L’Ampoule n°15 - Sommets & Abîmes

Mars 2015 · Chapitre 2 sur 18

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L’Ampoule n°15 - Sommets & Abîmes

Avec Mone, on avait des conversations sommitales,…

Avec Mone, on avait des conversations sommitales, de ces grands silences des cimes quand refroidissait la bergamote d’un autre soir assassiné. Ça planait haut nos considérations muettes, dans la superbe de l’attitude, le plié de genou, le retombé de l’ourlet, le port de tête, une allure, un ensemble à faire des envieux mais qui cependant ne se verrait jamais, parce que vous comprendrez qu’au sommet du monde, on est d’abord seuls, absolument, Mone et moi, le regard dans les nuées paresseuses de bergamote, la buée des origines comme des fins… C’est simple ; avec Mone, on avait achevé toutes les ascèses. Alors maintenant, on patientait, pour voir ce qui pourrait encore arriver après ; peutêtre rien, mais rien n’ayant jamais été écrit làdessus, faute de grands accomplis à notre image, on attendait donc de voir après, Mone et moi, en pionniers. Ce quelque chose après, ou peutêtre pas.

Il faut préciser qu’avec Mone on s’est vite fait chier depuis notre nid d’aigle de perfection. On a vite arrêté de dérouler le catalogue des activités qui nous fatiguait plus qu’autre chose et dont on avait vite compris que son seul usage était de meubler le silence entre les murs. Pas pour nous ! Ça nous a vite finis en terme d’ascèse. Belote, jeu de l’oie, trictrac, dames, mots fléchés, échecs, rami, tarot, tricot, striptease, sodomie, Wagner, la littérature, les souvenirs, le téléphone… rien qui ne saoule au final de notre point de vue, dans la position où on se trouvait déjà Mone et moi. Non, encore plus haut que ça ! Peutêtre qu’avec des enfants quelque chose nous aurait maintenus au sol, dans la trivialité d’une vie sentie, minuscule, éprouvée, rêvée. Mais rien.

Bref. Ce soir, nous scrutions elle et moi l’infini avec cette sensation supérieure d’en être la plus pure expression, ce soir donc, alors que Mone et moi nous taisions comme d’évidence, comblés de nous et du plein que notre vide apparent ne laisserait pas même imaginer à un de ceuxlà qui grouillent et s’agitent au bas de l’immeuble et de l’échelle de la parousie, ce soir comme je dis, Mone et moi nous sommes octroyé un écart, un recul, un pas arrière vers ce qui embrouille la sérénité et empêche nombre de malheureux comme vous de l’atteindre jamais. Ainsi Mone et moi avons rallumé la télé pour l’instruire de nous et de son impéritie à parfaire le cosmos. C’était le début de soirée, je ne saurais vous dire l’heure car la notion n’existe plus pour nous. Depuis des siècles !

Hé quoi ! Je vois clair en vous ! Qui saurait dire si descendre un barreau interdit de le regrimper illico, et quand on veut ? De quel droit y trouver à redire ? De toute façon, Mone et moi sommes injugeables. On a regardé « Vivement dimanche prochain », vous ne pouvez que connaître. Je l’ai compris tout de suite, cela n’a pas manqué d’intriguer Mone qui pensait trouver dans ce petit divertissement une piste, une poussière, pour savoir combien de temps on allait encore attendre, pour savoir si, à cette courte échellelà, le programme allait éclairer nos lumières sur la pos sibilité d’une suite, un autre dimanche, ou pas. Comme quoi, un léger retrait permet souvent un meilleur point de vue sur l’ensemble, fûtil un climax ! Et puis, je voyais bien que cette baisse de régime et d’altitude soulageait un peu Mone ; elle y trouvait une sorte de contentement passager. Elle a même fini par répondre au type de la télé. Sans com mentaire…

