Comment je vis avec l'endometriosr
Chapitre 4 - Grossesse surprise
Chapitre 4
GROSSESSE SURPRISE
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JE REPRENDS MA VIE EN MAIN
J’en reviens à mon histoire. En 2015, j’avais complètement arrêté mon
métier de journaliste. Je vivais à Paris. Au niveau professionnel, on va
dire que j’allais un peu au gré du vent, je continuais à travailler dans une
boîte de nuit, mais en tant que danseuse. C’est là qu’on m’a repérée et
proposé de participer à un casting pour une toute nouvelle émission de
téléréalité dans laquelle s’affrontaient plusieurs équipes lors d’un road
trip aux États-Unis. Je n’avais jamais vraiment regardé de programmes
de téléréalité ; la plupart du temps, quand je tombais dessus, je zappais.
Quand j’ai accepté cette proposition, je voyais ça comme une expérience
fun. Étant journaliste de base, ça m’amusait de me retrouver de l’autre
côté de la caméra. Normalement, c’était moi qui faisais les reportages,
qui posais des questions ; cette fois, les rôles seraient inversés, et tout le
monde pourrait suivre mes aventures. Et puis, je me disais : « T’es jeune,
t’es plutôt pas mal, t’as rien à perdre, alors let’s go ! » (Oui, j’avais une
grande confiance en moi, à l’époque.)
Juste avant, j’avais subi deux opérations, mais qui n’avaient rien à voir
avec ma maladie. C’étaient des interventions de chirurgie esthétique : une
augmentation mammaire et une rhinoplastie. Je me suis débarrassée du
complexe qui me gâchait la vie depuis tant d’années. Je suis passée d’un
long nez avec une bosse à un petit nez qui m’a aidée à reprendre
confiance en moi.
C’était vraiment une période où j’avais choisi de faire ce que je voulais.
J’avais appris à vivre avec les douleurs liées à l’endométriose, et
franchement, je gérais plutôt bien. Bien évidemment, les crises étaient
toujours là. Mais à côté de ça, je vivais ! J’avais décidé de prendre les
choses en main : dorénavant, ce ne serait plus l’endométriose qui
choisirait, ce serait moi ! D’ailleurs, pour la petite anecdote, à l’occasion
de cette première téléréalité, j’étais un peu rejetée à l’écran. Pour ceux
qui ont suivi, vous avez dû remarquer que j’étais seule contre tous ; ça
faisait partie du jeu, de la stratégie, mais ça reflétait vraiment ce que je
vivais hors caméra.
Lorsque tout le monde se retrouvait en off le dimanche, moi, j’étais dans
mon lit, ou en tout cas dans la maison, à prendre du repos. Toute la
semaine, sur le tournage, on avait pas mal d’épreuves sportives. Je
gardais la face devant les autres, mais, en réalité, je souffrais
terriblement. Les jours de pause étaient donc pour moi l’occasion de
souffler physiquement, pour calmer mes douleurs et gérer mon stress face
à tout ça, afin d’éviter de trop grosses crises. Donc, forcément, quand des
amitiés et des amours se concrétisaient hors caméra, pour s’intensifier
ensuite en direct, je loupais beaucoup de choses ; je manquais tous ces
moments privilégiés et amicaux que les autres candidats vivaient
ensemble.
CÔTÉ CŒUR
En parallèle, les déceptions sentimentales ont eu raison de moi. J’étais en
couple avec un homme plus âgé que moi, qui travaillait dans la même
boîte de nuit – on s’y était d’ailleurs rencontrés. Cela faisait trois ans,
mais avec plus de dix séparations. On se quittait parfois pendant des
semaines, mais on finissait toujours par se remettre ensemble ; c’était une
relation peu convaincante, tumultueuse, avec des hauts, mais beaucoup
de bas. On va dire que le milieu de la nuit n’est jamais propice à une
relation saine et durable – enfin, ce n’est que mon avis !
J’ai quand même décidé de laisser l’appartement dans lequel je vivais
seule, à Compiègne, pour m’installer avec lui. Peu de temps après, à la
suite de nombreuses disputes, j’ai préféré reprendre un appartement
seule, cette fois-ci en région parisienne, histoire de souffler un peu quand
ça n’allait pas dans notre couple. Vous l’aurez compris, c’était une
histoire un peu compliquée. Déjà, du fait du métier que nous avions : en
effet, je suis extrêmement jalouse et possessive, alors voir mon homme
jouer le jeu de la séduction en boîte de nuit, c’était moyen pour moi. Il y
avait également le problème de la différence d’âge (on avait dix-huit ans
d’écart) et le jugement des autres, de notre entourage et de nos familles
qui en résultait. Cette relation n’était pas simple, mais on voulait voir où
tout cela nous mènerait.
LES PREMIERS
ESSAIS BÉBÉ
On parlait quand même de bébé et de mariage ; on avait cette envie de se
projeter. Au fond, quand j’y repense, c’était fou d’envisager ça ! J’étais
jeune, j’avais envie de m’amuser, mais mon instinct maternel me
rappelait toujours à l’ordre. Malgré mon âge, cette idée de devenir
maman un jour me faisait vraiment rêver, puis j’avais encore cette
grossesse extra-utérine en travers de la gorge. Alors, oui, ce n’était peut-
être pas la bonne personne ni la relation idéale pour ça, mais j’avais envie
de l’avoir, ce bébé. Mon compagnon avait déjà deux filles. L’aînée avait
quelques années de moins que moi et n’était pas très favorable à notre
relation ni à l’idée d’avoir un petit frère ou une petite sœur.
Malgré tout ça, on avait décidé d’essayer. Et essayer, c’est bien ce que
l’on a fait… pendant très longtemps ! Après un an et demi de tentatives
infructueuses, on s’est quand même posé beaucoup de questions. En
consultant les médecins, on a su que mon endométriose faisait barrage.
On a alors compris que le chemin vers la parentalité serait compliqué, et
qu’on devrait passer par plusieurs étapes pour nous aider à concevoir,
comme la fécondation in vitro (FIV) ou la procréation médicalement
assistée (PMA), méthodes qui nous avaient été suggérées.
Cette nouvelle ne m’a pas surprise. À chaque consultation, cette phrase,
« Vous êtes stérile à 99 % », me poursuivait encore et encore et me
rappelait à l’ordre. Mon couple n’était déjà pas très stable, et le fait
d’avoir ces difficultés à procréer n’arrangeait rien. Au final, je me disais :
« C’est la vie, ce n’est peut-être pas le bon. » Plutôt que d’entamer ces
procédures, on avait décidé de prendre notre temps et de voir si notre
couple tiendrait malgré tous ces aléas. On ne faisait que se séparer, donc
je n’avais finalement aucune envie de me lancer dans toutes ces
démarches !
ET VOUS, COMME SE SONT PASSÉS VOS ESSAIS BÉBÉ ?
Adeline. Après mon opération due à l’endométriose, nous avons lancé un projet bébé ; il a
fallu trois mois de ménopause artificielle, puis trois mois pour que les règles reviennent : je suis
donc tombée enceinte six mois après. Mais cette grossesse était non évolutive, il a fallu faire un
curetage pour mettre fin à ce début de grossesse.
Quatre mois après, je suis retombée enceinte, et cette fois, c’était la bonne. Ma fille est arrivée,
ce qui nous a redonné espoir et donné envie de retenter le miracle. Après dix-huit mois et une
autre fausse couche, j’ai avec moi deux bébés en bonne santé !
Stéphanie. Après deux ans d’essais bébé de manière naturelle et plusieurs échecs sans
comprendre pourquoi, nous avons pris rendez-vous, mon mari et moi, chez une gynécologue qui
m’a décelé l’endométriose. Elle m’a alors orientée vers une spécialiste en PMA qui, après
plusieurs examens, m’a conseillé de faire une FIV. Celle-ci a marché directement et m’a donné
une merveilleuse petite fille.
Après trois ans, nous avons voulu retenter l’expérience. Et là, surprise désagréable puisque je
faisais fausse couche sur fausse couche. Après étude de mon endomètre, on a trouvé des
globules blancs, ma gynécologue m’a expliqué que mon corps combattait une infection et en
poussant les examens, on a vu que la trompe était bouchée et qu’elle était remplie de pus. Deux
embryons avaient été implantés et un des embryons s’était logé dans la mauvaise trompe, celle
qui était abîmée. De grosses douleurs ont suivi puis direction les urgences avec ablation de la
trompe.
Dans tout ce malheur, il faut quand même garder espoir puisque trois mois après, bébé deux
s’est accroché et a grandi correctement. J’ai été la première de mes copines à faire des FIV, j’ai
35 ans, mon fils aîné a bientôt neuf ans et actuellement trois de mes amis font également une
FIV pour avoir leur bébé miracle. Nous sommes de plus en plus nombreuses dans ce parcours
du combattant pour avoir un bébé et on doit toutes se soutenir moralement.
Ana. Au bout de trois ans d’essai bébé et à cause de douleurs de règles très fortes depuis
l’adolescence accompagnées de douleurs pendant les rapports, j’ai décidé de consulter mon
gynécologue pour faire des examens complémentaires (prise de sang, hystérosalpingographie,
I.R.M. et scanner). L’I.R.M. a révélé une tache à l’arrière d’un ovaire devant l’intestin. Mon
gynécologue a conclu à une potentielle endométriose. Il m’a envoyée vers une clinique PMA
pour faire une endoscopie, confirmer le diagnostic et commencer une insémination artificielle.
Seulement, à notre grande surprise, deux semaines avant le rendez-vous en PMA, je suis tombée
enceinte. J’ai donc une potentielle endométriose qui n’a pas pu être confirmée grâce à
l’endoscopie puisque le miracle est arrivé avant, mais, au fond de moi, avec toutes ces douleurs
que je subis depuis des années, je suis sûre que mon gynécologue a vu clair dans cette maladie.
LE COUP DE FOUDRE
Au retour de ma première téléréalité, je me retrouvais fraîchement
célibataire, mon couple n’ayant pas tenu la distance et la notoriété
naissante –, ce qui n’était pas étonnant, compte tenu de la relation un peu
bancale qu’on avait. C’était encore une déception, mais je n’étais plus à
ça près, donc j’avançais en me disant que j’allais mettre les sentiments de
côté et me consacrer à ma carrière. La première émission s’étant bien
passée pour moi, je me suis fait repérer et j’ai été rappelée par la chaîne pour participer à d’autres – Les Anges au Brésil et Friends Trip 2 à
Miami. Faire de la téléréalité me plaisait et je me sentais bien, donc tant
que j’avais des propositions qui me correspondaient, je continuais. Entre
deux tournages, mon ex reprenait contact avec moi et on se revoyait de
temps en temps, mais pour rien de très sérieux.
