Demain ils parleront de moi: (Roman contemporain) (French Edition)
Paris
Tout au long de la dernière semaine du mois d’août, les gens commencèrent à rentrer de vacances. Les transports publics se remplissaient un peu plus chaque matin, les couloirs au bureau devenaient plus bruyants. Le mardi soir, mon propriétaire me donna les clés de mon appartement, mais je n’y emménagerais pas avant le week-end, car je n’avais même pas de chaise pour m’asseoir.
Le jeudi, Charlène fit son apparition au bureau. J’étais là depuis neuf heures, comme chaque matin depuis mon premier jour. Vers dix heures, mon téléphone fixe sonna.
— Eva ?
Je ne reconnus pas sa voix.
— Oui, c’est moi.
— C’est Charlène. Vous pouvez venir dans mon bureau ?
— Oui, bien s…
Mais, avant même que j’aie eu le temps de terminer ma phrase, elle raccrocha.
Je respirai profondément et me dirigeai vers son bureau, qui était à côté du mien. Je toquai à la porte vitrée et Charlène leva les yeux de son bureau, puis fit un geste de la main pour que je rentre.
— Bonjour, lui dis-je en arborant mon meilleur sourire. Bienvenue.
— C’est plutôt à moi de vous dire cela, répondit-elle sèchement. Comment se passent vos débuts chez nous ?
— Pour l’instant, je n’ai rencontré personne de l’équipe, mais j’ai pu me mettre à jour en ce qui concerne les mails et les projets en cours.
— C’est bien, parfait. Il faut que l’on commence à préparer notre présentation de lundi matin pour le comité de direction. Je vais vous envoyer quelques documents et j’ai besoin que vous me fassiez un PowerPoint en anglais. Vous me le montrerez avant de partir ce soir.
Je hochai la tête pendant que je prenais des notes et à peine avais-je fini de noter le dernier mot que Charlène me dit :
— Ce sera tout.
Alors que j’étais en train de quitter la pièce, elle m’interpella de nouveau.
— Au fait, Ludivine aurait dû rentrer aujourd’hui de ses vacances, mais elle est en congé maladie. Je vais avoir besoin que vous la remplaciez pendant son absence. Ça ne vous pose pas de problème, n’est-ce pas ?
Sa question était clairement rhétorique, et elle l’annonça de manière si informelle que je n’y accordai pas trop d’importance. Mais, bientôt, je commençai à recevoir plus d’e-mails que jamais et je ne pus rentrer avant dix-neuf heures passées. Le vendredi, Charlène me demanda de faire des tâches dont je ne m’étais jamais occupée avant : planifier des réunions, gérer son calendrier, lui passer des appels téléphoniques. Lorsqu’elle constata que je n’avais pas le niveau, elle m’encouragea à demander conseil à l’assistante personnelle de l’un des directeurs.
Olivia travaillait dans un bureau partagé à quatre ; son espace était rempli de plantes et de photos d’une petite fille accrochées au mur. Elle avait deux écrans et son fauteuil avait un repose-tête, un coussin gonflable et un repose-pieds bien fatigué. Par terre, à côté de la tour de son ordinateur, elle avait un carton rempli de chaussures à talons. Une forte odeur de vernis à ongles flottait dans l’air et, vu la façon dont elle écartait les doigts quand elle tapait sur son clavier, je devinai qu’elle venait de faire sa manucure.
— Tu dois être Eva, me dit-elle, et sa façon de me tutoyer me mit tout de suite à l’aise.
— C’est exact, dis-je en lui tendant ma main.
Elle la serra en faisant attention, à cause de ses ongles fraîchement vernis.
— Ça te dit qu’on prenne un café, et après on attaque ?
J’hésitai un instant car j’avais tellement d’e-mails à traiter qu’aller chercher un café me semblait une perte de temps, mais je pressentais que j’allais souvent avoir besoin de l’aide de cette femme, et il valait mieux que l’on s’entende bien. J’acceptai avec un sourire et la suivis dans le couloir. Je fus surprise quand elle se dirigea vers l’ascenseur et que nous montâmes de quelques étages. Ainsi, je découvris une salle de pause avec terrasse où l’on était franchement bien. Olivia me paya mon café au lait et nous sortîmes dehors. Il était tôt, la matinée était encore fraîche, mais les rayons de soleil commençaient à chauffer à la limite du supportable.
