Forbidden lover: Trahison (French Edition)
Chapitre 8
J e remets mon érection en place le plus discrètement possible, je ne vais pas laisser Troy se foutre de ma gueule encore une fois. Sauf que ça ne s’arrange pas lorsque je me rappelle son corps de déesse. J’attrape mon portable et tape un message rapide pour Sam, il va falloir que je me vide les couilles, sinon elles vont devenir bleues. Mon pote brise le silence.
— Tu es certain que ce n’est pas un montage ou quelque chose dans le genre ?
— De quoi tu parles ?
— Les photos de Corey. Elle n’aurait pas pu mettre en scène sa mort ? Te faire croire à sa culpabilité ? Si son père était dans la mafia…
— Oui, j’en suis sûr, mes parents ne m’auraient pas menti sur un sujet aussi important.
Je le vois grimacer, comme s’il doutait de ce que j’affirme, mais il ne connaît pas l’histoire. Il n’était pas là ! Comment peut-il penser une telle chose ? Corey a disparu, Raven, l’alter ego de Camilia, l’a tué ! Mais dans ce cas, que veut-elle m’expliquer, qu’avait-elle à m’expliquer ? Ses raisons ? Rien ne peut justifier une telle trahison. Je suis certain de ce que j’ai vu, l’enterrement. Je sais comment il est décédé. D’une balle dans le crâne ! La technique des lâches. Lorsque j’ai appris la vérité, je lui ai demandé de se barrer, de ne plus jamais remettre les pieds à Charlotte. Elle l’a fait, seul un coupable obéit quand la mort s’apprête à le cueillir. Je lui ai dit que si je la croisais, je la balancerais aux flics, mais voilà qu’au bout de cinq ans, elle se repointe ici et fout toutes mes convictions en l’air. Dans ses yeux, je vois la peine, ses regrets. Elle a beau me provoquer, me poignarder en me parlant de lui, quand elle jase, ses paroles sonnent faux. Je suis certain qu’elle a apprécié Corey, que sa mort l’a affectée d’une façon ou d’une autre. C’était un mec bien, à sa manière. Derrière le grizzly se trouvait un ours en peluche.
— Tu vas aller la dénoncer ?
Je sors de mes songes à cette question.
— Je me demande toujours pourquoi je ne l’ai pas fait. Je n’en ai aucunement envie, et entre nous, quand je suis près d’elle, j’ai juste soif de la plaquer contre un mur et de la baiser.
— Tu l’aimes encore ? m’interroge-t-il.
— Non… Il n’y a plus rien entre nous.
— T’en es certain ?
Bien sûr que non ! Je ne ressens plus rien pour elle ! J’ai autant envie de la sauter que de la claquer. L’amour, pour moi, c’est fini, elle a détruit le seul organe qui pouvait me faire éprouver ça. Ce n’est pas pour rien que l’on m’appelle Heartless. Puis je connais son côté comédienne, manipulatrice. Non, je ne l’aime plus.
— Donc, ça ne te dérange pas, si je tente ma chance et que je sors avec samedi ? Parce que, moi, elle me fait un truc de fou ! Et sa facette psychopathe m’excite, mec !
Si, ça me fait chier, et pas qu’un peu ! Mais je ne lui dirai pas. Je ne peux pas lui affirmer ça.
— Non, pas de soucis ! lui mens-je
— Génial ! On viendra te voir combattre, je l’invite au Round.
Je lui réponds d’un simple signe de la tête et me reconcentre sur la partie de jeu vidéo.
Nous gamons plusieurs heures, ne parlant plus de Camilia, puis Troy décide qu’il est temps pour lui de partir. De toute manière, Sam ne devrait plus tarder.
***
Camilia
Encore une soirée de merde. Ce que je peux détester les soirs de matchs, les gens deviennent complètement barges et, quand ils sont bourrés, c’est pire.
Il est deux heures du matin lorsque j’arrive à l’immeuble en jogging, car je ne supporte pas de porter un jean après les services du soir. Je monte les escaliers et m’arrête net devant le spectacle qui se déroule sous mes yeux. Cameron embrasse à pleine bouche Sam. Ça me donne toujours autant envie de gerber. Je ne comprends toujours pas comment il a pu se remettre avec elle ! C’est vrai, elle ressemble à une poupée bas de gamme. Elle a juste l’air d’une prostituée en fin de tournée !
Quoi ? J’ai le droit d’être jalouse !
