Elon Musk - L'enquête inédite
10. Musk, le pirate
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Musk, le pirate
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La Tesla Model S file sur la National Highway A1 en direction d’Hornsdale, dans l’État d’Australie- Méridionale. À l’arrière, Musk peine à déplier son mètre quatre-vingt-huit. Mais, en ce début décembre 2017, le léger inconfort et les seize heures et trente minutes de décalage horaire avec la Californie ne suffisent pas à entamer le moral du serial entrepreneur. Il a gagné son pari. Un pari à un contre dix… ou plutôt contre cent : construire en seulement cent jours ce qui doit être alors la plus grande batterie lithium-ion au monde, dans cette bourgade située à trois heures de route d’Adelaide, un véritable tour de force, déclenché par une énième bravade muskienne sur Twitter. Sujet à des pannes électriques à répétition allant parfois jusqu’à la coupure totale, comme en septembre 2016, l’État d’Australie-Méridionale avait publiquement fait part de sa volonté de trouver une solution alternative aux générateurs diesel ou aux centrales à gaz à démarrage rapide, dans l’optique de sécuriser son réseau en cas de défaillance. Le patron de Tesla s’était alors vanté, sur le réseau social, de pouvoir régler le problème en trois mois, grâce à une batterie d’une taille inédite, capable de stocker plus de 100 mégawatts : suffisamment pour stabiliser le système, tout en alimentant 30 000 foyers aux heures de pointe. Et, pour pimenter la chose, Musk s’était ensuite engagé à ne pas réclamer le moindre centime s’il n’avait ne serait-ce qu’un jour de retard.
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Pari gagné, donc, et même avec plusieurs jours d’avance, notamment grâce à son partenariat avec le producteur d’énergies renouvelables français Neoen, qui a connecté la batterie géante à son parc éolien et qui exploite depuis lors le site. Le trublion savoure sa victoire. Seul hic : on ne trouve aucune station dans le désert australien pour recharger la berline électrique. Bien sûr, le milliardaire aurait pu embarquer dans n’importe quelle voiture thermique pour régler le problème, mais notre homme est trop orgueilleux pour mettre les pieds dans un modèle de la concurrence. « Les équipes Tesla ont dû installer à mi-parcours un groupe électrogène, alimenté donc par un moteur thermique, pour recharger la voiture du boss », raconte un cadre du constructeur, présent ce jour-là. En clair : brûler de l’essence pour faire rouler le bolide électrique d’Elon… Si on ajoute à cela les 26 000 kilomètres aller-retour en jet privé, l’épopée frise l’indécence écologique pour celui qui aime à se présenter en héraut de la décarbonation.
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Le carcan des règles, de la bienséance et de la morale ? Très bien pour les autres, pour les gens normaux, pour la « piétaille ». Lui a trop à faire et trop peu de temps pour se laisser corseter. La mission de faire de l’être humain une espèce multiplanétaire afin d’assurer sa survie, quand notre bonne vieille Terre, lassée des coups de boutoir et de l’ingratitude humaine, aura rendu l’âme, autorise tout. Si les startupers de la Silicon Valley ont, pour la majorité d’entre eux, gravé dans leur ADN la transgression, inhérente selon eux à l’innovation, Elon Musk a élevé la piraterie au rang d’art de vivre. Le cadre, quel qu’il soit, est fait pour être bousculé, rudoyé, remodelé, jusqu’à ce qu’il ait revêtu la forme adéquate et épouse le tourbillon de ses ambitions, quitte à mordre la ligne rouge, à s’attirer l’opprobre général, et parfois même à mettre ses business en danger. En effet, quand la loi devient selon lui oukase, ou que la réglementation ne progresse pas assez vite pour suivre ses grandes enjambées, alors Musk n’hésite pas à passer outre. Tout simplement. Selon l’ego boursouflé du milliardaire, ce n’est pas à lui de s’adapter au monde et à ses petites règles mesquines, mais bien au monde de se mettre en ordre de marche en vue de suivre la cadence.
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Aveuglé par son hubris, Musk semble parfois s’imaginer au-dessus de la justice des hommes. Mais si le fantasque milliardaire n’en fait souvent qu’à sa tête, c’est surtout qu’il est bien décidé à écrire son propre évangile, avec en point de mire son rêve martien, une destinée dont il semble impossible de le détourner. « Elon est quelqu’un que rien ni personne ne peut arrêter, quand il s’est fixé un objectif ; je ne l’ai jamais vu avoir peur, même dans des moments où il risquait de tout perdre », raconte un de ses anciens bras droits chez Tesla.
