Coup d'état (French Edition)
TROISIÈME PARTIE. Modalités pratiques
TROISIÈME PARTIE
Modalités pratiques
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Voilà, selon nous et d’expérience – c’est là la meilleure offrande que
nous puissions faire, de la position qui est la nôtre –, ce à quoi il faudra
s’attaquer.
En province, les préfectures. Attaquez les préfectures, et vous aveuglerez
le pouvoir que vous souhaitez faire tomber. Les attaques aux préfectures
doivent prendre une double dimension : l’assiègement, dans le cadre de
manifestations, est idéal en circonstances révolutionnaires et consiste, soit à
produire un rituel (similaire à celui des gilets jaunes), soit à permettre une
pénétration effective du cœur du pouvoir de l’ennemi. En cas de prise, il ne
faudra alors se contenter de saccager, comme cela a été fait lors du Puy-en-
Velay. Il faut le faire minutieusement, et par étapes : saisir l’ensemble des
documents et appareils informatiques, couper les lignes électriques et
réseaux, prendre en otage s’il le faut un certain nombre de hauts
fonctionnaires préalablement ciblés et enfin embrancher les différentes
préfectures prises simultanément afin de tenir des sièges qui, un instant,
permettront soit d’effectiver l’hypothèse d’un coup d’État (la révolution
comporte toujours une litanie de coups, dans laquelle se niche soit celui qui
lui permet d’atteindre sa pleine effectivité, soit celui qui permettra le retour
et la victoire des forces réactionnaires), soit une véritable destitution
territoriale du régime en place.
Cette offensive peut être préparée avec la coupure en amont des circuits
électriques, hydrauliques et les antennes relais (dont les dispositions sont
facilement identifiables) qui alimentent ces lieux. Sachez seulement que des
circuits secondaires existent dans la quasi-totalité des préfectures, et qu’il
s’agira en conséquence à travers ces mécanismes d’accroître la terreur en
vos adversaires, ainsi que d’ouvrir la possibilité d’un siège de longue durée
qui finisse de les faire tomber.
En cas d’impossibilité de prise, dans le cas où, par exemple, les forces de
l’ordre auraient été prévenues et se décidaient à la protéger – du fait de la
ritualisation de la confrontation, par exemple, ou de l’infiltration du
mouvement révolutionnaire –, il faut fixer lesdites forces de l’ordre sur la préfecture – quitte à exagérer l’importance des forces révolutionnaires –
avant de s’élancer sur la seule source de légitimité alternative existant à
l’échelle locale : l’hôtel de ville.
Attention, nul pouvoir formel n’y réside, au sens régimental du terme. En
revendiquant le règne de la Commune cependant, le poids de l’Histoire, et
en en évacuant les couards et politiciens qui squattent ces lieux d’accueil
d’ancestrales puissances, vous vous exposerez certes à une brutale éviction,
puisque vous n’aurez eu accès à une quelconque ligne de commandement à
l’égard des forces de l’ordre et autres institutions qui continueront d’obéir
aux lignes hiérarchiques dirigées par le gouvernement, mais vous ouvrirez,
cependant, une nouvelle page d’Histoire.
Votre prise, réduite au symbolique, comme le fut la Bastille, n’aura
d’efficacité que si vous vous saisissez véritablement du lieu et en faites un
espace de production de décisions, c’est-à-dire de droit, à très court terme,
ainsi que la publicisation de ces décisions. Il faudra, en somme, créer vos
petites tyrannies. Selon l’ampleur qu’aura prise le mouvement, celles-ci
pourront être ironisantes et dérisoires, afin de vous assurer qu’il ne leur soit
plus possible à court terme de gouverner sans que l’on sourie de leur fatuité,
soit primordiales. Vous profiterez du fait que soient fixées, factuellement et
symboliquement, les attentions sur la préfecture, qui n’est après tout qu’un
pur lieu d’exécution qui nécessite son vis-à-vis politique. Il est donc
important d’agir en parallèle.
Avec quoi ? La France est agricole et emplie de chantiers, et dispose
d’engins d’une puissance suffisante pour mettre en déroute les forces de
l’ordre qui quadrillent notre pays.
Les chasseurs disposent aussi d’un arsenal qu’il peut être intéressant de
mobiliser, et ce n’est pas sans raison que Monsieur Macron s’est montré si
complaisant à leur égard au moment où les gilets jaunes s’affirmaient.
Les polices municipales, enfin, disposent d’un arsenal limité mais
particulièrement aisé à accéder. C’est là le lieu qu’il faudra attaquer,
discrètement, et piller, au préalable de toute action, si l’on veut, dans le
rapport de force, par la suite, face à ceux qui nous seront envoyés, peser. Les vols et exfiltrations sont aisés à mettre en œuvre lorsque la panique se
saisit du monde.
Rappelez-vous : s’attaquer à l’hôtel de ville, ou toute autre collectivité,
n’aura d’efficace que si, pendant le laps de temps où vous aurez pris le lieu,
vous revendiquez son plein exercice, et l’invention d’un pouvoir en son
sein. Il est certains territoires où la région a par exemple plus de puissance
symbolique que la capitale, ou le département. Même éphémère, la saisine
symbolique de ces lieux devra en toutes circonstances avoir pour objectif de
fabriquer une nouvelle entrée dans les livres d’Histoire, produisant une
rupture dans la longue et douce expérience successorale des gouvernants.
*
Comment se détermine le succès ou l’échec d’une révolution, en un
territoire fortement étatisé comme l’est la France ? Par la capacité à
provoquer une désolidarisation des instruments du pouvoir et des
gouvernants.
Le principal objectif d’une révolution doit être en conséquence
d’atteindre une masse critique au sein des forces de l’ordre s’assurant de
leur défection. Cette masse critique peut se produire par désolidarisation ou
adhésion. L’échec des gilets jaunes consista en leur incapacité, non pas à
faire trembler, mais à asséner les coups définitifs qui auraient permis de
provoquer la scission de l’appareil de pouvoir qui l’enfaçait. Il aurait pour
cela fallu un mouvement plus protéiforme, avec une prise de contact directe
entre les principales figures des insurgés et des membres de l’appareil
militaire et policier, et à défaut, une stratégie organisée de déstabilisation
intervenant en dehors des moments de confrontation ritualisés, mais aussi
des points nodaux du pouvoir. Cette stratégie aurait dû être adoptée dès lors
qu’il était acquis que les syndicats policiers n’étaient composés que de
traîtres avinés, aussi corrompus qu’engraissés par la prostitution à laquelle
ils se sont soumis en devenant les accessoires privilégiés des gouvernements successifs depuis 2002 ; s’ils avaient, en somme, le moindre
intérêt à s’allier aux classes populaires. Faute de ces éléments, la réceptivité
perceptible des troupes aux demandes du peuple est devenue le tombeau du
mouvement, trompant les manifestants qui ont en conséquence décidé
d’offensives symboliques et de contournements, plutôt que d’une
organisation sévère qui aurait rapidement déstabilisé les frères et sœurs,
pères et mères, tantes, oncles et cousins qui faisaient barrage entre eux et le
pouvoir.
Le pouvoir a tremblé jusqu’à ce que le carnet de chèques soit sorti, et
Monsieur Macron ne tarda pas, rentrant d’Argentine, suite à l’acte III, à
donner les gages qui manquaient à la hiérarchie policière pour assurer la
survie de son pouvoir, au détriment des Français. Il n’est qu’à voir la mise
en scène hystérique qui s’ensuivrait pour légitimer cet accord contre nature,
via les relais médiatiques du régime, multipliant les polémiques artificielles,
cherchant à humilier ce peuple se levant, et prenant notamment appui sur la
terreur que les révoltés, décrits les yeux emplis de sang et le goût de la
violence plein les dents, étaient censés susciter auprès de leurs frères d’âme
qui en face les retenaient, tentant au surplus une scission absurde entre les
« bons » gilets jaunes, nécessairement démobilisés, et les « mauvais », qui
avaient le tort de ne pas se contenter de défiler sans effet. Il fallait créer un
front artificiel entre des êtres qui se battaient pour les mêmes raisons, et, au-
delà d’arroser les forces de l’ordre (et Dieu sait si ce ne fut fait) et de
donner un blanc-seing à leurs unités les plus barbares, leur donner des
motifs psychiques et idéels qui justifieraient l’usage débridé de leur
monopole sur la force. Le 5 janvier 2019, alors que Christophe Dettinger
dégageait un pont à mains nues, et qu’un Fenwick détruisait l’entrée du
porte-parolat du gouvernement, un manifestant perdait sa main devant
l’Assemblée nationale et les manifestations, dont le nombre de participants
était en hausse contre toute prévision « officielle », étaient noyées sous une
pluie de matraques, de gaz, et de nasses à l’origine directe desdits
débordements.
Cela faillit ne pas suffire et lorsque, sur les Champs-Élysées, en
mars 2019, l’on commença à noter les premiers signes annonciateurs d’une débandade organisée (autrement plus inquiétante que la sidération
provoquée par les premiers actes en novembre et décembre 2019,
puisqu’attribuable au manque de volonté des forces de l’ordre et non à la
défaillance de ses dirigeants), l’on procéda ipso facto à la désignation d’un
nouveau préfet de police à Paris, suffisamment médiocre et opportuniste
pour s’assurer de l’application stricte des instructions les plus délirantes et
violentes données par le gouvernement ; ainsi que le remplacement des
« premières lignes » par la mobilisation de nouvelles compagnies
constituées des membres les plus violents et désaxés des forces de l’ordre,
via la constitution notamment des BRAV-M et l’emploi massif de supplétifs
provenant de garnisons extérieures. Il fut par ailleurs passé un accord avec
les syndicats dans la perspective du 1 er mai, qui présentait un sérieux
potentiel de renversement révolutionnaire, et des cortèges furent
coorganisés à distance des lieux de pouvoir pour éviter la jonction du
prolétariat syndiqué et de ce qui serait la dernière mobilisation massive de
gilets jaunes et de populations désocialisées. Les épisodes suivants, et
notamment le déploiement délirant d’une violence restructurée
le 12 septembre, lors d’une tentative de jonction des militants écologistes et
des gilets jaunes, n’apparaîtraient plus que comme des succédanés.
