La Mine qui ne payait pas de mine
Chapitre XVII: La Panne !
CHAPITRE XVII
LA PANNE !
IL N’Y AVAIT qu’un homme à bord de l’hélicoptère, Jim Hoover, le pilote. Il sourit quand Hannibal et Bob le supplièrent de les emmener pour participer aux recherches.
« Ça ne me plaît pas beaucoup ! grommela le shérif qui avait déjà grimpé dans l’appareil. Il peut y avoir du danger ! »
Malgré tout, il permit aux deux garçons de monter et de s’agenouiller derrière les sièges du pilote et de son passager. Le shérif était armé d’un fusil. Une lunette télescopique reposait sur ses genoux.
« Paré ? » demanda Hoover.
Et, sans attendre de réponse, il éleva sa machine au-dessus de la Mine de la Mort. À l’exception d’un pâle croissant de lune, il faisait noir comme dans un four. Hoover tourna un commutateur et aussitôt, le faisceau blanc-bleu d’un projecteur troua l’obscurité.
« Vous pouvez le diriger à l’aide de cette manette », indiqua-t-il au shérif.
Trois secondes plus tard, le faisceau lumineux balayait la pente de la montagne. Çà et là, on pouvait apercevoir des portions de la route en lacet conduisant de Twin Lakes à Hambone. Elle luisait, très blanche entre les sapins sombres.
« À moins de jeter leur voiture dans le fossé, fit remarquer Hoover, ils sont obligés de la suivre, au moins jusqu’à Hambone. »
L’hélicoptère vira vers la montagne. Hannibal sentit son estomac se révolter. Il eut un hoquet.
« Ne vous contractez pas, les gosses ! dit Hoover. Pensez que vous êtes dans un ascenseur qui se déplace latéralement aussi bien que de bas en haut.
— Ça va ! Ça va ! » assura Hannibal.
L’hélicoptère suivit fidèlement la route jusqu’à Hambone : la voiture demeurait invisible.
« Il est incroyable, bougonna le shérif, qu’ils aient pu atteindre Hambone en si peu de temps, surtout sans lumières. »
Bob se posait des questions, lui aussi. Manny et Gasper avaient-ils réellement atteint la ville fantôme ?… l’avaient-ils même dépassée ? Ou Gasper, par une fausse manœuvre, avait-il fait culbuter la voiture dans le ravin ? Peter et Doris étaient-ils sains et saufs ? Ou gisaient-ils quelque part au fond du précipice, peut-être grièvement blessés ?
Bob courba les épaules. Le shérif devina ses craintes.
« Ne te tracasse pas, fiston ! dit-il avec bonté. Mon adjoint et un autre de mes hommes vont suivre la route en jeep. Si quelque chose est arrivé à la voiture de M. Thrugon, ils le découvriront vite ! »
Jim Hoover fit descendre son appareil, jusqu’à raser les toits de Hambone. Le projecteur fouillait inlassablement les coins d’ombre.
« Hé ! Là ! Qu’est-ce que c’est ? s’écria soudain le shérif. Je vois une voiture… derrière le hangar de l’ancienne mine…»
Hannibal se pencha un peu.
« C’est celle de Mme Macomber ! Nous l’avons trouvée abandonnée, cet après-midi même. Mais nous ignorons où est passée sa propriétaire.
— Je me demande ce que signifie tout cela… maugréa le shérif.
— Je crois que je pourrai vous l’expliquer un peu plus tard, déclara Hannibal. Mais, pour l’instant, il s’agit de retrouver Peter et Doris.
— Ma foi, si les bandits ont dépassé Hambone, ils doivent se trouver quelque part sur l’une des petites routes… mais laquelle ?…
— Il n’y a qu’un moyen de le savoir », répliqua Jim Hoover.
L’hélicoptère se mit à descendre vers l’ouest, laissant derrière lui la ville fantôme.
* *
*
Doris et Peter, assis dans la voiture de Thrugon avec Manny et Gasper, entendirent le bruit caractéristique de l’hélicoptère quand celui-ci passa au-dessus d’eux. Le projecteur de l’appareil éclaira la cime des arbres et balaya la route vide qui menait à la ville abandonnée. Une brève seconde, le faisceau lumineux toucha les pins sous lesquels Gasper avait garé la voiture.