Le tournage d’une émission dure entre deux et trois mois, ce qui ne nous
permet pas d’avoir un vrai travail en parallèle, et les réseaux sociaux
n’étaient pas ce qu’ils sont aujourd’hui. Donc, pour gagner de l’argent, il
fallait bien trouver quelque chose à côté. Afin de vivre et de payer mon
loyer, j’ai repris mon job de danseuse en boîte de nuit, et j’ai aussi
accepté des petits boulots d’hôtesse, en attendant de faire une nouvelle
téléréalité.
En mars 2016, un soir où je bossais en boîte avec une copine, elle m’a
proposé de l’accompagner, à 7 heures, pour être hôtesse au Salon
Mondial Body Fitness qui se tenait porte de Versailles, à Paris. Il était
3 heures du matin et je savais que j’allais peu dormir, mais je ne disais
jamais non à du travail. J’avais un loyer parisien à assumer. Alors, s’il
fallait dormir à peine quelques heures et enchaîner les boulots pour ne
pas me retrouver dehors, je le faisais !
À 7 heures, j’arrivais donc fraîchement – ou pas ! – sur ce salon, en tenue
d’athlète, puisque je devais travailler sur un stand de fitness. J’étais
fatiguée, mais plutôt contente de retrouver mes copines, avec lesquelles
je passais beaucoup de temps, comme elles travaillaient dans les mêmes
discothèques que moi. Pour une fois, on se voyait la journée. Ça
changeait ! J’étais partie pour une journée de boulot où j’allais afficher
mon plus beau sourire malgré la fatigue, pour faire venir un maximum de
gens sur le stand, prendre des photos et vendre les produits.
En arrivant, j’ai vu mes copines, mais j’ai surtout repéré un garçon.
C’était un athlète, qui était sur le même stand que moi pour représenter la
marque ; des posters de lui étaient accrochés un peu partout, et il était là
pour signer des autographes, ainsi que pour réaliser des performances
physiques. Maxime Parisi. Quand j’ai posé mes yeux sur lui, j’ai craqué !
C’était exactement mon style d’homme. Bien que je ne me fie pas qu’au
physique, il avait tout ce que j’aimais ! Brun, musclé, un sourire ravageur
et un regard à tomber !
Bizarrement, j’étais tout de suite moins fatiguée, et j’ai su que cette
journée serait particulière. Tout ce que j’espérais à ce moment-là, c’est
que cette attirance soit réciproque. Il n’était pas le seul athlète sur le
stand. Il y avait également une fille, de laquelle il semblait plutôt proche ;
elle le collait beaucoup, mais je suis plutôt compétitrice, et la
concurrence ne me fait pas peur ! Lors des présentations, il y a eu ce
premier regard qui voulait déjà tout dire.
On a passé la journée ensemble sur le stand, et même quand on faisait des
choses séparément, on se regardait, on se souriait. Il y avait ce quelque
chose qui ne trompe pas ! Je me souviens qu’on devait préparer des
shakers de protéines ou des petits shots pour présenter les produits aux
visiteurs ; au moment de le faire, on a pris un shot vitaminé en se disant
que c’était une potion d’envoûtement, et qu’elle allait nous faire tomber
fou amoureux. Dans le fond, c’était vraiment ce qui était en train de se
passer. On avait eu un véritable coup de foudre dès le premier regard, qui
ne faisait que se concrétiser au fil des heures.
Le soir, lorsque le salon s’est terminé, toute l’équipe s’est retrouvée au
restaurant. Là encore, on était complices, on ne se quittait déjà plus. Il y
avait un jeu de séduction et une connivence qui s’étaient tout de suite
installés. Pendant le repas, je sentais malgré tout que l’on me fusillait du
regard. Cette fille, qui était sur le salon avec nous, avait eu, quelques
heures auparavant, une aventure avec Maxime. En sortant du restaurant,
elle lui a demandé de faire un choix, et il est reparti avec moi… On se
connaissait depuis seulement une journée, mais c’était comme si ça faisait déjà des années. On a passé la nuit ensemble, et les deux jours qui
ont suivi au salon, on a travaillé ensemble, sans se quitter.
Le seul problème, c’est qu’il vivait dans le Sud de la France, à Cannes, et
moi à Paris. Dans la vie quotidienne, il était athlète, mais aussi policier ;
il avait donc un planning très chargé et peu flexible pour venir me voir.
Mais cette relation était tellement évidente pour moi… Cette attraction,
ce coup de foudre, c’était quelque chose que je n’avais jamais vécu
auparavant ! Il m’était impossible de le laisser partir en imaginant que je
ne le reverrai peut-être que dans plusieurs mois. Je suis très impulsive. Je
suis souvent davantage mon cœur que ma raison, surtout quand je pense
que ça en vaut la peine ! Quelques jours après son retour à Cannes, après
des adieux déchirants, j’ai donc décidé de prendre un peu de repos pour
aller le retrouver, et que commence vraiment notre histoire d’amour. Je
devais le retrouver. C’est comme ça, ça ne s’explique pas.
UNE NOUVELLE VIE
Après plusieurs allers-retours Paris-Cannes, on a pris une décision. J’ai
rendu mon appartement parisien pour venir habiter avec lui
définitivement. Oui, c’était rapide, mais parfois, il faut apprendre à
écouter son cœur. Et puis, comme on dit, « qui ne tente rien n’a rien ! » Il
faut prendre la peine de vivre ce qu’on a à vivre, et c’est exactement ce
que j’ai fait. Par amour, j’ai tout quitté ! Petit à petit, grâce à Maxime, j’ai
retrouvé une vie beaucoup plus saine. ֤Étant athlète, il avait une salle de
sport chez lui, et je participais à toutes ses séances. Le sport faisait
également partie de mes passions, mais avec mon emploi du temps
chargé, je n’avais le temps de rien. C’était plaisant d’avoir une passion
commune, de faire des choses avec quelqu’un qu’on aime vraiment.
Maxime a une alimentation saine et irréprochable, qui va avec son mode
de vie. Là encore, je faisais tout comme lui : pas de gras, des légumes,
des féculents, des protéines, de bonnes graisses et des compléments
alimentaires. Je mangeais comme il fallait, à des heures régulières, chose
qui m’arrivait rarement auparavant, puisque je vivais essentiellement la
nuit. Je faisais du sport quasiment tous les jours, et je mangeais mieux.
Mes crises d’endométriose s’espaçaient de plus en plus, et les douleurs s’atténuaient. Sans le savoir, il m’avait donné la clé de l’épanouissement
avec ma maladie. Mon cœur se sentait bien, et mon corps allait mieux ; je
commençais à avoir une vie de couple rangée. Tout se passait bien, et
j’avais un bon rythme de vie, la maladie prenait donc de moins en moins
de place.
L’alimentation est primordiale lorsque vous désirez avoir un enfant. Mais
ça, je ne le savais pas encore. Le projet bébé, on n’en parlait pas, et je ne
voulais pas l’effrayer. Maxime connaissait ma maladie ; je lui en avais
parlé d’emblée, car les crises ne préviennent pas, et je voulais qu’il soit
au courant au cas où il me voie souffrir, qu’il sache au moins pourquoi.
Je lui avais fait part du discours que l’on m’avait tenu, c’est-à-dire que
j’étais stérile à 99 % et n’avais donc qu’un pour cent de chance d’avoir
un jour un enfant. Il était tôt, mais je tenais aussi à ce qu’il soit informé
que si l’on essayait d’ici quelques années, ce serait certainement
compliqué pour nous de devenir parents. Ce n’est pas un sujet facile,
lorsqu’on rencontre quelqu’un. « Au fait, je sais pas si tu veux un bébé
un jour, mais avec moi, ce sera compliqué, accroche-toi ! »
La seule chance que j’avais, c’est qu’il était jeune, comme moi. À
l’époque, à 26 ans, il n’avait pas envie d’avoir un enfant tout de suite. On
voulait apprendre à se connaître davantage, se stabiliser à tous les
niveaux, avoir notre chez-nous, voyager à deux… Bref, avoir un bébé
n’était pas dans nos projets. Il n’avait ni l’envie ni le temps pour ça, et
puis, nous deux, ça ne faisait que trois mois. On avait le temps !
LES DOUTES S’INSTALLENT…
Après trois mois de relation, une bonne routine s’était installée entre le
travail, le sport, et le métier d’influenceuse que je venais de commencer ;
tout doucement, on avait trouvé notre rythme. On se faisait des
restaurants de temps en temps, seuls ou avec des amis, on se calait en
amoureux devant des films. On profitait, tout allait bien. On avait dans
l’idée de déménager pour que je puisse vraiment me sentir chez moi ; on
regardait les petites annonces de temps en temps, jusqu’à ce que l’on
trouve notre prochain chez-nous. Les présentations à sa famille ont été faites rapidement, car on était sûrs de nous, j’ai tout de suite été acceptée.
Ça me changeait, cette relation était parfaite !
Mais Maxime n’était pas vraiment branché téléréalité, donc le jour où
l’on m’a proposé un autre programme, des tensions se sont installées. À
l’époque, je n’avais pas de travail fixe, donc dès qu’une occasion se
présentait, je la saisissais. La télé, c’était mon truc à moi, il ne fallait pas
qu’il m’enlève ça, de la même manière que j’acceptais son métier et son
rythme de vie. Mais qui dit téléréalité dit aussi clash, histoires d’amour,
etc. C’est ce qui lui faisait peur. Il craignait que notre couple ne tienne
pas, car, c’est bien connu, il faut quand même faire le show !
… MAIS DES RÊVES SE CONCRÉTISENT
En attendant de partir en tournage, et avant de réellement prendre ma
décision, on continuait de vivre. Tant qu’on n’en parlait pas, ça allait. Je
suivais Maxime dans ses déplacements professionnels. Je vous ai dit que
Maxime est un athlète, mais je n’ai pas précisé qu’il est bodybuilder, ce
qui l’oblige, quand la saison des compétitions est lancée, à voyager dans
le monde entier pour concourir. Il était évident pour nous que je
l’accompagne à chaque compétition. Je le soutenais dans tout ce qu’il
faisait, j’étais très fière de lui et je comptais bien lui montrer !
