Déluge
VIII - le Feu
VIII
LE FEU
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“Je sens que quelque chose se prépare. J’ai des sensations de début d’orage, alors que le ciel est parfaitement clair. Je reviens à mon chevalet et là, catastrophe, je vois à dix pas de lui une voiture et devant elle un monsieur en complet-veston et cravate qui déplie un fauteuil, dont la couleur du bois et les gros coussins beiges provoquent en moi une répulsion instantanée. Toute la fadeur et la sévérité de l’existence ont trouvé là leurs couleurs.
J’essaie de retourner à mon chevalet, mais l’événement me souffle : Impossible, à côté de ce terrible fauteuil et de ce mec en costard du dimanche qui s’assoit en dépliant son journal. Il a une auto, il peut aller plus loin. Je m’avance vers lui, je le supplie :
« Monsieur, ne voulez-vous pas aller un peu plus loin, je ne supporte pas les regards quand je peins. Mon chevalet était là. J’étais ici le premier. Je vous en prie, éloignez-vous ! »
Il éclate de rire :
« Vous, le premier ! Personne ne vous a jamais vu ici au bord de l’eau. Moi, depuis dix ans, je m’installe ici le dimanche s’il fait beau. C’est ma place, c’est connu dans le pays. Votre chevalet est démontable, allez vous-même ailleurs !
— Je ne peux pas, monsieur, le tableau veut être ici…
— Vous commencez à m’embêter. Qui êtes-vous ? Je pourrais vous dénoncer à la police, vous avez fait du feu, c’est interdit à cette saison.
— Je vais devoir piétiner mon tableau et casser tout. Je suis malade…
— Eh bien, cassez tout, et ne me menacez pas avec vos poings, j’ai ma canne plombée ! »
Plombée… Lui aussi veut plomber ma vie ! Je me rue sur mon chevalet, j’arrache mon tableau, je le jette par terre. Je le piétine en pleurant et en hurlant. Continuer ? Impossible, avec cet homme à la voix de plomb, je jette vers lui des fragments de tableau, mais ils ne l’atteignent pas. Il me crie des menaces, déjà je ne l’entends plus. Je suis traversé par un grand cri brûlant, mon corps sort de moi et se tord sur le sol, coupé en deux, coupé en mille peut-être. Mon pied va frapper le montant insupportable du fauteuil de l’homme au complet. Mes malheureux morceaux devenus inadaptés tentent de s’élever en l’air, de se jeter dans l’eau, de mordre la canne plombée, mais ne parviennent qu’à s’entrechoquer et à frapper le sol frénétiquement. Il y a un instant d’arrêt. Je suis dans une toute petite tente avec une femme bleue et dorée, la Loire, au bord du plaisir. Le pied du fauteuil déchire la tente, la Loire s’enfuit, nous ne nous aimerons plus jamais.
Un espoir brûlant surgit. Mon corps revient vers mon esprit. Mes yeux – mais ai-je encore des yeux ? – distinguent le feu merveilleux vers lequel je dois me rendre et que je n’ai cessé de fuir. J’ai trouvé ma maison de flammes et d’éternité. Mon bonheur est immense, insupportable, je vais me briser, mourir, quel bonheur ! Je sens l’instant qui va trop loin, j’embrasse mon élan vital pour le contenir, mais il est trop tard. Je ne peux plus mourir, je n’ai pas le droit de passer le cap. Il est plombé…
Mon corps épuisé se rassemble, cesse de se débattre, je ne suis plus le même, je suis celui qui a vu le feu, dont je dois faire ma vie, mes tableaux, mon acte, mon produit. Je suis consumé, consumé dans la beauté torride et l’effroi glacé. Je souffre, je souffre d’un bonheur qui n’est pas à la portée du pauvre Floc, définitivement terrassé par lui-même.
