Des variations du langage français depuis le XIIe siècle / ou recherche des principes qui devraient régler l'orthographe et la prononciation

Chapitre C

donc au verbe.—Mais alors le présent aimet il se confondra avec

l'imparfait aimait il.—Nullement. Rappelez-vous la règle primitive:

Jamais consonne n'agit à reculons sur la voyelle précédente. Aime

ne peut sonner comme aimai. Le t final n'est pour agir que sur l'i de

il.

Si l'on veut comprendre l'écriture de nos pères, il faut laisser de

côté les règles perverties par leurs descendants.

Mais l'étymologie ne donnait pas toujours droit à une consonne

finale. Quelques mots, en quantité relativement minime, en étaient

dépourvus: ce sont des adverbes, des prépositions, comme où,

aussi; des noms de nombre, dou (deux), quatre, etc.

A ceux-là, il fallait bien prêter une consonne convenue une fois

pour toutes. On choisit l's comme la liaison la plus naturelle et la plus

douce entre deux voyelles.

Les principales consonnes euphoniques intercalaires sont donc

l's et le t. On a quelquefois aussi employé l et n.

Le d n'est qu'une modification du t, qui apparemment dans ces

occasions ne sonnait pas durement: il parlad à lui ou il parlat à lui,

c'est la même chose. De même, l'f finale s'adoucissait en v: chef,

chevet; neuv heures; maison neuve.

On ne sera pas surpris que, dans un temps où il n'existait aucune

espèce de code grammatical, des copistes ignorants aient parfois

substitué une consonne euphonique à une autre, et les aient tantôt

figurées où elles ne sonnaient pas, tantôt omises où elles sonnaient.

Ce sont des accidents faciles à découvrir; et l'on se démêle bien vite

de ces erreurs, une fois qu'on tient en main le fil d'Ariane, c'est-à-

dire le sens de la règle.

Nous allons passer rapidement en revue les consonnes que l'on

rencontre employées comme euphoniques.

 

C.