Qu’est-ce qui, dans ce contexte, a manqué ? La possibilité d’offrir une
alternative crédible, des négociateurs porteurs, non d’un discours cohérent –
le nôtre l’était – mais suffisamment proches – c’est toujours,
malheureusement, le paradoxe – des lignes hiérarchiques ennemies pour
balayer les hésitations de ceux qui nous enfaçaient ; une vitesse d’exécution
enfin et quelques pas supplémentaires face à un ennemi qui reculait,
tremblait, et qui, ses faces enfarinées, de maquillage masquant la terreur,
surchargeait.
*
En une seconde vague, il convient de cerner les palais de justice. À court
terme, il s’agit de cibler, tant symboliquement qu’opérationnellement,
l’appareil de répression. L’appareil judiciaire en France est directement issu
des réformes napoléoniennes, qui ont substitué aux juges élus de la
révolution des magistrats dont les carrières sont contrôlées par le pouvoir
politique, et qui jouissent d’une parfaite impunité, jouant en conséquence
un maillon clef dans la chaîne répressive chargée de maintenir l’ordre
social. Les gilets jaunes ont été non seulement réprimés par la force brute,
mais par l’instrumentalisation de l’autorité judiciaire, qui a procédé, via ses
procureurs, à des milliers de placements en garde à vue abusifs. Pourtant, si
vous ne pouvez être déférés, l’engorgement devient rapidement inévitable.
Le palais de justice, qui par ailleurs accueillera à cet instant certains des
vôtres, en passe d’être jugés, servant d’excitant et d’encouragement à
l’engagement, est systématiquement relié à des unités mobiles chargées de
le protéger, et dispose de moyens qui lui sont directement affectés : celles-ci
sont cependant le plus souvent endormies et se trouvent plus aptes à assurer
l’ordre des audiences qu’à se voir confrontées à un mouvement massif qui
se montrerait en mesure de les prendre de court.
La méthode et l’objectif sont intimement liés, le choc enfanté par l’un
pouvant justifier le second. Vous agissez au nom d’une population
maltraitée par un édifice juridique, incapable de la protéger, la traumatisant
par mille aspects. Il faut que votre discours soit translucide, et qu’il
démontre que les instances judiciaires, éloignées de toute forme de juste,
sont aujourd’hui des survivances archaïques qui, des affaires familiales à la
grande délinquance de nos élites en passant par l’insécurité du quotidien, se
montrent incapables d’offrir la moindre protection, et agissent au contraire
comme des instruments de subjugation au service non du peuple, mais de
ses dominants.
Il ne faut avancer que convaincus de ce fait, et pour ce fait. Alors, sans
ne rien craindre de vos gestes, saccagez les archives, les documentations
contenues dans les dispositifs informatiques, gardées, encore
archaïquement, en copies papier, empêchez les fonctions, poursuivez les
procureurs, chassez les instructeurs, dévastez les autels d’où l’on vous toise, brûlez les hermines, dévastez les dépôts, volez les instruments de
coercition, et là encore, vous aurez contribué à cette peur panique d’une
anarchie qui n’aura pourtant pour seule fonction que de féconder et de
réordonner.
Si vous avez besoin de plus de temps, commencez par les centres des
impôts, accompagnés de personnes qui y sont familiarisées, avant de vous
rendre aux lieux dont il vient d’être sujet.
Vous viserez en parallèle les centres de stockage de données, en
particulier ceux qui sont reliés au pouvoir. Les centres de l’hébergeur OVH
et les centres Amazon, les plus importants, sont facilement accessibles et les
premiers notamment présentent des défaillances en matière de redondance
rendant envisageable une déstabilisation sérieuse en cas d’attaques
coordonnées de plusieurs sites : avec des engins artisanaux, une attaque
coordonnée sur plusieurs de ceux-là produira un effet déstabilisateur majeur
au sein du territoire, et effrayera assez l’étranger pour que soit prise au
sérieux l’initiative ainsi enclenchée.
Y a-t-il encore quelque chose à attendre des centrales syndicales, organes
vermoulus d’une république décatie, capables de bloquer le pays pour
quelques salaires et oublieuses des mouvements révolutionnaires lorsque
ceux-ci sont aux portes du pouvoir ? Leurs antennes, leurs groupes locaux,
disposent de tout le savoir-faire nécessaire à l’engagement. Pensons à leurs
branches énergie, dont le potentiel subversif et révolutionnaire est immense,
capables à l’échelle du pays de provoquer en quelques instants des bascules
majeures, et plus encore : dotées d’une connaissance extraordinaire capable
de cibler les lieux où les pouvoirs se montrent en vulnérabilité. Engluée
dans la cogestion inaugurée par le Parti communiste et les gaullistes,
devenue pilier du régime, la CGT dispose de tous les instruments pour le
faire basculer, pour peu de se voir convaincue de l’intérêt d’abandonner les
luttes corporatistes et se joindre aux ferveurs populaires. Pourquoi ne le
fait-elle pas ? Parce qu’elle est, elle aussi, financée et avariée par ceux
auxquels elle est censée s’opposer.
Certains identifieront sans difficulté les nœuds à l’échelle des réseaux de
distribution électrique (il faudra alors privilégier, afin de provoquer des pertes de téléconduite, des interventions sur les systèmes automatisés, soit
dans la salle de dispatching du Centre national d’exploitation du système,
sis dans le quartier Pleyel, à Saint-Denis, soit au sein de l’un des sept
centres de conduite régionaux de RTE – dont celui qui « gère » Paris à
Saint-Quentin-en-Yvelines –, ou à défaut, au sein des postes électriques,
l’accès aux synoptiques afin de passer les postes en local et ouvrir ensuite
les disjoncteurs ; en évitant les systèmes de raccordement aux centrales
nucléaires et en réfléchissant à des actions sur les points nodaux du Réseau
Optique de Sécurité ainsi qu’en identifiant les employés des « dispatchers »
travaillant en 3/8 et chargés de faire tourner les centres concernés 1) et
informationnelle, notamment les points de sortie des câbles de fibre longue
distance (qui offrent des opportunités aux camarades de Penmarc’h, s’ils
souhaitent s’aventurer dans le creux de la plage de Pors Carn [ACE ; SEA-
ME-WE3/9] ou sur celle de Tronoën [SEA-ME-WE-3/10], ou directement à
la station où la DGSE s’est branchée, entre le chemin de Toul Gwin et
le 133 rue des Câbles-sous-marins ; à ceux de la plage du Le Porge, qui
trouveront sous le sable, à la lisière de l’une de leurs plus fameuses dunes, à
quelques pas des premiers arbres, des ouvrages de béton mis au sol et
donnant accès au câble AMITIÉ – et qui, pour les plus aventuriers, pourront
plonger, à cent mètres du rivage, afin d’y accéder à fleur de terre ; à ceux du
Cap Ferret, sur la plage du Pyla, dont une extension sur la plage du
Moulleau, facilement accessible à marée basse ; de Lannion [plage de Beg
Léguer, à à peine deux mètres sous le sable, déjà déterré par la CFDT et à
l’emplacement facilement identifiable] et de Plérin [à l’extrémité de la
plage du Palus de Plouha], concernant les câbles APOLLO et FLAG 2 et
leurs stations respectives [au départ de la rue Louis-de-Broglie pour
Lannion, face à l’IUT ; au centre d’affaires d’Eleusis, rue Pierre-et-Marie-
Curie pour Plérin] ; de Veules-Les-Roses [le câble CROSSLAKE passe à la
lisière des galets, la chambre d’atterrage étant signalée par une porte brune
placée au sol à l’entrée de la plage, la station étant placée sur la D925, peu
avant l’intersection avec la D37, dans un petit bâtiment aux poutres de fer
rouillé apparentes] ; de Saint-Hilaire-de-Riez [la station d’atterrissement de
la Parée Préneau est cependant l’une des plus bunkérisées, héritage de la guerre froide] ; de Toulon et plus particulièrement de la plage des Sablettes
à La Seyne-Sur-Mer, qui « atterrit » notamment le SEA-ME-WE 5 au
niveau du parc paysager et dont le port de Brégaillon accueille la base
d’Orange Marine ; et surtout aux marseillais, qui, en une série de centres
quasi militarisés, accueillent non seulement les plus importants câbles sous-
marins du monde [dont plusieurs sur la plage du Prado, où des trappes
contiguës au poste de secours les guideront], mais aussi de lourdes
infrastructures d’interconnexion2), auxquels s’ajoutent sur l’ensemble du
territoire les points de présence (dont les vingt-quatre PoP de France-IX
ainsi que ceux appartenant à la quinzaine d’autres IXP sis en France,
concentrant les commutateurs et routeurs de cœur et distribution essentiels à
la fluidité du réseau, et dont une grande partie ont leur adresse
publiquement disponible3), chambres de triage (aisément identifiables,
accessibles et pouvant produire de lourds effets en cas d’actions
coordonnées) et éventuellement les répartiteurs nourrissant les boucles
locales cuivre et fibre (dont les répartiteurs et NRA/NRO les plus sensibles,
les premiers étant par exemple dispatchés à Paris au sein de trente-six
centraux téléphoniques, les seconds mutualisés avec les premiers sur moins
d’une dizaine d’entre eux, ces centraux pouvant faire l’objet d’opérations
répétées et isolées, les dizaines de milliers de NRA/NRO étant aisément
accessibles et pouvant faire l’objet d’actions isolées de basse intensité sur
l’ensemble du territoire, notamment en ce qui concerne les plaques de
collecte les moins peuplées 4), les postes sources, de transformation, voire
des postes ciblés de distribution.