Doris retint son souffle. De toutes ses forces elle souhaitait que l’hélicoptère les repérât.
« Qu’il nous voie ! Qu’il nous voie ! priait-elle mentalement. Nous sommes ici ! Ici ! »
Mais le bruit de l’appareil décrût et finit par s’éteindre. Gasper gloussa de joie.
« Il est parti ! Allons-y ! »
Il remit le moteur en marche et, peu après, l’auto repartait en direction de Hambone. Bien entendu, elle roulait toujours sans lumières.
« Si nous nous en tirons, je ne retournerai jamais à Twin Lakes ! déclara Gasper d’une voix morne. Ça ne servirait à rien, de toute manière. Si cet immonde Thrugon n’a pas encore trouvé le fric, sûr qu’il va se mettre à le chercher maintenant. Pas besoin d’être un génie pour deviner que nous étions sur un gros coup…
— Au fait, coupa Doris froidement. À combien se montait la part de Gilbert Morgan ? Il a dû toucher gros, en effet, sur le quart de million de dollars volés au cours du hold-up ! »
Gasper freina tellement sec que la voiture s’arrêta dans un affreux grincement.
« Qui t’a parlé de ce quart de million de dollars ? » demanda-t-il d’une voix terrible.
Comme Doris ne répondait pas, il sortit une cigarette de sa poche et l’alluma.
« Nous devrions larguer ces deux-là ! dit-il à Manny. Quelque part où personne ne pourrait les retrouver. »
Doris se mit à tousser et agita la main pour écarter de son visage la fumée de la cigarette.
« C’est une vilaine habitude, de fumer ! déclara-t-elle. Ça vous abîme les poumons et rend votre voix tout éraillée… Et ça ne vous servirait strictement à rien de vous débarrasser de nous. Nous savons tout du hold-up de Phœnix. Il a été exécuté il y a cinq ans par quatre truands – trois hommes et une femme. Gilbert Morgan faisait partie du lot, n’est-ce pas ? Et vous êtes ses complices. Vous voyez que nous sommes au courant… Mais nous ne sommes pas les seuls ! Bob et Hannibal en savent peut-être davantage ! »
Manny poussa un gémissement.
« Les deux autres gosses ! Dire que nous les avons laissés derrière nous !
— Stupide de votre part, pas vrai ? » répliqua Doris.
Manny grinça des dents et releva le canon de son revolver. Doris ne dit plus rien.
La voiture atteignit Hambone et commença à redescendre de l’autre côté. Bientôt, la route principale obliqua vers la droite tandis qu’un chemin de terre, plus étroit, s’embranchait sur la gauche. Gasper écrasa son mégot dans le cendrier déjà plein et désigna la route.
« Où va-t-elle ? demanda-t-il à Doris.
— Je n’en sais rien, répondit la jeune fille en chassant la fumée qui lui piquait les yeux. Je suppose qu’elle débouche dans le désert.
— Prends le chemin de gauche ! ordonna Manny. J’ai comme une idée qu’une armée de flics nous attend au bout de la route ! »
Gasper tourna dans le chemin de terre en bougonnant. Ce chemin n’était qu’une piste serpentant parmi les arbres. La voiture tanguait et roulait comme un bateau sur une mer agitée. Mais l’énorme Gasper restait maître du volant et le véhicule avançait malgré tout. Comme, à présent, le bandit avait besoin de ses deux mains pour conduire, il jeta par la portière la nouvelle cigarette qu’il venait d’allumer.
« Si vous mettez le feu à la montagne, fit remarquer Doris goguenarde, vous serez repéré en un clin d’œil par les patrouilles de la police. »
Gasper était trop occupé pour répondre…
Peter et Doris avaient l’impression que ce voyage à travers les collines ne finirait plus jamais. De loin en loin, ils apercevaient de sombres et mystérieuses cabanes, tapies sous les arbres. Une fois, ils traversèrent un village plus petit qu’Hambone et encore plus en ruine, si c’était possible. Un coyote fila sous les roues, avant de se fondre dans l’obscurité dense de la forêt. À plusieurs reprises, ils aperçurent aussi le projecteur de l’hélicoptère. Mais, à chacune de ces alertes, Gasper arrêtait la voiture, attendant pour repartir que l’appareil ait disparu. Peter et Doris essayèrent de sommeiller mais les cahots du véhicule les en empêchèrent.