L’événement est survenu, seul ce qui suivra importe encore. J’ai voulu ne plus me sentir obligé d’être un moi, et je sens que je suis tout couvert de blessures. Le monsieur à la cravate du dimanche a dû s’enfuir. Le capitaine, est-ce que c’est cet événement qu’il a senti approcher et qu’il ne voulait pas voir ? Il a perçu que je ne voulais plus vivre, que je n’avais plus ce plus simple des courages…
Je m’évanouis sans doute, j’entends un camion arriver. Des hommes me trouvent, m’examinent, m’emmènent dans leur camion. Je les entends dire :
« Cet idiot de receveur a pris peur, ce n’est pas un criminel, même s’il a cassé son fauteuil et sa fameuse canne plombée. C’est un épileptique, sans doute. On ne va pas arrêter un homme dans cet état. On le porte au SAMU et, là, qu’ils se débrouillent. »
Je reviens à moi dans une chambre d’hôpital, je suis tout entouré de bandages qui me font mal. Une infirmière entre et me dit :
« Dans quel état vous vous êtes mis ? Si on ne vous avait pas fait tout de suite une transfusion, vous y restiez. Vous avez beaucoup crié. Nous avons besoin de la seconde place dans cette chambre. Je vous en prie, ne criez plus, ce malade a droit au repos. »
J’ai honte et parviens à ne plus crier.
Plus tard elle m’annonce que je serai transféré dans un hôpital près de Paris. On m’y emmène, c’est un hôpital tout neuf. L’infirmier qui m’installe me dit :
« Vous avez une double chance : être dans cet hôpital et que le professeur Hellé vous prenne dans son service.
— C’est qui ce professeur ?
— Vous n’en aurez pas peur, c’est une femme très douce, un de nos meilleurs médecins. »
Le professeur Hellé vient me voir le lendemain avec ses étudiants, elle a un visage qu’il me semble connaître, elle explique ce qu’elle sait de mon cas aux étudiants.
Elle me demande :
« Florian, c’est votre nom ?
— Oui, je viens de reprendre mes vrais papiers.
— Vous avez été marin longtemps ?
— Marin ou autre chose, pendant bien plus de vingt ans.
— Pour quelle raison ?
— J’avais peur, madame.
— Quand l’accident est arrivé, vous aviez commencé un tableau. Vous peignez ?
— Je peux peindre, si personne ne me regarde.
— Je viendrai vous voir seule, après-demain. »
Elle revient deux jours plus tard, mes blessures me font moins souffrir. Elle s’assied au pied de mon lit. Elle a encore un beau visage, marqué par l’âge et la fatigue. Elle laisse le silence établir son lien d’étonnement entre nous.
« Et alors, camarade Floc, vous ne vous souvenez plus de celle à qui vous avez donné votre casque de motard pendant une bagarre en 68 ? »
Soudain je la reconnais : « C’était vous, camarade, à côté de moi quand la charge des CRS nous a séparés ? Vous êtes devenue professeur et l’herbe n’a pas repoussé sous l’asphalte.
— J’ai toujours votre casque, vous n’étiez pas un vrai motard…
— Les moteurs, les machines me font peur.
— Dans les manifs vous étiez souvent ivre. Vous avez été emprisonné ?
— Même pas, les pompiers sont venus chez moi et m’ont emmené parce que je brûlais mes tableaux et peut-être des billets.
— Le dernier jour où on s’est vus, il y a eu une sorte de charge de CRS après leurs bombes lacrymogènes. Ceux qui étaient derrière nous poussaient en avant. Vous m’avez donné votre casque, vous avez pris mon bras, un copain a pris l’autre et vous avez crié : En avant, camarades ! Nous n’avons pas réussi et la bagarre nous a séparés.
— Si je vous ai protégée avec mon casque, je suis content. »
Elle sourit et elle me dit :
« A demain. »
Le lendemain elle revient. Elle examine mes blessures, je suis heureux de sentir ses mains légères refaire mes bandes. Puis elle s’assied sans rien dire. Nous nous regardons, contents d’être à nouveau ensemble.