D’autres se concentreront sur les huit raffineries hexagonales, notamment
celles approvisionnant directement Paris (Port-Jérôme-Gravenchon), les
repérages concernant leurs points d’accès (voies ferrées et routières), les
principaux équipements à paralyser (au stade de la distillation
atmosphérique plutôt que de l’hydrocraquage ou de l’hydrodésulfuration) et
le recrutement de sources en leur sein. D’autres enfin s’attaqueront plutôt
au recensement des quelques cent dix dépôts de pétrole, dont quatre-vingt-
dix-huit sites stratégiques distribués sur sept zones de défense (notamment
celui de Petit-Couronne), les terminaux méthaniers (Loon-Plage, Montoir-de-Bretagne, et de façon moins immédiatement intéressante les deux
terminaux de Fos), les lieux de stockage de gaz naturel (Tersanne et le
Grand-Serre, Etrez et Viriat, Manosque) et les pipelines. Le réseau de
pipelines LHP-Le Havre-Paris sera visé en priorité, en ce qu’il alimente
Paris et les aéroports d’Orly et de Roissy. Ce réseau relie les terminaux de
livraison du Havre – Gonfreville-l’Orcher et Port-Jérôme – à ceux de
Grand-Quevilly, Gennevilliers, Gargenville (principal site de production de
carburéacteurs), Coignière et Grigny ; le principal oléoduc allant de Port-
Jérôme à Vernon, les plus stratégiques étant ceux reliant Gargenville à Orly,
Gargenville à Vigny et Roissy, Vigny à Gennevilliers et Gennevilliers à
Nanterre. Ils pourront s’appuyer sur des infiltrés au sein de TRAPIL, et se
concentrer en particulier sur le centre de Poissy, où la distribution des
cargaisons est organisée à distance, un système de sécurisation informatique
par communication satellite avec une simple redondance étant facilement
perturbable. Cela permettrait d’éviter de mener des opérations de sabotage
sur les lieux de stockage (en intervenant par exemple sur les circuits entre
cuves et bacs, ou en canalisations aériennes près de stations de pompage, en
se concentrant par exemple sur les centres de stockage de Chennevières-lès-
Louvres et les citernes à carburant d’Athis Mons qui alimentent Roissy et
Orly, ou encore sur celui du port de Gennevilliers, sur la route du bassin
N6), postes de sectionnement, canalisations, dont la cartographie est certes
relativement simple à établir, mais qui, faites d’acier et enterrées à faible
profondeur, présentent des menaces environnementales en cas de
défonction, font des balances de ligne toutes les dix minutes (avec un degré
d’imprécision encore important dû à l’ancienneté des réseaux) et disposent
de plans de remédiation, des bases mobiles étant prêtes à intervenir à court
délai.
Les stations de pompage peuvent être utilement ciblées. Pour les plus
aventureux, des interventions à partir du grand canal du Havre, sur la D982,
et le grand canal à Tancarville, voire la route industrielle longeant la
raffinerie de Gonfreville, pourront être tentées, le hub de Harfleur
apparaissant comme une source de distraction temporaire ; les camarades de
Notre-Dame-de-Gravenchon pouvant intervenir en parallèle aux alentours de Port-Jérôme et ceux de Saint-Jouin-Bruneval depuis la plage, la dune du
Clipon, le belvédère ou le virage de surplomb de la route d’accès sur les
canalisations des appontements, apparentes au niveau des cinq bras de
déchargement, la jetée ou la petite digue d’Antifer, la station de pompage et
les regazéificateurs à ruissellement en surface ou sur l’oléoduc reliant le
terminal à Terre Plein Sud. Il apparaît inutile de cibler les cavités (les trente
de Manosque présentant l’intérêt stratégique le plus marqué en dehors des
zones mentionnées), qui concentrent certes 20 % des capacités de stockage,
mais dont seules les infrastructures superficielles sont atteignables et
apparaissent moins utilement ciblables que la dizaine de dépôts
concentrant 50 % des capacités de stockage et disposant de cinq cent mille à
quatre millions de mètres cubes chacun. En cas d’insistance, il faudrait se
concentrer, en ce qui concerne les sites gaziers, sur ceux qui entourent
Paris : Saint-Clair-sur-Epte, Saint-Illiers-la-Ville, Beynes, Germigny-sous-
Coulombs et Gournay-sur-Aronde, le deuxième concentrant à lui
seul 1,5 milliard de mètres cubes de gaz à quatre cents mètres de
profondeur, soit l’équivalent de 25 % de la consommation annuelle du pays.
Les tours de déshydratation, compresseurs et injecteurs sont relativement
accessibles via les champs adjacents, les dispositifs de sécurisation étant
sous-dimensionnés, une vingtaine de caméras surveillant les abords avec un
sous-effectif humain marqué, tandis que les routes intérieures ne se trouvent
séparées des installations que par des plots de béton espacés, et les routes
extérieures par des grillages légers. Quant aux darses des terminaux
méthaniers, elles connaissent une vulnérabilité faible via leurs canalisations
terrestres ou en cas de tentative d’atteinte à leurs salles de contrôle
(disposant de redondances), à leurs échangeurs ou les stations de comptage
et d’odorisation placées en sortie des terminaux (les réservoirs faisant
l’objet de dispositifs d’intégrité sévères, les stockages tampons
cryogéniques faisant par exemple l’objet de lourdes protections de la dalle
au dôme, les murs étant composés de structures de béton précontraint de
quatre-vingts centimètres doublées de réservoirs internes en acier, et les
dômes de béton armé de quarante centimètres), les flux gaziers (dont les
gazoducs, signalés par des bornes de signalisation jaunes, sont enterrés à un mètre de profondeur avec des postes de sectionnement intermédiaires placés
tous les vingt kilomètres, les points de vulnérabilité ciblables sur l’artère
Normandie Sud étant les postes Tancarville Seine-Nord et Marais-Vernier
Seine-Sud – dont le poste de pilotage, les containers de marinage, la pompe
d’alimentation, le puits de poussée et de sortie sont sis à moins d’un
kilomètre à l’ouest de l’embouchure du canal de Tancarville, des deux rives
de la Seine, puis de Bourneville et de Saint-Pierre-du-Bosguérard ; l’artère
étant aisément identifiable du fait de l’existence d’une bande de servitudes
de huit mètres de part et d’autre de la canalisation interdisant toute
plantation d’arbre) étant plus facilement paralysables par le truchement
d’actions sur les stations de compression et d’interconnexion (Pitgam pour
Loon-Plage, via la route du Deullaert et en particulier ses artères Hauts-de-
France I, qui distribuent notamment le gaz à l’arrivée de Norvège vers
Cuvilly et Hauts-de-France II, exposées notamment par un passage via la
rue du 43e ou Schulleveldt, les points d’entrée étant directement ancrés sous
ladite rue et sur l’ensemble arboricole sis au nord-est de la station, longeant
la rue jusqu’aux points de sortie souterrains se trouvant à la pointe sud-est
de la station, enterrés sous des bandes de paillage d’une largeur de deux
mètres à un mètre de profondeur, le canal donnant quant à lui directement
prise sur les infrastructures terrestres réceptionnant la dérivation des entrées
de gaz)5. Enfin, des infiltrés auprès de la DGEC pourront aider à mieux
cibler et coordonner les opérations6, au regard des stocks contrôlés et
détenus par la SAGESS notamment, ainsi qu’au sein d’un certain nombre
d’entreprises et de filiales spécialisées (GRTgaz, CIM, ENGIE-ERAS,
Elengy, Storengy, Teréga, Fluxys, Fosmax LNG, Dunkerque LNG…) et
d’autres administrations (DGEMP, DIREN, DRIRE…). Les plus distants
pourront se contenter des pylônes électriques entourés de bandelettes vertes,
indiquant la présence de matériaux reliés à de la fibre.
À Paris plus spécifiquement, au-delà de l’identification de tous les
systèmes d’alimentation touchant les lieux de pouvoir, des disruptions plus
spécifiques pourront être provoquées en s’attaquant par exemple aux sept
postes haute tension de la RATP 7 (les PHT de Denfert, Lamarck,
Montessuy, Ney, René Coty et les deux Père-Lachaise) ou par des opérations de disjonction générale à son poste de commande (PCEM), les
opérations au niveau des postes de redressement ou concernant des sections
de ligne étant trop localisées pour produire des effets majeurs, et ne devant
être envisagées qu’en appui à des interventions sur des PHT isolées, qui ne
suffiraient pas à elles seules à provoquer des ruptures majeures8. La gestion
des communications policières (ACROPOL) de Paris et la petite couronne,
qui intègre le système CORAIL-NG de la gendarmerie mobile, est
centralisée boulevard de l’Hôpital, dans le commissariat du XIIIe
arrondissement, au sein du service CESAR 9. La liste des caméras de
surveillance de la préfecture de police est librement accessible, mais ne
tient pas compte de l’accès à un total de près de cinquante mille dispositifs
de vidéosurveillance mobilisables, analysés sur une centaine de sites par
près de cinq mille agents habilités24. Il doit être noté qu’en ce qui concerne
les systèmes de communication des forces de l’ordre (auxquels il faut
ajouter celui de la gendarmerie, RUBIS, qui dispose d’un réseau propre
chiffré, dont la gestion est centralisée au sein du CNES du Fort de Rosny,
aux côtés de la grande partie des services informatiques concernant les
forces de l’ordre 10), l’attaque des relais RUBIS (cent commutateurs et
quatre cent soixante-dix relais radio) et INPT (l’infrastructure séparée
d’ACROPOL et CORAIL-NG, composée d’un peu plus de mille cinq cents
sites relais) peut s’avérer très efficace en province, dans l’attente du
déploiement du Réseau Radio du Futur (RRF) qui est censé unifier
l’ensemble des communications des services de maintien de l’ordre autour
des réseaux 4G et 5G. Ce nouveau système présente d’importantes
vulnérabilités systémiques, les communications des forces de l’ordre étant
rendues dépendantes des réseaux grand public (sur lesquels des droits de
préemption et priorisation seront octroyés seulement sur les réseaux Orange
et Bouygues, exposant les communications des forces de l’ordre à des effets
de saturation en cas de sabotages localisés 11) et des systèmes électriques
dont ils dépendent. Il suffira alors de mettre en œuvre des actions de
sabotage sur les antennes relais y étant rattachées 12 pour provoquer une
désorganisation massive localisée, combinable avec l’identification du centre d’opérations du réseau (NOC) national et des datacenters localisés
servant de support au réseau pour produire d’immenses effets.
