La femme affranchie, vol. 2 of 2 Réponse à MM. Michelet, Proudhon, E. de Girardin, A. Comte et aux autres novateurs modernes

Chapitre IV

Et comme il ne pourra remplir cette tâche d'intérêt humain, sans l'harmoniser lui-même, sans agir profondément sur son globe, sans l'humaniser par l'emploi de son activité, en lui imprimant progressivement le cachet de sa Raison, ou principe d'ordre, il en résulte que la destinée de notre espèce peut être définie: la création de l'Ordre dans l'Humanité et sur le globe qui lui est soumis.

Cette tâche imposée à l'espèce, requiert une multitude d'aptitudes trop différentes pour qu'elles se trouvent réunies en chacun de nous. Aussi, sous les caractères généraux qui font de nous une seule espèce, se cachent de si profondes dissemblances, qu'on peut établir en principe qu'il y a autant d'hommes différents qu'il y a d'individus masculins, autant de femmes différentes que d'individus féminins. Cette diversité devient évidente en raison de la culture: tout le monde sait que deux paysans se ressemblent bien plus que deux hommes instruits.

De là il suit que la jouissance du droit individuel est la garantie du progrès social, puisque ce progrès dépend du libre développement des aptitudes, et qu'elles ne peuvent se développer que par la liberté: donc quiconque est ennemi de la liberté et l'entrave, s'il n'est un aveugle, est un ennemi de la destinée collective et du Droit.

 

IV

J'ai dit qu'il est dans la nécessité de notre destinée de soutenir trois sortes de rapports: avec nous-même, avec la nature, avec nos semblables.

Examinons les premiers.

Chacun de nous se présente à l'analyse comme une Société de facultés qui, toutes, ont droit de fonctionner, parce que toutes sont nécessaires à l'harmonie de l'ensemble.

Certaines de nos impulsions sont antagoniques; et celles qui ont pour but la satisfaction de nos besoins égoïstes, ont une propension constante à dépasser leurs limites légitimes, conséquemment à opprimer celles qui nous relient à nos semblables.

Quand nous sommes tiraillés en sens contraire, quand la dissidence est en nous, qui fera cesser le conflit en déterminant l'option? Évidemment notre libre arbitre, influencé par une autre faculté.

Mais pour nous décider en vue de notre destinée, quelle doit être la faculté rectrice, sinon la Raison ou principe d'ordre en chacun de nous?

C'est donc en établissant en nous la hiérarchie des facultés en vue de la destinée, et sous le gouvernement de la Raison, qu'aucune de nos facultés ne sera sacrifiée; que toutes s'harmoniseront selon l'expression de M. Proudhon pour le bien et la gloire de l'ensemble.

C'est dans l'établissement et le maintien de cette hiérarchie que consiste le grand devoir Autonomique, ou de gouvernement de soi par soi.

Ainsi, dans ce premier ordre de rapports, il y a Droit de chaque faculté à s'exercer;

Droit de chacune d'elles à son excitant propre;

Mais en même temps Devoir pour chacune de ne s'exercer que pour le bien de l'ensemble; c'est à dire de ne jamais dépasser ses limites et pour cela d'obéir à la Raison.

Ainsi celui qui donne la prédominance à ses instincts nutritifs, opprime habituellement en lui les facultés intellectuelles, et développe les instincts égoïstes aux dépens des instincts de Justice et de Sociabilité: il viole son Devoir autonomique.