L'auto stoppeur

Anthony Horowitz · Chapitre 8 sur 9

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L'auto stoppeur

Twist Cottage

 

Je n’ai jamais connu ma mère. Elle est morte dans un accident de voiture un an après ma naissance et j’ai été élevé par mon père. Je n’ai ni frère ni sœur. Papa et moi vivions dans une maison à Bath, une ville du comté d’Avon, dans le sud-ouest. Mon père était professeur d’histoire à l’université de Bristol. Pendant dix ans, nous avions eu des gouvernantes ou des femmes de ménage vivant sous notre toit, pour s’occuper de moi et de la maison. Mais, lorsque j’ai eu treize ans, nous avons décidé que nous n’avions plus besoin de personne et pouvions nous débrouiller seuls. Et nous étions très heureux.

Mon père s’appelle Andrew Taylor. Il ne parlait jamais de ma mère mais je crois qu’il l’avait beaucoup aimée car il ne s’était jamais remarié. Même s’il s’en cache, il conserve toujours une photo d’elle dans son portefeuille et ne s’en sépare jamais. C’est un homme de haute taille, avec des sourcils broussailleux, des lunettes, et des cheveux bruns en bataille qui commençaient à grisonner. Même neufs, ses vêtements paraissaient toujours un peu vieillots et ne lui allaient jamais vraiment bien. Il avait quarante-cinq ans. Il allait très souvent au cinéma, écoutait de la musique classique et, comme moi, était un supporter du club de foot d’Arsenal.

Lui et moi nous entendions très bien, sans doute parce que chacun de nous avait son propre espace. Notre maison de Bath était petite, située dans une des ruelles derrière le marché d’antiquités, mais chacun avait sa chambre ; mon père s’était installé un bureau au rez-de-chaussée et il m’avait aménagé le grenier en salle de jeux. C’était assez exigu, avec un toit en pente et une petite fenêtre, mais cela me convenait parfaitement. C’était mon coin. En fait, pendant la semaine, je voyais assez peu mon père. Il était à l’université et moi à l’école. Mais, le week-end, nous allions ensemble voir des films, faire des courses, jouer au foot, toutes les choses que font un père et son fils. Sans une mère avec qui les partager.

Nous étions heureux. Malheureusement, avec Louise, tout a changé. Cela devait finir par arriver, je suppose. À quarante-cinq ans, mon père était encore en bonne forme physique et assez bel homme. Je savais qu’il sortait de temps en temps avec des femmes. Mais, jusqu’à Louise, aucune n’était restée.

Elle avait quelques années de moins que lui. C’était une étudiante tardive de l’université de Bristol. Elle suivait un cours d’art, avec une option Histoire. C’est ainsi qu’ils avaient fait connaissance. La première fois que je l’ai rencontrée, elle était venue à la maison chercher un livre, et je dois avouer que j’ai tout de suite vu ce que mon père lui trouvait. Louise était une très belle femme, grande et mince, avec des cheveux noirs, des yeux bruns, et un très léger accent français (sa mère vivait à Paris). Elle portait un élégante robe de soie qui mettait sa silhouette en valeur. Un détail m’a étonné, cependant. Pour une étudiante, elle montrait un intérêt très limité pour l’art autant que pour l’Histoire. Quand mon père a évoqué une exposition qu’il était allé voir, elle s’est rapidement mise à bâiller (bien que discrètement, derrière son mouchoir), et chaque fois qu’il posait des questions sur son travail d’artiste, elle changeait de sujet. Néanmoins, elle est restée prendre le thé. Après son départ, mon père n’a pas dit un mot, mais j’ai compris qu’elle lui plaisait beaucoup. Il s’est attardé longtemps sur le pas de la porte pour la regarder partir.

Je voyais Louise de plus en plus. Tout à coup, nous n’étions plus deux pour aller au cinéma mais trois. Et trois au déjeuner du dimanche. Inévitablement, un matin où je descendais prendre mon petit déjeuner, je l’ai trouvée dans la cuisine. J’étais assez grand pour ne pas être offusqué ni fâché qu’elle ait passé la nuit à la maison. Mais ça m’a quand même causé un choc. J’étais à la fois heureux pour mon père et secrètement triste pour moi. Et puis, pour une raison inconnue, Louise m’inquiétait un peu.

Nous n’avons parlé d’elle qu’une seule fois, papa et moi.

— Dis-moi, Ben, a-t-il commencé timidement, un jour où nous nous promenions comme souvent le long du canal qui serpente dans la vallée de Bath. Que penses-tu de Louise ?

— Je ne sais pas.

En effet, je ne savais pas. En un sens, Louise était parfaite. Trop, peut-être. Et c’était justement ce qui me troublait.

— Depuis que ta maman nous a quittés, il n’y a pas vraiment eu d’autre femme, a poursuivi mon père.

Il s’est tu et a levé les yeux au ciel. Il faisait un temps superbe. Le soleil était éclatant.

— Mais je me demande parfois si je dois continuer de rester seul. Après tout, tu as bientôt quatorze ans et, un jour, tu quitteras la maison. Que dirais-tu si Louise et moi…

— Papa, je veux que tu sois heureux, l’ai-je interrompu.

Cette conversation me mettait mal à l’aise. Et qu’aurais-je pu répondre d’autre ?

— Oui, a souri mon père. Merci, Ben. Tu es un bon garçon. Ta mère aurait été fière de toi…

Ils se sont mariés à la mairie de Bath. J’étais le témoin. J’ai fait le petit discours de rigueur pendant le déjeuner, attaché une gamelle au pot d’échappement de la voiture, et jeté des confettis sur eux au moment de leur départ. Ils sont allés une semaine en voyage de noces à Majorque, dans les îles Baléares. Cela aurait dû me mettre la puce à l’oreille car mon père m’avait dit qu’il souhaitait visiter des villes historiques dans le sud de la France. Louise l’a fait changer d’avis. