ce que je lisais, mais au fond, je rêvais secrètement
d’avoir, un jour, mon livre entre les mains. Écrire est une de mes
premières passions. Lorsque j’avais besoin d’évasion, j’écrivais et me
transformais alors en héroïne d’un roman imaginaire. Lorsque j’étais
triste ou en manque de mes proches, j’écrivais pour me sentir mieux. En
fait, dès que j’avais du temps libre, j’écrivais, sans raison particulière.
LA SOLITUDE LIÉE À L’ENDOMÉTRIOSE
Quand l’occasion s’est présentée d’écrire sur la maladie qui me gâche un
peu la vie depuis des années, mais avec laquelle j’ai appris à vivre, je n’ai
pas hésité une seconde ! Je vois ce livre comme une thérapie pour moi, et
comme un outil de partage pour vous, afin d’apporter des solutions à vos
problèmes.
Pendant de longues années, j’ai cherché à en savoir plus sur
l’endométriose, que ce soit via des spécialistes ou des ouvrages ;
pourtant, je n’ai pas trouvé de réponses concrètes. Je suis donc longtemps
restée avec mes doutes, mes questions et ma douleur, dans le silence. En
faisant mes recherches, j’ai été surprise que l’on ne trouve pas de
solutions pour apaiser les douleurs que cette maladie nous fait subir
quotidiennement, surprise qu’en 2008 – date à laquelle j’ai appris que
j’en étais atteinte –, nous n’ayons pas de vraies explications, pas de
solutions, alors qu’on a parlé de l’endométriose pour la première fois en
1860 (quand je dis « on », je fais référence au médecin pathologiste
autrichien Carl von Rokitansky).
Alors, oui, à l’époque, on a su mettre des mots sur nos maux, mais ce
qu’il en est directement ressorti, c’est que l’endométriose est une maladie
gynécologique globalement incomprise. On sait ce qu’elle provoque et
où elle évolue, on sait que c’est une maladie chronique liée à la présence,
en dehors de l’utérus, de tissus semblables à la muqueuse utérine, qu’elle
provoque des douleurs souvent invalidantes, des problèmes d’infertilité,
et qu’elle est à l’origine de beaucoup d’autres symptômes, comme, entre
autres, des nausées, des vomissements et des douleurs pendant les rapports sexuels. On sait qu’elle peut toucher les ovaires ou les trompes,
mais également les organes digestifs, le rectum, la vessie, les reins,
parfois même les os ou le cerveau. Cette maladie est invalidante ; elle
peut causer de nombreux dégâts. Pourtant, on n’arrive toujours pas à
déterminer son origine et pourquoi ça nous arrive, à nous. On ne connaît
pas non plus son évolution, et il n’y a pas vraiment de traitement.
En faisant ces recherches, je me suis sentie seule. C’était comme si cette
maladie existait, mais que personne n’en était vraiment atteint. Je
tombais sur des ébauches d’études, sur des suppositions, mais pas sur de
réels témoignages. Bref, j’étais totalement perdue, je ne savais pas quoi
faire, où aller, à qui en parler, de peur d’être ridicule et que l’on me dise
« Mais c’est rien, t’es pas une chochotte ! Ça va aller. » Alors, oui,
pendant des années, je me suis sentie isolée.
Cette maladie m’a plongée dans la dépression. Les douleurs sont
tellement intenses que l’on croit mourir à chaque crise. J’ai vécu dans
l’angoisse perpétuelle qu’une crise se déclenche et je n’avais absolument
pas confiance en moi.
Qu’est-ce que l’endométriose ?
Réponse de la sage-femme et échographiste Marie-
Dominique Bressot :
C’est une maladie du cycle féminin multifactorielle. L’explication la plus répandue est
que le tissu d’endomètre présent dans le sang des règles va diffuser, partout dans le
ventre, chaque mois. Car, dans cette pathologie, le sang des règles va régurgiter par
les trompes et inonder ainsi le ventre de ce sang dans l’abdomen. Cela va contribuer
à créer une inflammation chronique abdominale qui va avoir de grosses
répercussions à différents niveaux pour la femme (douleurs, troubles urinaires,
digestifs…).
Réponse du docteur Michel Mouly, gynécologue, chirurgien
et obstétricien :
L’endométriose doit être considérée comme une maladie inflammatoire qui peut être
chronique et qui touche 10 % des femmes en âge de procréer . Il peut y avoir une 1
origine génétique (le risque de développer une endométriose est plus élevé chez les
femmes qui ont une sœur ou une mère touchée par cette maladie) . Mais les 2
facteurs environnementaux (épigénétiques) sont importants, notamment les
substances chimiques comme les perturbateurs endocriniens (bisphénol A, dioxines,
phtalates…) que l’on retrouve également dans la chaîne alimentaire et la
cosmétologie.
Le diagnostic d’endométriose est fait avec un retard de six à douze ans . Selon, 3
l’absence de formation des médecins et d’écoute est responsable depuis plusieurs
décennies de l’émergence de cette maladie. Laisser une jeune fille avec des règles
abondantes et douloureuses, qui fait des malaises, qui s’absente de l’école à cause
de ces douleurs, qui souffre, n’est pas concevable, et la responsabilité des médecins
est en première ligne. Au cours des études médicales, l’endométriose est enseignée
en deux heures.
