L’art du bien-être extrême

Cheryl Richardson · Chapitre 2 sur 15

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L’art du bien-être extrême

Chapitre 1

 

En finir avec le conditionnement familial

en matière de frustration

 

Chaque livre que j’écris est pour moi une occasion stimulante et inespérée de mettre en pratique ce que j’enseigne. Jusqu’à ce jour, j’ai appris que je devais toujours prévoir que quelque chose va se produire, laquelle me forcera à m’engager dans une étude approfondie sur le sujet de chaque chapitre. Ce que vous allez lire ne fait pas exception à la règle.

 

A lors que je m’étais engagée à écrire sur le sujet du bien-être extrême, mon mari est tombé gravement malade. Durant l’intervention chirurgicale destinée à extraire une petite tumeur de son oreille, il a connu une complication qui affecta très sérieusement sa santé pendant plus de deux ans. Le moment ne pouvait pas tomber plus mal. Non seulement je gérais une entreprise, j’animais une émission de radio hebdomadaire, je voyageais pour donner des conférences et j’écrivais un livre, mais nous en étions au stade final de la construction de notre maison de rêve — un projet stressant qui avait retenu toute l’attention de Michael pendant la majorité des trois dernières années.

Étant donné que Michael était moins capable de suivre la construction du projet et d’y mettre l’énergie nécessaire (il prenait des décisions cruciales concernant la conception de la maison), j’ai dû me charger de quelques-unes de ses responsabilités entre les visites chez le docteur et à la pharmacie, tout en lui procurant le soutien émotionnel dont il avait besoin pour traverser ces moments difficiles.

Quand nous rencontrons un défi inattendu dans notre vie, la plupart d’entre nous recourons de nouveau aux anciennes stratégies que nous utilisions quand nous étions enfants et qui nous gardaient en sécurité.

Par exemple, vous pouviez vous réfugier dans votre chambre pour éviter d’affronter vos parents qui se disputaient constamment. Devenu adulte, quand vous êtes confronté à une situation chaotique, telle que la perte d’un emploi ou un passage difficile dans votre vie de couple, vous vous rendez compte que vous vous isolez des autres pour tenter d’échapper au stress. Vous ne demandez pas d’aide. Vous ne recherchez pas de soutien émotionnel. Et vous n’avouez pas, à vous-même ou aux autres, ce que vous ressentez réellement. Au lieu de cela, vous souffrez en silence.

Malgré ce que je connais de ce précepte, je ne suis pas différente. Plusieurs semaines suivant l’intervention chirurgicale de Michael, je me suis retrouvée en « mode sauvetage » alors que j’essayais de jongler avec ses besoins et les demandes concernant la construction de notre nouveau foyer, la gestion de mon entreprise et l’écriture de ce livre. J’ai dressé une longue liste de choses à faire pour garder mes idées claires. Je passais d’une chose à une autre avec la sensation d’avoir à accomplir plusieurs tâches à la fois et je me réveillais souvent au milieu de la nuit avec un sentiment d’anxiété en passant en revue tout ce qui devait être fait. Mon niveau de stress augmentant, j’ai commencé à me tourner vers la nourriture pour alimenter mes sentiments de ressentiment et de frustration — une réaction courante chez les membres du personnel soignant qui peuvent être appelés à tout moment pour aller aider quelqu’un dans le besoin. Je me sentais comme une cocotte-minute sous pression, toujours prête à exploser, et j’ai fini par effectuer ce que je fais normalement lorsque j’ai trop de choses à accomplir : j’ai encaissé, je me suis repliée sur moi-même, j’ai ignoré mes besoins et j’ai essayé de faire tout moi-même. La majorité du temps, je me sentais seule et effrayée, mais je ne l’ai jamais dit à personne. Je me suis contentée de continuer sur ma lancée.

Il ne fallut pas longtemps avant que je ne doive me débattre pour m’en sortir, à peine capable de faire du surplace. Qu’advenait-il du principe consistant à prendre le plus grand soin de soi-même ?