Cam ouvre les yeux en m’entendant dans le couloir, une lueur amusée traverse ses iris, puis il raffermit sa prise sur les hanches uniformes de sa copine. Je mime un haut de cœur et l’accentue en enfonçant deux doigts dans ma bouche, mais un bruit de gorge – tout sauf classe – s’échappe. Samantha détache ses lèvres gonflées au botox et me lance un regard sévère.
— Qu’est-ce qu’elle a, la clodo ?
— C’est à moi que tu parles, la pouffe de service ?
J’avance d’un pas dans leur direction, j’ai envie de lui claquer la tête à cette grognasse !
— Camilia, grogne Cameron en avertissement.
Les prunelles de la Barbie morue, naviguent entre moi et son copain, puis ses iris stoppent quand elle comprend qui je suis.
— Camilia, comme la connasse du lycée, princesse de la mafia, comme…
— Ex !
— Quoi ?
— Ex-princesse de la mafia, pétasse ! Mais ça ne sert à rien de blablater avec toi, tu ne vaux pas la peine que je gaspille de la salive.
— Mais pour qui tu prends ? C’est moi que tu traites de pétasse ?
C’est bon, elle me gonfle, je m’approche d’elle, la regarde droit dans les yeux.
— Ferme ta bouche à bites et ne me cherche pas ou je t’éclate ton pif !
— Tu te prends pour qui pour me parler comme ça, tu ne te rappelles pas qui je suis, je crois. Mon père est le sénateur de…
Je lui coupe la parole, car ses jérémiades me gavent toujours autant.
— Oh pardon… J’avais oublié, madame est de la haute. Tu préfères ça ? Excusez-moi, très chère, auriez-vous l’extrême amabilité de bien vouloir clore la cavité buccale qui vous sert de sac à foutre. Le son infâme de votre voix de crécelle écervelée me brise les tympans.
Je vois Cameron sur le côté tenter de se retenir de rire, il pourrait quand même défendre sa meuf.
— Hein ?
— Putain, tu es vraiment conne ! Je viens juste de te dire poliment de fermer ta grande gueule qui te sert à sucer !
— Espèce de vipère…
— Tu te répètes…
Elle essaie de m’attraper les cheveux, mais je recule et lui colle mon poing dans le pif par réflexe.
Elle hurle sous le coup de la douleur.
— Elle m’a cassé le nez, cette pute !
— Bon, ce n’est pas que vous me faites chier, mais je vais aller me coucher, car il y en a qui ont bossé. Et moi, je ne fais pas le trottoir comme certaines !
Sam ouvre la bouche pour avoir le dernier mot, mais j’ai déjà tourné le dos et pars en direction de l’appart d’Alizée, qui se trouve sur le pas de sa porte. Merde, depuis quand est-elle là ? Vu le regard d’incompréhension qu’elle me lance, elle nous observe depuis un moment ! Une discussion s’impose, je crois. Avant que je ne rentre, je virevolte vers Cam.
— Tu es un piètre petit copain, même pas capable de défendre sa copine, lancé-je. Par contre, fais gaffe, elle risque de salir la moquette… Ça pisse le sang là !
— Je ne suis pas son mec, c’est juste un PCR8.
— Merde… Tu baises tellement de nanas que t’as besoin d’un dépistage ?!
— Ce n’est pas ce que je veux dire !
Samantha s’énerve, lâche son nez.
— ATTENDS, T’ES SÉRIEUX LÀ, CAMERON ! gueule miss botox.
— Oh, ça va, arrête ta comédie, tu n’as rien ! Et tu sais très bien que…
Je ferme la porte, le sourire aux lèvres. J’en connais un qui va dormir sur la béquille ce soir, il ne va pas pouvoir tester les jouets que je lui ai envoyés, ou si, le masturbateur. Ça me fait plaisir !
Hélas, mon rictus s’efface quand je remarque Alizée et ses iris qui reflètent son incompréhension, sa colère et un brin de tristesse. Mon cœur se brise, car j’ai encore trahi une personne que j’aime. Et ça, je ne le voulais pas.
— OK. Je pense que je te dois des explications.
— Oui, je crois, Elyna… ou dois-je t’appeler Camilia ?!
Je n’ai pas le temps de lui répondre qu’elle est déjà partie s’installer sur le canapé et m’attend de pied ferme. Je rejoins la cuisine, attrape deux shooters, la bouteille de vodka et la glace aux cookies « Ben & Jerry’s », nous allons en avoir besoin. Elle, pour faire passer la nouvelle et moi, pour supporter le retour en arrière. Il est temps, de toute manière, qu’elle sache ma véritable identité. Je dépose mes munitions sur la table basse, lui tends le verre que je viens de lui servir.
