Forbidden lover: Trahison (French Edition)
Chapitre 3
J e l’observe avancer dans mon monde, chez moi, parmi mes amis. Elle est dans mon univers et je ne vois qu’elle. Elle regarde partout autour d’elle, se demandant sans doute ce qu’elle fout ici, mais je m’en moque, un sourire débile se fixe sur mon visage en le découvrant déambuler dans mon salon. J’attrape deux verres et me dirige vers elle. Elle stoppe net quand elle me remarque venir vers elle. Une fois assez proche, je lui tends le gobelet qu’elle saisit nonchalamment. Lorsque nos doigts s’effleurent, une agréable sensation me parcourt de la tête aux pieds. Elle l’a ressentie aussi, j’en suis certain, vu la manière avec laquelle elle m’arrache rapidement le contenant en plastique des mains.
— Merci.
— Je croyais que tu ne souhaitais pas venir ?
— Je me faisais chier chez moi, j’avais envie de changer d’air.
— Avoue simplement que tu l’avais envisagé.
— Plutôt crever ! Je m’emmerdais et je me suis dit que quitte à m’ennuyer, autant passer voir ta fameuse fête de guignols, rigole-t-elle tout en me répondant.
Je l’entraîne dans la cuisine, là où il y a moins de monde. Je ne vais pas l’emmener dans ma chambre, je ne voudrais pas qu’elle croie que je vais lui sauter dessus. Je suis peut-être la personne la plus populaire, mais je respecte les autres, je ne suis pas comme ça.
Même si ma queue aimerait bien l’avoir dans mon lit. La sentir contre moi…
Elle s’appuie le dos contre le plan de travail, tout en zieutant partout autour d’elle. Si ce n’était pas une nana du lycée, je pourrais croire qu’elle fait du repérage pour un sale coup. Mais elle est venue pour changer d’air et je l’ai invitée, c’est normal qu’elle s’imprègne de l’ambiance. Cela me permet de reluquer son visage délicat couleur caramel, son nez un peu retroussé en trompette, sa bouche qui me donne des idées pas très catholiques. Je remarque également dans son cou une ligne de trois grains de beauté parfaitement alignés, mes yeux descendent sur son corps fin, la naissance de sa poitrine moulée dans un simple débardeur noir. Elle est parfaite.
— Si tu pouvais arrêter de me mater comme ta prochaine friandise, ça m’arrangerait.
Pris en flagrant délit, je remonte mon attention sur elle, mais elle a toujours la tête tournée vers la salle. Quand elle daigne enfin me regarder, un sourire en coin se dessine. Elle boit une gorgée de sa bière, grimace, mais en ravale une seconde. Cette nana est étrange, plus je la toise, plus j’ai l’impression qu’elle cache quelque chose.
C’est juste qu’elle ne semble pas intéressée par toi, me souffle ma conscience. Et le pire, c’est que cette petite voix a sûrement raison, mais j’ai quand même l’intention de la connaître, et, si elle finit dans mon lit, cela ne sera que du bonus.
— Ça fait plusieurs fois que l’on se voit, mais je ne sais toujours pas ton nom… lui fais-je constater.
— Camilia, Camilia Sanchez, annonce-t-elle en me tendant une main que je serre.
Ce nom de famille me dit vaguement quelque chose, mais je laisse tomber : certainement entendu dans un film, c’est assez commun.
— Moi, c’est Cameron, si tu te le demandes ! Cam pour les intimes. C’est étrange, pourquoi je ne t’ai jamais remarquée avant, au lycée ?
— Je faisais l’école à domicile.
— Un de tes parents est prof ?
— Non
— Ils taffent dans quoi ? lui réclamé-je par curiosité
— Tu es de la police ou quoi, c’est quoi, cet interrogatoire ? Tu veux une copie de mon casier judiciaire, que je pisse dans un échantillon aussi ?
Waouh, elle a du répondant !