— Donc tu as commencé la semaine dernière ? demanda-t-elle en souriant avec enthousiasme.
— Oui, c’est ça, répondis-je, le regard vers l’horizon.
On voyait toute La Défense, avec l’Arche, et si l’on faisait attention on apercevait la voûte vanillée qui couvrait la capitale : la pollution.
— Et rappelle-moi, ton poste, c’est… ?
— J’ai été embauchée en tant qu’interprète de Charlène, mais Ludivine est en arrêt et il faut que je m’occupe de ses tâches jusqu’à ce qu’elle revienne.
Olivia se tut un instant puis, en se rapprochant de moi, en baissant le ton, elle confessa :
— Je ne sais pas si je devrais te le dire, mais j’avais déjà entendu des rumeurs comme quoi Ludivine n’allait pas revenir après ses vacances…
— Comment ça ? demandai-je en essayant de cacher ma surprise.
— En avril, puis en juin, elle a été en arrêt pour dépression, et tout le monde la voyait plus au moins au bord du burn-out…
Dans ma tête, mille et une pensées commencèrent à se bousculer : « Ça voudrait dire que Charlène le savait, quand allait-elle me le dire ? Si ça se trouve, ils m’ont embauchée en sachant déjà que j’allais devoir couvrir deux postes », puis : « Allons, ne sois pas méfiante, peut-être qu’elle sera juste en arrêt une semaine et qu’elle reprendra bientôt, tu verras, tout va bien se passer. » Mais je me limitai à dire :
— Bon, quoi qu’il en soit je dois apprendre à faire tout cela avant que Ludivine ne revienne.
Olivia sourit et me proposa de retourner dans son bureau pour m’expliquer les tâches de base qu’il fallait que je maîtrise. Cela faisait une heure que nous étions assises ensemble lorsque son téléphone fixe sonna : Charlène avait besoin que je descende à la réception pour accueillir son prochain rendez-vous et l’amener jusqu’à son bureau. Je quittai Olivia avec les idées confuses, surprise de devoir faire ce genre de chose.
Lorsque j’arrivai dans le hall, je vis un homme d’environ quarante ans, en costume-cravate, et visiblement perdu ; je m’approchai de lui et lui demandai s’il était le rendez-vous de Charlène. Je l’accompagnai jusqu’à l’ascenseur sans lui dire un mot : j’avais honte car je ne savais pas ce que l’on attendait de moi, et j’étais furieuse car, en qualité d’interprète, cela ne relevait pas de ma fiche de poste. Une fois que nous nous trouvâmes dans le bureau de Charlène, je m’apprêtais à partir lorsqu’elle me tendit son badge et me demanda de leur apporter deux cafés. Je restai immobile et, en voyant que je ne réagissais pas, elle me fit un geste de la main vers la porte. Je sortis sans être capable de dire un mot. Une fois que je leur eus apporté leurs cafés et que je fus retournée dans le bureau d’Olivia, je m’excusai pour cette interruption. Je sentais l’humiliation bouillir dans mon estomac et, pendant la demi-heure où Olivia m’apprit à réserver des salles de réunion et le traiteur, je ne réussis pas à me défaire de cette sensation dans mon ventre. Je ne parlerais évidemment pas de tout cela à ma famille.
Le soir, Charlène m’appela dans son bureau pour que l’on révise la présentation du lundi ensemble et m’expliqua en quoi cela consisterait. Je dus également organiser l’appel en visioconférence avec les investisseurs britanniques, ainsi que m’assurer que nous avions une salle pour la réunion. Charlène ne parlait pas très bien l’anglais, je devais donc être présente au cas où il y aurait des difficultés de compréhension. C’était la première fois de la journée que je sentais que je faisais vraiment ce qui correspondait à mon travail, et c’est ainsi que je quittai le bureau de meilleure humeur. Je trépignais d’impatience aussi car, ce week-end-là, j’emménagerais enfin dans mon appartement.