— C’est aussi horrible pour avoir besoin de tout ça ? me demande-t-elle en me montrant le meuble devant nous.
— Mieux vaut prévenir que guérir, lui lancé-je avec un petit sourire.
— Bah, dans ce cas, vas-y. Je t’écoute.
— Je… Tu… Bon, mon vrai prénom, c’est Camilia Sanchez, et mon père – du moins, celui que je pensais être mon paternel –, Paolo Sanchez, le parrain de la mafia argentine. Ce qui fait de moi l’héritière. Une espèce de princesse de la mafia si tu veux. Depuis la mort de ma mère, quand j’avais cinq ans, il m’a modelée à son image, m’a formatée comme une machine de guerre. Il se montrait dur, strict. Ce qu’il faut savoir, c’est que personne ne lui dit non. Dans ce milieu, tu écoutes, tu obéis et tu files droit. Sinon, tu es puni, voire même, tu crèves. À dix ans, je connaissais déjà une grande partie des arts martiaux. Il m’avait tout enseigné et j’étais redoutable. À douze ans, il m’a montré comment me servir d’une arme à feu, à utiliser les armes blanches… Bref, quand toi, tu devais jouer au vélo, aux jeux vidéo, aux poupées, ou tout autre jouet après l’école, moi, j’apprenais à démonter, remonter un pistolet, un sniper, à affronter ses sbires qui ne me faisaient pas de cadeaux. Car c’était l’ordre du patron. Simulation, combat réel à chaque fois. Et franchement, je préférais leurs coups que les punitions que me réservait mon père si je ne lui obéissais pas. Il savait comment faire très mal tout en passant inaperçu. Lorsque j’avais neuf ou dix ans, j’ai refusé d’aller me battre, j’en avais marre et je voulais fêter l’anniversaire de ma meilleure amie d’enfance qui n’habitait pas loin de la maison. Je souhaitais vivre comme toutes les gosses. Il m’a laissée y aller. J’ai passé l’une de mes plus belles journées, mais, quand je suis rentrée, il avait tué Marlow, le chat que j’avais trouvé et adopté. Il était étendu dans une mare de sang sur le parquet de ma chambre. Paolo s’est pointé derrière moi et m’a dit que cela serait toujours comme ça. Si je lui désobéissais, il ferait du mal aux personnes que j’aimais. Après ça, je ne l’ai plus jamais contredit. J’avais trop peur de lui. Jusqu’à… jusqu’à Cameron.
Je fais une pause dans mon récit, elle lève ses magnifiques yeux bleus vers moi, boit cul sec son shooter et me le tend.
— Je crois que je vais avoir besoin d’un autre ! Je ne comprends pas qu’aucun de tes instituteurs ne se soit jamais inquiété des stigmates que tu pouvais avoir.
— Je ne pourrais te dire combien de fois les services sociaux sont venus, parce que je manquais l’école pour masquer mes blessures. J’avais interdiction de pleurer, de me plaindre, car c’est pour les faibles. Il s’en est toujours sorti, car, comme il le disait, le silence de n’importe qui peut s’acheter, suffit de trouver le bon montant. Et puis j’étais devenue experte dans le mensonge. Si quelqu’un me le demandait, je répondais que je bleuissais très vite, que la mort de ma mère ne m’avait pas laissée indemne, ou que j’étais maladroite. J’avais des comptes-rendus de médecins, de psy qui pouvaient appuyer ses propos. Paolo ne risquait jamais rien.
Ses magnifiques iris sont remplis de larmes, mais aucune ne semble disposée à couler. Comme si elle tentait de se montrer forte pour moi.
— Comment peut-on faire subir ça à sa fille, le sang de son sang, la chair de sa chair ?
— Parce que je ne suis pas sa fille. La veille de la mort de ma mère, il a appris qu’il n’était pas mon géniteur.