Ensuite, c’est allé très vite. Les gens ont applaudi comme le font ceux qui mesurent la distance entre leur petitesse et le nirvana. J’ai parfaitement vu Mone se retenir, inexplicable ! Générique, et puis rien… Mone a tourné la tête vers moi ; pensez si je me suis gardé de lui rendre son regard, nous sommes bien audelà ! Dimanche prochain est resté en suspens, sans élucidation, sans perspective. Ça a changé Mone, irrémé diablement. Sans un mot, (oui car même à « nirvana moins 1 », c’est tout de même le grand silence, pardi !) et donc dans le silence absolu du presque plein, Mone s’est approchée de la fenêtre, l’a ouverte et a versé dans le vide, le vrai celuilà… Je me suis à mon tour approché de la fenêtre et voilà tout. Que voulezvous que je vous raconte de plus ? Vous me faites parler depuis des heures déjà et vous comprenez maintenant combien il m’en coûte !

Bien sûr que je n’ai rien fait, rien dit ! Appeler quelqu’un ? Et qui, ditesmoi, de là où je me trouve ? M’enquérir de la santé de Mone ? Vous avez vu la distance qui nous sépare à présent elle et moi ? Même en se parlant, vous mesurez l’abîme entre nous désormais ? Vous extravaguez ! D’ailleurs, reconnaissez qu’il vous aura fallu monter jusqu’ici, à mon niveau, pour pouvoir m’appréhender, par le langage certes, mais je gage que votre ascension personnelle a pris une sacrée hauteur grâce à moi, pas vrai ? En outre, et sans vouloir vous flatter, il ne manquerait qu’un rien avant que vous et moi ne nous parlions même plus ! Vous êtes si près du but mon bon ami, du simple fait de ma fréquentation. Voilà pourquoi, et sans attendre pour ma part de remerciements, je me permets d’ores et déjà de vous féliciter.

Ça a commencé comme ça : « Altération des facultés mentales ayant conduit à l’abolition du discernement au moment des faits. Absence de responsabilité pénale. »

À l’issue du délibéré, tout de suite j’ai remercié mon avocat. Du fond du cœur. Il avait trouvé la faille. Insinué le doute. Ce n’était donc qu’un accident, avec la mort au bout certes, mais un accident quand même.

Et puis je suis arrivé ici. D’abord j’ai pensé à Cousteau, le monde du silence, le plongeur remonté trop vite qui hurle de peur avant d’entrer dans le caisson, cette ogive au métal épais, longue comme un cercueil, installée sur le pont du bateau, pour être recomprimé. Pour lui, c’était le caisson ou la mort. Pour moi, ç’a été le caisson.

Après, j’ai fait connaissance avec le P.O. Un furieux qui s’est réjoui de mon arrivée. « Solitaire, paresseux, cruel, apnésique » avaient conclu les experts psychiatriques à mon procès. Forcément, il jubilait.

Depuis, j’avoue que je ne sais pas si les psy avaient raison. À cette question, les jurés ont répondu « oui ». Moi, je ne sais pas.

« Apnésie : pathologie psychique rarissime, agglomérat de plusieurs affections mentales ou complexes connues, dont le mélange l’est moins. Œdipe, schizophrénie, fond névrotique, noyaux obsessionnels, bouffées dé lirantes. Rend complexe la question de la place du sujet dans la société… »

Je ne sais pas. Et puis dans dix minutes, c’est ma séance.

Ils ont dit que c’était à cause de la plongée sousmarine. J’avais fait huit saisons comme moniteur : PortoVecchio, presqu’île de Giens, Bouillante, mer Rouge. Des milliers de plongées. L’excès de respiration de gaz sous pression aurait provoqué des lésions dans mon cerveau et favorisé cette maladie. Soit.

Ce que je sais, c’est que maintenant je suis de la chair à caisson.

Ce que je sais aussi, c’est que je vais lui faire la peau à mon avocat. Je vais l’abolir ! L’abroger ! De la barre et du sextant, à huisclos, plus de trace, nulle part, nonlieu ! La plaidoirie de cette crevure m’a jeté entre les mains de ce P.O. : « Donnez un signe d’espoir à mon client en ne le désocialisant pas par une longue détention. Sa maladie n’est pas incurable. Des raisons d’espérer existent. La psychanalyse hyperbare, ou psycha nalyse sous pression, consiste pour le patient à suivre une cure analytique allongé dans un caisson de recompression, que l’on utilise habituellement pour les accidentés de plongée. »

L’argument a fait mouche. Il a pris son chèque et il est parti. Plus que cinq minutes avant ma séance.