On est donc partis pour la compétition Olympia en Espagne, très
importante pour lui, car une première place pouvait lui faire remporter sa
carte professionnelle, lui permettre d’être reconnu dans le milieu, et de
faire de cette passion un véritable métier. Car il était policier depuis dix
ans, mais son rêve, c’était ça. J’avais envie d’être son porte-bonheur. J’y
croyais, à cette première place. Il lui fallait deux victoires ; il en avait
déjà remporté une en Slovaquie, où je l’avais accompagné quelques
semaines auparavant. Une seconde lui ouvrirait les portes de son souhait
le plus cher : devenir bodybuilder professionnel. Les compétitions ne
sont pas de tout repos. Il y a énormément de préparation en amont, celle
qu’il fait toute l’année à travers le sport et l’alimentation, puis encore sur
place.
Nous étions donc arrivés en Espagne, où la tension était à son comble. La
compétition aurait lieu d’ici quelques heures, et je sentais le stress monter, pour Maxime comme pour moi. L’enjeu était important, alors ce
qu’il ressentait, je le ressentais également. Je n’avais qu’une envie : qu’il
décroche cette victoire !
Au moment des compétitions, étant donné le stress que cela engendre,
j’emporte toujours plusieurs médicaments avec moi : Antadys, Spasfon,
Doliprane, bouillotte… Voilà à quoi ressemble ma valise ! À ce moment-
là, la pilule ne faisait pas encore partie de mes traitements, cela n’est
venu que plus tard. J’ai toujours eu peur de mal la supporter, ou qu’elle
provoque des effets indésirables tels que boutons ou prise de poids. Et
puis, je me disais que, de toute manière, avec la difficulté que j’avais à
tomber enceinte, je n’avais pas besoin de pilule. Je n’avais donc pas
envie de me prendre la tête avec ça. Je faisais très attention à mon corps,
et surtout, j’ai une mémoire de poisson rouge, alors avaler un comprimé
chaque jour à une heure précise, non merci ! On se protégeait pendant les
rapports, et c’était très bien comme ça.
Lorsqu’on voyage pour les compétitions, cela dure en principe trois ou
quatre jours. Pendant cette période, je prends des médicaments en
continu, en respectant les intervalles indiqués, pour que les douleurs trop
fortes ne surviennent pas. Il faut que je reste maîtresse de mon corps,
pour soutenir mon homme, l’aider à tous les niveaux. Je suis alors une
vraie petite assistante, je lui applique la couche de tan (autobronzant)
dont il a besoin sur scène, la veille et le jour même ; je suis également
photographe et vidéaste, pour ne rien louper de ces moments et
immortaliser une victoire éventuelle !
Nous y étions ! Maxime s’échauffait dans les coulisses. J’étais dans le
public, prête à filmer et à prendre des photos. Je n’avais qu’une hâte : le
voir monter sur scène. Son tour est arrivé, il est d’abord passé avec tous
les autres athlètes, puis en solo afin de montrer l’étendue de son
physique, en faisant plusieurs poses et en mettant chaque muscle en
avant, puisqu’il est jugé là-dessus : les muscles, le travail physique et la
prestance. Sur scène, je ne voyais que lui, son charisme les effaçait tous !
J’essayais tant bien que mal de filmer, mais je tremblais tellement que je
n’étais pas sûre que le résultat soit très bon.
Puis, ce fut le final et l’annonce de la première place. Maxime avait
gagné ! J’ai bondi de joie et couru le retrouver dans les coulisses. On
s’est sauté dans les bras, on s’est embrassés et on a pleuré ensemble. Il l’avait fait… On l’avait fait ensemble ! J’avais été son porte-bonheur
comme je le souhaitais. J’étais fière et heureuse de vivre cet instant avec
lui.
Le week-end qui a suivi notre retour en France, nous avons fêté cette
victoire dans un bar de plage, avec son coach et ami, et d’autres proches.
Sur le chemin vers la maison, nous avons aussi arrosé ça, juste nous
deux, à notre façon… Nous n’avions pas de protections sur nous, mais on
s’est dit que, pour une fois, ça irait. Compte tenu de ma maladie et des
essais bébé que j’avais faits auparavant, sans succès, on ne risquait pas
grand-chose !
UN PREMIER BÉBÉ : BIENVENUE BILLY !
Quelques semaines plus tard, nous sommes partis en vacances dans un
camping, à Saint-Tropez, avec sa maman et ses frères. Les tensions
étaient revenues en même temps que le sujet de la téléréalité. Nous avons
tout de même décidé de passer un cap important, et d’adopter notre
premier « bébé », un spitz nain prénommé Billy, que nous sommes allés
choisir dans un élevage. C’était une étape importante pour nous, pour
notre couple.
Avant de nous occuper d’un vrai bébé, on allait prendre des
responsabilités avec ce petit chien, auquel on était déjà si attachés.
J’aimais profondément Maxime, comme jamais je n’avais aimé
auparavant, mais j’avais l’impression de m’oublier, de m’effacer, de ne
vivre que pour lui et pour son sport. C’est une période pendant laquelle je
me remettais en question, ainsi que mon couple. Je ne sortais plus, je ne
voyais personne à part lui.
Tout ça était nouveau pour moi, je n’avais jamais fait partie de ces filles
rangées, en couple sur une longue période et qui font tout parfaitement.
J’avais toujours vécu uniquement pour moi. Jusque-là, ma relation avec
mon premier amour avait été la plus durable – nous étions restés quatre
ans ensemble. Ensuite, ça avait été très bancal.
À ce moment-là, comme il y avait beaucoup de tensions, je m’étais dit
« Est-ce que c’est vraiment maintenant ? Est-ce que tu es vraiment prête
à te ranger, à tout stopper pour vivre à deux, rien qu’à deux, et avoir ensuite une vie de famille ? » Après tout, Maxime paraissait l’homme
parfait ; il avait une bonne hygiène de vie, un bon job, il ne sortait pas en
boîte ou ailleurs, il restait uniquement avec moi. Il est de nature calme,
posé, réfléchi… tout le contraire de moi, et c’est peut-être ça qui me
faisait peur ! Alors qu’au fond, ça me faisait le plus grand bien.
Cette relation stable me canalisait et apaisait ce tempérament de feu que
j’ai depuis toute petite. Je suis une personne très nerveuse, impulsive, une
vraie pile électrique, et je me retrouvais avec mon opposé ! Donc, oui, on
dit que les opposés s’attirent, mais on dit aussi « Qui se ressemble
s’assemble ». Alors, quel dicton suivre ? Bref, j’étais perdue !
Ça, c’est bien nous, les filles… On rêve de grand amour, de rencontrer
l’homme idéal, puis quand c’est le cas – après plusieurs échecs –, quand
la relation devient vraiment sérieuse avec un mec bien, on prend peur et
on remet tout en question. On se demande si c’est réellement possible, si
ce garçon va rester ainsi ou devenir comme tous ces goujats que l’on a
connus auparavant, qui trompent ou font n’importe quoi. C’était donc
une grosse période de doute pour moi, et j’avais surtout cette envie de me
relancer dans des émissions de téléréalité, malgré tout.
SURPRISE !
J’ai finalement décidé de partir et de participer à cette téléréalité, sans
mettre fin à mon couple. En fait, on s’est dit que soit cette distance nous
renforcerait, soit elle nous éloignerait. Au début, Maxime me manquait
énormément. Puis, au bout de quelques jours, j’étais prise dans mon
« personnage ». Bien que nous ne jouions pas un rôle et que nous restions
nous-mêmes, à force d’être enfermés avec certaines personnes dans la
frénésie du tournage, nous en oublions parfois la réalité, et ce qui se
passe à l’extérieur.
Je me suis rapprochée d’un garçon, mais mon cœur restait perdu. Je ne
savais plus du tout quoi faire. J’ignore encore comment, mais pendant le
tournage, l’info a fuité dans la presse, alors que je n’étais pas encore
sortie de l’émission pour pouvoir tout expliquer à Maxime. Je n’ose pas
imaginer dans quel état il était à ce moment-là. Aujourd’hui, je m’en
veux terriblement d’avoir fait subir ça à l’homme que j’aime.
Deux semaines après, quand je suis rentrée puisque j’avais été éliminée,
nous avons eu une explication. On continuait ensemble, mais quelque
chose s’était brisé.
Avant de partir en tournage, j’avais commencé à ressentir des douleurs
anormales dans le bas-ventre et dans le dos. J’avais beaucoup de nausées
et de migraines. Pour moi, il n’y avait rien d’alarmant, c’était
l’endométriose. Mais ce n’était pas comme d’habitude, il n’y avait pas de
crises, pas de fortes douleurs. Non, ces symptômes-là, je ne les
connaissais pas !
Quand j’en ai parlé à l’une de mes amies proches, elle m’a sorti : « Fais
un test de grossesse ! » Rien que l’idée me faisait paniquer ! Comment
aurais-je pu être enceinte alors que j’étais stérile à 99 % ? Comment
aurais-je pu l’être en n’ayant eu des rapports non protégés qu’une seule
fois avec Maxime, alors que j’avais essayé pendant plusieurs années avec
mon ex-compagnon, sans succès ? Une foule de questions se
mélangeaient dans ma tête. Et puis, j’avais comme une phobie de ces
tests. J’en avais tellement fait auparavant, avec ce mot, « négatif », qui
s’affichait sans cesse… Ça m’avait traumatisée !
Comme les symptômes persistaient et que je sentais les vomissements
arriver, j’ai tout de même décidé d’en faire un. Le plus gros stress de ma
vie, pire qu’une épreuve du bac ! C’était d’autant plus angoissant que la
situation avec Maxime était très compliquée. Je sortais de cette téléréalité
pendant laquelle j’avais un peu batifolé ; notre couple n’était plus très
stable, et je savais à quel point il ne voulait pas d’enfant tout de suite. Et
surtout, il n’avait plus confiance en moi ! Bref, la situation n’était
absolument pas favorable à l’arrivée d’un bébé. Avant tout, je devais
absolument regagner sa confiance et stabiliser notre couple.
Je me suis isolée dans la salle de bains, et j’ai fait ce fameux test.