En ce qui concerne les services de communication, chaque opérateur
essentiel de l’État dispose de ses propres réseaux, dont ceux de l’armée
(DESCARTES, qui a notamment remplacé SOCRATE, assurant les
communications des sites les plus sensibles, des OPEX et de la dissuasion
nucléaire, répartis sur plus de trois cent cinquante sites primaires ; Poincaré
[interconnexion de près de mille cinq cents sites] ; ICARE, CONTACT,
COMSAT-NG…) sont les plus modernes, avec notamment pour Poincaré
un réseau de plus de dix mille kilomètres de fibre et deux cent soixante-dix
routeurs déployés en propre. Il est à noter que ces réseaux, dont une partie a
été déployée par Airbus – maître d’œuvre de commandes similaires ou
cousines de l’OTAN (E-NPKI) et du Royaume-Uni (SKYNET, DII) – ont
été exposés sous le mandat de Tom Enders à des pénétrations extérieures.
Quant à la SNCF et son réseau IBIS, il est d’autant plus vulnérable que
dépendant de lignes cuivre et fibre déployées le long de voies ferrées sous
de maigres rigoles particulièrement peu surveillées13.
En cas d’insurrection focalisée, le Fort de Rosny sus-cité pourra s’avérer
être un point cardinal, en ce qu’au-delà des communications de la
gendarmerie, il héberge les systèmes PC STORM et TOM qui permettent à
la BRI, au RAID et au GIGN de mettre en place des bulles tactiques de
communication. Une visite à Boullay-les-Troux, où se trouve la station
d’écoute de la DGSI, sur la route départementale 40, ne sera pas de trop.
D’autres enfin, pour le plaisir, s’intéresseront aux oléoducs de défense
commune de l’OTAN (ODC) qui, partant du Havre, alimentent à travers
cinq mille deux cents kilomètres de réseaux CEPS trente-quatre dépôts
militaires européens de l’organisation sous la direction de la CEPMA, allant
du centre de Ramstein à celui sis sous l’aéroport de Bruxelles. Des
camarades wallons, s’ils souhaitent nous rejoindre, pourront s’associer aux
infiltrés de la Compagnie Industrielle Maritime du Havre en charge de
l’arrivée des hydrocarbures, et s’intéresser à la salle de contrôle de Louvain
de la Belgian Pipeline Organisation. Quant à nos confrères antillais, ils ont
parfaitement identifié les centrales au fioul et les OCC chargés d’organiser le réseau et les éventuels délestages qui auraient à être menés. Des
opérations ont d’ailleurs déjà commencé.
Ces sabotages infrastructurels doivent s’accompagner d’une propagande
par le fait qui doit prendre la forme d’un terrorisme intellectuel, à la façon
de Piotr Pavlenski, et protéger les populations : toute attaque ayant un coût
environnemental ou humain doit être proscrite, qu’il s’agisse de viser des
centres nucléaires, ou par exemple des déchetteries ou stations d’épuration
dont les conséquences épidémiques notamment pourraient être
monstrueuses – sans parler des hôpitaux ou autres infrastructures critiques
et précieuses, léguées par nos ancêtres et pillées par nos ennemis.
Il est irréaliste de penser à une coordination nationale chargée
d’alimenter ces processus : en dehors des formations spontanées, qui
permettront d’embrancher ingénieurs, ouvriers, syndicalistes et engagés, il
ne faut s’attendre qu’à des fonctionnements en écho, un passage à l’acte
favorisant l’autre et créant une terreur chez l’ennemi, incapable de mettre la
main sur l’autorité chargée d’instruire ces mouvements déphasés.
Il faut prendre en compte qu’en tout processus révolutionnaire, des forces
très distinctes agissent en parallèle et favorisent la chute de l’ennemi
commun, sans pour autant n’avoir d’accord sur les objectifs ni les moyens.
C’est pourquoi la préparation au coup d’État est essentielle afin de ne pas se
laisser déborder, ainsi que l’élaboration d’une idéologie suffisamment
syncrétique pour atteindre, rapidement, un seuil de consentement et de
représentativité assez large pour s’imposer.
Il faut réfléchir sérieusement, c’est-à-dire en s’appuyant sur une
connaissance fine, non seulement au système politique, mais au système
technique sur lequel ledit système s’appuie.
Qui a pensé à s’attaquer aux centrales qui sont chargées, en un lieu facile
à retrouver – le poste de contrôle et d’exploitation Lutèce –, de gérer la
circulation de Paris, en ajustant le rythme de ses feux ? Qui a pensé à
s’infiltrer en ses super-transformateurs, à portée de main14 ? Qui sait que la
meilleure façon de paralyser l’activité gouvernementale consiste à
s’attaquer, non aux ministères, mais à son secrétariat général ?
Quiconque pense désormais armé, pensera à lier action et pensée.
La question qui se pose est celle de la préparation de l’action. C’est ainsi
que, s’il est possible de s’organiser préventivement, se saisir des lieux de
villégiature préférés du président et du Premier ministre, à la Lanterne
(Versailles, adjacente au château) et au château de Souzy-la-Briche (en
bordure du village), en leur présence ou en leur absence, pourrait ouvrir le
bal de façon particulièrement déstabilisante et relativement aisée, les
dispositifs de sécurisation étant d’évidence réduits en ces lieux. Plus
complexe, il pourrait y être ajouté la désactivation du troisième lieu de
l’État, sis au Petit Luxembourg, et correspondant à la présidence du Sénat
(près du Palais, dans les jardins du VIe arrondissement, accessible par
l’intérieur de ces derniers).
Si l’insurrection touche soudain, et sous une forme populaire similaire à
celle des gilets jaunes, à Paris, il est à craindre que des mesures importantes
soient immédiatement prises, empêchant de s’approcher de l’Élysée. Les
lieux de pouvoir se vident et s’évident, cependant, et s’assurer de ce qu’une
impression d’encerclement et d’isolement saisirait les gisants qui s’y
trouveraient pourrait suffire à produire de grands effets. Circuits électriques,
approvisionnement en eau, télécommunications, en somme, sous-sols : là-
bas comme à Matignon, tout devra être méthodiquement, pas à pas,
identifié, pour être rompu et isolé. Il faut apprendre, puis préparer. La place
Beauvau, par son arrière, en parallèle, sise à quelques mètres, gagnerait à
être plus brusquement investie et saccagée. Il faut prendre en compte que la
rue du Faubourg Saint-Honoré, qui relie les deux lieux, fait l’objet
d’importants dispositifs de sécurisation depuis quelques années, pensés en
cercles concentriques successifs et prévoyant des plans d’évacuation en cas
de pénétration par la foule de l’avenue de Marigny, plans qui avaient été
pris en défaut par les gilets jaunes en 2019, les rues perpendiculaires faisant
l’objet d’une moindre attention. La faille n’a pas été entièrement résorbée,
et d’autres demeurent, notamment en ce qui concerne les arrières et les
bâtiments secondaires, dont celui de la cellule diplomatique, clef du pouvoir
et d’important intérêt.
D’autres lieux, comme le quai d’Orsay, sont tout aussi importants, et
beaucoup plus faciles à prendre. Protégés par le faible 2 e régiment d’infanterie de la Garde républicaine (sous réquisition des présidents de
l’Assemblée et du Sénat), ils offrent accès aux réseaux de communication
téléphonique (OSIRIS, ex-RIMBAUD) et de messagerie (ISIS) sécurisés de
l’État, qui relient les principaux lieux de pouvoir du pays, et dont la gestion
technique est assurée par l’OSIIC, dont la salle de contrôle et des serveurs
sont sises au deuxième sous-sol de l’hôtel des Invalides, et dont l’antenne
de secours est à Taverny 15. Vous pourrez vous y installer confortablement,
mais pour combien de temps ? Au ministère des Affaires étrangères, par
exemple, se trouvent des embranchements avec l’ensemble des pays du
monde, via les postes diplomatiques qui y sont reliés. Prenez-le, isolez-
vous-y et saisissez l’ensemble des secrets qui y gisent pour les distribuer,
avant de vous voir sacrifiés. Faites-vous accompagner, et vous pourrez au
surplus mobiliser cette formidable machine, transmettant à la planète
entière des télégrammes diplomatiques, donnant des instructions aux
ambassades, organisant des points-presse, faisant exister en somme vis-à-
vis de l’extérieur votre lutte, vous coordonnant avec les mouvements
souverains de tout pays et ainsi, d’un point de vue historiographique, vous
inscrivant en les regards de vos pairs qui, dans le reste du monde, se verront
informés de vos revendications.
Les lieux clefs sont en somme les moins bien protégés : l’hôtel du
ministre, sis 37 quai d’Orsay, est entouré de jolies grilles qui n’empêchent
rien. Au-delà des dispositifs cités accessibles notamment via les bureaux de
cabinet, vous trouverez à l’étage des lieux de repos et de réunion, des salles
de bain couvertes d’or, les appartements privés du ministre, ainsi qu’en son
envers toute une série de petites chambres autrefois dévouées aux
domestiques et qui servent de lieux d’accueil pour les conseillers du
cabinet, qui ont le pouvoir de vous embrancher au monde, et d’accéder à
des documents qu’il faudra immédiatement libérer. Le centre de crise, lui
situé au sein du sous-sol, vous permettra d’avoir accès à un lieu sécurisé qui
pourra vous servir de QG.
