Des variations du langage français depuis le XIIe siècle / ou recherche des principes qui devraient régler l'orthographe et la prononciation

Illec.

Il et belle Aude ont la paix porparlée.

(Gerars de Viane, v. 1022.)

 

Guidoine broche (n'a cure de sermon)

Desor un pui, il et Marsilion.

(La Desconfite de Roncevaux.)

 

Dans tous ces endroits, l'usage moderne substituerait à il, lui:—

Lui et ses compagnons… Lui et la belle Aude, etc.

Pourquoi? Ce n'est pas assurément par considération pour la

logique ou la clarté, que l'on affecte de confondre, en certains cas, le

nominatif d'un pronom avec son datif; ni par égard pour l'euphonie

ou les besoins de la versification, puisque lui et forme un hiatus

inadmissible en vers.

Voilà donc une forme de langage supprimée, une des plus

nécessaires. Le poëte moderne sera obligé de faire un long circuit

pour dire, ou plutôt il ne pourra jamais dire:

 

S'en va Guidone, il et ses compagnons.

 

Pourquoi donc ce double emploi? pourquoi tantôt il, tantôt lui?

Qui le sait le dise.

 

ILLEC.

 

La Fontaine, qui a sauvé tant de vieux mots, a souvent employé

illec:

 

Notez qu'illec, avec deux autres dames, Du bon bourgeois l'épouse était aussi.

(Le Savetier.)

 

Là est sec, difficile à employer à cause de l'hiatus; illec est

harmonieux, commode, et de plus a une couleur, un parfum

d'antiquité dont le poëte peut tirer un excellent parti.

Illec est l'adverbe illuc transporté en français presque sans

modification, car la première forme fut illuecques, qui se prononçait

illeuc. Ce mot a passé par toutes les vicissitudes d'avecques: on a dit illuecques, illuecque, iluec, illecque, illec, et ce dernier même a