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Il se permet de snober cette crainte, même quand il signe un contrat en bonne et due forme, comme celui paraphé au printemps 2022, dans lequel il s’engageait à racheter le réseau social Twitter. Pour expliquer cette soudaine emplette de 44 milliards de dollars, il expliquait à l’époque vouloir redonner ses lettres de noblesse à la liberté d’expression, alors que le réseau social n’avait de cesse, selon lui, de resserrer les mailles de la censure. Mais après des semaines d’atermoiement, entrecoupées de déclarations à la hache contre les dirigeants de la plateforme, trois mois plus tard, il renonçait à acquérir Twitter. Quelle explication donner à cette surprenante volte-face ? Musk accuse le réseau social fondé par Jack Dorsey de lui avoir fourni des données trompeuses sur le nombre de comptes faux ou inactifs. Le conseil d’administration de l’entreprise ne l’entend pas de cette oreille. Persuadé que l’homme d’affaires a en réalité décidé de retirer son offre après avoir vu le cours de Bourse de Twitter dévisser, il entend bien l’obliger à aller au bout de l’opération et l’attaque en justice. Sur le réseau social, dont il est l’une des principales locomotives avec près de 130 millions de followers, Musk parade. Il publie quatre photos de lui, hilare, qu’il légende : « Ils ont dit que je ne pouvais pas acheter Twitter. Ensuite, ils ont refusé de révéler les informations sur les faux comptes. Maintenant, ils veulent me forcer à racheter Twitter au tribunal. Maintenant, ils sont obligés de révéler les informations sur les faux comptes. » Derrière les fanfaronnades, le flibustier des affaires comprend qu’il est cette fois-ci allé trop loin, et que la justice va le condamner à boucler l’opération. Pour s’éviter la défaite et plus encore l’humiliation, l’homme accepte finalement de signer le chèque de 44 milliards de dollars peu avant l’ouverture du procès.
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Durant la phase la plus aiguë de la pandémie de Covid-19, le Jack Sparrow de la Silicon Valley avait déjà fait des siennes et joué au chamboule-tout avec la réglementation. En mai 2020, comme nous l’avons vu précédemment, le milliardaire avait décidé de rouvrir son usine Tesla de Fremont où se côtoient quotidiennement 10 000 salariés, bravant l’interdiction du comté d’Alameda, où est implanté le site. Pas de réelle surprise pour les autorités, puisque notre homme n’avait eu de cesse, les mois précédents, de qualifier le Covid-19 de maladie « stupide », de dénoncer le confinement comme une décision « fasciste », et avait prévenu très clairement de son intention de relancer ses lignes de production pour livrer des clients toujours plus nombreux malgré la pandémie, voire de délocaliser son usine dans un État plus permissif.
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Bravache, Musk avait annoncé le matin du 11 mai sa décision, comme toujours via son porte-voix officiel, Twitter : « Tesla reprend la production aujourd’hui, contre les règles du comté d’Alameda. Je serai dans les rangs avec tout le monde. Si quelqu’un est arrêté, je demande que ce soit moi, et moi seul. » Qui peut imaginer, de ce côté-ci de l’Atlantique, un Luca de Meo, le directeur général de Renault, ou un Carlos Tavares, son alter ego chez Stellantis, braver ainsi ouvertement la loi ? Outre l’opprobre public, le lynchage politique et médiatique, ces capitaines d’industrie auraient eu à répondre de leur acte devant la justice pour mise en danger de la vie d’autrui. Mais les États-Unis ne sont pas l’Europe, et surtout, Musk se savait en position de force. Tesla est en effet l’un des plus grands employeurs privés de Californie et le gouvernement Trump lui avait clairement affiché son soutien. Le jour même où l’entrepreneur se mettait hors la loi en relançant la production sur le site de Fremont, le secrétaire au Trésor de l’époque, Steven Mnuchin, déclarait en direct sur CNBC : « Je suis d’accord avec Elon Musk. […] La Californie devrait se concentrer sur ce qu’elle doit faire pour résoudre les problèmes de santé, afin qu’Elon Musk puisse ouvrir rapidement et de façon sûre, sinon elle va s’apercevoir
qu’il a déménagé sa production dans un autre État1. » Trump lui-même y était allé de son tweet : « Cela peut être fait rapidement et en sécurité. » Finalement, après un semblant d’accord sur les conditions de travail à mettre en place dans l’usine, le patron n’a jamais été inquiété par la justice de son pays.