Quelques minutes après, j’ai découvert le résultat : « Enceinte » ! Mon
souffle s’est coupé. Je me suis assise par terre, car j’avais les jambes en
coton… Cela signifiait que j’étais enceinte avant de partir en tournage, que ce jour où nous avions fêté la victoire de Maxime à notre façon, nous
avions conçu ce bébé sans le savoir !
Il avait suffi d’une seule petite fois pour que le pour cent de chance se
produise ! Incroyable ! Avec lui, c’était arrivé. Cela me confortait encore
plus dans l’idée que j’avais eu tort de douter de notre couple, et que
c’était bien lui, l’homme de ma vie, celui avec qui je pourrais fonder une
famille ! Si j’avais su ça au bon moment, jamais je ne serais partie ! Mais
voilà, je ne pouvais pas revenir en arrière, et je devais lui faire part de
cette nouvelle, alors que notre couple ne tenait plus qu’à un fil. J’avais la
peur de ma vie, et aucune idée de ce qui pourrait se passer après cette
annonce.
LA DESCENTE AUX ENFERS
En rentrant du travail, Maxime a tout de suite vu sur mon visage que
quelque chose n’allait pas. J’ai décidé de lui montrer le test et lui ai dit
que j’étais enceinte d’un mois environ. Autant vous dire que si j’avais
filmé cette scène, elle n’aurait eu rien à voir avec tout ce à quoi on peut
assister dans les films ou sur les réseaux sociaux : pas de sauts de joie, de
câlins, de bisous… Non, rien de tout ça.
Ce qui aurait pu être le plus beau jour de ma vie, après toute cette attente,
toutes ces années à me demander si j’allais pouvoir un jour devenir
maman, était en fait le pire ! Jamais je n’aurais imaginé regretter d’être
enceinte, pleurer après l’avoir annoncé à mon compagnon, mais pas de
joie… Il était sonné et m’a tout de suite demandé d’avorter, compte tenu
de notre situation. Pour lui, soit on restait ensemble en essayant de
recoller les morceaux, de reconstruire quelque chose de solide, mais sans
ce bébé, soit je devais partir et l’élever seule. Il ne le reconnaîtrait pas.
Le choc, la tristesse, la haine, l’incompréhension, tout se bousculait dans
ma tête, et les sentiments débordaient. Malgré tout, je comprenais sa
réaction. Il est comme ça, Maxime. Posé, réfléchi, il écoute sa raison
avant son cœur… tout le contraire de moi. Je connaissais son caractère,
sa façon d’être. Je savais aussi qu’il ne reviendrait pas sur cette décision,
et que j’allais devoir prendre la mienne, aussi dur que cela puisse être.
Je le comprenais. Il ne voulait pas d’enfant à 26 ans, et surtout pas dans
ce contexte chaotique. Il avait avant tout envie de profiter de sa vie de
couple avec moi, de recoller les morceaux, et que l’on apprenne
réellement à se découvrir – après tout, ça ne faisait que quatre mois qu’on
était ensemble, de voyager, de vivre à deux avant d’avoir à s’occuper
d’un bébé. C’est bien connu, un enfant perturbe les habitudes d’un
couple. Il est donc important que celui-ci soit stable et se connaisse bien.
Ce n’était pas notre cas, même si l’on avait eu un vrai coup de foudre, et
que tout s’était enchaîné rapidement. On ne se connaissait que depuis
quatre mois, et la petite séparation pendant mon tournage s’était très mal
passée.
Ce qui le confortait aussi dans son choix de ne pas garder ce bébé, c’est
qu’il pensait que je n’étais pas honnête. Il a cru que je lui avais menti
depuis le début, sur ma maladie et ces 99 % de stérilité. Il se demandait
comment il était possible que je tombe enceinte si facilement, malgré
tous les problèmes dont je lui avais parlé. Il était impossible de lui
enlever ce qu’il s’était mis en tête. Pour lui, je n’étais pas atteinte
d’endométriose, et j’étais en mesure de tomber enceinte rapidement, donc
je pouvais avorter.
Mais moi, je savais. Toutes ces années de combat contre la maladie, pour
qu’enfin ce pour cent de chance soit exaucé ! Ce n’était pas dans de
bonnes conditions, c’est vrai. Mais peu importait, ma décision était prise.
J’allais partir et élever ce bébé seule ! Dans un autre contexte, sans
maladie et difficulté à concevoir, j’aurais pu réagir différemment. Je ne
vais pas m’étendre ici sur le sujet de l’avortement : chacun fait ce qu’il
veut et ce qu’il peut.
Je me souviens de quand mon père est venu me chercher chez Maxime.
Mes affaires étaient posées devant le portail, qui s’était vite refermé.
Maxime m’avait à peine dit au revoir et m’avait laissée plantée là. Il
n’avait alors encore jamais vu mon père, et ce ne serait pas ce jour-là
qu’il le rencontrerait. La situation était assez gênante et compliquée
comme ça. J’étais en pleurs, je n’arrivais pas à me calmer ; je me
demandais comment j’allais faire, et surtout, si j’en étais capable.
UNE VRAIE LIONNE
Encore une fois, je devais repartir de zéro, trouver un appartement,
changer de ville. Mais cette fois-ci, je n’étais plus seule. J’avais ce petit
être, ce miracle qui était en moi, et à qui j’avais déjà promis de le
protéger et de le chérir. Pour moi, c’était une évidence. Je ne pouvais pas
faire autrement que de garder ce bébé, de veiller sur lui du mieux que je
le pourrais, et surtout, de l’aimer comme personne d’autre.
La veille, j’étais allée faire confirmer et contrôler ma grossesse à
l’hôpital. Lors de cette première échographie, j’avais pu connaître la date
du terme, mais j’avais surtout vu mon bébé et entendu son cœur ! Toute
ma vie avait pris du sens, tout ce que j’avais attendu se produisait enfin.
La première fois que j’avais fait une échographie, c’était à 21 ans, lors de
ma grossesse extra-utérine. Bien sûr, je n’avais pas eu de cœur à écouter.
Mais c’était le cas, maintenant ! Je voyais mon enfant, ma chair, mon
sang, et je l’entendais.
Toute ma vie a changé à cet instant. C’était comme si je prenais dix ans
d’un coup. Je suis devenue mature et responsable. En tout cas, je savais
que j’allais désormais devoir m’occuper de quelqu’un d’autre que moi, et
je souhaitais le faire parfaitement bien.
J’attendais mon premier bébé et me retrouvais seule. J’avais activé le
mode guerrière, en me disant que rien ni personne ne m’empêcherait
d’élever mon enfant correctement, qu’il ne manquerait de rien, que ce
soit en termes d’amour, d’éducation ou de confort matériel. J’allais
redoubler d’efforts pour travailler encore plus, et trouver des solutions
pour m’occuper de mon bébé le mieux possible. Voilà tout ce à quoi je
pensais dans la voiture, sur le chemin en direction de chez mon père. Lui
et ma belle-mère m’ont accueillie chez eux quelques mois, le temps que
j’aie une situation et un appartement.
Deux mois après, j’ai décidé d’aller vivre à Narbonne, une ville où je ne
connaissais personne d’autre que ma tante et ma cousine. En fait, j’avais
envie d’un nouveau départ. Je me suis donc installée dans une ville où,
quand j’étais petite, je partais en vacances avec mes grands-parents, qui
avaient une maison là-bas. J’en gardais de bons souvenirs, même s’ils
étaient vagues.
J’avais envie d’élever mon enfant dans les meilleures conditions. J’ai
choisi de m’éloigner de mes amis et de ma famille lors de cette grossesse.
On pourrait avoir le réflexe contraire, surtout quand on est seule, et se rapprocher encore plus de sa famille pour avoir de l’aide. Mais j’avais
besoin de me mettre en condition, comme avant d’entrer sur un ring.
J’allais mettre un enfant au monde en étant seule, j’avais besoin de ces
quelques mois pour me préparer, et surtout pour me renforcer
psychologiquement.
On ne sait jamais à quoi s’attendre lorsqu’on attend son premier bébé,
encore moins quand on s’apprête à l’élever seule. Je me suis transformée
en lionne. Personne ne s’approcherait de moi ou de mon bébé. Cette
situation m’avait renfermée, mais j’avais en moi une envie de me battre
et de prouver au monde entier que je pouvais y arriver. Et surtout, de
montrer à mon petit bout que, quelle que soit la situation, on est capables
de relever tous les défis, de tout surmonter, qu’aucune limite n’est
infranchissable sur cette Terre. C’est la base de l’éducation que je voulais
lui donner. Je me devais donc de la respecter.
NOUVEAU DÉPART
À peine arrivée à Narbonne, j’ai trouvé un appartement. J’avais revendu
ma voiture et quitté mon domicile parisien pour partir vivre avec
Maxime, donc je n’avais plus rien, je repartais vraiment de zéro.
Stratégiquement, j’avais choisi un appartement près de l’hôpital, à deux
minutes à pied. Il y avait un très bon service maternité, avec de super
sages-femmes et gynécologues. L’essentiel pour moi ! Le critère
principal n’était plus qu’il y ait des boutiques, des bars ou des
discothèques près de chez moi, mais un centre de santé de qualité pour
mon suivi de grossesse mensuel, sans aucune pression. C’était chose
faite !
Sitôt arrivée, je me suis rendue dans cet hôpital afin de rencontrer
médecin et sage-femme et de faire le point sur ma grossesse, mais aussi
sur mon endométriose. Je n’avais aucune idée d’où en était ma maladie,
les premiers symptômes de la grossesse correspondant à ceux liés à
l’endométriose : nausées, vomissements, douleurs dans le ventre et dans
le dos. Lors de ce premier rendez-vous, je suis restée assez longtemps, et
l’on a fait le tour de tout.
On m’a énormément rassurée, et surtout, on m’a appris que lorsqu’on
parvenait à tomber enceinte, l’endométriose se mettait en pause. La
grossesse faisait disparaître la maladie ou la repoussait, en quelque sorte.
Le gynécologue me l’a expliqué ainsi : « Il faut être vigilants au début de
la grossesse, car elle peut exacerber les symptômes de la maladie au
cours du premier trimestre, mais elle peut ensuite, jusqu’à
l’accouchement, permettre une accalmie, due à la modification des
hormones. » En gros, ce que j’ai compris à ce moment-là, c’est que si ma
maladie revenait, ce ne serait pas avant le retour de couches !