Pendant la semaine, j’avais acheté un réfrigérateur, un lave-linge et un canapé-lit sur Internet, et j’avais programmé toutes les livraisons pour le samedi. Dès que je me levai, à sept heures, j’attrapai mes valises et pris le train pour regagner mon nouveau chez moi. En ouvrant la porte, l’odeur de peinture récente m’accueillit. Des rayons lumineux entraient par les volets fermés, dévoilant la poussière ambiante. J’ouvris toutes les fenêtres pour créer un courant d’air et cela me fit penser à ma mère, qui me réveillait le matin en ouvrant grand ma fenêtre et disait toujours : « Ça sent le fauve, ma fille. »
D’abord, je reçus le réfrigérateur et le lave-linge ; j’en profitai donc pour ranger le peu de courses que j’avais pour me donner l’impression d’avancer. Je terminai au bout de cinq minutes, alors je nettoyai le dressing de ma chambre et commençai à y mettre mes vêtements, en essayant de ranger mes affaires méticuleusement. J’avais du temps devant moi. Je me rendis compte qu’il me manquait des produits ménagers, des serviettes, de la vaisselle… Il était dix heures. Je décidai de prendre le risque et je traversai la rue pour faire quelques courses au Monoprix d’en face, mais le livreur du canapé-lit m’appela en plein milieu et je fus obligée de laisser mon chariot dans un coin et de partir en courant. Je me souviens de ce premier week-end dans mon appartement, mon appartement à moi, avec beaucoup d’affection. J’avais toujours partagé mon logement soit avec mes parents, soit avec des colocataires… soit avec George. Quel plaisir c’était de remplir le placard avec mes affaires sans avoir une date de départ en vue ! Quelle satisfaction de pouvoir choisir mes meubles ! Je me voyais déjà inviter des amies à boire un verre de vin après le travail, me balader toute nue en sortant de la douche, laisser le lit défait toute la journée.
Ma maison était mon lieu sûr, mon refuge. Je la décorai à mon goût, avec de petits détails que je choisis avec soin : un petit tapis doux par-ci, une couverture en laine par-là, des bougies à la vanille ou à l’ambre… Cependant, tout le bien-être que mon chez-moi me procurait, le travail l’anéantissait, comme une sangsue. Ludivine ne revenait pas. Les semaines s’écoulaient et le volume de travail ne faisait qu’augmenter. Lorsque Charlène se rendit compte que mes présentations PowerPoint étaient bonnes et que je comprenais aussi leur contenu, elle commença à m’envoyer de plus en plus d’e-mails et de documents avec de moins en moins d’explications – mais ses attentes étaient toujours très élevées. Elle m’interrompait constamment en m’appelant pour que j’aille chercher ses collaborateurs et, même si je détestais le faire, je finis par m’y habituer.
Comme je m’occupais de son agenda, je savais parfaitement de quelle entreprise venaient les collaborateurs et je savais de quoi ils allaient parler. Je brisais donc souvent le silence dans l’ascenseur en posant des questions assez pertinentes. Certains en étaient surpris – peut-être étaient-ils habitués à des secrétaires discrètes et silencieuses – ; d’autres se lançaient dans la discussion avec tel enthousiasme que Charlène était obligée de nous attendre debout quand je les accompagnai dans son bureau. Cela la rendait furieuse, elle regardait sa montre avec impatience et, moi, pour éviter d’inévitables représailles, je me limitai à hocher la tête et à sourire afin qu’elle constate que ce n’était pas de ma faute.