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Quand Elon Musk ne joue pas les briseurs de confinement, il n’hésite pas à ériger une gigantesque usine à une quarantaine de kilomètres de Berlin… sans permis de construire ! De l’autre côté du Rhin, tout le monde a encore en mémoire l’inauguration en grande pompe de la toute première Gigafactory européenne à Grünheide, dans la région de Brandebourg. Le 12 mars 2022, des milliers de riverains ont fait le déplacement pour assister à la « gigafête » organisée par Tesla, en l’honneur de la naissance de ce mastodonte industriel. Trois cents hectares de bâtiments ultramodernes, soit l’équivalent de 420 terrains de football, d’où une fournée de 500 000 véhicules – des Model Y et des Model 3 – devrait à terme sortir chaque année. Ce nouvel investissement a pour but de relâcher la pression sur les autres usines à travers le monde, en particulier celle de Shanghai, en Chine, qui livrait jusqu’ici l’Europe, et de réduire ainsi les délais de livraison. En effet, il n’était pas rare jusque-là d’attendre plus de six mois avant de pouvoir parader avec son bolide électrique. DJ, grande roue, food-trucks, ballons pour les enfants… et comme guest star, bien sûr, Elon Musk en personne, aux côtés du chancelier allemand Olaf Scholz et du ministre de l’Économie Robert Habeck, venus spécialement pour l’occasion.
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Ce n’est certes pas tous les jours qu’une entreprise inaugure un site qui compte faire travailler 12 000 personnes en vitesse de croisière, qui plus est dans une région de l’ancienne Allemagne de l’Est, sur laquelle la fin du charbon fait peser un lourd risque de déclassement. L’inauguration a lieu avec quasiment une année de retard, et aurait bien pu ne jamais arriver. Si les premières tonnes de béton ont été déversées sur le site deux ans auparavant, Tesla ne disposait pas encore du permis de construire définitif. Les autorités locales avaient cédé au constructeur californien une autorisation provisoire, mais celle-ci pouvait être à tout moment révoquée. Une menace bien réelle. Le chantier a en effet été la cible de nombreuses associations environnementales, inquiètes de l’impact écologique de la future chaîne de production ; ces dernières ont tout fait pour l’entraver et obliger Tesla à rebrousser chemin. À leur demande, la justice a ainsi ordonné à plusieurs reprises la suspension des travaux, notamment pour analyser l’impact sur l’habitat naturel d’espèces protégées de lézards et de serpents. La consommation d’eau avait également été pointée du doigt par les militants, alors que les localités environnantes sont touchées depuis plusieurs années par de sévères sécheresses estivales.
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Calmer le jeu, donner des gages de confiance ? Ce n’est pas le genre de la maison. Les équipes d’Elon Musk semblaient prendre un malin plaisir à modifier sans cesse leur demande d’agrément, dans le but de bâtir toujours plus grand, plus imposant, et faisaient évoluer le projet existant vers ce qui pourrait bien devenir la plus grande usine de batteries électriques au monde, avec une capacité de production annuelle qui devrait atteindre les 250 GWh, de quoi électriser encore un peu plus les associations locales. Mais outre-Rhin, on ne plaisante guère avec l’écologie. Pour montrer patte blanche et obtenir enfin le précieux sésame, les équipes de Tesla ont finalement dû soumettre un dossier épais de 400 pages détaillant toutes les mesures prises par l’entreprise pour réduire son empreinte environnementale sur le site. Et si jamais un tribunal local avait finalement décidé d’interdire le chantier ? « Le risque que l’on n’obtienne pas ce permis de construire définitif était assez élevé pour nous pousser à provisionner plusieurs dizaines de millions de dollars », confie un cadre de la marque californienne. En cas de refus, Tesla aurait en effet été condamnée à démolir tous les bâtiments déjà édifiés et à remettre les 300 hectares dans leur état d’origine. « Un jeu dangereux, mais Elon était prêt à courir ce risque pour aller le plus vite possible : si on avait attendu d’avoir l’avis définitif pour poser la première pierre, on aurait perdu deux ans », poursuit le cadre. Deux ans : une éternité, à l’échelle muskienne.