La prise de conscience récente va peut-être faire que la prise en charge précoce,
l’écoute des jeunes filles, la mobilisation des mères qui en ont souffert vont permettre
de prévenir la moindre évolution de cette maladie. La malbouffe, la cosmétologie non
responsable, le développement de business qui ne tiennent pas compte de la santé
doivent être combattus. L’écoute, la bienveillance, la prise en charge précoce
vont permettre de réduire l’incidence de cette maladie et ses répercussions sur
la vie des femmes : priorité à la prévention !
L’ENDOMÉTRIOSE, LES RÉSEAUX SOCIAUX
ET VOUS
Lorsque j’ai commencé à être active sur les réseaux sociaux, à raconter
un peu ma vie (métier oblige), et surtout, à mettre des mots sur mes maux
et sur cette maladie, je me suis vite rendu compte que j’étais loin d’être
seule. Beaucoup de femmes vivaient la même chose que moi et avaient,
elles aussi, été diagnostiquées sans qu’il se passe quoi que ce soit ensuite.
Toutes ces personnes à qui je parlais sur les réseaux connaissaient,
comme moi, le nom de leur maladie, sans savoir si elle était grave ou
non, sans savoir si elle pouvait empirer, et surtout, sans informations
précises sur comment et quoi faire pour aller mieux.
Quand j’ai commencé à m’exprimer publiquement sur mon
endométriose, j’ai été surprise de recevoir tous ces témoignages – encore
aujourd’hui, je ne reçois pas moins de vingt messages par jour sur le
sujet. Parmi eux, il y a beaucoup de récits de femmes que la maladie
handicape ; certaines me parlent d’infertilité, de douleurs, d’opérations à
répétition, et je ressens beaucoup de désespoir : celui de ne pas être aidée
ou écoutée, et de se faire balader de spécialiste en spécialiste sans se voir
prescrire un traitement.
N’attendez pas. Au moindre doute, il faut parler de vos
douleurs à votre entourage et demander à voir un
médecin. Surtout, ne restez pas dans le silence. Plus vite
la maladie est connue, mieux c’est.
UN COMBAT COMMUN
En parlant de nos expériences similaires, en se soutenant, on ne guérit
pas, mais on se sent moins seule et on reprend espoir ; espoir pour se
battre, pour aller voir d’autres médecins peut-être plus qualifiés et
spécialistes de cette maladie, dont on ne connaît finalement pas grand-
chose. Il y a des praticiens qui sont plus sensibles à cette affection et qui
se renseignent davantage sur le sujet afin de trouver des solutions. C’est
en parlant qu’on peut comparer nos symptômes, évaluer la gravité des
nôtres, et partager les adresses de centres de soins et de médecins
compétents !
ET VOUS, COMMENT VIVEZ-VOUS
AVEC L’ENDOMÉTRIOSE ?
Laurie. Après des années de souffrance, des difficultés pour avoir mes enfants, des
hémorragies à répétition, on a enfin détecté mon endométriose, à 42 ans ! En même temps que
ma ménopause précoce… Pourtant, toute ma vie, je me suis plainte, mais, selon les
professionnels, c’était normal d’avoir mal ! Ma fille de 16 ans a également de grosses douleurs,
nous faisons des examens en ce moment, parce que je suis sûre que c’est ça, et j’ai entendu dire
que ça pouvait être héréditaire.
Jessica. 4 Je suis atteinte d’endométriose et d’adénomyose depuis 2018. J’ai perdu mon
travail, car trop d’arrêts maladie, personne ne comprenait mes douleurs, mes malaises, mes
pleurs. Je suis sous Sawis depuis un an. Grâce à ce médicament, ça va un peu mieux, mais ce 5
n’est pas la joie tous les jours. Cette maladie me plonge dans la dépression, et les douleurs sont
tellement intenses que je crois mourir à chaque crise. Après tout cela, il y a des angoisses
perpétuelles, peur de tout, aucune confiance en soi, le néant. Alors, en parler fait du bien et
redonne un peu de courage et d’espoir.
Je reçois beaucoup de messages lorsque je témoigne de mes douleurs.
Certains soirs, dans ma détresse, les réseaux sociaux deviennent un peu
mon journal intime, et j’évoque ma maladie sans tabou, à cœur ouvert, et
surtout à blessures ouvertes. J’ai remarqué que, en faisant cela, j’ai des retours de jeunes filles se reconnaissant dans ce que je décris, mais qui
n’ont jamais entendu parler de cette affection. Lorsqu’elles m’écrivent en
réaction à mes vidéos, je leur conseille de consulter un médecin ; la
plupart reviennent vers moi en me disant que c’est bien ça, qu’elles sont
elles aussi atteintes d’endométriose. En m’exprimant publiquement sur
cette maladie, en témoignant, je peux aider d’autres femmes concernées,
et éviter que l’affection reste méconnue et ne fasse trop de dégâts.
Voilà pourquoi j’ai voulu écrire ce livre, évoquer la maladie en touchant
un plus large public, faire part de ce que j’ai vécu et vis encore au
quotidien, afin d’aider les femmes. J’ai voulu écrire ce livre pour porter
un message d’espoir, de soutien, et vous dire que, non, vous n’êtes pas
seule, et que, ensemble, nous pouvons trouver des solutions, nous
communiquer les bonnes et les mauvaises adresses pour combattre cette
maladie, et rebooster notre moral. Ensemble, on peut aller mieux et
entamer notre guérison !
OceanofPDF.com