La femme affranchie, vol. 2 of 2 Réponse à MM. Michelet, Proudhon, E. de Girardin, A. Comte et aux autres novateurs modernes
Chapitre III
Le Droit, tel que nous venons de le définir, est donc l'exercice même de la vie, la condition sine qua non de l'accomplissement du Devoir ou de la réalisation de la destinée.
On ne peut donc valablement l'aliéner, même en partie, sans amoindrir sa vie, fausser sa destinée.
Et si l'ignorance, la force nous en ravissent une partie, nous pouvons, nous devons en poursuivre la revendication: car il n'y a pas de Droit contre le Droit, et on ne prescrit pas contre lui.
Par l'ensemble de nos besoins et pour remplir notre destinée, nous soutenons trois sortes de rapports principaux:
1o Avec nous-mêmes;
2o Avec la nature;
3o Avec nos semblables.
De là trois formes du Droit et du Devoir, que nous ne pouvons comprendre qu'en nous formant une idée nette de notre Destinée.
III
La destinée de l'être organisé est donnée dans l'ensemble de ses facultés.
Quelle sera donc celle de l'être humain, animal intelligent, aimant, sociable, doué du sens de la justice, de libre arbitre, d'idéalité, d'aptitudes nombreuses par lesquelles il modifie tout ce qui l'entoure, afin de satisfaire à son désir de bien être et de bonheur?
Qui, laissé au seuil de l'animalité par la nature, se crée lui-même humanité, en développant peu à peu ce qui le distingue des espèces inférieures?
Évidemment, pour quiconque réfléchit, cette destinée sera d'organiser progressivement une société fondée sur la Justice et la Bienveillance où chacun, ne dépendant que de soi-même, trouvera dans la science, la satisfaction de ses besoins intellectuels, et les principes propres à diriger ses facultés productrices; dans ses semblables, la satisfaction de ses besoins d'aimer, de s'associer, de perpétuer son espèce; dans la culture des arts, des sciences, de l'industrie, la satisfaction de ses aptitudes; et dans les produits qu'il obtient de leur exercice, celle de ses besoins matériels et de ses plaisirs.