Ça fait douze ans que je suis dans ce quartier sécurisé des « N2 » : « Non coupable, Non innocent ». Zone grise hospitalocarcérale. Je ne sais pas quand tout ça va s’arrêter. Je ne sais pas si je vais sortir un jour. Je n’ai aucune nouvelle de l’extérieur.

Douze ans que je suis livré quotidiennement à ce P.O. sadique et fourbe. Ses expériences sur moi sont de plus en plus éprouvantes. Il dit que ce n’est pas tous les jours qu’on lui sert un tueur en série apnésique sur un plateau. Sauf que je suis innocent. J’ai beau le crier, il s’en fout. Voire, il s’en délecte.

Douze ans ! Que ma vie se résume à ces séances, à ma cellule, et à la bibliothèque du quartier sécurisé. Maigre mais salvatrice bibliothèque. Mon refuge. Ma salle d’embarquement vers l’ailleurs.

Aujourd’hui, c’est la 3253e. Trois mille deux cent cinquante troisième séance. Le Psychiatre Opérateur, c’est lui, avec son masque à gaz. Ce dyslexique du clapet élevé au jus de bébé mort. Il me montre l’ouverture du caisson de décompression comme sa niche à un chien. J’entre. Je m’allonge, comme pour une IRM. Il verrouille l’énorme sas derrière moi et retourne à son pupitre. Je suis dans le noir presque total. Enfermé tout seul dans ce sarcophage métallique sans hublot d’où me parvient sa voix à travers l’hygiaphone.

Sans me demander si je suis prêt, il me pressurise. Ça, c’est pour l’hyperbare. Je fais craquer mes tympans pour ne pas avoir mal aux oreilles et en quelques minutes, j’ai l’air aussi maigre qu’un cadavre après trois mois de cercueil. Puis il m’envoie de l’azote et je sombre dans un état de narcose comme si j’avais bu une douzaine de Ricard. Ça, c’est pour la psychanalyse. La tête me tourne. L’euphorique et le dépressif se mêlent.

Il m’oblige ensuite à raconter tout ce qui me passe par la tête. Mais moi, je ne veux pas ! Je ne veux pas parler. Je ne veux pas que mes pensées s’éventent. J’ai beau faire, mes résistances rompent, comme du béton désarmé. Et mes idées s’ouvrent, aussi facilement qu’une bourriche entre les mains d’un écailler. Il me fouille par la parole et par la langue, note tout ce que je dis, toujours, à longueur de cahiers qu’il entasse depuis douze ans dans de pleins cartons derrière son pupitre. Je ne sais pas pourquoi il écrit tout ça.

— Je veux du jus de cervelle, du vrai ! Je vous écoute…

— Je n’ai rien à dire.

— En êtesvous sûr ?

— Oui.

— Vous savez ce qui vous attend si vous ne parlez pas…

— M’en fous !

— N’avezvous pas fait de rêves dernièrement ?

— Non.

— Vous ne dormez pas ?

— Non.

— Jamais ?

— Mais qu’estce que dormir ? Hein ? Je vous le demande ! Qu’est ce que dormir si ce n’est chercher des ennuis ? Dormir, c’est l’apnée des sens, c’est tendre la main à des inconnus qui ne pensent qu’à me sauter dessus du fin fond de mon lit, c’est contempler mon reflet mou dans un miroir bègue, dormir c’est être le Don Quichotte malouin qui lutte contre la transhumance des moules : une pure folie !

— Bon… vous m’obligez à augmenter la pression du caisson. Votre déni n’est que manifeste. J’y vois là un appel de votre inconscient. Je crois que la pression est justement ce que vous recherchez.

— D’accord, d’accord, j’ai fait un rêve !

— À la bonne heure !

— J’ai fait un rêve…

— Je vous écoute.