« En ce temps-là ils m’appelaient Floc. Pourquoi est-ce qu’ils sont tous partis en vacances, laissant l’asphalte dans les rues ?
— Vous regrettez ce temps ?
— Je ne sais pas. J’avais donné un dessin pour vous à un garçon qui était avec nous dans une manif.
— Ce garçon est devenu mon mari, il m’a donné votre dessin. Je l’ai toujours gardé avec votre casque, mais il n’est pas signé.
— Je ne signe plus de mon nom pour échapper à la police.
— Vous peignez encore ?
— Chaque fois que je peux, sans qu’on me regarde. Sur les murs des prisons, sur les trottoirs, sur les bateaux. Sur le bateau du capitaine je signais Turbin, comme il le voulait. Je n’aime plus signer.
— Est-ce que vous savez, Florian, que vous êtes encore célèbre à cause de vos tableaux de jeunesse ?
— Ils sont devenus ceux de Florian le fou, Florian le pyromane. »
Elle se lève :
« Nous en reparlerons demain. »
Elle s’en va. La journée est longue. L’après-midi l’infirmier me transporte en chaise roulante dans une petite pièce. Il y a le chevalet du capitaine, des feuilles de papier, une petite toile, pinceaux et couleurs. L’infirmier m’installe devant le chevalet et repart sans rien dire.
Je me mets à peindre la petite toile, elle veut revenir sur le bord de la Loire devant l’affreuse image du receveur et de son fauteuil. Je n’ai jamais peint quelque chose d’aussi stupidement méchant et borné. Devant le fauteuil du receveur et son journal, pattes en l’air, les membres saccadés, cette petite masse sanglante hurlante : c’est Turbin, Floc, Froc, Florian, cet être qui se brise dans l’immensité de l’événement.
L’infirmier revient, il ne regarde pas le tableau, il ne me parle pas. Il me ramène dans mon lit :
« Je voudrais revoir plus tôt le professeur Hellé.
— Après-demain, monsieur.
— Après-demain, comment supporter la vie jusque-là ? »
Je la supporte, il le faut bien.
Quand le professeur arrive, elle demande :
« Vous avez haï cet homme ?
— Je ne pouvais pas supporter qu’il me regarde, il a provoqué le déchirement de mon corps qui était de trop. Puis l’instant…
— L’instant ?
— L’instant de bonheur, terrible. Quand on a vécu cela, tout ce qu’on peut vivre encore arrive après. Je vis après. Après, professeur.
— Le corps n’est jamais de trop tant qu’on vit. L’instant ne survient pas, il est en nous. Les arbres savent cela, ils peuvent fleurir ou devenir à l’automne des arbres d’or, mais peu de temps. Ils recommenceront plus tard. Tout change sans cesse.
— Floc ne savait pas cela, avant l’événement, Florian non plus, tant qu’on vendait ses tableaux. Peut-être que maintenant je vais vous comprendre.
— Est-ce que Florian est ton vrai nom ?
— Oui, sur les papiers, professeur. Mais mon nom véritable n’a encore été prononcé que par un enfant.
— Tu étais bien, dans ton petit atelier ?
— Je suis bien quand je peins et qu’on ne me regarde pas.
— Dans la haine ?
— Je ne sais pas. Je suis bien aussi quand tu viens.
— Il faut que tu restes encore à l’hôpital.
— Je suis si malade, professeur ?
— Nous verrons. Le receveur a porté plainte. Tu as fait du feu à une époque interdite, tu as cassé son fauteuil, tu lui as donné des coups de pied et tu as même cassé, je n’imagine pas comment, sa canne plombée.
— Je ne savais plus ce que je faisais, ni où j’étais. Est-ce que je suis encore comme ça ? »
Le professeur finit par dire, très lentement : « Non. »
L’après-midi l’infirmier me reconduit à l’atelier. Je n’ai que du papier. Je fais deux dessins. Ils sont beaux, trop beaux pour Floc et Turbin. J’ai traîné si longtemps à travers le monde, dans les ports et les parties les plus misérables des grandes capitales que j’en porte des traces. Je veux brûler mes dessins, mais je n’ai pas de feu, les piétiner, mes jambes sont sans force. Je commence à les déchirer. L’infirmier arrive, me prend les morceaux et sans un mot me reconduit dans ma chambre.