Pendant un bon moment, le chemin ne cessa de grimper. Puis, à la fin, il se transforma en montagnes russes et ils descendirent la colline en zigzaguant.
« Je crois que nous sommes tirés d’affaire ! » dit Gasper dont les mains tenaient toujours fermement le volant.
La lune s’était couchée et il ne conduisait plus qu’à la faible clarté des étoiles, quand le chemin de terre s’élargit brusquement. On était enfin en terrain plat, au pied des collines. Au-delà d’une étendue caillouteuse, c’était le désert.
Gasper arrêta la voiture et regarda prudemment à droite et à gauche. Manny ricana.
« Pas l’ombre d’un flic ! dit-il. Bah ! Je te l’ai dit. Ils sont en train de nous attendre au bout de la route principale.
— Ils peuvent être n’importe où », riposta rudement Gasper.
Il respira à fond, toussa, puis déclara, en montrant l’étendue caillouteuse.
« En ce cas, il faut filer encore plus loin ! »
Là-dessus, il passa en première, sortit du couvert, traversa la route et bondit dans le désert.
« Ouille ! cria Doris que ce brutal atterrissage avait meurtrie. La voiture n’ira pas loin sur ce terrain !
— La ferme ! grommela Gasper. Nous rencontrerons forcément une autre route si nous roulons droit devant nous assez longtemps… une route que la police ne surveillera pas ! »
Les dernières étoiles s’éteignirent. Peter vit l’orient pâlir. Quand enfin le soleil se leva, la grand-route était hors de vue… très loin derrière eux.
« Nous allons trouver une autre route… bientôt, marmonna Gasper. C’est sûr. Une qui…»
Il s’arrêta net. La voiture venait de plonger dans un trou. Ses passagers furent projetés les uns contre les autres. On entendit un sifflement et un jet de vapeur jaillit du radiateur.
« Par les cornes du diable ! »
Gasper coupa le contact, sauta à terre et courut à l’avant de la voiture. Et là, debout, il considéra avec consternation la mare brune qui grandissait sur le sol.
« Le radiateur est bousillé ! annonça-t-il.
— Espèce d’imbécile ! » hurla Manny.
Gasper s’approcha des portières et menaça successivement Doris et Peter de son revolver :
« Allez ! Dehors ! On va marcher !
— Vous êtes fou ! cria Doris.
— Tais-toi et sors de là ! » ordonna Gasper.
Doris et Peter furent bien obligés d’obéir, imités par Manny qui observa le désert en silence, pendant quelques minutes.
« Par là ! décida-t-il finalement en désignant un point devant lui. Continuons tout droit, en tournant le dos aux montagnes. Tôt ou tard, nous arriverons bien quelque part !
— Non, dit Doris d’une voix ferme. Vous pourrez marcher des kilomètres et des kilomètres sans rien rencontrer Et quand le soleil brillera pour de bon, il nous grillera vifs. Restons dans la voiture.
— Si nous restons ici, c’est la mort ! répliqua Manny.
— Une mort plus certaine encore nous attend si nous partons, affirma Doris.
— Arrive, bon sang ! » hurla Gasper.
Doris se laissa tomber à terre.
« Non, répéta-t-elle. Vous pouvez me tuer si vous voulez, mais je resterai ici. Je préfère mourir d’un coup de revolver que de chaleur ou de soif. »
Elle défiait les bandits du regard.
Peter hésita. Puis, à son tour, il s’assit par terre, près de la voiture.
Les doigts de Gasper se crispèrent sur la détente de son arme. Soudain, se désintéressant de la scène, Manny se mit en marche, face au désert.
Le regard de son acolyte se posa alternativement sur lui et sur les enfants… Manny s’éloignait toujours. Alors Gasper le suivit…
Doris et Peter les virent finalement disparaître à l’horizon. Ils restèrent seuls. Le soleil montait rapidement dans le ciel. Des vagues de chaleur commençaient à déferler sur l’étendue désertique.
« J’espère qu’on n’a pas interrompu les recherches, murmura Peter. Il serait urgent que la police nous retrouve… Sans quoi… nous pourrions bien mourir de soif ! »
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