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À peu près à la même époque, à 9 000 kilomètres de la Gigafactory allemande, le milliardaire s’amuse à jouer au chat et à la souris avec la puissante Federal Aviation Administration. Nous sommes le mercredi 9 décembre 2020, et le ciel, d’un bleu intense, est parfaitement dégagé au-dessus de la Starbase de SpaceX, située à Boca Chica, un temps idéal pour le premier test grandeur nature de la SN8 (Starship number 8), qui espère atteindre le cap des 10 kilomètres d’altitude. Sur le live officiel YouTube qui diffuse l’événement, plus de 600 000 personnes rivées à leur écran contemplent le mastodonte s’élever dans les airs, réaliser un vol parfait de 6 minutes et 30 secondes, avant une spectaculaire remise à la verticale de la fusée pour la dernière phase – la plus risquée – de l’atterrissage. Revenu à trop grande vitesse vers le sol, le prototype explose soudain dans une gigantesque boule de feu et un bruit de tous les diables. « Félicitations à l’équipe SpaceX, ouais », tweete dans la foulée le big boss, qui avait prédit que son engin n’avait qu’une chance sur trois d’atterrir en un seul morceau. À Washington, dans les bureaux de la FAA, l’atmosphère est lourde, tandis que les haut gradés de l’agence se réunissent en urgence pour préparer leur riposte face à cette gifle monumentale : Musk a tout simplement fait décoller sa fusée, alors qu’ils s’y étaient clairement opposés. Du jamais-vu dans l’histoire astronautique ! Ils pensaient l’homme un brin loufoque, ils le découvrent incontrôlable. Avant le lancement du SN8, SpaceX avait en effet demandé « une dérogation pour dépasser le risque public maximal autorisé par les règlements de sécurité fédéraux », peut-on lire dans un communiqué de la FAA. Cette dernière avait mis son veto, estimant que l’entreprise n’avait pas su démontrer l’absence de risque pour les habitants du site. La faute est lourde : Musk a sciemment mis des vies en danger.
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Aussi étonnant que cela puisse paraître, notre homme s’en sort pourtant avec un simple avertissement et une obligation de remettre tous ses standards de sécurité à niveau avant le prochain essai… « Dans le comté de Cameron [où est situé Boca Chica], Elon Musk n’a que des soutiens qui sont prêts à tout pour qu’il continue de développer sa Starbase : ils ont pesé de tout leur poids pour que la FAA passe l’éponge », constate amèrement un journaliste local qui, seul contre tous ou presque, tente d’enquêter sur les dérives de SpaceX.
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Les pontes de l’agence ont doublement dû manger leur chapeau, puisque, quelques semaines après son infraction, Musk n’a pas hésité à blâmer l’institution, comme toujours sur Twitter : « Contrairement à sa division aéronautique, qui fonctionne bien, la division spatiale de la FAA a une structure réglementaire fondamentalement défaillante. Ses règles sont conçues pour une poignée de lancements par an à partir de quelques installations gouvernementales. Avec ces règles, l’humanité n’ira jamais sur Mars. » Ambiance.
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Décidément, Elon Musk a bien du mal à cohabiter avec les organismes de réglementation et il ne semble guère apprendre de ses erreurs. À l’automne 2018, la SEC, le gendarme boursier américain, l’avait pourtant sérieusement secoué. Accusé d’avoir manipulé le cours de Tesla par une série de tweets dans lesquels il assurait avoir « sécurisé » le financement pour racheter toutes les actions et ainsi sortir son entreprise de la Bourse, l’entrepreneur avait été condamné à une amende de 20 millions de dollars, et surtout contraint à démissionner de son poste de président du conseil d’administration de la société. Les discussions avec le fonds souverain saoudien, dont il se targuait, n’avaient rien d’officiel et l’opération tenait manifestement plus du fantasme que du projet solide et concret. Musk pouvait certes garder la direction opérationnelle de son entreprise, mais il se retrouvait cornaqué par la nouvelle présidente, Robyn Denholm, une spécialiste du secteur des technologies, avec l’obligation de faire valider ses tweets concernant Tesla par les juristes de l’entreprise. Signe que notre fougueux milliardaire a senti passer le vent du boulet, il a, pour une fois, joué profil bas au moment de commenter l’arrivée de celle qui était déjà administratrice de la marque de bolides électriques. « Au cours des quatre dernières années, elle nous a aidés à devenir une entreprise rentable. Je suis impatient de travailler encore plus étroitement avec elle. » Il faut dire qu’en l’absence d’accord à l’amiable avec la SEC, il s’exposait à une interdiction à vie d’exercer un poste de dirigeant.