Je lui donne son second verre et lui explique le dernier soir que j’ai passé avec elle, ma tache de naissance identique à celle de mon véritable paternel, le changement comportemental de mon père qui me traitait avant comme la prunelle de ses yeux. Je lui parle de la première exécution qu’il m’a poussée à faire quand j’avais quatorze ans. Je lui narre qu’à l’âge de seize ans, j’étais devenue la meilleure tueuse à gages de son équipe, je ne lui cache plus rien. Je n’avais plus la force de lui mentir, elle a besoin, elle doit savoir qui elle héberge, et si elle ne veut plus me voir, je comprendrai. Je lui avoue ma dernière mission, celle de Corey, celle où je devais manipuler Cameron pour qu’il tombe amoureux de moi. Plus je lui explique, plus elle devient livide, le pot de glace entre nous est presque vide, nous avons abandonné l’alcool pour avoir les idées claires.
— Un jour, Corey s’est renversé de la bière sur lui, il est parti se changer. Et alors que je faisais mon repérage, j’ai découvert qu’il possédait la même tâche que moi.
— Mais non, ce n’est pas possible, tu avais pour mission de tuer ton géniteur ? Putain, c’est mieux qu’un film d’action !
Je ne peux retenir mon fou rire, Alizée n’a plus une once de colère, on pourrait presque croire qu’elle se trouve au cinéma. Je pense que les trois shooters qu’elle a bus l’aident à bien digérer mes révélations. Je lui parle de ce qu’il m’a appris sur le décès de ma mère, du mensonge de Paolo, de la vidéo, de ma vengeance contre les sbires qui ont participé à l’exécution de ma mère, du plan que j’ai imaginé pour abattre Corey, la découverte de Cameron, notre séparation, puis une étincelle illumine ses iris, j’ai presque l’image de l’ampoule au-dessus de sa tête, comme dans les dessins animés.
— Mais attends, je pense à un truc, Corey, il n’est pas mort ? Tu l’as encore eu au téléphone la semaine dernière.
— Je n’allais pas tuer mon véritable père ni le grand amour de ma mère, elle ne me l’aurait jamais pardonné.
— Mais pourquoi ne pas avoir avoué toute l’histoire à Cameron ?
Je lui explique le pourquoi du comment ; qu’avec Corey, nous avions établi un plan pour faire croire à Paolo que j’avais accompli la mission comme prévu, et lui parle de la condition imposée par le président de D.O.A. Alizée reste bouche bée, mais de la tristesse voile son regard.
— Je comprends pourquoi Corey a fait ça, mais cela m’attriste tellement pour toi et Cameron. Et lui qui pense que tu l’as trahi, ce qui était le cas au début, mais si tu ne l’avais pas aimé, tu n’aurais pas gardé cette petite chose qui dort dans la chambre au bout du couloir.
— C’est mon grand amour, celui avec un grand « A ». Le seul, l’unique. Il n’y a eu personne après lui. Il n’y aura plus jamais personne.
— Tu l’aimes toujours ?
— À en crever, ma belle. Si tu savais ce qu’il me manque, ce connard !
— Je suis persuadée qu’il te kiffe encore, sinon il t’aurait déjà dénoncée comme il t’avait menacée. Ma main à couper qu’il bave rien qu’en te voyant !
— Je l’ignore, il veut toujours que je me casse, il me déteste. Il s’est donné comme mission de faire de ma vie un enfer pour que je parte.
— Car tu lui fais penser au passé. Il a du mal à oublier et c’est normal. Mais quand on aime à ce point, quand on est incapable d’exécuter une menace, quand on se tient aussi près de celle qu’on chérit, qu’on a ce besoin de la toucher… Avec tout ce que tu m’as raconté, si tu me dis qu’il ne t’aime plus, alors je suis Mère Teresa ! Crois-moi, ce type t’a dans la peau !
— Je ne sais pas… Je n’ai pas envie d’y penser, ça fait trop mal. Tu ne m’en veux pas de t’avoir caché ça ? Si tu préfères que je m’en aille, je…
— Ne raconte pas de conneries, tu es ma meilleure amie, ma fantastique collègue et coloc. Pour rien au monde, je ne t’en veux pour ton passé et je suis contente que tu l’aies partagé avec moi. Ça me touche que tu aies assez confiance en moi pour me l’avouer.
Celle-ci se penche pour me câliner, comme elle a l’habitude de faire lorsqu’elle en a un petit coup dans les carreaux. Manque de bol, quand elle se baisse pour m’étreindre, le pot de glace qui était entre nous se renverse.
— Haaaa, putain, c’est froid ! crié-je quand le sorbet fondu coule sur mon jogging.
Mes yeux rencontrent ceux de Lili, puis nous éclatons toutes les deux de rire comme deux gamines qui viennent de partager un secret.
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