En quoi la grossesse peut-elle faire disparaître
les symptômes ? Pour combien de temps ?
Réponse du docteur Michel Mouly, gynécologue, chirurgien
et obstétricien :
Pour la vaste majorité des femmes souffrant d’endométriose, la grossesse et
l’accouchement se passent sans encombre. Parce qu’elle suspend les cycles
menstruels, la grossesse s’accompagne généralement d’une disparition des
symptômes d’endométriose. Pendant les trois premiers mois de la grossesse, il
arrive parfois que ces symptômes soient toujours présents voire plus intenses, mais
ils s’atténuent fortement ou disparaissent au cours des deux derniers trimestres.
Chez certaines femmes souffrant d’endométriose, il arrive toutefois que la grossesse
s’accompagne de l’apparition de douleurs d’un nouveau type. En effet, avec la
croissance de l’enfant à naître, l’utérus augmente de taille, il peut alors appuyer sur
des lésions d’endométriose jusque-là silencieuses. Chez des femmes opérées
d’endométriose, l’utérus qui augmente de volume peut tirer sur des cicatrices
fibreuses ou des adhérences post-chirurgicales. Certaines adhérences peuvent se
déchirer sous la pression de l’utérus qui devient de plus en plus volumineux, voire
exceptionnellement provoquer une hémorragie interne. Lorsque les adhérences ou
des lésions d’endométriose affectent les ligaments qui attachent l’utérus à la paroi
interne de l’abdomen, des douleurs ligamentaires apparaissent de manière plus
intense que lors d’une grossesse sans endométriose. Ces douleurs sont surtout
présentes lors du premier et du troisième trimestre de grossesse.
ET POUR VOUS, LA GROSSESSE
A-T-ELLE EU UN RETENTISSEMENT
SUR LA MALADIE ?
Lydia. Pour ma part, les grossesses ont réduit les souffrances liées à l’endométriose. Je
touche du bois pour que cela dure. Je n’ai plus de kystes ni trop de douleurs dues aux règles
contrairement à avant, où j’étais pliée en deux tous les jours. La contraception ne m’avait pas
aidée… On va dire que la nature fait bien les choses !
Élodie. Je suis diagnostiquée depuis maintenant deux ans officiellement, après une bataille
acharnée que nous connaissons toutes malheureusement et un peu plus de huit ans d’errance
médicale. Je suis âgée de 29 ans et actuellement enceinte de sept mois. J’ai des atteintes au
niveau ovarien, du torus, des ligaments utéro-sacrés et du rectum. C’est ce qui a pu être vu lors
de mon I.R.M. et des toucher vaginaux. Jusqu’ici, j’ai toujours refusé les protocoles
médicamenteux ou opératoires, car malheureusement les spécialistes m’ont fait plus de mal que
de bien. Ma gynécologue nous a mis la pression il y a un an pour démarrer un projet bébé avant
d’avoir recours à la PMA si besoin. Nous n’étions pas prêts psychologiquement, et j’ai trouvé
cette étape et les mots utilisés très durs, j’ai eu un suivi psychologique derrière. Tout cela a été
sans succès jusqu’à la rupture d’un de mes kystes ovariens, je suis tombée enceinte le mois
suivant.
Depuis ma grossesse, j’ai pu constater une évolution au niveau de mes symptômes. Au niveau
digestif, je ne suis plus de régime anti-inflammatoire. Peu importe ce que je mange, je n’ai plus
de ballonnements, d’épisodes de constipation, de diarrhée ou de crampes abdominales. Je
souffre cependant de mes ligaments utéro-sacrés. Ils étaient déjà pas mal atteints à l’origine, le
fait qu’ils s’étirent avec la grossesse n’aide pas à soulager les douleurs. Je n’ai plus de
douleurs lors des rapports sexuels et je ne suis plus tributaire des variations hormonales de mon
cycle comme auparavant.
L’après-grossesse justement me pose question, car cette accalmie dans la maladie m’a fait du
bien, et j’appréhende énormément le retour des crises. La question qui me reste à l’esprit reste
tout de même celle de savoir si j’aurais eu besoin d’un protocole PMA ou non. Si l’on ne
m’avait pas précipitée dans ce projet bébé, aurais-je réussi malgré tout dans quelques années
(je souhaitais attendre d’avoir un emploi stable et la trentaine) ? Quoi qu’il en soit, j’accueille
ce petit miracle de la vie avec beaucoup de joie.
Julia. J’ai eu mes premières règles à 10 ans, très douloureuses, à m’en tordre par terre, à en
vomir, etc. J’ai ensuite eu différentes pilules et patchs contraceptifs pour calmer les douleurs
également. Le diagnostic de l’endométriose a été posé sept ans plus tard puisque le corps
médical ne me prenait jamais au sérieux. On a découvert l’endométriose lors d’une I.R.M. en
me disant à 17 ans que je n’aurai jamais d’enfants de façon naturelle.
Aujourd’hui, j’ai 32 ans, je suis maman d’une petite fille de deux ans et demi que j’ai eue par
fécondation in vitro. Lors de ma grossesse, toutes les douleurs et les symptômes ont disparu, j’ai
cru à une possible accalmie, mais une fois l’accouchement passé, tout est revenu fois dix. La
maladie est là plus que jamais avec des douleurs dans le bas du dos, des vomissements, des
migraines et j’en passe.
Amélie. Je suis atteinte d’endométriose depuis des années, j’ai subi six opérations, dont une
qui m’a coûté l’ablation des deux trompes, une opération du cancer du col de l’utérus et six FIV
à mon actif. Mon mari et moi, nous sommes allés en Espagne pour la dernière fécondation in
vitro, puisque la maladie m’a obligée à faire appel à un don d’ovocytes.
J’ai été alitée tout au long de la grossesse, car j’avais un gros hématome qui me provoquait des
saignements. Les douleurs pendant la grossesse étaient moins fréquentes et moins intenses,
mais, une fois l’accouchement passé, mon endométriose a de nouveau flambé avec énormément
d’hémorragies, d’où l’ablation de l’utérus, à 40 ans. Malgré tout, nous avons réussi à être
parents donc, pour nous, c’est la plus belle des victoires sur cette maladie.
Comme mon premier trimestre allait s’achever, on a décidé de faire des
contrôles réguliers, compte tenu de mes antécédents. Mais cette grossesse
semblait se dérouler au mieux, et c’est tout ce que j’espérais entendre.
J’avais peur qu’il y ait des problèmes à cause de ma maladie, que mon
enfant en ait, ou que cette grossesse soit interrompue. Alors, quand on
m’a annoncé qu’elle avait de grandes chances d’arriver à terme et que
tout allait bien, j’étais aux anges. En plus, lors de ce premier rendez-
vous, on m’a aussi révélé le sexe de mon bébé… C’était une fille !
GIRL POWER !
J’attendais une petite fille ! Franchement, je n’avais pas forcément de
préférence. Tout ce que je voulais, c’était que ma grossesse se passe bien
et que mon enfant soit en bonne santé. Une fille, ça m’allait très bien. Je
lui montrerai que même une femme peut se battre envers et contre tout, et
qu’elle n’a besoin de personne pour le faire ! J’en ferai une warrior
comme moi.
Au fil des mois et au fur et à mesure que je restais seule, je me forgeais
un caractère encore plus affirmé, une force mentale que je n’aurais pas
imaginée. J’étais sans personne, sans argent – j’avais tout investi pour
l’apport, à l’achat de mon appartement –, mais peu importait. Rien ne
pouvait me ruiner le moral, j’allais tout faire tout pour remonter la pente
et offrir un bel avenir à ma fille. Quand je vous dis que je n’avais plus
d’argent, c’était vraiment le cas.
D’ailleurs, je n’ai pas meublé mon logement tout de suite. La première
pièce que j’ai aménagée était la chambre de ma fille ! Elle n’était pas
encore là, mais je préférais acheter son lit plutôt que le mien. C’était
symbolique. Je voulais lui montrer qu’elle ne manquerait de rien et
qu’elle passerait avant tout, même avant moi. Je me suis donné une
mission en tant que maman solo, celle de redoubler d’efforts et d’amour.
Surtout, les filles, ne doutez jamais de vous, ne sous-
estimez jamais la force qui sommeille en vous ! Si vous
vous retrouvez dans cette situation, ne baissez pas les
bras. Relevez la tête, retroussez vos manches, et
prouvez-vous que vous pouvez le faire, car c’est le cas !
Ce n’est pas la phrase la plus réjouissante, mais voici celle que je me
répète souvent pour me mettre un coup de pied aux fesses : on naît seul,
on meurt seul, personne ne se bougera pour nous si nous ne le faisons pas
nous-mêmes.
Vous êtes maîtresse de votre destin, de votre vie, alors
allez-y ! Et surtout, n’ayez pas peur, faites-vous
confiance !
Je me suis fait confiance, et certes, au début j’ai dormi sur un matelas que
m’avaient gentiment apporté ma tante et ma cousine – heureusement que
je les avais dans cette épreuve –, dans un appartement vide, mais, petit à
petit, j’ai tout meublé jusqu’à nous constituer un véritable nid douillet.
Comme on dit : « Petit à petit, l’oiseau fait son nid. » Alors, ce n’était
peut-être pas parfait, mais tout était prêt pour accueillir bébé.
Tous les mois, je passais des examens et faisais des prises de sang pour la
grossesse. Au bout de presque cinq mois, on a découvert que je perdais
du liquide amniotique. La sage-femme qui me suivait n’a pas voulu
prendre de risques et m’a tout de suite prescrit l’alitement. Là, je vous
avoue que c’était un peu la panique. Être alitée voulait dire ne pas
pouvoir bouger du tout, sauf pour des choses vraiment basiques, comme
faire pipi ou prendre une douche… c’était tout ! Comment allais-je
faire ?
Malgré un mental d’acier, j’étais seule, donc, concrètement, ça me
paraissait compliqué. Heureusement, ma maman a volé à mon secours.