Charlène n’avait aucune difficulté à me traiter comme quelqu’un d’extrêmement intelligent, capable de déchiffrer ses messages brefs et de les reconstruire le mieux possible en vue d’une réunion, pour ensuite me parler avec condescendance comme si j’étais stupide. J’essayai d’effacer ses défauts de mon esprit pour laisser de la place au positif, mais je ne pouvais pas duper mon corps, et je commençai à somatiser le stress, ce qui se manifestait par des cervicalgies à répétition. Un jour, j’en parlai à Olivia pendant l’heure du déjeuner, et elle me parla d’une instructrice de yoga qui venait au travail une fois par semaine pour donner des cours collectifs. Enthousiasmée, je lui dis que j’étais intéressée et lui demandai de m’ajouter à la session suivante.
C’était dans l’une des salles de réunion. J’arrivai quelques minutes en avance et l’instructrice était en train de faire de la place, en bougeant les tables et les chaises vers un coin de la salle. Je l’aidai et, quand nous eûmes terminé, elle s’excusa pour aller fumer une cigarette avant de commencer. Cela lui fit perdre quelques points dans mon estime, et je me demandai comment elle allait réussir à faire en sorte que je me sente mieux dans mon corps si elle ne prenait pas soin du sien. Lorsqu’elle revint, la salle était pleine et nous l’attendions, impatientes, certaines assises en position du lotus, d’autres allongées sur les tapis de yoga. Le cours se passa bien, mais c’était trop doux à mon goût : je ne transpirai même pas. Vers la fin, elle nous fit bouger comme des « organismes libres qui flottaient dans la mer » en s’accompagnant de vocalises au hasard. Mon scepticisme m’empêcha d’apprécier ce qu’elle appela « un moment de liberté unique dans notre journée ». Je préférais mon petit verre de vin rouge, allongée sur mon canapé avec les pieds surélevés ; mais j’étais là pour mes cervicales. En quittant le cours de yoga, je retournai à mon bureau en courant car j’avais dépassé l’heure de retour de la pause déjeuner de quelques minutes. Dès que j’allumai mon ordinateur, je vis un message de Charlène : Je vous ai appelée il y a cinq minutes et je vois que vous n’êtes pas revenue… Venez me voir quand vous aurez décidé de retourner à votre poste.
Je sentis comme une pierre dans mon estomac et mes mains se mirent à trembler. Elle était en train de profiter de moi, du fait que j’accepte dès le début d’assumer deux postes sans me plaindre, elle le tenait pour acquis alors que rien ne m’obligeait à le faire. Je sentis la rage monter en moi et j’eus peur d’éclater ; à ce moment-là, je savais que j’étais capable de faire n’importe quoi, y compris l’envoyer au diable et démissionner. Debout dans mon bureau, en faisant des allers-retours entre la porte et la fenêtre, j’examinai mes options et très vite je fis le calcul de mes dépenses : je ne tiendrais pas plus de trois mois sans salaire, et rentrer en Espagne n’était pas une option. Serais-je capable de faire face à Charlène et lui dire que cette situation était intenable ? Je craignais sa réaction, je craignais les conséquences. Ma période d’essai n’était pas terminée, elle pouvait se défaire de moi en un claquement de doigts. Je respirai profondément et me dirigeai vers son bureau.
— Vous êtes au courant que la pause déjeuner se termine à quatorze heures, n’est-ce pas ?
Les vocalises que j’avais retenues pendant le cours de yoga, celles que j’enfermais à l’intérieur de ma gorge par peur du ridicule à peine une demi-heure auparavant, se transformèrent en couteaux affilés et empoisonnés qui, malgré moi, sortirent seuls par ma bouche.
— Je pense qu’après trois mois à faire des heures supp et à couvrir deux postes pour le prix d’un, vous pourrez me pardonner cinq minutes de retard.
Je regrettai immédiatement ces mots, mais restai immobile et, après quelques instants à nous regarder en chiens de faïence, Charlène baissa son regard vers son carnet Moleskine et changea de sujet. C’est là que je compris que Ludivine ne reviendrait pas, que Charlène avait besoin de moi parce que si je partais elle se retrouverait le bec dans l’eau, et que je devais commencer à mettre des limites parce que personne ne le ferait à ma place.
