La Mine qui ne payait pas de mine

Alfred Hitchcock · Chapitre 3 sur 22

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La Mine qui ne payait pas de mine

Chapitre II: Fracassant Accueil !

CHAPITRE II

 

 

FRACASSANT ACCUEIL !

 

« NOUS arrivons à Twin Lakes(2) ! » annonça Harrison Osborne en ralentissant. Les garçons assis à l’arrière dans la grosse voiture à air conditionné qui leur avait fait traverser le désert de l’Arizona, puis grimper les hauteurs permettant d’accéder à la partie sud-ouest du Nouveau-Mexique, regardèrent avec curiosité le paysage. Une vallée verdoyante s’étendait entre deux chaînes de montagnes couvertes d’arbres.

En approchant de la ville, ils aperçurent de petites maisons qui bordaient les rues poussiéreuses de part et d’autre de l’artère principale. Les constructions les plus importantes se trouvaient dans la rue centrale : le marché couvert, un drugstore, le journal local et une quincaillerie qui avait dû connaître des jours meilleurs.

Au centre de la ville s’élevait l’usine à gaz et, un peu plus loin, la caserne des pompiers de Twin Lakes.

La vue de celle-ci stimula sans doute l’imagination de Peter car il s’écria soudain :

« Le feu ! Regardez !… Il y a certainement un incendie là-bas ! »

Il désignait du doigt un lieu situé un peu à l’extérieur de la ville. De la fumée montait dans l’air limpide de ce bel après-midi.

« Pas de panique ! conseilla en ricanant Doris, assise à côté de son oncle. Ce n’est que la fumée de la scierie.

— Autrefois, expliqua l’oncle Harry, les mines faisaient vivre pratiquement tout le pays. Aujourd’hui, elles sont toutes fermées et la scierie est l’âme de la ville. Débiter les arbres est la seule industrie de la région. Le Twin Lakes actuel ne ressemble guère à la cité bourdonnante qu’il était voici quarante-cinq ans environ !

— Si j’étais millionnaire, ce n’est pas dans un patelin pareil que je viendrais m’enterrer, c’est sûr ! » déclara Peter.

Harrison Osborne quitta la route du regard, l’espace d’une seconde.

« Millionnaire ! répéta-t-il. Doris ! Je parie que tu as parlé de notre voisin à tes camarades ? »

La jeune fille regarda droit devant elle sans répondre.

« Doris ! Je te parle ! Tu as raconté une de tes folles histoires à ces garçons, n’est-ce pas ?

— Je leur ai seulement dit que Wesley Thrugon est un homme dont on doit se méfier… et je le maintiens, oncle Harry ! »

L’oncle Harry grommela quelques mots indistincts puis freina carrément pour s’arrêter au bord de la route. Après quoi, il se tourna vers les garçons.

« Je sais que vous êtes des détectives amateurs, commença-t-il, mais il ne faut pas que vous importuniez Wesley Thrugon. Il est mon voisin et je ne veux pas d’histoire avec mes voisins ! Thrugon a d’excellents antécédents. Il a acquis une grosse fortune puis il est revenu s’installer à Twin Lakes parce que c’est là qu’il est né, juste avant que la mine d’argent ne ferme. Sa famille quitta le pays peu après. Il m’a raconté que son enfance avait été bercée par des histoires de l’époque de prospérité de Twin Lakes Et s’il a acheté la Mine de la Mort, c’est parce que son père y travaillait jadis. Mais si vous voulez mon avis, c’est loin d’être une excellente acquisition !

— Peux-tu expliquer pourquoi il a rouvert la mine ? demanda brusquement Doris.

— Cela ne nous regarde pas, en tout cas, répliqua son oncle. Et s’il l’a rouverte, ce n’est sûrement pas pour que des gosses indiscrets aillent rôder autour, au risque de se blesser. D’ailleurs, il a les moyens de se payer cette fantaisie… il est plus que millionnaire. »

L’oncle Harry se mit à rire puis, hochant la tête, ajouta :

« Pour tout vous dire, si Doris a une dent contre Thrugon, c’est qu’il l’a pincée un jour en train de visiter sa mine. Il l’a ramenée à la maison par la peau du cou. Et je l’approuve ! Cette mine s’appelle la Mine de la Mort parce qu’une femme y a autrefois trouvé la mort, précisément, en rôdant à l’intérieur. »

Peter éclata de rire.

« Sacrée Doris ! Tu ne nous avais pas dit que tu étais allée fureter chez Thrugon !

— Oh ! La barbe ! » grommela Doris, pâle de colère.

Hannibal, évoquant l’orgueilleuse jeune fille ramenée chez elle « par la peau du cou », selon l’expression imagée de son oncle, ne put s’empêcher de glousser à son tour :

« Ha, ha !

— N’empêche, lança Doris d’une voix blanche, que cet individu est un sale type, c’est moi qui vous le dis !

— Bah ! fit Bob, apaisant, peut-être n’est-il qu’un excentrique. Les gens riches le sont souvent.