Elle a pris le train pour venir me seconder. Elle est donc restée quatre
mois, pour m’aider, me faire à manger, les courses. Finalement, avoir de
la compagnie n’était pas si déplaisant. Bon, cela dit, elle en a pris pour
son grade, la pauvre ! Elle venait m’aider, mais elle a subi toutes mes
sautes d’humeur et mon mauvais caractère. Je ne suis déjà pas facile à
vivre à la base, mais alors, si les hormones s’en mêlent, je ne vous
raconte pas… (Oui, il faut bien qu’on rejette la faute sur les hormones !) Pendant cette période d’alitement, je restais à me goinfrer et à regarder
mes séries favorites. Je touchais régulièrement mon ventre, en imaginant
à quoi ressemblerait ma petite fille. Je lui parlais et lui promettais que je
l’aimerais et la protégerais. Je l’appelais « ma doudouce », lui disais que
tout se passerait bien et que je serai toujours là pour elle. Mon lit donnait
sur la fenêtre, alors le soir, je laissais les rideaux ouverts et observais la
Lune en rêvant à ce que serait ma vie de maman, avec mon tout petit
bébé. À comment et à quel point mon existence allait changer.
J’ai choisi son prénom seule. L’avantage, c’est que c’est plus rapide et
qu’il n’y a pas de dispute à ce sujet. J’ai voulu faire honneur à mes
origines espagnoles, et, alors que je regardais la pleine lune, j’ai décidé
que ce serait Luna. J’avais toujours adoré ce prénom !
Je lui chantais des comptines, plaçais des écouteurs sur mon ventre pour
lui faire écouter de la musique classique – j’avais appris que ça favorisait
le développement de l’intelligence chez les enfants – et je lui lisais aussi
des livres, sur les conseils de ma sage-femme. Bref, j’étais déjà à fond,
alors qu’elle était encore dans mon ventre. Je dévorais également des tas
de livres sur l’éducation, les meilleures méthodes à appliquer, la
pédagogie Montessori… Je voulais vraiment le meilleur pour ma fille, et
faute de mode d’emploi, je me renseignais un maximum, pour faire au
mieux une fois que j’aurai accouché.
J’étais seule. Je ne pourrai pas demander conseil ou de l’aide au papa, je
devais donc être au top. Je me mettais une pression énorme !
ET LE PAPA DANS TOUT ÇA ?
En parlant du papa, vous vous demandez sûrement ce qu’il en était. Eh
bien, je n’avais pas eu la moindre nouvelle. Pas un appel, pas un
message. Et, mieux encore, il m’avait bloquée ! Sur son téléphone, les
réseaux sociaux, sa boîte e-mail… Je n’avais plus aucun moyen de le
joindre. J’ai d’ailleurs créé un faux compte pour avoir un aperçu de sa
vie, voir comment il vivait après tout ça ! Je n’aurais pas dû le faire, car
tout ce que j’avais découvert, c’était qu’après une semaine de séparation,
il s’était déjà remis avec quelqu’un… C’était tout ce que je redoutais.
Au fond, j’avais espoir qu’il revienne, la folle envie qu’il réapparaisse
avant l’accouchement, et qu’on élève notre fille ensemble. Qu’elle puisse
avoir un papa. J’en faisais une fixette ; j’épluchais tous les jours son
compte, ses photos avec sa nouvelle copine. Je me faisais du mal. C’était
un vrai coup de poignard de voir ça. Je l’aimais encore et m’en voulais
pour tout ce qui s’était passé. Je n’avais qu’une envie, c’était qu’il me
prenne dans ses bras et me dise : « Tu ne seras pas seule. Je suis là, ne
t’inquiète pas. »
En observant ses publications, les larmes montaient puis coulaient le long
de mes joues. Je caressais mon ventre et promettais de nouveau à mon
bébé que tout se passerait bien. Son papa ne serait définitivement pas là,
mais moi, oui. En constatant que sa relation se poursuivait au fil des
mois, j’ai compris qu’il ne reviendrait pas, que j’allais bel et bien
accoucher et élever Luna seule. Mes espoirs s’étaient envolés, je savais
pertinemment que je ne le retrouverai pas. Je m’imaginais déjà, quelques
années plus tard, expliquer à ma fille pourquoi tout le monde avait un
papa, et pas elle.
JOUR J
Au bout de huit mois et demi de grossesse, dont plusieurs mois
d’alitement, après la dernière échographie, ma sage-femme m’a donné le
feu vert pour bouger un peu. Après tout ce temps, si ma fille venait au
monde, il n’y avait pas de risques pour sa santé. Elle avait un bon
développement, un bon poids, une bonne taille. Maman et moi, nous
sommes allées au carnaval qui se déroulait dans le centre-ville. Ça m’a
fait un bien fou de marcher au rythme des tambours et de la musique.
Je pense que ma Luna a réagi aux sons, puisque le jour même, le
26 février 2017, après avoir pris mon bain comme chaque soir, j’ai perdu
les eaux. Autant vous dire que j’avais bien fait de prendre un appartement
juste à côté de l’hôpital. Les deux minutes qu’il me fallait habituellement
pour y aller se sont transformées en quinze, et l’on pouvait me suivre à la
trace ! Il y avait de l’eau partout !
Comment était-il possible qu’il y ait autant d’eau dans mon ventre ?
J’étais choquée. Une sage-femme a pensé qu’une bouteille s’était renversée dans l’ascenseur. Mais non, c’était juste moi ! Une fois que je
fus installée dans ma chambre d’hôpital, accompagnée de ma maman, la
sage-femme a vérifié mon col et m’a dit qu’il était très fermé. Ce ne
serait pas pour aujourd’hui, mais je devais rester à l’hôpital parce que
j’avais perdu les eaux. Il fallait être très vigilants. Je vous l’ai dit, je suis
de nature très stressée, mais alors, quand il s’agit de mon enfant, c’est
fois dix… J’angoissais pour tout et me demandais pourquoi le col ne
s’ouvrait pas, pourquoi ma fille ne voulait pas sortir. J’envisageais tout
un tas de scénarios.
Après trois jours d’attente, le 1 mars, à 1 heure du matin, j’ai commencé er
à avoir de grosses contractions. Enfin, le col s’ouvrait ! Je suis partie en
salle d’accouchement avec cette douleur horrible… Je ne pensais pas que
les contractions d’accouchement, c’était ça. Vite, vite, il me fallait la
péridurale ou j’allais réveiller tout l’hôpital ! Après l’anesthésie, je me
suis endormie. À 9 h 37, le col était dilaté à 10 cm. J’ai poussé quatre fois
de toutes mes forces, en suivant bien les conseils de la sage-femme, en
respirant, en me transformant en la meilleure sportive de la Terre, et en
me disant que j’allais y arriver.
Ma doudouce était là ! Ma mère a coupé le cordon ombilical, puis la
sage-femme a déposé ma fille sur ma poitrine. Je l’ai regardée en
pleurant de joie. Je ressentais un bonheur immense, que je n’avais jamais
connu auparavant ! Elle était là, je n’y croyais pas. Je l’ai regardée, l’ai
touchée, ai pris ses petites mains dans les miennes, l’ai embrassée et lui
ai dit : « Bienvenue, mon amour. Je suis ta maman et je serai toujours là
pour toi. »
Après toutes ces années pendant lesquelles on m’avait
expliqué que j’étais stérile, que je ne pourrais
certainement jamais mettre un enfant au monde, je tenais
ma fille dans mes bras. Comme quoi, tout est possible, il
ne faut jamais cesser d’y croire !
Tout ce que j’avais espéré depuis que j’avais appris être atteinte
d’endométriose venait de se réaliser. Je devenais maman ! Ce sentiment
me remplissait de bonheur. Je serrais enfin ma fille contre moi, et elle
était en bonne santé. Elle me paraissait si petite et si fragile que je n’osais
pas trop la manipuler.
Le 1 mars 2017, ma vie avait donc changé et pris un vrai sens. En même er
temps, c’était comme si ma fille avait toujours été là, une évidence. Une
chose était sûre, je l’aimais plus que tout, et elle passerait avant tout !
LA PRISE DE CONSCIENCE
Cette fusion qui s’était installée dès la naissance se poursuivait. Je faisais
absolument tout avec ma fille. D’ailleurs, plusieurs personnes de mon
entourage me disaient que j’étais trop fusionnelle avec elle, qu’il fallait
que je vive pour moi, que j’arrive à faire des choses sans elle. Mais vous
vous rendez compte ? Depuis l’âge de 20 ans, je pensais ne jamais avoir
un jour cette chance d’avoir un enfant. Il suffisait que je passe dans le
rayon bébé d’un supermarché, que je voie de jeunes mamans avec leur
nouveau-né ou leurs enfants, pour que je pleure. Des moments à moi
seule, j’en avais assez eu. Tout ce que je voulais maintenant, c’était
profiter de ma fille, que j’avais tant attendue.
J’ai appris à m’occuper d’elle seule. Ma mère est restée les trois premiers
jours après l’accouchement, puis elle est rentrée chez elle, dans le Nord de la France. J’avais peur de ne pas bien faire, mais au fil des jours, j’ai
pris confiance en moi, en mon rôle de mère. J’avais cet instinct maternel
en moi depuis tout ce temps. Je pouvais enfin m’occuper de mon bébé,
prendre soin de lui. Alors, c’est ce que je faisais, et du mieux que je
pouvais. Je prenais plaisir à me balader avec ma fille, à jouer avec elle, à
mettre en place des activités, lui lire des histoires. Ça se confirmait
vraiment… j’étais faite pour être maman, sa maman !
Après cinq mois, j’ai décidé de rentrer auprès de ma famille, dans le
Nord de la France, à une heure de Paris. Je culpabilisais en pensant que
ma fille n’avait que moi, je culpabilisais du fait qu’elle n’ait pas de père
et que je l’éloigne en plus de sa famille maternelle. Après avoir trouvé un
appartement, nous avons pris le train, direction notre nouveau chez-nous.
Ma fille pouvait enfin rencontrer toute ma famille et passer du temps
avec elle. Nous étions heureuses comme ça, mais au fond, chaque soir, en
me couchant, j’avais de la peine. De la peine pour elle, parce qu’elle
n’avait que moi. Toujours, cette question me hantait : « Comment vais-je
le lui annoncer ? »
LE RETOUR DE L’ENDOMÉTRIOSE
Si j’étais rentrée, c’était aussi parce que, après ces cinq mois, la maladie
était revenue. J’avais allaité Luna pendant deux mois, puis j’avais eu mon
retour de couches, et quelques mois plus tard, l’endométriose a de
nouveau frappé à ma porte : « Toc, toc, toc, je suis de retour, tu m’avais
manqué… » Pas toi ! Les douleurs étaient encore plus intenses qu’avant,
dans le bas du ventre, le bas du dos, parfois même dans les jambes…
Je me suis inscrite en salle de sport pour reprendre une activité intense. Je
savais que ça me calmait beaucoup, et ça m’a permis d’atténuer mes
douleurs, en plus de retrouver ma ligne. J’avais également pris rendez-
vous avec les médecins de ma ville, pour voir quel traitement serait le
plus adapté. En attendant, je tournais aux médicaments basiques et au
sport.
