Des variations du langage français depuis le XIIe siècle / ou recherche des principes qui devraient régler l'orthographe et la prononciation

DE, après le comparatif.

De cher, cherissime, on fit, par contraction, CHERISME:

 

Cherismes dus, noble, vassal…

(Benoît de Sainte-More, II, p. 570.)

 

«Très-cher duc, noble brave,» disent au duc de Normandie ses

sujets, qui s'efforcent de le retenir à la veille d'une expédition.

 

ALTISME ou HALTISME (altissimus).

 

Puis sont munteis sus el paleis altisme.

(Roland, st. 191.)

 

«Il est vrayment li fils del haltisme, selonc le temoignaige Gabriel;

e por ceu, si est il ewalment (également, égaument) haltisme al

peire.»

(Saint Bernard, p. 522.)

On trouve même fréquemment les deux formes du superlatif

accumulées:—«Senz lo tres haltisme conseil de la sainte Triniteit.»

(Ibid.)

 

Au XVIIe siècle, les gens qui avaient le plus et le mieux étudié la

langue, et qui en conservaient la tradition la moins défigurée, par

exemple, Malherbe, employaient les superlatifs en issime. Malherbe

raconte à Peiresc l'apparition d'un météore, qui fut interprété par

Henri IV à présage de victoire:

«La nuit d'entre le jeudi et le vendredi ensuivant, il fut vu par les

gardes un certain feu en forme d'oiseau, qui s'éleva du jardin des

Canaux, passa par dessus la cour du cheval et par-dessus le

château, alla crever en la cour du donjon, à l'endroit de l'horloge,

avec un grandissime bruit; on dit comme d'un pétard.»

(Lettre du 26 avril 1607.)

 

DE, après le comparatif.

Les Italiens après le comparatif mettent le génitif: Maggior di me,

peggior di te. Notre vieille langue en usait de même:

 

Meillor vassal de lui onc ne connue-je mie.

(Garin, t. I, p. 60.)

 

Mes barons a le nez plus noir De fer.

(Du Vilain à la C. N., Barb., III, 131.)

 

Mais si mes bons me consentez,

Grans biens vous en vendra encor;

Et si arez mon anel d'or,

Qui vaut mieux de quatre bezans.

(De Gombers et des deux Clercs.)

 

Nul meillor mes de moi n'i a.

(Du Chevalier qui fist sa femme confesse.)

 

«Il n'y a pas de messager meilleur que moi.»

Le mari qui trouve un surcot (vêtement d'homme) sur le lit de sa

femme:

 

Helas! fait il, je suis trahiz!

. . . . . . . . . . . . . . . .

Maintenant a le sercot pris,

Car jalousie l'a espris,

Qui est pire de mal de denz.

(D'Auberée la vieille Maquerelle.)

 

«… Cil furent avant appelez saiges qui sembloient mielx valoir

des autres en aucune manière de vie loable…»

(Jean de Meung, trad. inéd. d'Abeilard.)

Dans le roman des sept Sages, un enfant explique à son père un

présage tiré des cris obstinés de deux corneilles: Cela signifie, dit-il,

que je monterai et me verrai un jour fort au-dessus de vous. Le père,

à ces mots, s'irrite: «Voire, dit-il, si monteroiz plus haut de moi! (P.

98.)» Vraiment! vous monterez plus haut que moi! Et comme ils sont

en bateau, il le saisit et le lance à la mer, ce qui conduit le fils à

devenir empereur.