La Cité Antique / Étude sur Le Culte, Le Droit, Les Institutions de la Grèce et de Rome
Notes
Ainsi ces croyances des premiers âges n'ont pas été étrangères au développement moral de cette partie de l'humanité. Ces dieux prescrivaient la pureté et défendaient de verser le sang; la notion de justice, si elle n'est pas née de cette croyance, a du moins été fortifiée par elle. Ces dieux appartenaient en commun à tous les membres d'une même famille; la famille s'est ainsi trouvée unie par un lien puissant, et tous ses membres ont appris à s'aimer et à se respecter les uns les autres. Ces dieux vivaient dans l'intérieur de chaque maison; l'homme a aimé sa maison, sa demeure fixe et durable qu'il tenait de ses aïeux et léguait à ses enfants comme un sanctuaire.
L'antique morale, réglée par ces croyances, ignorait la charité; mais elle enseignait du moins les vertus domestiques. L'isolement de la famille a été, chez cette race, le commencement de la morale. Là les devoirs ont apparu, claire, précis, impérieux, mais resserrés dans un cercle restreint. Et il faudra, nous rappeler, dans la suite de ce livre, ce caractère étroit de la morale primitive; car la société civile, fondée plus tard sur les mêmes principes, a revêtu le même caractère, et plusieurs traits singuliers de l'ancienne politique s'expliqueront par là. [14]
NOTES
[1] [Grec: Estia thueis]. Pseudo-Plutarch., édit. Dubner, V, 167.
[2] Plutarque, Quest. rom., 51. Macrobe, Sat., III, 4.
[3] Hérodote, I, 35. Virgile, Én., II, 719. Plutarque, Thésée, 12.
[4] Apollonius de Rhodes, IV, 704-707. Eschyle, Choeph., 96.
[5] Isée, VII. Démosthènes, in Macari.
[6] Lois de Manou, III, 175.
[7] Démosthènes, in Neoer., 89. Il est vrai que, si cette morale primitive condamnait l'adultère, elle ne réprouvait pas l'inceste; la religion l'autorisait. Les prohibitions relatives au mariage étaient au rebours des nôtres: il était louable d'épouser sa soeur (Démosthènes, in Neoer., 22; Cornélius Nepos, prooemium; id., Vie de Cimon; Minucius Felix, in Octavio), mais il était défendu, en principe, d'épouser une femme d'une autre ville.
[8] Caton, 143. Denys d'Halicarnasse, II, 22. Lois de Manou, III, 62; V, 151.
[9] Xénophon, Gouv. de Lacéd..
[10] Plutarque, Quest. rom., 50.
[11] Denys d'Halicarnasse, II, 20, 22.
[12] Cicéron, De legib., II, 1. Pro domo, 41.
[13] De là la sainteté du domicile, que les anciens réputèrent toujours inviolable. Démosthènes, in Androt., 52; in Evergum, 60. Digeste, de in jus voc., II, 4.
[14] Est-il besoin d'avertir que nous avons essayé, dans ce chapitre, de saisir la plus ancienne morale des peuples qui sont devenus les Grecs et les Romains? Est-il besoin d'ajouter que cette morale s'est modifiée ensuite avec le temps, surtout chez les Grecs? Déjà dans l'Odyssée nous trouverons des sentiments nouveaux et d'autres moeurs; la suite de ce livre le montrera.