— Ce n’est pas un crime, ajouta l’oncle Harry en remettant la voiture en marche. Et je te défends d’aller l’ennuyer de nouveau, Doris ! Cette défense s’applique également à vous, jeunes gens ! »

Quittant la route goudronnée, la voiture franchit un pont de bois sur la petite cascade séparant les deux lacs qui justifiaient le nom de la ville et qui n’étaient guère plus grands que des mares.

Au-delà du pont, la voiture avançait désormais sur un chemin de terre, et laissait derrière elle des nuages de poussière.

Environ deux kilomètres après le pont, les garçons aperçurent, sur la gauche, des champs plantés de jeunes sapins et au-delà, une grille ouverte. Face à cette grille, de l’autre côté du chemin, se trouvaient plusieurs petites maisons.

Une seule était fraîchement repeinte et les autres offraient un aspect désolé. Elles semblaient abandonnées.

L’oncle Harry ralentit et klaxonna. Une femme grande et mince, en train d’arroser le jardin de la jolie petite maison, leva la tête.

« C’est Mme Macomber ! » déclara Doris.

La femme sourit et agita la main dans leur direction. Elle portait des pantalons noirs, une chemisette blanche et autour du cou, un lourd collier indien en argent serti de turquoises.

Quand elle se retourna pour fermer le robinet d’arrivée d’eau de son tuyau d’arrosage, les garçons constatèrent que ses cheveux noirs commençaient à grisonner. Bien qu’elle eût au moins soixante ans, ses mouvements étaient aussi souples que ceux d’une jeune fille.

« Elle aussi est née ici, expliqua Doris, à l’époque où la ville était en pleine expansion. Elle a épousé le directeur de la mine et tous deux sont partis quand la mine a dû fermer. Après la mort de son mari, elle a travaillé

dur à Phœnix(3) pour économiser assez d’argent et revenir ici. Elle a alors racheté la maison où elle avait vécu jeune mariée. Elle a également acheté les autres maisonnettes tout autour… mais sans pour autant les remettre en état.

— Son histoire n’est pas tellement différente de celle de Wesley Thrugon, fit remarquer Bob.

— Aucune comparaison ! coupa Doris d’un ton sec. Mme Macomber est très gentille.

— Je trouve, moi, que les deux histoires prouvent la même chose, déclara l’oncle Harry : c’est que Twin Lakes est un endroit agréable pour y vivre et une ville parfaite pour s’y retirer ! »

Il arrêta la voiture devant la grille ouverte et désigna devant eux, au-delà de la route qui finissait là, les montagnes abruptes qui bordaient le côté ouest de la vallée. Sur la pente, à gauche, à moins de trois cents mètres de là, on apercevait un trou noir et carré.

« L’entrée de la Mine de la Mort ! annonça l’oncle Harry. La maisonnette que vous voyez tout près est celle qu’habite Wesley Thrugon. Il possède également la grande construction qui s’élève derrière et qui faisait autrefois partie des dépendances de la mine. »

L’oncle Harry franchit la grille et engagea la voiture dans une allée étroite et pleine d’ornières.

Des rangées de petits arbres de Noël s’alignaient de part et d’autre de cette allée.

Puis ils passèrent devant un enclos où la jument personnelle de Doris, Sterling, broutait en compagnie de trois autres chevaux. Un peu plus loin, au milieu d’une sorte de clairière artificielle, se dressait la ferme proprement dite.

Rouge et blanche, elle avait un petit air pimpant, que mettait encore en relief une vieille grange en très mauvais état qui voisinait avec elle.

L’oncle Harry arrêta la voiture devant la maison de maître, bâilla et s’étira.

« Ouf ! dit-il. Il fait bon se retrouver chez soi ! »

Les garçons et Doris avaient déjà mis pied à terre. Hannibal et ses amis firent d’un coup d’œil l’inventaire de ce qui les entourait : une camionnette stationnait devant la grange. Tout au bout de l’espace découvert, dans un vaste poulailler, une bruyante basse-cour caquetait et grattait la terre.

À son tour, l’oncle Harry descendit de voiture. Il se sentait les jambes raides.

« Vous admirez mon poulailler ? dit-il aux garçons en souriant. Ma foi, j’aime manger mes œufs bien frais. En plus de ça, je trouve un charme particulier à me réveiller le matin au chant du coq ! Le mien a une voix véritablement claironnante ! »

À peine venait-il d’achever sa phrase que la voix du coq retentit, affolée, depuis la partie du poulailler invisible de là, qui se trouvait derrière la maison.

Une seconde plus tard, on entendit les piaillements épouvantés des poules qui voletaient de tout côté en se heurtant au grillage. Presque aussitôt, les voyageurs perçurent l’explosion d’un formidable coup de fusil.

Le bruit fut tellement fort que Peter poussa un cri et se jeta à plat ventre par terre, tout en se protégeant la tête de ses bras repliés. Hannibal et Bob coururent instinctivement derrière la voiture.

Au même instant, une énorme forme noire surgit de derrière le poulailler et bondit sur Hannibal. Le jeune garçon eut la vision fugitive de farouches yeux sombres et de dents blanches et luisantes. La créature inconnue le renversa au passage puis, bondissant de nouveau, disparut en direction de l’ouest, parmi les sapins de Noël.

 

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