L'amour vous connaissez ?
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ISAAC ASIMOV
L’Amour Vous Connaissez ?
DENOEL
Préface à « VIDE-C »
Les nouvelles qui composent ce volume font partie du recueil américain nightfall and other stories, dont nous avons publié les premiers textes sous le titre : QUAND LES TÉNÈBRES VIENDRONT.
En 1950 éclata la guerre de Corée. Ce fut une époque vraiment déprimante, presque autant que l’époque actuelle. Je ne vous cacherai pas que je ressens peu d’enthousiasme pour ce qu’Othello appelle « la qualité, l’orgueil, la pompe et l’apparat d’une glorieuse guerre ».
La Deuxième Guerre Mondiale avait été unique en son genre. C’était une guerre où subsistaient encore quelques satisfactions idéalistes. Nous combattions un mal absolu qui semblait dépasser de très loin la diffamation ordinaire et routinière de l’ennemi : et il semblait y avoir des chances raisonnables, une fois la guerre finie, d’instituer une organisation mondiale quelconque pour prévenir les guerres futures.
L’euphorie qui suivit la fin immédiate de la guerre et l’établissement des Nations Unies fut de courte durée, et la guerre de Corée sonna le glas des premiers grands espoirs.
Vous pourriez penser que nous, les écrivains de science-fiction, nous étions plus contents que la plupart.
Nous avions une façon si agréable de nous « évader ». Nous partions pour l’espace, laissant les problèmes de la terre derrière nous. Eh bien l’évasion n’est pas si facile. Il est plus difficile que vous le pensez de se dissocier de la réalité, et, quand, dans les jours de la guerre de Corée, je m’envolai dans mon cosmonef pour les espaces interstellaires, qu’est-ce que j’y trouvai ? Une guerre interstellaire, une bataille pour un vaisseau spatial.
Je ne m’évadais pas du tout !
Encore un mot. Avant l’époque de la télévision, il existait quelque chose qu’on appelait la radio, et, vers la fin des années 40 et le début des années 50, il y avait des émissions de science-fiction. La radio n’avait pas le problème des décors compliqués et coûteux qu’exige la télévision pour donner un semblant de réalité à la science-fiction. Elle peut tout faire à l’aide d’effets sonores, qui se transmuent dans l’esprit en les images les plus bizarres.
Les émissions en question, – « Deux Mille Plus », et « Dimension X », – n’étaient pas, malheureusement, puissamment commanditées, quand elles l’étaient, et elles ne durèrent pas longtemps ; mais, tant qu’elles durèrent, j’en retirai une intense satisfaction. Qui plus est, elles ne présentèrent pas moins de trois de mes histoires. L’une d’elles était « Nightfall » (bien entendu), et la seconde « Vide-C ».
Dans la version radiophonique de « Vide-C », Mullen était joué par un acteur doué d’une voix très caractéristique, – sèche, réservée, indifférente, et pourtant gentille. C’était exactement la voix de Mullen. Quand la télévision arriva, je retrouvai cette voix, qui s’accordait parfaitement avec le visage et le visage ressemblait à Mullen.
C’est tellement agréable, chaque fois que je le vois, de pouvoir me dire (bien qu’il soit relativement grand) « C’est Mullen. » Mullen est le seul de mes personnages que j’ai vu en chair et en os, et j’ai toujours soigneusement réprimé l’envie d’apprendre le vrai nom de l’acteur. Je veux qu’il reste Mullen.
Première Publication : Galaxy Science-Fiction, octobre 1951. Copyright, 1951, par Galaxy Publishing Corporation.