La Cité Antique / Étude sur Le Culte, Le Droit, Les Institutions de la Grèce et de Rome
Notes
A mesure que cette seconde religion alla se développant, la société dut grandir. Or il est assez manifeste que cette religion, faible d'abord, prit ensuite une extension très-grande. A l'origine, elle s'était comme abritée sous la protection de sa soeur aînée, auprès du foyer domestique. Là le dieu nouveau avait obtenu une petite place, une étroite cella, en regard et à côté de l'autel vénéré, afin qu'un peu du respect que les hommes avaient pour le foyer allât vers le dieu. Peu à peu le dieu, prenant plus d'autorité sur l'âme, renonça à cette sorte de tutelle; il quitta le foyer domestique; il eut une demeure à lui et des sacrifices qui lui furent propres. Cette demeure ([Grec: naos], de [Grec: naio], habiter) fut d'ailleurs bâtie à l'image de l'ancien sanctuaire; ce fut, comme auparavant, une cella vis-à-vis d'un foyer; mais la cella s'élargit, s'embellit, devint un temple. Le foyer resta à l'entrée de la maison du dieu, mais il parut bien petit à côté d'elle. Lui qui avait été d'abord le principal, il ne fut plus que l'accessoire. Il cessa d'être le dieu et descendit au rang d'autel du dieu, d'instrument pour le sacrifice. Il fut chargé de brûler la chair de la victime et de porter l'offrande avec la prière de l'homme à la divinité majestueuse dont la statue résidait dans le temple.
Lorsqu'on voit ces temples s'élever et ouvrir leurs portes devant la foule des adorateurs, on peut être assuré que l'association humaine a grandi.
NOTES
[1] Est-il nécessaire de rappeler toutes les traditions grecques et italiennes qui faisaient de la religion de Jupiter une religion jeune et relativement récente? La Grèce et l'Italie avaient conservé le souvenir d'un temps où les sociétés humaines existaient déjà et où cette religion n'était pas encore formée. Ovide, Fast., II, 289; Virgile, Géorg., I, 126. Eschyle, Euménides, Pausanias, VIII, s. Il y a apparence que chez les Hindous les Pitris ont été antérieurs aux Dévas.
[2] Le même nom cache souvent des divinités fort différentes: Poséidon Hippios, Poséidon Phytalmios, Poséidon Érechthée, Poséidon Aegéen, Poséidon Héliconien étaient des dieux divers qui n'avaient ni les mêmes attributs, ni les mêmes adorateurs.
[3] [Grec: Hestiouchoi, ephestioi, patrooi. 0 emos Zeus], Euripide, Hécube, 345; Médée, 395. Sophocle, Ajax, 492. Virgile, VIII, 643. Hérodote, I, 44.
[4] Tite-Live, IX, 29. Denys, VI, 69.
[5] Hérodote, V, 64, 65; IX, 27. Pindare, Isthm., VII, 18. Xénophon, Hell., VI, 8. Platon, Lois, p. 759; Banquet, p. 40. Cicéron, De divin., I, 41. Tacite, Ann., II, 54. Plutarque, Thésée, 23. Strabon, IX, 421; XIV, 634. Callimaque, Hymne à Apoll., 84. Pausanias, I, 37; VI, 17; X, 1. Apollodore, III, 13. Harpocration, V° Eunidai. Boeckh, Corp. inscript., 1340.