OK, je comprends que je l’aie saoulée avec mes questions. Cependant, nous continuons de discuter ensemble pendant un moment, le courant passe bien entre nous. Elle semble s’être détendue un peu, malgré quelques piques que je me prends. C’est fou comme elle a du mordant cette fille, et putain, j’adore ça ! J’aime ce qu’elle dégage.
Pourtant, il y a ce minuscule truc qui me dérange, me chagrine. Ce petit je-ne-sais-quoi qui me triture les méninges.
Tiago arrive en gueulant, comme à son habitude, puis enroule un bras par-dessus mon épaule.
— On va se faire un jeu de la bouteille, ça te tente ?
— C’est pour les gamins ! On a passé l’âge.
— Oh, allez, viens, on va s’amuser ! On va pimenter ça à notre façon et ta copine peut t’accompagner aussi, ça rajoutera encore plus de piquant !
Il rejoint les autres après m’avoir fait un clin d’œil. Camilia scrute l’endroit par lequel il vient de sortir, puis me lorgne. Elle pointe son doigt vers la porte en me disant.
— Je rêve où je vois double ?
— Ah, tu ne l’avais jamais remarqué ? C’est Tiago, mon jumeau, si tu ne sais pas qui est qui, regarde bien notre tête. Notre seule différence, c’est la couleur de nos yeux. Les miens sont beaucoup plus beaux que les siens ! Allez, viens, on va les retrouver.
Machinalement, je lui attrape la main et la tire derrière moi pour rejoindre le groupe. Je ressens encore ces petits picotements quand ma peau entre en contact avec la sienne. Je sens qu’elle essaie de soustraire ses phalanges, mais je serre ma prise un peu plus. Je ne veux pas qu’elle me file entre les doigts. Nous nous installons dans le cercle, mais je la vois se mettre un peu en retrait. Elle ne semble pas hyper à l’aise.
Je ne comprends pas pourquoi cette fille m’attire, pourquoi mon cœur bat plus vite à ses côtés. Et on en parle de la gaule que je me tape quand je respire son parfum de pomme verte ? Elle me fait tiquer et triquer, ça me rend dingue, je ne sais pas ce qu’elle me fait, mais elle le fait !
Je me retourne, me penche un peu pour lui murmurer à l’oreille.
— Approche-toi, ils ne vont pas te manger. Moi peut-être, mais pas eux.
Je reprends ma position et regarde mes potes quand je sens un souffle chaud dans mon cou. Son effluve vient me picoter le nez, je remets mon érection en place le plus discrètement possible. Si je peux éviter de me faire vanner par mon frère jusqu’à la fin des temps, ça m’arrangerait.
— Essaie de me manger ne serait-ce qu’une seule fois et je t’émascule ! Tu peux être certain de ne plus jamais bander comme maintenant !
Putain, c’est quoi cette meuf, un robot ?
Elle est surprenante !
Mais je ne me démonte pas, je lui ressaisis la main et la tire vers moi. Assise à mes côtés, le jeu peut enfin commencer. Tout un tas de gages, plus ou moins débiles, sont donnés ; du petit bisou au shot de vodka à prendre cul sec. Il y en a même eu un qui a dû lécher du sel dans le cou d’une nana après avoir bu son verre de tequila. Je sens Camilia se tendre lorsque la bouteille s’arrête juste devant elle, je la vois déglutir nerveusement. C’est Ethan, le fils de Coleen, la meilleure amie de ma mère et Leo, un des frères de chez les Devils of Anarchy, qui lui annonce sa farce et c’est le roi des problèmes. Un truc qu’il tient de son père.
— Donc, la demoiselle va devoir embrasser… Tiago avec la langue !
J’aperçois Tessa ouvrir grand le bec pour protester, mon frangin faire non de la tête, honnêtement, il n’a pas envie de se faire couper les couilles ! Je suis en train d’observer la scène au moment où une bouche atterrit sur la mienne. Je recule pour cesser cette agression lorsque je vois les traits de Camilia juste au-dessus de moi, elle m’envoie un clin d’œil, puis repose ses lèvres sur les miennes. Mes mains englobent son visage pour approfondir ce bisou qui me surprend : il n’a rien de timide, mon cerveau disjoncte quand sa langue force le passage. Elle rompt son baiser au moment où des sifflements se font entendre.