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Mais c’est à l’automne de la même année que Musk le pirate va prendre le pas sur Elon l’entrepreneur. Notre homme est exsangue. Dépression, burn-out, les derniers mois ont été terribles. Tesla, qui pèse déjà 50 milliards de dollars de capitalisation sans jamais encore avoir enregistré le moindre bénéfice, traverse une crise de croissance carabinée. La production de la petite dernière, la Model 3, patine sévèrement, rendant hystériques les 455 000 clients qui l’ont précommandée, et donnant des sueurs froides aux investisseurs. Car cette petite berline électrique au prix abordable – 50 000 euros, tout de même – est bien plus qu’un nouveau modèle. Elle doit alors faire passer Tesla du statut de marque pour happy few à celui de nouveau géant de l’automobile. Pour aider ses équipes à traverser ce qu’il appelle alors « l’enfer de la production », Musk a installé un lit de camp dans l’usine de Fremont, en Californie, dont il ne sort quasiment plus, s’octroyant quelques heures de sommeil à grands coups de puissants somnifères.
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Quelques semaines auparavant, à la fin de l’été, il a donné une interview lunaire au New York Times, dans laquelle, passant du rire aux larmes, il confiait son état de fatigue et de stress intense : « Cette dernière année a été
la plus difficile et la plus douloureuse de ma carrière. C’était atroce 2. » Le 6 septembre 2018, quand il se rend au studio d’enregistrement pour un entretien fleuve avec le podcasteur et youtubeur star Joe Rogan, si l’entreprise commence peu à peu à se redresser, l’entrepreneur n’est plus
que l’ombre de lui-même 3. Un verre de whisky à la main, Musk répond aux questions de Joe Rogan, en se perdant dans d’interminables et nébuleuses digressions, expliquant que « l’amour est la solution ». Soudain, il accepte de prendre une bouffée d’un énorme joint que l’animateur a préparé pour tester le milliardaire. Rien d’illégal : l’émission est enregistrée en Californie, où le cannabis récréatif est autorisé. Mais Elon Musk semble avoir oublié à cet instant que le premier client de ses fusées SpaceX n’est autre que la Nasa, l’agence spatiale américaine, qui va très peu apprécier l’incident. Ses membres, de fait, sont ulcérés de voir celui à qui ils ont versé plus de 10 milliards de dollars de contrats en une dizaine d’années, notamment pour ravitailler l’ISS, s’enfumer les neurones en ricanant bêtement.
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L’affaire n’en restera pas là. Comme souvent quand Musk dérape, Gwynne Shotwell doit réparer les pots cassés. Or, cette fois-ci, l’enfant terrible de Pretoria a dépassé les bornes. Une enquête est diligentée. Des investigateurs de la Nasa sont envoyés au siège de SpaceX pour passer les principaux cadres à la moulinette afin de savoir si l’affaire relève du simple dérapage ou si elle révèle une véritable culture de la « défonce » chez le constructeur. Pire, Elon Musk et nombre de cadres de la société vont devoir, pendant une année entière, subir des tests antidrogue inopinés. L’affaire finit par se tasser, mais une fois encore, l’entrepreneur est passé bien près de la correctionnelle. Si l’entreprise spatiale avait été exclue de la commande publique, elle aurait disparu corps et biens dans la foulée.
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Pourquoi les banques, les marchés et les pouvoirs publics continuent donc de soutenir et de supporter les innombrables incartades muskiennes ? Tout simplement parce que, malgré ses cabotinages et ses caprices, le milliardaire réussit toujours à tenir ses engagements… même avec un sacré retard. Il est parvenu à sortir la Nasa d’une humiliante dépendance aux lanceurs russes pour envoyer ses spationautes vers l’ISS, a enrichi nombre d’investisseurs qui ont vu le cours de Tesla multiplié par plus de dix sur les seules trois dernières années et semble bien parti pour donner une longueur d’avance à l’oncle Sam dans la course à la colonisation de l’espace. Si l’homme est parfois détestable, l’entrepreneur est irremplaçable.
