Comment je vis avec l'endometriosr
Chapitre 2 - La découverte de la maladie
Chapitre 2
LA DÉCOUVERTE DE LA
MALADIE
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UNE DOULOUREUSE SURPRISE
Trois ans plus tard, j’avais une relation beaucoup plus fusionnelle,
passionnelle avec un homme, et j’ai directement tout quitté pour vivre
avec lui ; j’ai même changé de région du monde. J’y croyais vraiment.
Un jour, la douleur était plus puissante qu’habituellement. Nous avons
alors décidé d’aller consulter à Marseille, juste avant de quitter la France
pour la Martinique.
Là, on m’a annoncé que j’étais enceinte ! Je suis tombée des nues. J’ai
regardé mon compagnon et lu les mêmes émotions que les miennes dans
ses yeux ; nous étions partagés entre peur, surprise et joie. Mais la joie a
bien vite disparu, puisqu’on m’a annoncé que cette grossesse était extra-
utérine, et qu’elle ne pourrait donc pas se poursuivre.
J’avais 21 ans, j’étais complètement perdue et je cherchais à savoir, dans
un premier temps, ce qu’était une grossesse extra-utérine. Je me souviens
que l’on m’a brièvement expliqué qu’il s’agissait de l’implantation et du
développement de l’œuf en dehors de l’utérus, que la grossesse ne se
déroulait pas dans la cavité utérine comme elle le devrait, mais dans une
trompe de Fallope.
La grossesse n’était pas très avancée et s’arrêterait seule. On m’a tout de
même donné quelques médicaments pour aider le processus, et l’on m’a
fait passer toute une série d’examens, pour essayer de comprendre les
causes de cette anomalie. Pourquoi, à mon âge, sans diagnostic d’un
problème particulier, ma première grossesse était-elle extra-utérine ?
Cette nouvelle nous avait choqués tous les deux, nous étions perdus au
milieu de ce grand hôpital, et j’avais encore mes douleurs. En plus de
cela, j’étais touchée au plus profond de ma chair, car j’avais appris que la
possibilité d’être mère venait de m’échapper. Oui, ç’aurait certes été un
peu tôt, mais même à 21 ans – et déjà bien avant –, j’avais cet instinct
maternel en moi, qui ne demandait qu’à s’exprimer. C’est comme ça ! Je
l’ai toujours ressenti, donc même si ce n’était pas prévu, je me sentais
anéantie.
J’étais sous le choc, et j’allais de salle en salle pour passer des examens,
dans l’espoir de comprendre pourquoi cette grossesse ne s’était pas
déroulée comme elle l’aurait dû.
Avec mon compagnon, quelque chose s’était brisé après cette annonce.
Cette nuit-là, je n’avais pas de soutien, celui dont on a tant besoin dans
ces moments-là. Il y avait juste un silence de plomb. Il me suivait pour
m’accompagner, mais rien de plus. Je pense que lui aussi était sous le
choc, mais sans doute pas pour les mêmes raisons, car il se disait trop
jeune pour être père.
L’ENDOMÉTRI-QUOI ?
Je poursuivais mon chemin jusqu’au bureau d’un énième gynécologue,
toujours pour déterminer la cause de cette grossesse extra-utérine. On
m’avait déjà posé un tas de questions du genre « Est-ce que vous
fumez ? », « Avez-vous un stérilet ? », « Avez-vous eu recours à une
pilule microdosée ? », « Avez-vous une infection génitale ? », « Avez-
vous subi une ou plusieurs IVG ? »
Mais ce médecin-là m’a posé la question fatidique : « Êtes-vous atteinte
d’endométriose ? » D’endométri-quoi ? Kézako ? Je n’en avais jamais
entendu parler, mais ça ne sentait pas bon. Après tous les examens
réalisés durant cette longue nuit – je suis restée, il me semble, plus de six
heures à l’hôpital –, le verdict est tombé. Je souffrais bel et bien
d’endométriose, et c’est ce qui avait provoqué cette grossesse extra-
utérine !
Mon endométriose – oui, dit comme ça, c’est un peu comme si elle et
moi étions amies, alors que c’est tout le contraire – aurait entraîné la
formation de tissus cicatriciels, ainsi que des adhérences qui auraient
interféré avec la capacité de l’œuf fécondé à atteindre l’utérus. Là encore,
pour moi, c’était du chinois. Tout ce que j’avais retenu, après toutes ces
émotions, c’est que j’avais perdu un bébé, et que j’avais en plus une
maladie qui allait me pourrir la vie, et peut-être m’empêcher d’avoir un
jour des enfants.