Le lendemain le professeur arrive avec les morceaux recollés des dessins. Ils sont toujours beaux, malgré les déchirures. Elle dit :
« Floc ne doit plus faire ça. Plus besoin de casser, de détruire, de brûler des voitures.
— La vie est plus belle quand ça brûle et quand ça barricade.
— Pourquoi ne brûles-tu pas les maisons et les œuvres des autres ? »
Je suis saisi par cette question :
« J’aime les autres… Peut-être.
— Tu aimes ta misère, Florian.
— Il le faut, comme au temps de papa. Moi aussi on m’a ramassé ivre sur les trottoirs. Le capitaine voulait me changer, il m’a envoyé vers Paris à vélo. Est-ce que c’était pour te retrouver ? »
Hellé sourit :
« Peut-être. La vie est une étrangère qui nous commande, sans que nous le sachions. »
Elle me tend les dessins et un briquet :
« Brûle si tu veux. »
J’hésite, puis je vais brûler les dessins au-dessus de mon lavabo. C’est un moment merveilleux. Les dessins en se recroquevillant montrent leurs traits martyrisés qui me transportent.
Il y a des larmes dans les yeux de Hellé. Coûte que coûte j’ai connu à nouveau la joie de la destruction et j’ai fait pleurer Hellé, ma particule d’espérance.
« Tu pourrais sortir de ta misère, Florian. Ton ancien marchand est mort. Lydvine, sa fille, a mis à la banque la somme qu’il te devait. C’est une grosse somme, tu pourrais vivre de tes œuvres.
— Mais alors, professeur, je ne pourrais plus brûler et détruire ce que je veux.
— Brûle ce que tu veux, Florian. Mais essaie de laisser quelques œuvres pour les donner ou pour les vendre. »
Je ne peux pas lui répondre. Je ne vois pas comment Floc, Froc, Toc ou Turbin pourraient encore changer sa vie.
Hellé n’insiste pas et s’en va.
Je peux sortir sans mon fauteuil roulant, je tiens un peu sur mes jambes. L’infirmier me conduit à l’atelier. J’ai là maintenant tout le matériel. Je peins un tableau et je n’ai pas envie de le détruire. Est-ce que je ne l’aime pas assez pour cela ? Quand le professeur revient elle me dit :
« Tu es sous le signe de l’ange de la destruction, Florian. Tu es peintre et tu seras aussi prophète.
— Moi prophète ! Je suis celui qui ne comprend rien au monde et aux machines. Tous les autres savent, moi pas.
— Tu es un prophète du feu, qui se prend pour un prophète des cendres. Avant de fuir à travers le monde, tu as donné aux autres de belles œuvres, et malgré toi tu as laissé des traces de ton génie sur les murs, les prisons, les bateaux. On a retrouvé quelques-unes des merveilleuses petites statues que tu as abandonnées dans tes voyages et le long des routes. Tu n’es pas fait seulement pour brûler.
— Tous voulaient me faire faire du Florian. Si je sens que je fais du Florian, je dois brûler, casser.
— Quand tu as fait ta crise, tu voulais peut-être te brûler toi-même. A côté de la Loire, te noyer aurait été plus facile. Tu ne l’as pas fait. Tu as roulé depuis la Méditerranée vers le feu.
— Je n’ai pas de place dans le monde, professeur. Toujours, je suis chassé. Le capitaine m’a dit un jour : Turbin, tu sens le feu. Peut-être qu’il a senti que j’avais envie de brûler le navire et moi dedans. Le capitaine était bon, une sorte de papa, et il a vu le feu en moi.
— Dans ta crise, tu as cru que ton corps allait brûler ton esprit.
— Comment sais-tu ça, professeur ?