Si ce lieu est pris, un tremblement saisira l’ensemble des autres
territoires, et l’on commencera à s’interroger : qui entendre, vous ou
l’Élysée ? Il suffira de s’appuyer sur un autre lieu d’assemblée pour parachever la transition, le Sénat étant, comme nous l’avons rappelé, le lieu
idéal pour à la fois l’accueillir et y installer les quartiers des directoires de
transition, dans l’attente de l’installation du gouvernement aux Invalides ou
à l’École militaire.
Au loin, des outre-mers, des tremblements commenceront à s’éveiller.
L’hôtel de Brienne, lieu d’accueil du ministre de la Défense et de son
cabinet, bien que militarisé, est lui aussi assez exposé, et peut faire l’objet
d’actions, si des initiatives préventives ont été prises avec des membres de
l’institution. Les bureaux se trouvent au rez-de-chaussée, exposés sur une
cour seulement protégée de la rue d’un petit poste de gendarmerie et de
portes en bois. Il peut être intéressant d’y pénétrer rapidement afin de saisir
le ministre de la Défense. L’une des stratégies peut consister à, sans mettre
en œuvre un coup, déstabiliser l’ensemble de la chaîne hiérarchique et
forcer tous les gradés à s’interroger : qu’est-il en train de se passer, et qui
est à cet instant détenteur de la légitime autorité ? Il conviendra en
conséquence de n’avoir touché, d’une quelconque façon, l’un des bâtiments
ou membres de cette armée que l’on souhaite nationale, et demeurée au
peuple français.
Il ne s’agit pas de les pousser à se décider : le simple ébranlement suffira.
La substitution de l’existant par la branche de l’État qui, depuis que la
conscription est close, apparaît comme étant la plus autoritaire et menaçante
pour le peuple, menacerait d’effrayer les populations elles-mêmes.
Selon que vous soyez révolutionnaires ou golpistes – il est difficile d’être
et l’un et l’autre, et rares sont les « corps transition » qui assurent la
coordination des mouvements, placés au sein de la foule et protégés par
cette dernière, capables d’échanger et de se coordonner avec ceux qui
avancent dans les lieux ciblés –, il est clair que les rythmes et approches
devront varier. Le gouvernorat de Paris et la préfecture sont des centres
contre-révolutionnaires antithétiques : le premier est particulièrement
exposé et facile à prendre par surprise, place de la République, la seconde,
île de la Cité, qui contient en son deuxième sous-sol le centre de
commandement (CIC) – d’où partent toutes les instructions à destination
des forces de l’ordre – et au deuxième étage les bureaux et cabinets du préfet, est un bastion très difficile à attaquer. Tous deux deviennent des
monstres intouchables si on leur laisse le temps de se préparer. Il sera en
conséquence recommandé de les détruire. Comme l’Élysée, défendu par à
peine trois cents militaires 16, ce sont des non-lieux, où il ne faudra de fait
pas s’installer. Libérer la perspective de Notre-Dame, en faisant tomber un
édifice qui a incarné toutes les laideurs du pays, malgré sa beauté
architecturale, est un défi auquel il me semble digne de se vouer.
C’est seulement en seconde vague qu’il faudra, caserne après caserne,
commissariat après commissariat, convaincre ou s’imposer.
À Levallois-Perret et boulevard Mortier, les plus acharnés de la DGSI et
de la DGSE (dont le service action est sis au Fort de Noisy-le-Sec, face à la
cité Maurice-Thorez à Romainville) conspireront pour vous faire tomber. Ils
auront vocation à s’agiter, tandis que la grande muette, sise à Balard,
bunkérisée, sera elle plus probablement un temps attentive, mais passive.
Méfiez-vous en conséquence des deux premières, mais aussi de votre
incapacité à infiltrer la troisième, et de ce qui pourrait s’y mener. Contrôlez
les entrées et sorties, tout mouvement d’agitation un peu marqué devra faire
l’objet d’une surveillance et des actions nécessaires. Ils prétendent vous
surveiller et ainsi vous inhiber ? Prenez-les à leur jeu, postez des
sentinelles, interceptez-les. La centralisation de leur fonctionnement est
telle qu’il sera aisé, notamment boulevard Mortier, de les déstabiliser.
À ce stade, des mouvements de troupe, et non plus seulement des
renforcements de CRS et gardes mobiles, seront probablement en chemin. Il
ne vous reste plus beaucoup de temps.
En parallèle, des velléités contre-insurrectionnelles plus spontanées, y
compris en cas d’absence d’ordres, pourraient naître, notamment au sein de
certaines casernes, au « centre d’entraînement parachutiste » qui accueille le
service action de la DGSE, et ainsi de suite. Les tentatives de déstabilisation
extérieures se multiplieront. La CIA, dont les bureaux sont principalement
situés dans l’immeuble du Figaro, 14 boulevard Haussmann, devra être
immédiatement saccagée, ainsi que plus généralement tout service étranger
qui pourrait voir une opportunité en la situation pour monnayer son soutien
aux forces contre lesquelles nous nous serons levés. Les Russes et les Chinois devront être particulièrement surveillés, et nos chers oligarques, en
deux points clefs, ciblés : la villa Montmorency et les hôtels particuliers sis
rue Barbet-de-Jouy, face à l’ancien siège de la présidence de la région,
soigneusement pillés – et leurs détenteurs, arrêtés.
Selon que vous aurez ou non réussi à mettre sous votre coupe des forces
militaires ou policières, il vous faudra très rapidement porter votre attention
sur les aéroports civils et militaires primaires et secondaires. Orly et Roissy-
Charles-de-Gaulle sont une chose, Vélizy-Villacoublay et Le Bourget, une
autre. La prise en province d’infrastructures similaires permettra un premier
avancement utile.
Une fois le premier mouvement acquis, et un directoire, à défaut d’un
gouvernement, installé à l’École militaire, aux Invalides ou au Sénat, le
contrôle aux frontières physiques devra, en tous points du territoire, être
immédiatement rétabli, et l’on en profitera pour se saisir des petites
principautés où s’envolent les fortunes que nous désirons préserver. Des
autorités seront immédiatement placées au sein de chaque banque, et de
chaque entreprise du CAC 40, afin de s’assurer que nul détournement
n’interviendra. Les ambassades devront être strictement surveillées. En
chaque caserne, chaque commissariat, chaque édifice ministériel, un
représentant politique du nouveau mouvement sera nommé et encadrera,
validera, censurera toute action du gouvernement.
Quant aux médias, la question la plus délicate et intéressante, ils
trouveront réponse selon la vitesse à laquelle tout cela s’exécutera. Tout
d’abord, bien entendu, neutraliser leurs propriétaires que tout un chacun
connaît : Xavier Niel, Bernard Arnault, Arnaud Lagardère, Vincent Bolloré,
François-Henri Pinault devront tous être arrêtés. Place des Vosges, villa
Montmorency, palais Rose, rue de Presbourg devront être investis de façon
à laisser les sièges sans instructions, les directeurs des rédactions et leurs
rédacteurs en chef tremblants. Les lieux des rédactions en eux-mêmes ne
sont pas particulièrement intéressants en ce qui concerne la presse : il faut
les laisser agir, et raconter, ne pas leur donner l’impression du pouvoir, de
prétexte à se pousser du col, et à tenter de s’héroïser. Il faut les laisser
patauger dans leur médiocrité. Les médias audiovisuels présentent eux un tout autre intérêt : à Balard, dans les tours TF1, France Télévisions, au sein
de la Canal Factory et dans les bureaux du groupe Canal + qui se trouvent à
quelques pas de ceux de TF1, ainsi que dans les studios privés loués par les
autres grandes chaînes, 28 Minutes et TMC, au cœur du XVe, des moyens de
production importants sont en place, et une action déterminée devra y être
engagée. France 24, dont les bureaux sont éloignés du reste de France
Télévisions, se verra plus simplement soumettre, par changement de
direction.
La radio est aisée à capter, mais ne mérite pas de grands efforts : les
sièges de RTL et Europe 1 sont certes faciles à identifier, mais comme
Radio France, pourront continuer d’émettre : l’insignifiance ne présente
aucun danger. Des nominations interviendront, avant qu’un processus
électif, pour eux comme pour l’ensemble des médias, ne vienne rendre à
leurs populations ces institutions.
Il doit évidemment être procédé à court terme et de façon nécessairement
ponctuelle et partielle à des dislocations du trafic internet, notamment vis-à-
vis des opérateurs étrangers. Nul besoin de saisir les sièges de You Tube,
Google et Amazon, dont les manettes sont outre-mer. Il n’y a rien à en tirer,
si ce n’est des informations sur leurs liens avec notre classe dirigeante et la
corruption dont ils sont l’objet.
Quant à l’Assemblée nationale et le Sénat, ils seront simplement évacués.
Ces lieux n’ont pour nous aucun intérêt, tout comme Bercy, dont on
s’assurera simplement qu’il continue de fonctionner.
*
Les moyens de la façon ? Le numérique est un lieu, où toutes les
dernières mobilisations sont nées. Cependant, il est l’un des lieux les plus
surveillés de la planète, plus encore que certains des palais qu’il s’agira
d’attaquer. Vous devez donc prendre d’immenses précautions. Il ne s’agit
pas seulement de chiffrer systématiquement vos communications, boucles d’échange, etc., en utilisant autant que possible des outils comme Signal, ou
mieux encore, tout autre protocole OTP.
Il faut, au-delà, pratiquer l’euphémisme, l’effacement systématique des
données, la codification du langage. Vous ne pouvez vous exposer au risque
d’un piratage ou de la présence sur ces groupes d’un membre chargé de
vous surveiller : en somme, d’une infiltration, virtuelle ou réelle. Il ne faut
pas sous-estimer les moyens dont disposent les renseignements territoriaux,
inhibés seulement par leur bêtise, la capacité d’analyse limitée à Paris et le
nombre croissant de cibles qu’ils ont à surveiller.