— Prenez une chambre !
Je vais étrangler celui qui a interrompu notre moment !
— Désolée, je crois que je me suis trompée de jumeau, lance-t-elle innocemment.
Puis sans que je comprenne pourquoi, je la vois se lever, quitter la pièce et partir carrément en courant de la résidence. Le temps que je réalise et décide de la suivre, elle a disparu. Qu’est-ce qu’il vient de se dérouler ?
Je suis toujours dehors, devant la maison : je ne saisis pas ce qui se passe, elle m’embrasse, avec un baiser à faire bander un curé, puis elle se tire.
Comment ça, elle s’est trompée ? J’ai été à côté d’elle tout le long, Camilia savait très bien que c’était moi. Je lui ai dit que mon frère et moi n’avions pas les mêmes yeux, comment…
Je pose mes doigts et caresse ma lèvre inférieure sans comprendre.
Putain, c’était trop bon, ses lèvres qui bougeaient en symbiose les miennes, nos langues qui dansaient ensemble, son goût mentholé et son parfum de pomme qui reste agrippé à moi. Je rêve ou elle m’a rendu accro en une seconde ?
Fait chier, je bande comme un taureau en repensant à la douceur de sa peau, la chaleur de sa bouche… Je n’ai touché qu’à ses joues, mais cela m’a donné un bel aperçu. Un type bourré me heurte, me ramène à la réalité : cela ne sert à rien de s’attarder ici, cela ne la fera pas revenir.
Elle est déjà partie…
Dans la maison, tout est retourné, nous allons avoir du taf tout à l’heure pour remettre ça en ordre avant que les parents ne rentrent. J’attrape un shot de vodka, puis un second. La brûlure de l’alcool me fait du bien, il faut que j’arrête de penser à elle. Je retrouve mon frère près de la cuisine quand une main manucurée d’un rouge éclatant se pose sur mon épaule.
— Surprise, mon bébé !
Je me retourne en vitesse : cette voix, je la connais, même si je l’avais totalement zappée ! Samantha, celle qui est censée être ma copine. Elle était partie tout l’été pour rendre visite à son père à Boston dans le Massachusetts et ne devait rentrer que la semaine prochaine. Putain ! C’est la merde ! Je n’ai pas envie de la voir ! Du moins, pas maintenant.
— Sam !? Mais qu’est-ce que tu fous là ?
— Eh bah, sympa l’accueil, je pensais que tu serais heureux.
— Bien sûr que je suis content, je suis juste… surpris.
Elle accroche ses bras à mon col, puis appuie ses lèvres sur les miennes, mais, contrairement à tout à l’heure, mon corps ne réagit pas, malgré ses tentatives. Ses baisers descendent dans mon cou, ses mains se posent sur mon torse.
— Tu m’as manqué, ça ne te dirait pas d’aller dans ta chambre ?
Malgré ses essais, rien ne se passe dans mon froc, j’ai débandé sec rien qu’en entendant sa voix ! J’ai toujours l’image de ma petite chose en tête, la sensation de sa bouche sur la mienne. Ma « copine » me prend par la main et m’entraîne dans l’escalier. Arrivés dans ma chambre, celle-ci débute à me déshabiller, j’en fais de même avec ses affaires, tout en continuant à nous embrasser. Elle commence à me caresser par-dessus mon boxer, et, cette fois-ci, ma queue décide de se réveiller grâce à l’attention que Sam lui porte. Je suis un mec, c’est mécanique ! Je l’allonge sur le lit, je ne veux pas perdre de temps, j’espère que cela me permettra de ne plus penser à Camilia. Je glisse un doigt sous son string noir en dentelle, qui ne laisse pas de place à l’imagination, pour vérifier si elle est prête à me recevoir. Un ronronnement lui échappe. D’ailleurs, je déteste toujours autant la sensation du rouge à lèvres. Ça colle, cette merde, sans parler de l’odeur et de la texture, j’ai largement préféré la bouche nue de ma petite chose.