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En bon pirate, Elon Musk a également une conception assez personnelle de la propriété intellectuelle. Plusieurs fois, il lui est arrivé de confondre les idées des autres… avec les siennes, ou tout au moins de réécrire l’histoire pour s’approprier la paternité d’un concept, voire d’une entreprise. Le plus connu de ses « emprunts », raconté dans la biographie officielle écrite par Ashley Vance, concerne Starlink. Nous l’avons vu, la constellation de satellites, placée en orbite basse, doit apporter l’Internet haut débit dans les endroits les plus reculés de la planète, là où les opérateurs terrestres ne peuvent pas aller, ou ne veulent pas dérouler du câble pour des questions de rentabilité économique. Offrir la puissance du Web aux près de trois milliards de terriens qui n’y ont pas encore accès, l’idée semble aussi géniale que noble. Cependant elle n’est pas née dans l’esprit fécond du milliardaire, mais dans celle d’un autre inventeur de la Silicon Valley : Greg Wyler.
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Silhouette musculeuse et sourire carnassier, cet ingénieur est devenu millionnaire à la fin des années 1990, avant même d’atteindre 30 ans, grâce à un système révolutionnaire de refroidissement des ordinateurs. Devenu investisseur, l’homme aurait pu passer le reste de ses jours à vivre généreusement de ses rentes. Mais la découverte, en 2002, du corps inerte de sa mère, violemment assassinée à son domicile de Winchester, dans le Massachusetts, infléchit sa trajectoire. Après la tragédie, l’épiphanie : Greg Wyler se fait la promesse de rendre le monde plus juste. Commence alors à germer dans son esprit le plan d’apporter partout sur la planète l’Internet haut débit, synonyme selon lui de démocratie et de développement économique. Mais pour envoyer dans l’espace une armée de satellites, il lui faut des fusées. Il décide de se tourner vers une vieille connaissance qui a justement développé une société de lanceurs, SpaceX.
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Nous sommes en 2014 ; Musk et Wyler passent des soirées entières à s’échauffer les neurones pour décortiquer le projet. Les deux hommes ont le même âge et le même parcours. Ils sympathisent et décident de s’associer. Mais, selon Greg Wyler ainsi que plusieurs témoins de l’époque, Musk en aurait profité pour s’approprier l’idée et travailler en parallèle sur son projet personnel de constellation, qui deviendra Starlink. Averti de la trahison, Wyler décide finalement de poursuivre seul et crée sa propre constellation, OneWeb. Mais alors que le Starlink vole de succès en succès et a déjà lancé, début 2023, environ 3 000 satellites, OneWeb passe tout près de la faillite, et ne doit son salut qu’à son rachat par un tandem anglo-indien, qui finit lui-même par passer la main à l’opérateur français de Eutelsat, avec qui il vient de fusionner. L’histoire est toujours écrite par les vainqueurs et, dans l’esprit du grand public, c’est bien à Musk que l’on doit la révolution des constellations.
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De nombreuses autres rumeurs de plagiat flottent autour de la statue du sulfureux milliardaire. Par exemple, l’Hyperloop est le projet d’un mode de transport potentiellement révolutionnaire, qui ferait circuler des capsules véhiculant une trentaine de personnes à plus de 1 000 kilomètres à l’heure dans de gigantesques tubes à basse pression, sous terre ou juchés sur des pylônes. « En 2012, Musk rencontre les dirigeants d’une start-up, ET3, qui a déjà déposé des brevets autour de cette technologie. Ils s’imaginent alors que le milliardaire va les aider à industrialiser leur système. Las, un an plus tard, quand Musk publie son premier document détaillant le projet, ils comprennent qu’il s’est largement inspiré du leur », raconte ainsi Sébastien Gendron, cofondateur de TransPod, une start-up travaillant sur la technologie de l’Hyperloop. En effet, Elon ne s’est pas lancé directement dans l’aventure, mais s’est contenté d’encourager des start-up à exploiter « sa » technologie.
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Détrousseur d’idées, roublard et souvent à l’extrême limite de la légalité : le tableau est déjà bien chargé. Ce dernier ne serait pourtant pas complet si on ne creusait pas le côté espiègle et railleur du geek milliardaire. L’un de ses grands plaisirs est notamment de moquer ses concurrents en prenant à témoin son immense communauté de zélotes sur Twitter. À l’été 2022, c’est Lucid Motors, une prometteuse start-up californienne de voitures électriques, qui en a fait les frais. Alors qu’elle vient d’annoncer une production de 6 000 à 7 000 Lucid Air pour l’année 2022 – au lieu des 20 000 exemplaires initialement visés –, Elon Musk lâche un tweet aussi court qu’assassin : « J’ai eu plus d’enfants au deuxième trimestre qu’ils n’ont construit de voitures ! » Un an plus tôt, c’était son meilleur ennemi, le fondateur d’Amazon, Jeff Bezos, qui avait essuyé ses gazouillis trempés dans le curare.