WhatsApp et Facebook ont été des outils clefs pour organiser des
mobilisations. Si Facebook a l’avantage de nous laisser sans illusions – il
s’agit d’un panoptique géant, où tout doit être considéré comme étant en
accès libre pour nos gouvernants, y compris Messenger et d’évidence les
groupes privés –, WhatsApp promet de chiffrer les messages. Illusion : un
ciblage spécifique, mais aussi une liste interminable de mots-clefs,
permettent de faire sauter ses verrous, ouvrant la porte aux gouvernements
qui cherchent à vous surveiller. La communication ensuite se fait rapide,
des accords de coopération entre services de renseignement – notamment
entre les États-Unis et ses alliés – le prévoyant. Il en va de même pour
Telegram, dont seuls les « échanges privés » font l’objet d’une protection
relative, et ce dans le seul cas où – et Signal est dans la même situation –
votre téléphone portable n’aurait pas été, dans son ensemble, piraté. Cette
dernière condition ne doit vous inquiéter que s’il existe une raison
quelconque que vous ayez été auparavant ciblé, intuitu personae.
De la même façon, un téléphone mobile est, par définition, une machine à
récolter des données à votre sujet. Ils sont au surplus de véritables
passoires, notamment les téléphones utilisant le système d’exploitation
Android, empli de portes ouvertes où des acteurs publics ou privés pourront
s’infiltrer. C’est ainsi qu’y compris des acteurs politiques ou économiques
n’ayant aucune inimitié à votre égard pourraient vous mener à votre perte,
s’ils venaient à détenir des informations vous concernant.
Les ordinateurs ne sont pas mieux lotis, et toute une série de dispositifs,
mais aussi de modifications physiques, devra être mise en œuvre si vous souhaitez, de façon fine, mettre en place des modes de fonctionnement, non
pas sécurisés – ils ne le seront jamais entièrement – mais offrant un degré
d’opacité suffisant pour ralentir vos ennemis.
Il faut en toutes circonstances garder à l’esprit que ces dispositifs
électroniques peuvent être aisément piratés, ou pire encore, saisis dans le
cadre d’une perquisition ou d’une arrestation, ce qui exposerait par ricochet
l’ensemble du réseau constitué, si tant est que des précautions n’aient été
prises, notamment l’effacement systématique des messages, l’usage de
pseudonymes, de burner phones et d’abonnements pris avec des fausses
identifications. Y compris en ces situations, il sera aisé de vous retracer
rétrospectivement avec l’exploitation des fadettes, le bornage ou plus
généralement toute donnée de géolocalisation – ce qui exige de s’interdire
une quelconque communication par messagerie ou appel vocal simple,
c’est-à-dire non chiffré.
L’enjeu n’est pas tant d’éviter la répression pénale : celle-ci est
inévitable, non seulement si vous échouez, mais aussi et peut-être avant tout
pour tous ceux d’entre vous qui remporteront des victoires d’étape,
interlocutoires ou partielles. Vous ne désirez pas qu’à l’instant où, pour la
première fois en des années, vous ressentirez l’allégement et l’allégresse,
votre sort soit déjà joué du fait de l’absence de précautions prises
précédemment. L’enjeu est en conséquence de se protéger en amont, tant
que l’on peut, de toute infiltration et désactivation avant que n’ait pu être
produit un quelconque effet.
Ce texte est bien entendu destiné à façonner une avant-garde qui, se
glissant dans un mouvement de masse, aura à avancer, invisibilisée par ce
dernier, afin de saisir le pouvoir. Toute action menée en dehors de ce cadre
ne ferait qu’alimenter la puissance de l’adversaire, et servir sa regénération.
Profiter de l’impulsion pour orienter, donner une direction aux millions de
personnes qui à ce moment-là seront mobilisées.
Il faut être renard et loup à la fois, ne pas craindre de se voir reprocher un
quelconque opportunisme, car l’on sait que c’est seulement ainsi que seront
protégées les personnes qui se sont exposées à nos côtés.
Ne l’oubliez pas : le moindre déplacement que vous ferez, accompagné
de votre téléphone, pourra être retracé. Changer de puce sur le même
téléphone, ou utiliser une nouvelle puce pour contacter un numéro qui avait
été identifié comme échangeant avec votre numéro précédent, vous
identifiera immédiatement.
Chaque présence en un lieu, téléphone allumé, pourra, un an durant, faire
l’objet d’un retraçage par les forces de police afin de déterminer si vous
étiez ou non lié à une autre personne qui en ces lieux-là se trouvait.
*
Comment agir effectivement dans ces conditions ? Cela dépend de
l’aversion au sang. Lénine a entretenu une longue discussion, par textes
interposés, avec Marx et Engels, mais aussi avec ceux qui, au sein du
marxisme, proposaient des interprétations divergentes de leur rapport à
l’État et à l’institution. Ce « dialogue » était bien entendu purement formel,
et visait à tirer autorité des premiers pour fusiller les seconds. L’attrait pour
le pouvoir était tel chez Lénine et Trotski que les divers courants
anarchistes leur apparurent rapidement comme les plus dangereux ennemis
à abattre, et ils n’hésitèrent pas à les faire fusiller. Ils nous apparaissent au
contraire comme faisant partie d’avant-gardes mobilisables, dès lors que
l’objectif n’est pas la reconstitution d’un appareil d’État traditionnel, mais
bien la constitution d’un pouvoir distribué.
Déterminons d’ores et déjà qu’en aval de toute action, il faudra très
rapidement mettre en place des structures délégataires, chargées de juguler
le flux réactionnaire et d’écrire leur propre histoire, réinaugurant avec un
communalisme trop longtemps abandonné. Ces structures, qu’il faudra
recommencer à coordonner, auront pour points focaux les assemblées de
communes et les tribunaux populaires, chargés d’édicter, c’est-à-dire de
faire preuve d’autorité, et d’ainsi, par le remplacement d’une fiction par une autre, tétaniser ceux qui comploteraient pour faire renaître et prospérer
l’ordre à l’instant attaqué.
Cet élément est essentiel, il faut insister : se montrer rapidement en
position de faire autorité.
Comment permettre cette mise en œuvre en aval ? Par l’organisation en
amont de cellules quadrillant les territoires et chargées chacune d’identifier
un certain nombre de lieux à prendre déterminés. Celles-ci doivent être
autonomes et indépendantes, fonctionner en vase clos et sans contamination
possible, ne recevant et transmettant renseignements et instructions qu’en
ce qu’elles permettront de préparer le soulèvement de façon efficiente et
asymétrisée, l’information communiquée ne pouvant présenter qu’une
utilité pour le groupe qui la reçoit sans exposer celui qui la transmet. Elles
devront déterminer les caches d’armes, d’explosifs, les ressources qui
pourront rapidement être mobilisées.
L’hypothèse à privilégier est bien évidemment d’avancer mains nues,
avec pour seuls outils ceux nécessaires à la mise en œuvre des prises
précitées. Cela requiert une masse populaire suffisante pour faire reculer les
forces de l’ordre après les avoir, sur divers points, dispersées, et une force
suffisante pour pouvoir, lesdites forces de l’ordre, intimider. La pression
devra alors s’abattre sur des axes secondaires, dont la défense n’apparaîtra
au premier abord pas essentielle pour les militaires et policiers auxquels la
masse aura à faire face. Reculant, harcelés, craignant pour leur intégrité, ils
devront se sentir suffisamment débordés pour, ne sachant plus comment
agir, se désolidariser et se disperser.
La tactique de l’ennemi nous l’autorise : il apparaît en effet que ce
dernier cherche toujours plus à faire usage de brigades mobiles, elles-
mêmes facilement encerclables et permettant d’isoler en retour certains de
ses éléments sans difficulté. Il faudra alors en tirer le matériel, et libérer les
hommes qui auraient été capturés. Enfin faire usage de ces moyens pour en
engendrer d’autres, de façon parcimonieuse et structurée, et seulement de
façon ouverte et assumée lorsqu’une prise partielle du territoire, par la
désactivation de ses lieux de pouvoir, sera intervenue.
Il est évident que seules des personnes ayant pris toutes les précautions
nécessaires, masquant leur identité dès les premiers mouvements effectués,
renonçant à tout instrument de communication qui pourrait permettre de les
suivre et de les intercepter, et disposant de plans de dispersion
soigneusement préparés, pourront agir à cette fin. Elles devront pouvoir
déposer en des lieux tiers le fruit de leur engagement, s’évanouir et revenir
à la vie civile, comme si de rien n’était.
Face à des forces de l’ordre semi-militarisées et des outils de maintien de
l’ordre « mous » particulièrement dangereux et produisant un important
effet de dispersion – LBD, grenades et palettes lacrymogènes –, il est
difficile de maintenir une quelconque forme de cohésion au sein des masses
mobilisées dès que le pouvoir a décidé de les attaquer. Il faut donc frapper
les premiers.
Certains groupements ont enfin théorisé la mobilisation d’infiltrés. Les
lames sont des armes utiles afin de déstabiliser des groupements structurés
et y infiltrer la notion de terreur. Il s’agit de se glisser dans des groupes de
manifestants et de frapper aléatoirement, de façon discrète et insaisissable,
avant de se dissimuler.
Cette technique éprouvée pose des problèmes d’efficacité propagandiste,
et pour les engagés, des difficultés éthiques et morales. Il faut concevoir que
la personne qui aura été atteinte pourra devenir martyr, et justement martyr,
en ce que valet d’un régime avarié, elle aura cependant été la victime d’une
conflictualité qui visait justement à la protéger. Elle ouvre par ailleurs la
voie à des vagues de répression indiscriminée rendant encore plus difficile
toute mobilisation de masse.
Il apparaît ainsi invraisemblable de vouloir massifier ce genre d’actions.