— Je suis en plein milieu de l’Atlantique, dans de grandes vagues gris métal, je suis seul et prêt à plonger. Il n’y a que ma tête qui dépasse de l’eau. J’ajuste mon masque et je commence à descendre dans l’obscurité des profondeurs.

— C’est tout ?

— Euh… oui.

— Bon, je vois. Encore un peu de pression, donc…

— Non, attendez !

— Oui ?

— Ça me revient… Je descends pendant de longues minutes. Les cent premiers mètres sont un bonheur, je fais craquer mes tympans en expirant des bulles qui résonnent à gros bouillons. Je m’enfonce dans cette épaisseur d’eau, la pression serre ma combinaison sur tout mon corps, et je lis sur mes instruments 50 mètres, 60, 72, 85, 93, 98… Passé cent mètres de profondeur, mes instruments s’éteignent. Je continue de descendre. Je me sens admirablement bien, mais je suis seul et sans aucun repère. À quelle profondeur suisje descendu ? Je ne sais pas. Trois mille, peutêtre quatre mille mètres. La pression de l’eau est gigantesque mais je ne la sens pas.

— Hon hon…

— Je n’ai pas peur. C’est plus cette solitude...

— Cette solitude ?

— Oui...

— Hon hon…

— Je m’arrête à proximité du fond, audessus d’un paysage lunaire et bosselé. J’entends le crissement continu des fonds marins.

— Hon hon….

— Je vois une épave disloquée couchée sur le flanc. Partout comme de la cendre. Et puis un sillon. Quelque chose est passé par là.

— Hon hon…

— Soudain une silhouette. Humaine. Puis d’autres. Et encore d’autres qui se détachent de l’obscurité.

— Hon hon….

— Une procession. Je vois des êtres humains marcher sur le fond de la mer. J’ai le sentiment qu’ils font le tour des océans comme ça, indéfiniment, sans s‘arrêter, dans une hâte fébrile. Leurs jambes seules s’articulent, soulevant des volutes de vase, mécaniques. Je crois que les morts des mers s’unissent pour arpenter le fond des océans dans une file indienne silencieuse dont rien ne peut les détourner.

— Hon hon…

— Ils n’ont d’humain que l’apparence, mais c’est comme s’ils appartenaient à une autre espèce, l’espèce des morts, avec leur obstination à suivre toujours le même chemin, ils avancent aveugles, leurs orbites sont creuses, ils ont tous de très grandes mains et de longs cheveux. Ce sont des noyés, des morts marins, issus de toutes les épaves du fond de la mer.

— Et alors ?

— Alors je ne sais pas.

— Et donc ?

— Je ne sais pas.

— Ces longs cheveux ne vous rappellent rien… De jeunes femmes peutêtre ?

— Je suis innocent !

— Et ces marcheurs, ne diraiton pas, au fond, des morts en série ?

— J’étouffe. Donnezmoi de l’oxygène.

— Ne changez pas de sujet !

— Donnezmoi de l’oxygène… je manque d’oxygène.

— Intéressant, ça, le manque. Le manque d’occis gêne.

— S’il vous plaît…

— C’est interdit. Et vous le savez. Interdit et dangereux. Vous risquez la perte de connaissance.

— Je vous en supplie…

— Je veux bien consentir à vous donner un peu d’azote, mais je vais devoir augmenter la pression…

— Non, de l’oxygène !

— Plongez, mon vieux, plongez ! C’est votre inconscient qui vous le demande. Vous devriez comprendre un peu vos rêves après douze années d’analyse hyperbare.

— La perte de connaissance, c’est la ruine intellectuelle. Le délite ment de l’être par l’évitement du sens.

— Ah ! Du jus de cervelle, enfin…

— Vous avez encore augmenté la pression.

— Ne changez pas de sujet !

— Je…

— Vous ?

— Pour un plongeur la mer est verticale.

— Hon hon…

— Quoi ? Tu veux qu’on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu’on renonce au monde pour lui, qu’on n’ait plus d’yeux pour personne ?

— Cessez de fuir !

— La belle chose de se piquer du faux honneur d’être fidèle !