Voilà ce que l’on m’a annoncé alors que j’avais 21 ans. J’étais atteinte
d’endométriose ! J’ai tout de suite posé un tas de questions. J’avais peur.
Pour moi, ma vie venait de basculer ! J’avais peur et j’étais bouleversée,
puis surprise, aussi, en voyant que le médecin en face de moi ne me
donnait aucune réponse précise. Il m’a seulement expliqué que
l’endométriose était une maladie chronique liée à la présence de tissu
semblable à la muqueuse utérine, en dehors de l’utérus.
Il a ajouté une chose dont je me souviendrai toute ma vie, c’est que cette
maladie pouvait rendre stérile. En une seule nuit, on m’avait annoncé une
grossesse, puis, quelques minutes après, qu’elle ne se déroulait pas
comme prévu, et maintenant, que j’étais peut-être stérile ! Mon rêve de
devenir mère s’effondrait. À mon âge, j’avais à peine eu le temps de me
demander quand je voudrais l’être, que l’on m’expliquait que ce serait
probablement impossible…
ET VOUS, COMMENT VOUS A-T-ON ANNONCÉ VOTRE
ENDOMÉTRIOSE ?
Anne-Laure. J’ai entrepris les essais bébé en 2017. En 2019, j’ai commencé à faire des
examens pour savoir pourquoi je ne tombais pas enceinte. On ne m’a pas apporté de réponse et,
pendant ce temps-là, personne ne me parlait d’endométriose. Six mois plus tard, je suis enfin
allée voir une gynécologue spécialiste des problèmes de fertilité. Elle m’a fait passer l’examen
qui manquait : l’échographie vaginale a permis de déceler un kyste d’endométriose de 5 cm, sur
chaque ovaire. Et là, ce fut le coup de massue, car malgré quelques douleurs pendant mes
règles – rien d’alarmant –, je ne pensais pas être atteinte de cette maladie… jusqu’à ce jour où
j’ai voulu avoir un bébé.
Perrine. J’ai des règles douloureuses depuis mon adolescence. J’ai eu mon premier enfant
sans difficultés, mais, juste après mon accouchement, j’ai eu des règles hémorragiques et des
douleurs atroces. D’après mon gynécologue de l’époque, cela était normal.
Quatre ans après mon premier enfant, nous avons voulu en avoir un deuxième. À ce moment-là,
le parcours du combattant a commencé. Après des années d’errance médicale pendant
lesquelles on me disait que tout venait de mon imagination, plusieurs tests de grossesse négatifs
et énormément de douleurs, nous avons pris la décision de tenter les injections pour « forcer »
la nature. Au bout d’un an d’essais et d’échecs, nous avons demandé à faire une batterie
d’examens gynécologiques pas très agréables, et découvert que mes trompes étaient bouchées.
Nous sommes directement passés par la FIV (fécondation in vitro), et le miracle s’est produit,
puisque cela a fonctionné du premier coup. Neuf mois plus tard, mon petit Maxime est arrivé.
Après l’accouchement, mes règles sont devenues invivables ; les douleurs étaient atroces et
remontaient jusqu’au niveau de l’estomac. Un an après la naissance de mon fils, un samedi soir,
mes règles sont arrivées, mais j’ai senti que quelque chose d’anormal se produisait. Je
ressentais comme des coups de poignard dans mon bas-ventre, et j’en suis tombée dans les
pommes, avec des vomissements horribles. Les pompiers sont venus me chercher et m’ont
conduite aux urgences. On m’a tout de suite fait passer un scanner, et l’on a découvert un
épanchement, sans savoir d’où il venait exactement. Il a fallu m’opérer en urgence.
Après l’intervention, alors que j’étais complètement dans les vapes, on m’a annoncé que tout
cela était dû à mon endométriose, qu’elle s’était déjà bien installée, depuis des années, et qu’il y
avait des lésions un peu partout, jusqu’au péritoine (membrane qui tapisse les parois intérieures
de l’abdomen et recouvre les organes qui sont contenus dans ces cavités). À mon réveil, la
gynécologue m’a expliqué qu’à l’intérieur de mon ventre, c’était le feu ! Que ça saignait
énormément, et qu’ils n’avaient pas pu faire grand-chose. C’était dur à encaisser, mais au
moins je savais. Je n’étais pas folle, ma souffrance depuis toutes ces années venait bien de
quelque part ; mon seul regret est que cela n’ait pas été découvert plus tôt.