Les forces de l’ordre sont nos sœurs. Elles sont simplement tombées entre
des mains à dévaster, et doivent être choyées.
Il apparaît pourtant que les exemples du passé ne doivent être oubliés.
L’action du Colonel Fabien, alors à peine majeur, suscita une grande
réprobation. Elle fut cependant justement mise en œuvre pour entraîner les
forces allemandes dans une dialectique intenable, les forçant à révéler leur
nature la plus brute, et entraîner des camarades qui, demeurant circonspects, s’installaient en quelque sorte, au sein de la résistance, en le confort d’une
inimitié inconséquente, manquant de véritables « prises » et incapables de
triturer l’ennemi auquel ils s’opposaient.
L’acte fut cruel, inefficace, et pris dans son individualité, suscita le
dégoût le plus entier. Il fut cependant capital, un point de bascule pour un
mouvement de résistance qui entra par son truchement en sa phase de
maturité.
La question du sabotage et de l’attentat présente ainsi des difficultés
éthiques dont les variations sont affaires de degré. L’armement, plus sérieux
pour peu que des ressources soient mobilisées, doit en conséquence être
recherché selon que l’une ou l’autre voie est adoptée : la masse en armes,
qui, façon la Bastille, n’en fera usage que ponctuellement, dans le cadre de
confrontations symboliques et établies ; ou la guérilla. Il en va de même sur
l’origine de l’armement, qui, selon la position éthique que l’on adoptera,
peut ne provenir que de sa source légitime : l’État ; ou faire l’objet
d’approvisionnements via des filières apolitiques, qu’il faudra cependant
par la suite liquider.
La logique du martyr, dans laquelle tombèrent les anarchistes à la fin du
XIXe siècle par la multiplication d’actes de propagande par le fait, fut
éteinte par la puissance concentrationnaire des grands mouvements de
masse et par l’État lui-même, capable désormais, la Première Guerre
mondiale le montrerait, de mobiliser les ressources extravagantes qui
rendaient illusoire toute victoire via des mobilisations asymétriques. Le
sang étant devenu une habitude, même l’anarchosyndicalisme, forme
suprême et organisée de la lutte, s’ouvrit à des massacres d’ampleur lors
desquels des milliers d’ouvriers se virent, de façon impitoyable, annihilés.
S’y prêter ne peut être envisagé qu’en réponse à des répressions
inacceptables et ayant produit d’elles-mêmes des violences nous libérant du
contrat social, et devra par tous moyens, quelles que soient les
provocations, être évité.
Certains considèrent l’hypothèse inconcevable. Pour mener au sacrifice,
il faudrait dessiner un horizon religieux, téléologique. À cette interrogation
répondra le fait.
Faut-il croire en la violence ? La question est mal posée. Rappelons ce
que disait Genet : il n’y a plus violent que la rose qui naît.
L’indéfinition structurelle du terme de violence, qui renvoie les
souffrances et destructions matérielles et psychiques d’origine économique
et sociale – y compris les plus cruelles, telle la famine – au domaine du
tragique ou du politique (au sens le plus étroit, intangible et gestionnaire du
terme), en fait un terme de l’ennemi. Elle permet de s’attaquer à tout acte
susceptible de menacer l’ordre établi et les classes dominantes. La
distanciation de l’exploitation dont nous avons parlé, et l’intégration de nos
contrées en un système-monde dominé par un acteur surpuissant, ont
entraîné une pacification artificielle qui nous a enfin fait oublier ce que
recouvrait l’abus de la force entraînant une atteinte à la volonté d’un tiers,
définition étymologique du terme de violence.
Elle réduit nécessairement le champ de la contestation à celui de la
collaboration, toute initiative politique devant s’insérer nécessairement dans
le cadre juridico-moral préexistant. Des initiatives réformistes peuvent être
prises dans cette perspective : il faut alors se soumettre aux contraintes du
monde informationnel avarié façonné par nos ennemis, et tenter, par
l’utilisation de double discours, la monstration d’une plasticité et d’un sens
de l’opportunité proprement surhumains, évangéliser les foules à travers les
dispositifs censés les soumettre et les conformer. Cela participe bien
entendu à nous éloigner de tous, et nous soumettre nous-mêmes,
insidieusement, nous transformant en collaborateurs de l’ordre que nous
prétendions combattre, donnant sens à l’expression d’opposition contrôlée,
si souvent détournée.
*
Qui en France se souvient que le cadavre n’émeut pas ? Que le bûcher a
longtemps été regardé, observé sans émotion, non seulement parce que la
mort était omniprésente dans ses environs, mais parce qu’il entraînait une symbiose nouvelle entre différents éléments, permettait d’assister à la
transformation chimique des corps, et par conséquent d’être confronté à une
autre réalité, mêlant apparence de purgation et de transsubstantiation,
permettant d’actualiser les tabous et limites imposés par la société, de
réaffirmer le consentement à ceux-ci et de se voir, à l’ordre, de nouveau
accouplés ?
La violence est un non-sujet politique, en ce qu’elle est l’instrument du
politique, celui qui en définit les limites.
La violence détermine le politique, et non l’inverse, le politique restant
en toutes circonstances tributaire de sa capacité à la contrôler et l’effectuer.
Qui, enfin, craint la mort, si ce n’est celui qui manque à la vie17 ?
Proposons donc de contourner cette stupide question, et ce terme
généralisant et sans intérêt. Privilégions les termes de force et d’expression
de volonté. La force effraie, révulse, indigne. Puis elle produit son véritable
effet : elle s’incorpore et normalise les comportements, en fixant de
nouvelles limites et de nouveaux horizons à l’action de l’autre, l’exercice de
sa liberté ; sans avoir à se reproduire.
Tout nouveau pouvoir est, dans un monde stabilisé depuis trop
longtemps, c’est-à-dire où la force a été oubliée parce que déguisée et
incorporée, normalisée, par nature effrayant et dégoûtant, parce qu’il
s’institue par l’effroi et le dégoût, de façon à fixer de nouvelles limites et
faire payer quiconque chercherait à violer des normes qui ne sont pas
encore, justement, incorporées. Tout usage de la force en dehors des cadres
établis sera qualifié de violence, c’est-à-dire renvoyé à un dérèglement. Et
c’est là où nous atteignons le paradoxe : l’effroi qu’il produira nous
nourrira, pour peu que subsiste la structure ou l’idée qui l’origine, et que
l’une ou l’autre se montre capable, dans le temps, de survivre à son
effectuation.
C’est le principe d’action des mouvements islamistes les plus radicaux,
qui agrègent le contrôle politique et effectif de certains territoires ;
l’emprise morale et symbolique sur de plus larges populations ; et enfin des
actions violentes en dehors de ces espaces afin de préserver leurs empires.
Les exemples de Charlie Hebdo et de Salman Rushdie sont à ce titre exemplaires : plus nous faisions part de notre indignation, plus l’acte voyait
renforcée son efficacité politique, l’amplification de l’acte dit terroriste par
des expressions d’indignation, de dégoût, d’effroi ou de soutien, ne pouvant
qu’accroître la crainte produite par l’acte qui l’engendrait et par conséquent
sa capacité à contraindre les comportements, dès lors que ledit acte
s’inscrivait dans l’édiction d’une parole légitimante, en l’occurrence une
fatwa posant le cadre intangible et éternel dans lequel l’acte exceptionnel se
trouvait normalisé.
User de ces méthodes, c’est renouer avec un rapport à la politique qui est
le propre de ceux qui n’en sont pas protégés. L’honneur est une notion
antinomique à la bourgeoisie, et n’appartient qu’à la fois à l’aristocratie et
son peuple. Elle interdit toute perspective victimaire, et est instrument
permettant de fixer des limites dans des espaces qui ne sont pas régulés par
l’État – soit parce qu’il s’en désintéresse, soit parce qu’ils sont considérés
comme étant au-dessous de celui-ci. Ce fut longtemps le propre de
l’intimité, ce qui explique qu’aient perduré les duels et qu’ils aient
contaminé marginalement les sociétés bourgeoises qui avaient fait de cet
espace, celui de l’intime, leur refuge fondamental (Lola). C’est aussi ce qui
explique que l’honneur demeure cardinal en à peu près tous les rapports
qu’entretiennent les classes populaires entre elles.
C’est ce qui explique l’usage de cet archaïsme par les puissances
musulmanes, minoritaires dans les espaces politiques tiers comme le nôtre,
et réduites dès lors à cette forme d’active impuissance, renouant avec le
rapport au sacrificiel et nous effrayant en conséquence (d’après une image
de Daesh).
Pour être mobilisée, elle exige cependant que soit en partage, entre celui
qui exécutera la sentence et celui qui l’édictera, une forme de
communauté – illusion que l’oumma réussit à produire, et qui
conditionnerait notre capacité à l’effectuer.
L’usage de la violence doit en conséquence être parfaitement réfléchi, en
ce qu’il entraîne par nature, et notamment dans un cadre asymétrique, à la
mort certaine du dispositif qui l’a produite. Il faut donc une séparation fonctionnelle entre les mouvements politiques et leurs forces, l’unification
des deux ne pouvant que rendre vaine la forme sacrificielle ainsi adoptée.
Ce qui compte est bien de se battre dans l’honneur et la dignité, et d’à
tout instant considérer son ennemi, en préserver l’intégrité en tant
qu’ennemi, c’est-à-dire en tant que membre d’une même communauté, mais
sans craindre de l’abattre et de le soumettre, si celui-ci venait, justement, à
manquer aux obligations impérieuses qui s’imposent à tout être politique. Il
s’agit avant tout de renoncer à toute forme de lâcheté ou de laideur qui
ferait de nos enfants nos plus brusques juges, dégoûtés par les moyens qui
leur auraient offert leurs fins. Mais il s’agit après tout de s’assurer que nul
ne pourra nous renverser en faisant usage de tels instruments, et de refuser
de périr comme des chiens, la dignité chevillée au corps.