Jour après jour, je subissais l’ironie de ma situation. J’étais en train d’écrire mon livre sur le plein épanouissement personnel, mais ma vie aurait pu servir de publicité pour le contraire : le dépérissement le plus complet ! Dire que je me débrouillais avec pas grand-chose serait un euphémisme ! Je n’étais pas à court d’énergie, mais j’étais au bout du rouleau.

J’ai finalement dû reconnaître que j’étais dépassée par les évènements, et je me suis mise à la recherche d’un professionnel spécialisé dans l’assistance auprès des aidants en crise. Ce fut un véritable cadeau du ciel — la bonne personne au bon moment. Un jour, au cours d’une séance, elle a touché à un point sensible en faisant une remarque. Après m’avoir écoutée lui dire à quel point j’étais fatiguée, elle m’a déclaré : « Il me semble que lorsque vous êtes dans la tourmente, Cheryl, vous faites le contraire de ce dont un être humain a besoin. Au lieu de faire place nette, de demander de l’aide et de vous donner de l’espace pour respirer, vous reprenez votre habitude qui consiste à vous négliger. Plutôt que de vous pencher sur vos besoins, vous passez à la vitesse supérieure et vous plongez dans les besoins des autres. Je dirais qu’il est temps de mettre un terme à ce conditionnement familial de privation, ne le pensez-vous pas ? »

Privation. Hum… Il y avait maintenant un concept que je n’avais pas pris en considération. Privation. Privée. Se priver. Je suis restée assise pendant un instant en laissant le mot rouler dans ma tête. Ah oui ! C’est cela, j’ai enfin décidé. Je me sens privée. Bien que je fusse considérée comme une spécialiste en bien-être, quand je traversais une situation de crise, je reprenais mes vieilles habitudes.

Je prenais mon envol en solitaire et je traversais des turbulences, mais je me dirigeais toujours vers un endroit familier : un endroit où je me concentrais automatique-ment sur les besoins des autres en évitant de parler de moi-même, et j’étais la première à tendre la main quand quelqu’un d’autre avait besoin d’aide. Mais, à présent, j’étais fatiguée — épuisée, pour être plus précise — et je ne voulais plus être une martyre. Il était temps de faire quelque chose.

Aussitôt rentrée chez moi ce jour-là, je me suis assise sur mon lit, j’ai sorti mon journal et j’ai écrit ce qui suit :

Je me sens privée de :

7 sommeil ;

7 soutien émotionnel ;

7 temps pour moi-même ;

7 énergie physique ;

7 relations humaines — Michael, mon conjoint et mon meilleur

ami, me manque beaucoup ;

7 paix — je suis toujours inquiète ;

7 espoir — je crains que les choses n’empirent ;

7 contact — l’amour et l’intimité que je partage avec Michael me

manquent.

En regardant cette liste, j’ai pensé : « Pas étonnant que je me sente toujours aussi vide et pleine de ressentiment. Je suis redevenue la gentille fille qui prend trop de choses sur ses épaules et qui s’en plaint par la suite. » Oui, j’étais confrontée à des circonstances exténuantes en prenant soin d’un être aimé affecté par la maladie, mais raison de plus pour prendre soin de moi, n’est-ce pas ?

Heureusement, j’avais suffisamment d’expérience pour savoir ce qu’il fallait faire. La connaissance est un puissant catalyseur pour un changement positif, et lorsque j’ai constaté à quel point j’étais fatiguée, j’ai immédiatement commencé à mettre en pratique la technique du plein épanouissement personnel. J’ai commencé par m’éclaircir les idées. J’ai abandonné presque la moitié de mes activités pour me donner l’espace physique et émotionnel qui allait me permettre d’être présente pour Michael et pour moi-même. J’ai repoussé la date de sortie de mon livre, j’ai limité les appels téléphoniques et les courriels, et j’ai cessé de prévoir tout mon temps. L’objectif était de me donner plus d’espace pour respirer que je ne pensais en avoir besoin. J’ai reporté quelques projets d’affaires et j’ai éliminé ceux qui étaient une source de stress. J’ai également identifié quelques amis que je pouvais contacter quand j’avais besoin de me défouler et j’ai commencé à demander de l’aide même si cela me semblait difficile et embarrassant. Avec le temps, devenant plus experte dans la pratique du concept du bien-être extrême, j’ai commencé à reprendre le cours normal de ma vie.