Depuis cette opération, je suis en ménopause artificielle, à 40 ans. J’ai pris dix kilos à cause de
ce traitement, mais je n’ai plus mes règles. Je souffre encore, par moments, mais cela reste
supportable. Cette maladie est une bombe à retardement qui te grignote de l’intérieur, petit à
petit. Il faut en parler pour que la maladie soit prise en charge le plus tôt possible !
Aurélie. J’ai des douleurs au ventre depuis l’âge de 7-8 ans, et des périodes de constipation.
À 11 ans, j’ai eu mes premières règles et les douleurs, horribles, se sont intensifiées. Mon
médecin me disait qu’il était normal d’avoir mal au ventre pendant mes règles, mais je me
tordais de douleur à chaque fois, j’avais des flux très importants. Vers mes 15 ans, j’ai consulté
une gynécologue, qui m’a prescrit une pilule en me disant que cela calmerait mes douleurs.
Mais il n’en était rien, elles étaient toujours omniprésentes. Je prenais du Doliprane ou de
l’Antadys chaque fois que j’avais mes règles. J’avais mal deux ou trois jours avant leur arrivée,
comme la plupart des filles. Mais avec cette pilule-là, j’étais déréglée, et la douleur ne se
calmait pas. Les saignements étaient très abondants.
On me disait que c’était dans ma tête. Mon médecin m’a fait passer une échographie, et n’a rien
vu d’anormal. J’ai vécu ça pendant une dizaine d’années. Je faisais parfois des malaises au
moment de mes règles, tant la douleur était intense. Avec mon travail, tous les mouvements que
j’effectuais me faisaient souffrir – en silence, comme toujours. J’avais l’impression que
personne ne me comprenait, et petit à petit, je me renfermais sur moi-même.
Il y a trois ans, j’ai pris rendez-vous avec le remplaçant de mon médecin traitant, qui a pris le
temps de m’écouter et de m’aider. Il m’a fait passer une I.R.M. Verdict : une endométriose
profonde. Il m’a prescrit la pilule Optimizette, qui se prend en continu et qui devait arrêter mes
règles. Mais cette méthode a été un échec, puisque j’ai continué à les avoir. Un jour, j’en ai eu
marre et j’ai décidé de contacter la clinique Tivoli-Ducos, à Bordeaux, qui dispose d’un centre
spécialisé dans la prise en charge des formes les plus sévères d’endométriose. À la suite de
plusieurs examens, je me suis enfin fait opérer, il y a quelques semaines. Depuis, ça va
beaucoup mieux. Je ne suis pas guérie, mais enfin prise en charge, donc rassurée.
PRISE DE CONSCIENCE
Après avoir passé plusieurs heures dans cet hôpital, nous sommes rentrés
à la maison têtes baissées, complètement sonnés. On ne m’avait proposé
aucun traitement, je n’avais eu droit qu’à des réponses vagues et à des
ordonnances pour des examens complémentaires, afin d’évaluer le degré
de la maladie.
Mais une chose venait de changer en moi : ma tristesse et ma haine se
sont transformées en force. J’ignore comment et pourquoi, mais, à ce
moment-là, c’est devenu un combat pour moi.
Je ne connaissais pas cette maladie, je ne savais pas ce qu’elle pouvait
provoquer, comment la soigner et à quel point elle pourrait m’empêcher
de vivre normalement et de devenir mère, mais j’ai décidé que j’allais me
battre. D’un coup, tout s’est éclairé. Toutes les douleurs que j’éprouvais
depuis des années n’étaient pas de simples maux de ventre ; c’était bel et
bien plus grave.
En parallèle, j’ai immédiatement ressenti de la culpabilité. Vous vous
rendez compte, on est déjà triste, et en plus, on se rend coupable de ne
pas avoir parlé ! D’être restée avec cette douleur sans rien dire, et peut-
être d’avoir retardé une possible guérison, ou engendré des problèmes qui
auraient pu être évités.
Ce qu’il faut faire : ne pas normaliser vos douleurs, oser
en parler autour de vous, et consulter plusieurs médecins
pour avoir le bon diagnostic. Non, ce n’est pas normal
d’avoir mal !
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