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Pour comprendre l’origine de la dispute entre les deux multimilliardaires, il faut remonter au mois d’avril 2021. La Nasa vient alors de choisir SpaceX pour construire l’atterrisseur lunaire du programme Artemis, notamment grâce à un tarif imbattable de 2,9 milliards de dollars. Le devis présenté par le Blue Origin de Jeff Bezos était plus de deux fois supérieur. Écœuré, ce dernier a intenté dans la foulée un procès à son rival, l’accusant de vendre à perte pour asphyxier la concurrence. La chose est amusante, de la part du fondateur de la plateforme qui a mis à genoux les petits commerces partout sur la planète avec ses prix cassés… Pour Musk, l’occasion est trop belle : « Si le lobbying et les avocats pouvaient nous mettre en orbite, Bezos serait sur Pluton », tweete-t-il dans la foulée. Bezos boit le calice jusqu’à la lie, puisque la cour fédérale des réclamations statue quelques mois plus tard en faveur de Musk.
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Quand ce dernier ne taquine pas ses consorts, ou ne provoque pas en duel à mains nues les dirigeants nord-coréen et russe, Kim Jong-un et Vladimir Poutine, via Twitter, pour rétablir la paix dans le monde, il diffuse en live… ses selles. Vraiment. « Je dépose juste quelques amis à la piscine », a-t-il ainsi informé ses près de 130 millions de followers, le soir du 29 novembre 2021, après avoir indiqué qu’au moins la moitié de ses tweets étaient « écrits sur un trône de porcelaine ». Vingt et une minutes après ce premier message, notre homme a posté une sorte de mise à jour : « Splish splash. » La grande classe. Le génie a semble-t-il une sorte de passion pour le sujet. Au tout début de l’année 2019, il décidait de faire envoyer à tous les propriétaires de Tesla une mise à jour logicielle permettant au véhicule de produire six sons de pets différents (« Falcon Heavy », « Boring Fart », « Not a Fart »…). Ravi de son nouveau pied de nez, il tweetait dans la foulée : « S’il vous plaît, inscrivez “A inventé le pet de voiture” sur ma pierre tombale. C’est ma seule requête. »
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Musk est un serial twitter qui ne cherche pas à se soigner. « Je l’ai vu, dans des réunions stratégiques, tout arrêter, prendre une à deux minutes pour écrire son tweet et reprendre la réunion comme si de rien n’était », raconte Luc Leroy, ancien directeur de la branche automatisation de Tesla, et fondateur de la start-up Full Speed Automation. Parfois, donc, pour faire des blagues de collégien. Humour d’adolescent attardé ou troisième degré ? Difficile à dire mais il reste une certitude : sa communauté de followers sur le réseau social ne cesse de grandir. Pour elle, la parole muskienne a valeur d’évangile. Ainsi, quand l’entrepreneur change le contenu de sa biographie Twitter pour y ajouter le hashtag « Bitcoin », la courbe de la cryptomonnaie s’envole. Idem, lorsqu’il évoque dans l’un de ses posts le Dogecoin, une cryptomonnaie qui se voulait au départ une blague et dont le nom est une référence à un mème internet représentant un chien originaire du Japon, le shiba inu. Nombreux sont ceux qui le soupçonnent d’avoir, à chaque fois, fait une jolie culbute financière en ayant acheté au préalable d’importantes quantités de devises numériques.
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Certes, il doit être difficile de ne pas céder à la tentation lorsqu’on a entre les mains un outil de communication aussi puissant… Et si la manœuvre est très limite, elle n’est pas illégale. Mais Musk le pirate serait-il aussi un vrai hors-la-loi ? C’est ce que prétend une ancienne hôtesse de l’air qui a travaillé pour SpaceX, et qui l’accuse d’agression sexuelle.