— Molière. Dom Juan, acte I, scène II… Vous fuyez encore…

— Si le Ciel n’a rien que tu puisses appréhender, appréhende du moins la colère d’une femme offensée !

— Femme offensée… Comme nous y revenons… L’arroseur arrosé… Votre surmoi toque à la porte, on dirait. Je vais vous remettre un peu de pression. Je veux du sale !

— Non, arrêtez !

— La pression ne s’exprime pas seulement en bars, vous savez.

— Par pitié…

— Espèce de dégueulis de détendeur à piston ! J’ai un éditeur au cul, moi ! Les mecs comme vous j’en fais du popcorn. J’les comprime à cinq cents bars et j’ouvre le sas !

— D’accord, d’accord !

— Bon, alors… À quoi pensezvous ?

— Un commercial est un chibre qui ne s’incline même pas devant le Seigneur. Vous aussi vous êtes un chibre. Un chibre à l’impuissance dix.

— Voyez comme la pression est salutaire quand vous arrivez à la féconder. Je note…

— Le chibre huit, couché, infini.

— En effet, sans pression, pas d’érection…

— Je pense que les plongeurs obsédés matent des films de bulles au palier.

— Hon hon…

— Je pense aux seins sans nuit d’Alice.

— Tiens ? Alice…

— Alice, qui n’aurait pas dû me dire non. Creuser, à petits coups précis de langue savonneuse, creuser dans les seins d’épice d’Alice à la taille effrayante.

— Alice, qui descend dans les entrailles de la terre à la poursuite du lapin blanc comme vous le faites dans celles de la mer… mais à la poursuite de quoi ?

— Tout au fond ?

— Hon hon…

— Je pense que Nietzsche avait raison. Celui qui ne dispose pas des deux tiers de ses journées pour luimême est un esclave.

— Esclave du fond des mers ?

— Esope reste ici et se repose.

— Ce n’est pas de vous, ça !

— Bercer bébé percer pépé.

— Hon hon… persistance narcissique…

— Demain dès l’aube à l’heure où blanchit la campagne je partirai.

— Diversion ! Laissez donc Monsieur Hugo en dehors de tout cela. Je veux entendre du nouveau, de l’intime, du sale !

— Non…

— Si.

— Non…

— Ne m’obligez pas !

— D’accord, d’accord…

— Je veux savoir tout ce qui passe par votre cervelle de dingue ! Tout ! Et tout de suite !

— Euh… la rando de la méduse… la rando de la méduse est l’asymptote de l’inanition même. Euh… Détendeurs alpestres aux ivoires bénis, ombre des bulles des pardons d’enfants… J’ocre les mûres, les couleurs, les voiles, j’abats les toisons, la douleur viendra… Lueurs sans alcool, lumières occises qui coagulent, haut garrot d’un monocle…

— Je note, je note, ne vous arrêtez pas…

— Bruit du baiser gras… euh… bruit du baiser gras… œuf sur le plat ! Souvenir d’épave halo d’un far… Ses yeux me disent la tôle et l’aorte…

— Pas mal pour une raclure. Je ne suis pas sans remarquer vos progrès, même si je reste encore sur ma faim. Votre temps est terminé. Je décomprime.

Le caisson revient à la pression ambiante. Le P.O. ouvre le sas. Il me fait les poches. Faut qu’il y ait le compte, sinon… Je rassemble mes forces et me lève, nauséeux. Les membres encore faibles et tremblants, je franchis la porte de son cabinet, comme un nonagénaire. Il me lance son éternel « À demain » de derrière son masque à gaz.

J’ai besoin de temps. De beaucoup de temps. De plus en plus de temps. À chaque fois. Purger cette ordure. Toute. De tout mon corps. Avant qu’il ne recommence. Recommence. Et recommence. Mais un jour, un seul jour, vingtquatre petites heures ne me suffisent plus à récupérer. Je ne sais pas comment tout ça va se terminer… mal, sans doute…

Je le jure, mon avocat, si je sors un jour, je le retrouve… et je l’envoie par le fond arpenter les océans !