*
Les mois filaient vite. Charlène et les ressources humaines approuvèrent mon embauche mais ce n’était qu’une formalité : j’étais devenue indispensable grâce à mon efficacité et parce que je gérais deux postes toute seule. À plusieurs reprises, j’accompagnai Charlène lors de ses réunions en Europe : elle m’envoyait des mails à minuit en me demandant de changer le contenu de la présentation du lendemain, ou pour que je change nos vols retour quand la dernière réunion était annulée. La plupart du temps, les collaborateurs étaient surpris lorsque je m’asseyais à table pour interpréter, parce qu’ils me voyaient généralement exécuter des tâches administratives typiques d’une secrétaire. Cela mettait tout le monde dans l’embarras sauf Charlène.
Lorsqu’il était l’heure de déjeuner, Charlène ne me proposait jamais de m’asseoir avec elle et les autres et, bien que ce fût humiliant, je finis par préférer déjeuner seule à devoir entendre son rire forcé, si aigu, de près, et voir son rouge à lèvres s’estomper à mesure que le repas avançait. En terminant les réunions le soir, ils allaient souvent prendre un verre ou dîner et, si jamais quelqu’un dans le groupe m’invitait à les rejoindre, j’inventais des excuses – la fatigue, des connaissances dans la ville, tout ce qui me permettrait de fuir sa présence qui m’était insupportable.
Parfois, je me remémore cette première année où je travaillais pour elle et je me demande comment j’avais fait pour tenir. Ma vie quotidienne au bureau était très stressante, je m’habituais à vivre avec cette sensation d’avoir un nœud dans l’estomac. Pendant le peu de temps libre dont je disposais, je voyais Cecilia pour faire du shopping, aller voir des expositions ou des comédies musicales (son mari Eduardo n’aimait pas ces activités). Le dimanche, j’allais au marché fermier de mon quartier pour acheter des fleurs et des produits locaux. Grâce à mon salaire, je pouvais assouvir mes envies de petits luxes qui me remontaient le moral : un sac à main de marque, un parfum en édition limitée, ou un massage relaxant. À ce moment-là de ma vie, ces banalités étaient suffisantes pour que je me sente bien. J’avais atteint un nouvel équilibre et la seule chose que j’aurais voulu changer était ma supérieure hiérarchique.
L’hiver, avec ses journées froides et sombres et les manteaux sombres et froids, laissa petit à petit la place au printemps, aux trenchs et aux vestes en cuir. Il faisait encore trop froid à mon goût et je ne comprenais pas que tout le monde s’assoie en terrasse dès que le premier rayon de soleil faisait son apparition. À Grenade, par ces températures, on allumait encore le chauffage d’appoint à l’extérieur, alors qu’ici les Parisiennes déboutonnaient leurs hauts pour bronzer du cou. Un après-midi où je réussis à terminer à dix-huit heures, je retrouvai Cecilia vers Montmartre pour prendre un verre. Elle tint absolument à s’asseoir en terrasse. Peu après que nous nous fûmes installées, nous fûmes entourées de fumeurs et je me plaignis tellement que Cecilia se leva d’un coup et dit : « Allons donc à l’intérieur, t’es vraiment insupportable ! »
Nous étions toutes les deux heureuses à Paris, malgré le fait que nous vivions loin de notre pays et de nos familles, même si c’était pour des raisons différentes. Cecilia était vraiment amoureuse de la capitale, elle avait des amis, un bel appartement dans un beau quartier, et sa stabilité professionnelle ainsi que celle de son mari lui permettaient de faire des plans à moyen et long terme. Quant à moi, j’étais à Paris comme j’aurais pu être à Manchester ou à Berlin ; le Parisien moyen me paraissait toujours agressif et égoïste, et je ne pouvais rien planifier au-delà de vingt-quatre heures. Malgré cela, j’étais satisfaite, et je ne ressentais pas le besoin immédiat de changer quoi que ce soit. Mon train-train quotidien ne me laissait pas le temps de réfléchir à mon avenir ni à ma quête du bonheur existentiel et, lorsque les doutes essayaient de pointer le bout de leur nez, je leur claquai la porte pour les laisser dehors sans le moindre scrupule.
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