* * *

J’ai fini par apprendre que trop donner est souvent signe de frustration — un signe qu’un besoin n’est pas comblé, qu’une émotion n’est pas exprimée ou qu’un vide n’est pas rempli. Par exemple, même si vous pouvez consacrer de nombreuses heures à coordonner le calendrier social de la famille, vous pouvez en réalité désirer plus que tout connaître des relations plus profondes et plus significatives, des conversations stimulantes ou une plus grande intimité avec vous-même. Vous pouvez également être disponible et généreuse envers les autres parce qu’à un certain niveau, vous avez un désir inconscient de recevoir ce que vous donnez, que ce soit de la reconnaissance, de l’affection, de la gratitude ou du soutien. Prendre conscience de la raison pour laquelle vous ressentez un manque peut être d’une importance capitale pour reconnaître les besoins que vous devez transformer, aussi bien sur le plan émotionnel que sur le plan physique, pour atteindre un état de plein épanouissement personnel.

Dans quelle mesure désirez-vous combler vos besoins pour vivre une vie riche et bien remplie ? Puisque la connaissance, du sujet aussi bien que de vous-même, inspire le changement, j’aimerais vous mettre au défi de passer les trente prochains jours à apprendre à déterminer les façons, petites ou grandes, dont vous vous privez de ce dont vous avez besoin. Plutôt que de subir comme une victime une situation extérieure, quand vous constatez que vous seul êtes responsable de votre trop grande générosité, vous pouvez réellement vous donner les moyens de remédier à cet état de fait. Après tout, c’est bien vous qui ne savez pas refuser, qui remplissez votre agenda ou qui faites des besoins des autres une priorité. L’avantage que vous procure le fait de connaître cette réalité est que vous avez également le pouvoir de la changer.

* * *

Pour avoir une idée de ce que je veux dire, analysons quelques plaintes qui reviennent régulièrement, et ce qu’elles signifient.

Quand vous vous surprenez en train de prononcer des phrases semblables à celle-ci :

« Je n’ai jamais assez de temps pour faire ce que je veux »,

voilà ce que vous dites réellement :

« Je ne prends pas le temps de combler mes besoins. »

Quand vous insistez :

« Je finis toujours par tout faire moi-même »,

ce que vous dites réellement est :

« Je ne demande pas d’aide. »

Quand vous vous perdez en lamentations telles que :

« Personne n’apprécie ce que je fais »,

ce que vous voulez réellement dire est :

« Je prends trop de choses sur mes épaules en espérant que quelqu’un le remarquera et

me dira que je suis gentille, ou qu’il m’en remerciera. »

Et finalement, quand vous vous servez de cette excuse :

« Mes enfants occupent tout mon temps »,

ce que vous devez admettre est :

« J’ai choisi de faire passer les besoins de mes enfants avant les miens. »

Vous comprenez ? Les choix que vous faites peuvent soit favoriser votre plein épanouissement, soit vous procurer une sensation de manque. C’est aussi simple que cela.

Défi à relever pour atteindre le bien-être extrême : Découvrez ce qui

vous procure un sentiment de frustration

À présent, c’est à vous de jouer. Ce défi est un appel à la conscience — devenir plus conscient de ce dont vous vous sentez privé et des circonstances qui engendrent cette privation. Pour cet exercice, j’aimerais que vous achetiez un petit carnet, suffisamment petit pour pouvoir le glisser dans votre sac ou votre poche. Puis, tous les jours de ce mois, chaque fois que vous vous sentirez abattu, frustré, débordé et plein de ressentiment, arrêtez-vous un instant et posez-vous les questions suivantes :

7 Qu’est-ce qui me manque ?

7 De quoi aurais-je le plus besoin en ce moment ?

7 De quoi aurais-je le moins besoin ?

7 Qu’est-ce que je voudrais en ce moment ?

7 De quoi ai-je envie ?

7 Qui ou quoi est la cause de mon ressentiment et pourquoi ?

7 De quoi ai-je envie plus que tout ?

Vos réponses à ces questions vous aideront à identifier les secteurs de votre vie qui réclament une plus grande attention de votre part, afin de déterminer les besoins que vous devez combler pour éviter de vous sentir frustré.