Quand les douleurs ne me permettaient pas de me lever, ma maman
venait m’aider et gardait Luna. C’était plus difficile qu’avant, car cette
fois, je devais vivre avec l’endométriose, mais aussi m’occuper de ma fille. Je ne pouvais pas m’allonger avec ma bouillotte et attendre que ça
passe. J’étais seule, et je ne voulais pas que Luna se rende compte de
quoi que ce soit, donc je restais parfois pliée en deux, mais je marchais et
jouais avec elle, je la portais… Je souffrais en silence et consacrais toute
l’énergie qu’il me restait à ma fille.
Juste après son premier anniversaire, nous avons déménagé dans une
maison. Je souhaitais qu’elle ait une grande chambre, comme elle
grandissait et marchait. Elle avait besoin de plus d’espace. Je tenais à ce
qu’elle ait un jardin avec des jeux extérieurs.
Je faisais tout en fonction d’elle, pour son bien-être. Je voulais qu’elle ne
manque de rien ; c’était mon seul objectif. Chaque jour, je me disais
« OK, elle n’a que moi, mais elle aura autant d’amour et de confort que si
elle avait ses deux parents ». Alors, c’est vrai, je ne dormais pas
beaucoup, j’avais le cerveau en ébullition, pour être toujours plus
créative au travail et dans mes projets. Je créais du contenu pour les
réseaux et recherchais une agence d’influenceurs pour travailler avec de
plus grandes marques. Ma seule peur à cet instant, c’était de ne pas
gagner assez d’argent, de ne pas pouvoir nourrir ma fille comme je le
voulais, pouvoir l’habiller comme je le désirais…
Bref, je me mettais une pression énorme. Mais j’y arrivais ! Luna ne
manquait de rien. C’était une enfant bien éduquée, gentille, drôle. À un
an, c’était même un vrai petit clown ! Elle cherchait toujours à me faire
rire, à danser, chanter, faire des spectacles avec ses robes de princesse.
C’était une fillette heureuse, et à partir de ça, je me disais : « OK, t’es
seule, mais tu gères plutôt bien. » J’avais la ferme intention de continuer
comme ça. Et puis, le principal était là : on s’aimait plus que tout, on était
fusionnelles, tout le temps ensemble. On n’avait besoin de rien d’autre.
RETOUR À LA
(TÉLÉ)RÉALITÉ
Peu après son premier anniversaire, on m’a proposé une nouvelle
téléréalité. C’était une émission de rencontres, mais pas seulement. Avant tout, c’était un programme où l’on pouvait régler nos problèmes,
travailler sur notre mal-être avec une coach de vie.
L’idée de partir en tournage en République dominicaine pendant
plusieurs semaines, loin de ma fille, me traumatisait. Mais après réflexion
et discussion avec ma famille, qui m’avait promis de bien prendre soin
d’elle pendant mon absence, j’ai accepté. Je le faisais pour elle, pour
nous.
Une téléréalité, c’est plutôt bien payé. Puis, derrière, ça nous permet de
travailler davantage avec les réseaux sociaux. La visibilité que cela nous
donne nous amène de nouveaux abonnés. La communauté s’agrandit et
nous fait confiance quand on lui présente des marques. Or, le travail avec
les marques était ma rentrée d’argent principale pour m’occuper de ma
fille. J’avais envie de développer mes réseaux un peu plus, c’était donc
l’occasion idéale !
Certaines mamans vont au bureau tous les jours. Moi, je partais en
tournage deux fois dans l’année, et, le reste du temps, je travaillais depuis
chez moi. L’un dans l’autre, je me sentais chanceuse de pouvoir être avec
Luna au quotidien, et je prenais sur moi pendant les séparations, que je
savais temporaires, même si cela était très dur, car, comme je vous l’ai
dit, je suis très proche de ma fille.
Le temps de cette émission en République dominicaine, je lui téléphonais
chaque matin, avant le début du tournage. Avec le décalage horaire, ça
tombait bien, et je pouvais l’appeler en visio. La voir me faisait un bien
fou. Luna ne vivait pas mal notre séparation. Elle ne pleurait pas, elle
était bien avec ma sœur et ma maman. Ça m’apaisait beaucoup, même si
je n’avais qu’une hâte : la retrouver !
LOVE COACHING
Durant le tournage, j’ai bénéficié d’un coaching avec Lucie, la love
coach, qui est également énergéticienne. Tout le monde n’en disait que
du bien, donc j’avais hâte de voir ce qu’elle pouvait m’apporter. Ma
problématique, c’était que je me sentais abandonnée. Je n’avais plus
confiance en personne, plus confiance en l’amour.
Au fond, j’étais toujours amoureuse de Maxime, et j’étais rongée par le
fait d’élever ma fille sans lui, en le sachant en couple avec une autre.
Côté cœur, dès que je rencontrais quelqu’un, je le comparais à Maxime,
et je ne le trouvais jamais à la hauteur, donc ça n’allait pas plus loin. Je
ne pouvais pas trouver l’amour, et je n’en avais pas réellement envie, car
je ne voulais qu’un seul homme. Cet abandon que j’ai expérimenté et
cette douleur avec laquelle je vivais au quotidien me rendaient triste et
incapable de me projeter en couple à nouveau, si ce n’était pas avec le
père de Luna. Il fallait que je m’enlève cette idée de la tête. Cela faisait
deux ans que je n’avais aucune nouvelle de lui, et il était toujours en
couple.
Lucie m’avait prévu un massage sur la plage, réalisé par une dame qui
travaillait avec les énergies. Une sorte de magicienne du bien-être ! Cette
femme ne parlait pas français et ne le comprenait pas non plus. Au fur et
à mesure que je me confiais à Lucie sur mon histoire avec le père de ma
fille, sur le mal-être que je ressentais chaque jour, la masseuse allait
exactement aux endroits qu’il fallait. Lorsque j’évoquais la grossesse que
j’avais dû vivre seule, elle travaillait sur mon ventre, lorsque je parlais de
ma fille et de tout l’amour que j’avais pour elle, que j’affirmais pouvoir
donner ma vie pour elle, la masseuse se rapprochait de mon cœur…
Au fur et à mesure, j’éprouvais une sensation étrange. C’était comme si
Lucie et la masseuse parvenaient à soulager mes douleurs, ces douleurs
profondes que je ressentais depuis deux ans. Le soin soulageait
également mes souffrances physiques, surtout lorsque la praticienne
travaillait au niveau de mon ventre. C’était comme si me défaire de mes
énergies négatives et libérer ma parole calmait les douleurs liées à
l’endométriose. Comme si ce massage et ces paroles permettaient de
rééquilibrer mes énergies, pour que je retrouve un bien-être
psychologique. J’avais cette sensation que tout le mauvais en moi
s’évaporait, partait très loin.
Après cela, je me suis sentie très fatiguée, mais soulagée d’un poids.
Voilà, je l’avais avoué, alors que jusque-là je ne le reconnaissais pas et
essayais de me convaincre du contraire : j’aimais encore Maxime. J’avais
espoir qu’il revienne, mais il fallait que je me rende à l’évidence et que
j’avance… Cela n’arriverait pas. J’ai alors effacé le faux compte que
j’avais créé. À partir de ce jour-là, j’ai arrêté de surveiller ce qui se passait dans sa vie. Je ne voulais plus rien savoir, je ne voulais plus avoir
mal.
LE RETOUR
Je suis rentrée de ce tournage après un mois d’absence – les plus longues
semaines de toute ma vie, parce que loin de ma fille. Nous sommes
restées au moins dix jours à la maison, dans notre bulle, à nous faire des
câlins, à jouer. On ne se quittait plus, on s’était trop manqué !
J’étais soulagée d’avoir retrouvé ma fille, et également de m’être confiée
comme je ne l’avais jamais fait auparavant. Cela n’allait pas être facile,
mais je savais désormais que je devais tourner la page. Pour mon bien-
être et celui de ma fille, il était indispensable que j’accepte que son père
ne reviendrait pas. C’était comme ça, il fallait que j’avance en essayant
de ne plus penser à lui.
L’été approchait. J’avais prévu trois semaines de vacances chez mon père
et sa femme, dans le Sud de la France, près d’Aix-en-Provence. Ils ne
vivaient pas près de chez nous, donc, dès que cela était possible, je
descendais les voir pour que l’on puisse passer du temps avec eux. Luna
avait l’habitude de tout faire avec moi, et elle était contente d’aller passer
des vacances au soleil, chez papi ! La famille est importante pour moi, et
il était essentiel que je fasse vivre ces instants précieux à ma fille.
Pendant notre séjour, nous allions à la plage, au restaurant, à la piscine,
nous balader, découvrir de jolis paysages. Parfois, j’allais me promener
seule avec Luna, car on avait parfois ce besoin de se retrouver rien qu’à
deux.
Un soir, alors qu’on était sur le point de passer à table, mon téléphone a
sonné. J’ai tout de suite pensé au travail.
Mais j’ai vu « Maxime » s’afficher à l’écran. Je me suis dit que c’était
impossible, que ça ne pouvait pas être le Maxime auquel je pensais. J’ai
ouvert le message et lu : « Coucou, je voulais savoir si tu étais prête à
faire un test de reconnaissance. Si Luna est bien ma fille, je suis prêt à
assumer mon rôle. Je suis prêt à te voir pour que l’on discute de tout ça,
afin de faire au mieux pour elle. »
Les bras m’en tombaient, mon cœur s’emballait. Je ne savais plus où
j’étais. J’ai eu besoin de quelques instants pour assimiler ce qui venait de
se passer. Après deux ans de silence, je recevais enfin des nouvelles du
père de ma fille. Je n’y croyais plus, c’était un véritable choc ! Tout se
mélangeait dans ma tête, et j’avais besoin de prendre mon temps pour
remettre ça en ordre et pouvoir lui écrire.
MIEUX VAUT TARD QUE JAMAIS !