L’affaire a été révélée au printemps 2022 par le site américain Insider 4. D’après l’article, c’est à l’occasion d’un vol dans un jet appartenant à la compagnie, en 2016, qu’Elon Musk aurait demandé à son interlocutrice de lui prodiguer un massage dans sa cabine, puis lui aurait montré son « pénis en érection ». Il lui aurait ensuite proposé de lui offrir un cheval, si elle « en faisait plus ». L’hôtesse aurait refusé, et Musk ne serait pas allé plus loin. Mais la jeune femme, profondément traumatisée, aurait ensuite été progressivement placardisée, avant que la direction des ressources humaines de l’entreprise lui propose un chèque de 250 000 dollars pour lui faire signer un accord de licenciement incluant une clause de confidentialité.
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Ce n’est d’ailleurs pas cette dernière qui a rapporté les faits au journaliste, mais une de ses amies à qui elle s’était ouverte sur l’agression. Comme toujours, Musk a donné sa réponse sur Twitter : « Si j’étais enclin à me livrer à du harcèlement sexuel, il est peu probable que ce soit la première fois que cela soit révélé, dans une carrière de trente ans. » Dans un courriel adressé au personnel, Gwynne Shotwell a de son côté joué le rôle de caution morale : « Personnellement, je pense que ces allégations sont fausses, non pas parce que je travaille pour Elon, mais parce que je travaille en étroite collaboration avec lui depuis vingt ans et que je n’ai jamais vu ni
entendu quoi que ce soit qui ressemble à ces allégations5 », a-t-elle écrit dans un e-mail dévoilé par The Verge. « Je n’ai jamais vu Elon avoir un comportement déplacé envers une femme », nous assure un de ses anciens bras droits chez Tesla. Si un accord financier a effectivement été signé, nul ne connaîtra jamais la vérité sur cette histoire.
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Une autre affaire pourrait bien lui valoir des ennuis avec la justice. Elle concerne cette fois-ci le logiciel Autopilot de Tesla, qui a été impliqué dans un nombre alarmant d’accidents graves. La National Highway Traffic Safety Administration a même ouvert une enquête à l’été 2021. L’agence américaine chargée de la sécurité routière s’intéressait plus particulièrement à une série de onze accidents, survenus depuis 2018, avec des véhicules d’urgence stationnés auprès de voitures accidentées, ayant fait au total dix-sept blessés et un mort. Un an plus tard, cette investigation est passée du stade d’évaluation préliminaire à celui d’analyse d’ingénierie, dernière étape avant un possible rappel massif des Tesla circulant aux États-Unis. Cette décision coûterait une somme astronomique au constructeur californien et s’avérerait dévastatrice pour l’image de la marque.
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Pour rappel, les véhicules équipés de l’Autopilot ne sont considérés que comme des voitures autonomes de niveau 2. En clair, ils peuvent accélérer, décélérer et pivoter le volant pour tourner ou doubler, mais le conducteur doit garder les mains dessus et rester attentif pour pouvoir reprendre le contrôle à tout moment. Le modèle est donc loin d’être un véhicule totalement autonome, dans lequel l’on pourrait lire, regarder un film, dormir… voire batifoler sur le siège arrière, comme quelques propriétaires de Tesla en ont fait la démonstration à leurs risques et périls dans des vidéos devenues virales. Pour certains, c’est à cause de Musk que ces personnes ont pris de tels risques et que des accidents mortels ont eu lieu, car il a largement survendu les capacités de son logiciel. De fait, le nom même de l’Autopilot – actuellement en phase de test – ne peut que prêter à confusion : Full Self Driving (« Autoconduite intégrale »), alors même qu’aucune technologie n’est encore capable d’atteindre le Graal des ingénieurs, le niveau 5, grâce auquel la voiture sera entièrement autonome et où il ne sera même plus nécessaire d’avoir un volant et des pédales. Pour ses détracteurs, Musk est donc un pousse-au-crime. Ce dernier arguerait sûrement qu’il a simplement un petit temps d’avance sur la vérité.
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1. « Mnuchin says he agrees with Elon Musk and California should let Tesla make Cars again »,
cnbc.com, 11 mai 2020.
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2. « Elon Musk details “Excruciating” Personal Toll of Tesla Turmoil », New York Times, 16 août
2018.
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3. « Joe Rogan Experience #1169 – Elon Musk », YouTube, 7 septembre 2018.
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4. « A SpaceX Flight Attendant said Elon Musk exposed himself and propositioned her for Sex,
Documents Show. The Company paid $250,000 for her Silence », Insider, 20 mai 2022.
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5. « SpaceX’s Gwynne Shotwell defends Elon Musk to Employees after Allegations of Sexual
Misconduct », The Verge, 24 mai 2022.
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