L'amour vous connaissez ?
Préface à « L’AMOUR, VOUS CONNAISSEZ ? »
Ici, ça se complique. Il me faut remonter à 1938-39 époque à laquelle, l’espace de cinq ou six numéros, un magazine que je ne nommerai pas, essaya de lancer ce que je ne peux qu’appeler « la science-fiction croustillante ». Si l’on considère la liberté accordée aujourd’hui aux écrivains en matière sexuelle, ces antiques nouvelles de science-fiction croustillante se lisent un peu aujourd’hui comme « Les Jumeaux de Valangoujard aux Confins de l’Espace », mais, à l’époque, elles provoquaient le frisson chez les rares lecteurs du magazine.
Ces histoires traitaient abondamment de la passion brûlante de monstres extra-terrestres pour des femmes de la Terre. Ce n’étaient que vêtements arrachés et seins nus, décrits en tournures elliptiques (Oui, je sais que c’est un calembour !) et fort variées. Le magazine mourut bientôt d’une mort bien méritée, non pas tellement à cause du sexe et du sadisme qu’à cause de l’ennui mortel dégagé par la monotonie d’intrigues toujours identiques et la pauvreté consternante du « style ».
Le rideau tombe et se relève en 1960. Le magazine Playboy décida de se moquer un peu de la science-fiction. Ils publièrent un article intitulé : « Des filles pour le Dieu de Boue », dans lequel ils prétendaient (complaisamment) que la science-fiction n’était que sexe et sadisme. Pourtant, ils ne trouvèrent que fort peu matière à satire, car, jusqu’à 1960, il n’existait aucune branche de la littérature qui fût aussi puritaine que la science-fiction (sauf, peut-être, les histoires pour les enfants des journaux paroissiaux.) Depuis 1960, évidemment, le libéralisme sexuel s’est infiltré même dans la science-fiction.
Il s’ensuit que Playboy pour illustrer son article, dut faire appel à des couvertures sexy de magazines fictifs, et que toutes ses citations furent puisées à la même source, – à savoir le magazine de 1938-39 dont j’ai parlé plus haut.
Cele Goldsmith, la rédactrice en chef de Amazing Stories, lut l’article et me téléphona sur-le-champ. Elle me suggéra d’écrire une nouvelle intitulée : « Playboy et le Dieu de Boue », satirisant la satire. J’étais fortement tenté d’accepter pour plusieurs raisons :
1) Il faut voir Miss Goldsmith pour y croire. C’est le seul rédacteur en chef de science-fiction à avoir un physique de théâtre, et il se trouve que, esthétiquement, (ou autrement) je suis fortement affecté par les femmes qui ont un physique de théâtre.
2) Je prends la science-fiction au sérieux, et j’étais contrarié que ce magazine de 1938-39 ait donné à Playboy matière à satire. J’avais envie de les satiriser à mon tour.
3) Je trouvai bien vite exactement ce que j’allais dire.
C’est ainsi que j’écrivis « Playboy et le Dieu de Boue » utilisant les mêmes citations que Playboy, et cherchant à montrer ce que pourrait donner, dans la réalité, une rencontre entre des monstres extra-terrestres et des terriennes. (Je dois ajouter que c’est Miss Goldsmith qui a écrit les trois derniers paragraphes de la nouvelle. Mon dénouement avait quelque chose de prétentieux, et celui de Miss Goldsmith était bien supérieur. De sorte que je l’ai gardé, non seulement dans le magazine, mais ici également.)
Pourtant, le titre posa un problème. Il est dégoûtant. Quand le regretté (hélas !) Groff Conklin, l’un des plus infatigables « assembleur » d’anthologies de notre métier, envisagea d’introduire cette nouvelle dans un de ses recueils, il me demanda tristement si je n’avais pas un autre titre. « Et comment ! », répondis-je, « qu’est-ce que vous diriez de « l’Amour, vous connaissez ? »
M. Conklin fut ravi, moi aussi, il adopta ce titre, et je l’adopte également ici.
Première Publication : Amazing Stories, mars 1961, sous le titre « Playboy and the Slime God » (Playboy et le Dieu de Boue »). Copyright 1961, par Ziff-Davis Publishing Company.