La femme affranchie, vol. 2 of 2 Réponse à MM. Michelet, Proudhon, E. de Girardin, A. Comte et aux autres novateurs modernes
Chapitre IV
L'harmonie existe dans la nature, parce que chaque être y suit paisiblement les lois qui régissent son individualité: il en sera de même dans l'humanité, lorsque la raison collective comprendra que l'ordre humain est préétabli dans le concours des facultés individuelles laissées libres dans leurs manifestations; et que c'est retarder l'avènement de l'ordre, de la paix et du bonheur que d'établir un ordre factice, tout de fantaisie: c'est à dire un véritable désordre.
Gardons-nous donc de toute classification des facultés et des fonctions selon les sexes: outre qu'elle serait fausse, elle nous conduirait à la cruauté; car nous opprimerions ceux et celles qui ne seraient ni assez souples pour s'y soumettre, ni assez hypocrites pour le paraître; et nous le ferions sans profit pour la destinée humaine, mais, tout au contraire, à son détriment.
Voilà, Messieurs, une théorie nominaliste; et je vous défie de la renverser par des raisons suffisantes: car j'aurais, comme pour la première, réponse à toutes vos objections.
Arrivons à notre dernière théorie qui est la vôtre pour les majeures et les mineures; mais est le contraire pour les conclusions.
IV
Tous les appareils d'un même organisme se modifient les uns les autres et, par ce fait, les fonctions se modifient mutuellement.
Or l'homme et la femme diffèrent l'un de l'autre par un appareil important.
Donc chacun des deux sexes doit différer l'un de l'autre, non seulement par l'appareil qui les distingue, mais par toutes les modifications qu'amène la présence de cet appareil.
Voilà, Messieurs, mon premier syllogisme: je sais que nous nous n'aurons pas maille à partir là dessus: c'est de la Biologie classique. Recherchons anatomiquement les différences organiques que la sexualité fait subir à l'homme et à la femme.
Système nerveux. Les nerfs, dit du sentiment, sont plus développés chez la femme que chez l'homme; ceux du mouvement le sont moins; le cervelet est plus développé dans la tête de l'homme que dans celle de la femme; chez celle-ci le diamètre antéro-postérieur du cerveau l'emporte sur le bi-latéral qui est relativement plus grand dans le sexe masculin: on remarque aussi que les organes de l'observation, de la circonspection, de la ruse et de la philogéniture sont plus volumineux dans la tête de la femme que dans celle de l'homme, chez lequel prédominent les organes rationnels, ceux du combat et de la destruction.
Système locomoteur. L'homme est plus grand que la femme, a les os plus compacts, les muscles plus gros et mieux nourris, les tendons plus forts; son thorax a une direction opposée à celui de la femme: dans celui de la femme, la plus grande largeur est entre les épaules, chez l'homme, elle est à la base; le bassin est plus large, plus évasé dans le sexe féminin que chez l'autre.
Systèmes épidermique et cellulaire. L'homme a la peau plus pileuse que la femme; ce qu'on nomme la graisse est moins abondant dans l'organisme masculin que dans le féminin; généralement la peau de l'homme est plus rude et toutes ses formes sont moins arrondies; la femme a les cheveux plus longs, plus soyeux.
Organes splanchniques. La masse cérébrale est relativement la même chez les deux sexes, ainsi que les organes du cerveau, sauf les prédominances que nous avons signalées; le système respiratoire diffère un peu: la femme respire de plus haut que l'homme: chez celui-ci la circulation est plus active, plus énergique.
A ces différences physiques correspondent les différences intellectuelles et morales.
La femme, ayant les nerfs du sentiment plus développés, est plus impressionnable et plus mobile que l'homme.
Étant plus faible et aussi volontaire, elle obtient par l'adresse et la ruse ce qu'elle ne peut obtenir par la force; sa faiblesse lui donne de la timidité, de la circonspection, le besoin de se sentir protégée.
Les travaux qui exigent de la force lui répugnent.
Sa destination maternelle la rend ennemie de la destruction, de la guerre; et son organisation plus délicate lui fait redouter et fuir la lutte. Cette même destination maternelle imprime un cachet particulier à son intelligence: elle aime le concret, et tend toujours à faire passer l'idée dans les faits, à l'incarner, à lui donner une forme arrêtée; son raisonnement est l'intuition ou l'aperception rapide d'un rapport général, d'une vérité que l'homme ne dégage qu'avec beaucoup de peine, à l'aide des échasses logiques.
La femme est meilleure observatrice que l'homme, et pousse plus loin que lui l'induction; elle est en conséquence plus pénétrante, et bien meilleur juge de la valeur morale et intellectuelle de ceux qui l'entourent.
Plus que l'homme, elle a le sentiment du beau, la délicatesse du cœur, l'amour du bien, le respect de la pudeur, la vénération pour tout ce qui est supérieur.
Plus prévoyante que lui, elle a plus d'ordre et d'économie, et surveille les détails administratifs avec une conscience qui va souvent jusqu'à la puérilité.
La femme est adroite, appliquée: elle excelle dans les travaux de goût, et possède de grandes tendances artistiques.
Plus douce, plus tendre, plus patiente que l'homme, elle aime tout ce qui est faible, protége tout ce qui souffre; toute douleur, toute misère met une larme dans ses yeux, tire un soupir de sa poitrine.
Voilà bien la femme, telle que vous la dépeignez, Messieurs.
Puis tous ajoutez:
La vocation de la femme est donc l'amour, la maternité, le ménage, les occupations sédentaires.