Lorsque vous faites cet exercice, il est important que vous soyez précis en ce qui concerne vos besoins. Donc, plutôt que d’écrire : « Je me sens privé parce que je n’ai pas de temps pour moi », par exemple, vous pourriez dire : « Je ne passe pas assez de temps seul, loin de mes enfants et de mon épouse (ou époux), ce qui me permettrait de faire quelque chose uniquement pour moi, comme lire un bon roman, dîner avec un ami ou prendre un bain dans le plus grand calme. » Faire de l’introspection et prendre le temps d’examiner vos réponses vous permettront de voir beaucoup plus clairement de quoi votre âme a le plus besoin pour ne pas se sentir frustrée.

Par exemple :

1. Au lieu de reconnaître que vous devez « manger mieux », vous pouvez

vous rappeler la façon dont vous vous sentez en mangeant des aliments particuliers et admettre que vous avez plus d’énergie quand vous ne mangez pas de viande ou de produits laitiers et que vous consommez plus de légumes.

2. Plutôt que de vous contenter de dire que vous avez besoin « d’air frais

», vous pourriez ressentir l’envie de faire « une promenade vivifiante tous les jours dans un endroit où je peux respirer profondé-ment, me sentir en paix et profiter de la beauté environnante ».

3. Au lieu de simplement vous rendre compte que vous avez besoin que

les autres vous aident, expliquez clairement le genre d’aide dont vous

avez besoin en inscrivant quelque chose comme : « J’ai besoin que quelqu’un s’occupe de faire la lessive et de tondre la pelouse, et qui aille faire les courses toutes les semaines quand je ne suis pas là. »

4. Et plutôt que de noter que vous en avez assez d’animer les réunions du

personnel au bureau, vous pourriez écrire : « J’ai besoin de quelqu’un pour animer les réunions du personnel qui se déroulent tous les lundis, prendre des notes, puis les distribuer aux personnes concernées. »

D’autres besoins peuvent impliquer de :

7 Avoir plus de temps de sommeil ou du sommeil de meilleure

qualité.

7 Trouver une façon de se distraire.

7 Créer des relations amicales enrichissantes pour l’âme.

7 Chercher des façons d’avoir plus de plaisir ou de vivre plus

d’aventures.

7 Identifier et chercher des activités et des expériences plaisantes.

7 Trouver un espace enrichissant pour l’âme à la maison et au

bureau.

Prendre conscience que vous ressentez un manque dans votre vie est d’une grande importance pour faire les changements nécessaires à l’obtention du bien-être et du bonheur. Gardez votre antenne intérieure à l’écoute de vos besoins.

Ressources

7 Get Out of Your Own Way: Overcoming Self-Defeating Behavior, par

Mark Goulston, M.D., et Philip Goldberg — pour vous aider à identifier

l’auto-sabotage et à en finir avec ce comportement.

7 Le drame de l’enfant doué : À la recherche du vrai Soi, par Alice Miller

— pour vous aider à reprendre les rênes de votre vie en découvrant vos

besoins les plus importants et votre propre vérité.

7 La part d’ombre du chercheur de lumière : Se libérer du poids de son

passé pour trouver le bonheur et la paix intérieure, par Debbie Ford —

un livre merveilleux pour apprendre à maîtriser tous les aspects de votre

véritable nature, tels que le très performant, l’aidant, le martyr et ainsi de

suite.

7 Mange, prie, aime - La quête spirituelle d’une femme à travers l’Italie,

l’Inde et l’Indonésie, par Elizabeth Gilbert — l’histoire émouvante du

cheminement d’une femme vers une meilleure connaissance de soi.

7 Le site Web officiel d’Alanis Morissette (www.alanis.com) — cette

femme remarquable compose de la musique inspirante qui reflète le

chemin de vie que nous empruntons tous quand nous choisissons de vivre

une vie plus consciente.

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