— Bébé, viens vite, tu m’as tellement manqué que j’étais déjà mouillée rien qu’en te voyant.
Je ne perds pas de temps, je nous enlève le peu de vêtements qu’il nous reste et déroule un préservatif sur mon sexe.
***
Camilia (pendant ce temps)
Je suis allongée sur mon lit. Quand je repense à ce soir, je ne comprends pas comment j’ai pu faire cette connerie ! Comment j’ai pu faire une chose pareille ! Pourquoi l’ai-je embrassé ? Enfin, si, je le sais, car j’en avais envie. La question est plutôt : pourquoi ai-je cédé à cette pulsion ?! Je me suis toujours refusé de plier une seule seconde, j’ai pourtant eu un entraînement dès ma plus tendre enfance pour apprendre à gérer mes émotions. Mais cette fois, c’était plus fort que moi. Néanmoins, je ne regrette pas ce baiser. Mon portable vibre à côté de moi, me ramenant au temps présent. J’espère secrètement que c’est lui, mais c’est impossible, il n’a pas mon numéro.
Non, c’est mon daron qui m’appelle.
— Oui, pap’s !
— Dans mon bureau, j’ai un truc urgent pour toi.
— J’arrive.
Je raccroche et enfile un legging noir pour cacher mes jambes qui dépassent de mon large t-shirt blanc à l’inscription « méfiez-vous des apparences », qui me représente tellement bien.
Je croise quelques sbires dans les couloirs, ils me saluent tous, je suis le bébé de cette grande famille mafieuse. Je toque trois coups à la porte de mon père, le parrain de la mafia argentine. Une fois qu’il me donne l’autorisation, j’entre dans cette pièce dans laquelle j’adorais passer mon temps quand j’étais petite. Mais plus maintenant.
— J’ai quelque chose pour toi.
Il me fait voir le dossier sur son bureau.
— Attention, celui-là, c’est un gros contrat.
J’attrape le porte-document en question, regarde le nom qui est inscrit en en-tête « Corey Morgans, président des Devils of Anarchy ». Je recule dans le canapé marron en cuir capitonné, qui trône à gauche de la salle, tout en continuant d’étudier le fichier, lorsqu’une photo attire mon intérêt. Putain, c’est un cauchemar ! Parmi les gens à côté de Corey, je reconnais Cameron et son frère. Le dossier m’échappe des mains pour atterrir sur la table basse. Je ferme les yeux pour me réveiller, c’est certainement un rêve, mais, quand je les rouvre, le document est toujours là. J’ai peur de comprendre ce qu’il me demande, j’espère me tromper.
— Qu’est-ce que je dois faire ?
— Je vais avoir besoin des services de Raven, il faut l’éliminer. J’ai effectué mes recherches, les garçons sur la photo fréquentent le même lycée que toi, approche-les, crée un lien avec eux, car leur famille est proche de Morgans, leur père fait partie des D.O.A. Après, tu te démerdes comme tu le désires, mais je le veux mort, est-ce que c’est clair ?
— Ou… ouais, mais pourquoi je ne peux pas faire comme d’habitude, j’entre, je tue et je ressors ?
— Car je ne souhaite pas avoir un gang de motards sur le dos. Maintenant, retourne dans ta chambre, j’ai du boulot.
La chemise rouge en main, je rejoins ma piaule, ça va vraiment être la merde, cette affaire, je le sens. Je ne sais pas comment je vais m’y prendre, je n’ai même pas envie de le faire ! D’un côté, si je ne m’y attelle pas, je risque de perdre mon père ou d’avoir une sacrée remontrance, et ça, ça craint. Mais d’un autre côté, si je veux le rendre fier, ne pas avoir de soucis, il faut que je suive les ordres. Le problème… je vais devoir me servir de Cameron pour atteindre mon objectif et bizarrement, je n’en ai pas le désir.
Bon, il est temps que j’aille me coucher. Comme on dit, la nuit porte conseil.
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