La femme affranchie, vol. 2 of 2 Réponse à MM. Michelet, Proudhon, E. de Girardin, A. Comte et aux autres novateurs modernes

III Comité Encyclopédique.

Vous imprimeriez à l'éducation un cachet de Justice, d'unité, de rationalité qu'elle n'a jamais eu jusqu'ici.

Vous agrandiriez et transformeriez la Morale.

Pénétrées d'une vive foi en la solidarité humaine, vous travailleriez sérieusement à la réforme des mœurs.

Au lieu de mépriser les égarés des deux sexes, vous emploieriez tout pour les remettre dans la droite voie: car pas un de nous ne peut se croire innocent, tant qu'il y a des coupables.

Vous moraliseriez le travail et les travailleuses.

En un mot, vous prouveriez par vos œuvres, que vous êtes dignes de jouir des droits que vous revendiquez; et vous fermeriez la bouche à ces insipides babillards qui déblatèrent en vers et en prose contre l'activité de la femme, la capacité de la femme, la science de la femme, la rationalité et l'esprit pratique de la femme.

Mille ans de dénégations ne valent pas contre eux, croyez-moi, Mesdames, cinq années bien remplies de travaux utiles et de dévouement actif.

 

III

COMITÉ ENCYCLOPÉDIQUE.

Revenons, Mesdames, sur quelques-unes des œuvres collectives que je vous ai signalées, et parlons tout d'abord du Comité Encyclopédique.

Le but de ce Comité devrait être de vulgariser les connaissances acquises jusqu'ici par l'Humanité, en se conformant à la doctrine générale esquissée dans le paragraphe précédent.

Le Comité se composerait d'un nombre illimité de femmes, cultivant chacune quelque spécialité artistique, scientifique, littéraire; elles se classeraient en autant de sections qu'il y aurait de branches de connaissances à traiter, et les membres de chaque section s'entendraient entre elles pour se diviser le travail.

Les membres du Comité ne perdraient pas de vue que leurs ouvrages s'adressent à la classe des lecteurs peu ou point instruits; que, conséquemment, elles doivent se préserver du style scientifique, s'exprimer simplement, méthodiquement, et ne pas laisser sans définition très claire les termes techniques dont elles seraient parfois obligées de se servir.

Le travail individuel achevé, devrait venir celui de la section qui l'examinerait quant au fond; puis celui du Comité réuni qui n'aurait à s'occuper que de la clarté, dont il pourrait mieux juger que les spécialités, trop habituées au langage de la science qu'elles cultivent pour s'apercevoir suffisamment quand il ne peut être compris de tous.

Outre ce rôle de public d'épreuve, le Comité devrait veiller scrupuleusement à ce que l'auteur respecte les principes généraux qui sont la base de la profession de foi. Ainsi par exemple, un auteur qui traiterait de la formation de notre globe et des manifestations successives de la vie sur la planète, ne devrait pas s'écarter de la méthode rationnelle, et ne pourrait, en conséquence, présenter un créateur posant les assises de la terre et soufflant la vie dans des narines quelconques. Un auteur qui traiterait d'histoire universelle, n'aurait pas à subordonner les grands faits de l'humanité à la venue et à la mission d'un homme, comme l'a fait Bossuet; mais à faire ressortir la loi de Progrès, à tout subordonner au développement de la Justice et des facultés qui nous sont spéciales. Le Comité devrait bien comprendre qu'il n'est pas là pour continuer le passé, pour expliquer les faits par l'inconnu, mais pour préparer l'avenir, et expliquer les faits par les lois qui n'en sont que la généralisation.

L'ouvrage, approuvé par le Comité, serait livré à l'impression et porterait en tête du titre: Comité des femmes du Progrès; et, au dessous du titre, le nom de l'auteur ou des auteurs.