Le lendemain, je lui ai donné une réponse favorable et l’on s’est donné
rendez-vous à mi-chemin, comme il était à Cannes et moi près d’Aix-en-
Provence. Mon père était le seul au courant. Étant donné la scène à
laquelle il avait assisté en venant me chercher chez Maxime, deux ans
auparavant, en me retrouvant, enceinte, devant un portail fermé, sans
aucune explication de la part de mon ex, il n’était pas très enthousiaste.
Mais en bon père, il m’a soutenue. Il m’a prêté sa voiture et m’a dit :
« Vas-y, va voir ce qu’il a à te dire. Nous garderons Luna. »
Maxime voulait que l’on discute de Luna. Je ne savais absolument pas ce
qu’il en était de sa vie amoureuse, s’il était toujours avec une fille ou
célibataire. J’avais quand même ma petite idée, car celle avec qui il était
en couple juste après notre séparation l’empêchait de tout. À l’époque,
elle m’avait envoyé un message qui disait : « Bien fait pour ce qui
t’arrive, tu mérites pas mieux. Maintenant, laisse-nous tranquilles. »
J’avais l’impression qu’elle tenait les rênes. Alors, pourquoi reviendrait-
il au bout de deux ans, sachant qu’il n’avait rien fait avant ?
En y réfléchissant, j’ai trouvé ça bien. Oui, deux ans, c’était long, mais
certains hommes ne reviennent jamais. Lui avait fait ce premier pas, il
avait pris sur lui et m’avait contactée. Il était prêt à prendre soin de sa
fille, et c’était une super nouvelle pour Luna. Il y a des hommes qui ont
besoin de temps pour encaisser ce genre de nouvelle. Je savais que, à
l’époque, Maxime ne voulait pas d’enfant, qu’il n’était pas prêt pour ça.
Je me disais qu’il avait dû gagner en maturité et que finalement, pendant
ces deux ans, il n’avait jamais cessé d’y penser. Sa fille avait toujours été
dans un coin de sa tête.
Quant au test de paternité, cela ne me posait aucun problème. S’il n’avait
besoin que de ça pour reconnaître sa fille, on pouvait y aller ! Je
comprenais qu’il ait besoin d’une preuve, et je n’avais aucun doute sur
l’identité du père de ma fille. Il pouvait donc faire tous les tests qu’il
voulait. Avant de partir le rejoindre, j’étais tellement stressée, surexcitée,
mais, en même temps, hésitante. J’avais peur, je me demandais comment
ces retrouvailles allaient se passer. Bien évidemment, comme toute
femme qui se respecte, je me suis mise sur mon 31. Je me suis apprêtée,
sans trop en faire non plus, mais j’avais envie de lui plaire de nouveau.
J’ai enfilé un petit body noir, une jupe courte fleurie, des claquettes, des
bijoux, et c’était parti ! Au fond, j’avais envie de le séduire, et toujours ce
petit espoir qu’on se remette ensemble, qu’on devienne une vraie famille.
C’était mon rêve depuis plus de deux ans.
RETROUVAILLES
À midi, j’ai fait un bisou à Luna, puis j’ai pris la route. J’avais plus d’une
heure de trajet, et le sourire aux lèvres tout du long ! J’espérais
simplement que ce sourire perdurerait après la rencontre. Arrivée au lieu
de rendez-vous, je l’ai vu. Il était venu avec notre petit chien, Billy, que
je n’avais pas revu depuis notre séparation. Doubles retrouvailles !
Physiquement, Maxime n’avait pas changé. Bon, il avait pris en masse
musculaire, puisqu’il continuait les compétitions ; il portait d’ailleurs un
débardeur kaki qui faisait ressortir tous ses muscles, puis il avait toujours
ce visage, ce regard qui m’avaient fait craquer la première fois. Encore et
toujours, exactement mon style ! On s’est fait la bise avec un petit sourire
timide, puis on s’est dirigés vers le restaurant.
On a discuté de Luna, de nous et de ce qui s’était passé. Il y a eu des
moments un peu plus durs que d’autres, mais, finalement, on s’est mis
d’accord. Il allait entrer dans la vie de Luna et assumer son rôle de père.
J’étais tellement soulagée et heureuse pour ma fille.
Tout au long de ce rendez-vous, quelque chose était revenu. Le coup de
foudre qu’on avait eu lors de notre première rencontre se percevait. À
travers les regards, les sourires, j’ai eu l’impression qu’il se passait à
nouveau quelque chose, et que c’était réciproque. Ces papillons que j’avais dans le ventre, dans la tête, partout, c’était lui, et je n’avais qu’une
envie : le récupérer, le prendre dans mes bras, l’embrasser. Mais il ne
fallait pas aller trop vite en besogne. Il était là pour Luna avant tout !
Je sentais que notre complicité revenait, mais je fus au summum de ma
déception lorsque je lui ai posé la question « Tu es encore avec elle ? » et
qu’il a répondu « Non, mais je suis avec une autre ! » Eh bien, il ne
perdait pas de temps, celui-là ! Aux petites piques que je lui ai lancées
ensuite, il a bien compris que j’aurais aimé me remettre en couple avec
lui. Le message était passé.
Il m’a tendu un cadeau en me disant que c’était pour Luna. Bon, je ne
savais pas ce que j’allais dire à ma fille quant à l’identité de la personne à
l’origine de ce cadeau, mais en tout cas, le geste était très mignon.
En rentrant chez mon père, on a ouvert le paquet. J’ai tout de suite mis à
Luna le petit T-shirt de super héros que son père lui avait offert. Son
premier cadeau, c’était symbolique ! J’ai envoyé quelques photos à
Maxime. C’était nouveau pour moi, je pouvais enfin lui envoyer des
images de sa fille, communiquer avec lui. C’était génial ! À partir de là,
on a commencé à s’envoyer d’autres messages.
SECONDE CHANCE
Au retour de sa compétition, où sa petite amie l’avait accompagné, il m’a
annoncé qu’il était à nouveau célibataire, que notre rendez-vous l’avait
chamboulé et qu’il avait toujours des sentiments pour moi. C’était le feu
d’artifice dans mon cœur, un vrai 14 Juillet… Un jour à marquer dans
l’Histoire ! Tout ce que j’avais attendu se produisait. J’étais très
heureuse.
Tout ce que je voulais, c’était bien faire les choses, et dans l’ordre, pour
ne pas trop perturber Luna. Je savais que ce serait un énorme changement
pour elle. Au vu de ce qu’on ressentait à nouveau et de sa volonté de
reconnaître Luna, on a décidé de se laisser une seconde chance et de se
voir rien qu’à deux pour commencer. On se retrouvait le week-end, on se
faisait hôtel et restaurant en amoureux, comme si rien de mauvais ne
nous était jamais arrivé. Nous avions fait table rase du passé et choisi
d’aller de l’avant, de mettre nos rancœurs de côté.
À mon retour, j’avais beaucoup de choses à faire au niveau du travail –
toujours mon métier d’influenceuse –, et j’étais également en pleine
préparation du baptême de Luna, qui approchait à grands pas ! Je jonglais
entre les rendez-vous à l’église – où j’étais d’ailleurs la seule maman solo
face à tous les couples qui venaient –, les magasins de décoration, l’envoi
des invitations à toute la famille.
Maxime ne souhaitait pas être présent. Il ne le pouvait pas vraiment, à
cause de son travail de policier, mais surtout, il ne se sentait pas
d’affronter le regard de mes proches, et de voir Luna pour la première
fois, alors qu’elle serait entourée de tout ce monde. C’était son choix, je
le respectais et le comprenais. On devait organiser cette rencontre au
mieux, pour que notre fille, qui n’avait alors qu’un an et demi et ne savait
pas ce qu’était un papa, puisse assimiler tout ça. Maxime était donc
absent au baptême, mais, quelques jours après, nous avons pris la route
pour Cannes Luna et moi, afin de le rejoindre et de passer du temps avec
lui.
J’étais anxieuse, mais au fond, heureuse. J’avais commencé à montrer
des photos de Maxime à Luna, je lui avais fait feuilleter son album de
naissance, dans lequel j’avais ajouté des photos de son papa, seul et avec
moi. Au départ, il était prévu pour plus tard, quand je lui aurai dévoilé
son histoire. Elle commençait à l’identifier sur les photos et à dire
« papa », donc j’espérais qu’elle le reconnaîtrait une fois qu’elle le
verrait.
Après plusieurs heures de trajet, on est arrivées dans le Sud. Dans le
parking souterrain de la résidence de Maxime, il faisait sombre. Ma fille
était fatiguée, mais à peine son père est-il apparu à sa vitre qu’elle a lancé
un « Papa ! » enthousiaste. Elle l’avait reconnu, comme si c’était évident,
comme si elle l’avait déjà vu. Les gènes avaient parlé ! C’était dingue, et
en même temps tellement touchant.
LA VIE À TROIS
Les jours qui ont suivi ont été magiques. J’avais l’impression que notre
famille avait toujours été unie. Alors, oui, il y avait quelques petits
réglages à faire. Je devais laisser plus de place à Maxime, lui faire confiance, bien que mon côté maman poule, protecteur, prenne parfois le
dessus. En tout cas, on trouvait notre rythme à trois.
Quant au test de paternité, Maxime l’a fait le lendemain de notre arrivée.
Il avait besoin de se rassurer. Les résultats sont tombés, sans que je
ressente le moindre stress, car il n’y avait aucun risque qu’ils soient
négatifs. Mais, quand il a vu qu’il était écrit « 100 % », quand il s’est
rendu compte, sur le papier, que Luna était réellement sa fille, j’ai vu
dans ses yeux un sentiment de soulagement et de lâcher-prise.
Notre famille se construisait et devenait solide ; on était heureux tous les
trois. Pour notre logement principal, il fallait faire un choix, car les allers-
retours entre le Nord et le Sud n’étaient plus possibles. Comme j’avais
ma maison dans le Nord, on est partis s’installer là-bas, après que
Maxime a pris un congé paternité – il pouvait, puisqu’il venait de
reconnaître Luna officiellement.
Notre petite fille était de plus en plus épanouie. Notre vie à toutes les
deux avait changé, mais on était toujours aussi fusionnelles, avec en plus,
notre pilier. Maxime remplissait à merveille son rôle de père, et à force
de le voir interagir avec Luna, l’idée d’avoir un deuxième enfant me
trottait dans la tête.
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