— Je sens le feu, moi aussi, autour de toi, il faut plus que la Loire pour l’éteindre. Tu as voulu le tout d’un seul coup, mais le tout n’est pas à notre mesure. Ce n’est pas moi qui peux te guérir, je ne peux que t’aider en t’écoutant. Tu devras toi-même te permettre de vivre. »
Ainsi nous avons parlé des jours et des jours. Nous sommes redevenus de grands amis. Je respectais beaucoup son affection et sa parole, mais je sentais qu’elle ne me parlait pas dans ma langue originelle. J’ai osé le lui dire. Elle a dit :
« Peut-être avons-nous tort de parler comme des adultes. Est-ce que tu n’es pas né prématuré ? »
Je ne le savais pas, et cette découverte m’a fait pleurer.
Quelques jours plus tard elle m’a dit :
« J’ai fait faire des recherches. Tu as été un grand prématuré, tu as été mis plus de trois mois en couveuse et tu as survécu. Pendant ce séjour ta mère était gravement malade, elle n’a pu venir à la couveuse te parler avec son corps comme elle aurait dû le faire. Nous allons essayer de parler entre nous comme une femme à son bébé, un bébé à sa mère. »
Notre langage a peu à peu changé lors de ses visites suivantes. C’est devenu une sorte de gazouillement souriant. C’est ce gazouillement que tu as entendu, Florence, c’est lui qui t’a donné le courage de t’engager dans notre folle entreprise. C’est de ce même langage que je me sers avec Jerry pour remplacer son père, ce monsieur important qui n’a pas une minute à lui et est toujours occupé par ses affaires. »
A l’hôpital je continue à peindre, à dessiner et à brûler beaucoup, mais je confie le reste à Hellé, pour les autres. Elle me dit :
« Le secrétaire que j’ai engagé pour s’occuper de ton œuvre a reçu l’argent de Lydvine. Il t’a trouvé un bel atelier, où tu pourras peindre et brûler tout ce que tu veux. Il s’est arrangé avec une petite salle d’exposition pour montrer et vendre tes œuvres. »
L’atelier est grand et bien exposé, je peux y travailler le jour et revenir le soir à l’hôpital. Hellé passe parfois à l’atelier me voir et regarder mes œuvres. Un jour je ne peux m’empêcher de lui dire :
« Le feu est toujours là.
— Je vois. »
Et soudain :
« Pour réduire ce feu, il faudrait le déluge. »
Elle est profondément surprise par ce qu’elle vient de dire. Je suis marqué, transpercé par un éclair et je bafouille :
« Le déluge… le déluge… »
Elle voit mon désarroi, et dit :
« Il faut que tu cherches le lieu, le but est là. Prends le temps qu’il te faudra pour trouver. »
Je suis parti à la recherche. Tous les soirs elle me téléphonait en gazouillant pour me donner courage. Elle voyait bien que ma vie se déroulait entre le feu et la peur de l’art défendu. Ils se succédaient en moi, engendrés par ce qu’elle appelait : mon inconnu. J’ai cherché longtemps le lieu où je pouvais vivre et peindre le déluge. Finalement je l’ai trouvé ici grâce à toi Florence, à tes amis et à Jerry. Je ne suis plus tout seul comme je l’ai été si longtemps. Je suis plus rarement pris de peur. Un de vous est toujours là. Simon dit que vous êtes l’ancre dont j’avais besoin pour fixer mon prophète inconnu et flambant.
Je peins en accord secret avec Hellé qui a prophétisé le déluge et avec Jerry qui m’a appelé Noé. Grâce à vous j’ai trouvé mon territoire, celui que j’ai si longtemps cherché sans le savoir. Est-ce que tu me comprends, Florence ?”
Je laisse s’écouler un instant de silence, et je réponds :
“Il n’y a rien à comprendre. Vous nous avez embarqués sans nous prévenir dans l’arche et le déluge. Nous y sommes avec vous maintenant. Nous devons y rester jusqu’au bout.”
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