1 Vingt-huit postes électriques distribués en deux boucles jouent un rôle crucial dans l’équilibre du système électrique français, dont ceux de Villevaudé (sur la D86), Chesnoy, Morbras (sur la route de Monthéty), Sausset (qui alimente également l’aéroport Roissy-CDG, en lisière de la A104), Villejust (rue de Fretay), Cirolliers (intersection de la D8 et D117), Cergy (boulevard de la Paix), Le Plessis-Gassot (sur la D10) et Terrier pour Paris (viennent ensuite les postes répartiteurs de Chevilly, Arrighi, Fallou et Ampère, puis dans une moindre mesure ceux de Thiais et d’Osny, Roissy-en-Brie, Perret…). Des petits postes aériens, comme ceux sis rue André-Blondel à Gennevilliers (sur un site qui compose un quatuor de trois postes électriques, dits de Fallou et Seguin, et une turbine à combustion) ou avenue Gaston-Roussel à Romainville, jouent des rôles clefs également, auxquels s’ajoutent les postes intérieurs au cœur de Paris. Les câbles aujourd’hui en polyéthylène éculé, n’ont pas remplacé, au sein de l’agglomération parisienne, une vingtaine de câbles oléostatiques à pression d’huile plus vulnérables. La carte des lignes très haute et haute tension est disponible en ligne et actualisée régulièrement (via le service de RTE ODRÉ). Elle permet notamment d’identifier les lignes souterraines « critiques » qui alimentent les lieux de pouvoir et, au bâtiment près, les postes
locaux, dont celui sis rue de Rennes dans le VIe arrondissement, au sein du bâtiment de L’Arlequin.
Celle qui concerne l’Île-de-France est disponible sur drieat.ile-de-france.developpement-
durable.gouv.fr/preservation-du-reseau-strategique-de-transport-d-a3428.html. Des cartes plus
générales peuvent être trouvées sur openinframap.org et opendata.reseaux-energies.fr.
2 Voir notamment les MRS de Interxion construits dans le grand port maritime de Marseille Fos, au niveau de la porte 4 – qui sont alimentés électriquement par une ligne 225 k V disposée le long de la
A55 les reliant au poste de Saumaty, sis 111 chemin du Littoral dans le XVe, beaucoup moins sécurisé, et disposent de douze groupes électrogènes de secours disposés en toiture et alimentables par des cuves à fioul adjacentes – et au 40 avenue Salengro. Des données complémentaires sur les points de localisation des câbles dans l’espace marin peuvent être notamment trouvées sur
sigcables.com.
3 Voir notamment les sites infrapedia.com et datacenter-magazin.fr/carte-des-datacenters. Les lieux
des principaux IXP parisiens peuvent être trouvés notamment sur datacentermap.com. Ceux de Telehouse (dont celui situé au 137 boulevard Voltaire) et d’Interxion (dont le plus nouveau se situe au 2 avenue Marcel-Cachin, à La Courneuve, et dont tous les autres peuvent être identifiés sur
l’adresse interxio.com/fr/nos-implantations/leurope/paris) sont parmi les plus importants.
4 De nombreuses cartes recensent les NRA (par exemple ariase.com/box/carte-nra) et les NRO (par
exemple, data.gouv.fr/en/reuses/framacarte-carte-des-nro-et-pmz-u4y0u-1). Les points de mutualisation, auxquels il est prévu que soit progressivement rattachée une grande partie des commissariats et gendarmeries de France, sont des cibles locales d’autant plus opportunes qu’impossibles à sécuriser massivement. Les câbles optiques suivant les lignes TER et TGV et cachés sous des rigoles peuvent également être sectionnés et accompagnés d’actes touchant les quelques milliers des bases-relais BTS qui assurent le suivi du système ferroviaire via le système GSM-R.
5 Un certain nombre d’informations publiques pourront multiplier à l’infini ces opérations, dont
opendata.reseaux-energies.fr.
6 Qui, en cas d’insurrection structurée, pourraient s’accompagner en hiver de sabotage des turbines à combustion d’Arrighi et de Gennevilliers, ainsi que de la centrale de Porcheville, chargées de la gestion des points et pointes extrêmes de consommation d’énergie en Île-de- France.
7 En ce qui concerne la RATP, on pourra aussi s’intéresser à ses postes de commande centralisés, gérant chacun une ligne de métro ou de RER, les PCC de nombreuses lignes restant par exemple sis boulevard Bourdon (côté rue Crillon) ; celui de la ligne 3 sur le site de Saint-Fargeau, celui de la ligne 13 au pied de la station Malakoff, celui de la ligne 6 au rez-de-chaussée du site Italie, via l’entrée UO L6, celui de la ligne 4 sur le site Championnet, le CCU du RER A à Vincennes entre l’avenue Aubert, la rue d’Estienne-d’Orves et l’avenue Lamartine, celui du RER B à Denfert-Rochereau (73 boulevard Saint-Jacques)… Attention cependant à l’existence de PCC de repli. Ainsi le PCC de la ligne 14, à Bercy, dispose d’un PCC de repli à porte de Clichy, celui de la ligne 4 disposant du sien à moins d’un kilomètre du PCC principal. Des datacenters pourront eux être
trouvés par exemple avenue Jean-Jaurès à Bagneux et 3 rue Belliard dans le XVIIIe.
8 En cas d’insurrection localisée, il fera bon, pour en identifier les lieux, de se référer à l’arrêté du 13 décembre 2011 portant approbation des listes de biens établies en application de l’article 9 du décret 2011-320 du 23 mars 2011.
9 Le reste des communications ACROPOL françaises étant supervisé par le CENAc à Lyon.
24.Prefecturedepolice.interieur.gouv.fr/sites/default/files/Documents/2022-06-
01_implantationCameras_PVPP.pdf.
10 Ce centre, très protégé, est connecté à des centres départementaux. Le système informatique SAPHIR a quant à lui été récemment modernisé et sans intérêt en ce qui nous concerne.
11 L’accès à la bande 700 MHz PPDR, réservée aux opérateurs publics et mobilisable en cas d’urgence, n’étant possible via le RRF que pour des réseaux tactiques projetables, à l’appui de véhicules de réponse rapide, stations déployables et micros poires déployés localement (sur la question des services publics, la bande hertzienne mentionnée étant par ailleurs notamment complétée par la bande 2570-2620 MHz pour les collectivités et grands sites industriels).
12 Facilement identifiables puisque disposant de dispositifs supplémentaires « accrochés » au long des antennes, ainsi que de générateurs de secours adjoints à la base.
13 L’on ne rappellera pas l’importance des postes d’aiguillage de la SNCF. Gare cependant à qui y toucherait sans en mesurer les conséquences, et la priorité qui en toutes circonstances demeure : celle de protéger le peuple français. Que l’on s’interdise toute intervention sans cooptation interne, qui s’assure que seule une disruption et non un quelconque accident ne puisse intervenir, que ce soit sur les plus modernes – les tours de contrôle de Vigneux-sur-Seine, de Saint-Denis, Nanterre, Pantin, de Dijon ou de Pagny-sur-Moselle qui constituent certains des seize postes de commandement centralisés prévus par la SNCF pour remplacer plus de mille cinq cents postes d’aiguillage – ou les
plus anciens postes d’aiguillage encore en fonctionnement, certains datant du début du XXe siècle. Il sera également opportun de s’intéresser aux nombreuses balises de contrôle censées servir d’yeux à ces dispositifs, plutôt qu’aux caténaires que certains semblent privilégier.
14 Par exemple, en ce qui concerne la petite couronne, celui sis 56 quai du Point-du-Jour à Boulogne-Billancourt ; ou pour se rapprocher des lieux de pouvoir, l’un des trente-six postes source
parisiens, accolé au niveau du 38 cours Albert-1er, pont de l’Alma, à quelques pas d’un autre espace intéressant, le cabinet d’avocats d’affaires Gide.
15 Véritable bunker inexpugnable, ayant longtemps accueilli le commandement des COS et des forces aériennes stratégiques, la base aérienne a vu sa sécurité s’affaiblir avec l’installation d’un campement Sentinelle en 2021. Les autres lieux stratégiques accueillant les services de sécurité informatique de l’État se trouvent dans la tour Mercure, la tour Eria de Puteaux et enfin le cluster de Rennes, où se trouvent également les antennes de l’ANSSI, COMCYBER et surtout l’HYP/ SUP du RIE.
16 Auxquels s’ajoutent, pour la protection rapprochée du chef de l’État, les gendarmes et policiers du GSPR.
17 Nous avons d’ailleurs à ce sujet une curieuse théorie : la guillotine a avant tout été abolie en raison de la crainte qu’elle suscitait au sein de la bourgeoisie – malgré le fait que celle-ci en ait été de facto depuis très longtemps protégée. L’inquiétude que cette hache perfectionnée suscitait, ancrée dans les profondeurs génétiques de cette classe sociale qui s’en était trouvée rapidement l’objet, n’avait jamais tout à fait disparu, et il fallut l’un des meilleurs représentants de la bourgeoisie la plus corrompue pour l’abattre, Robert Badinter. Celui-ci, fondateur de l’un des plus puissants cabinets d’affaires de France, utiliserait le ministère de la Justice pour protéger ses clients, tout en faisant le pont entre la mitterrandie et un monde qui tant la craignait, multipliant amnisties et sollicitations politiques allant dans le sens d’un « libéralisme » qui favoriserait les intérêts des classes dominantes, avant d’en tirer avec sa femme grande fortune et plus grande encore renommée. La sanctification dont il bénéficia par la suite, avec l’aide notamment de l’un des appareils de propagande le plus puissants de France, Publicis, fondé par son beau-père, en fit une icône intouchable au sein des bourgeoisies de France et de Navarre, ainsi que par ricochet de tous ceux dont ils avaient l’oreille ou servaient leurs intérêts, dit tout de la puissance des appareils de propagande de l’époque et de leur ferme maîtrise par la classe à laquelle il appartenait.
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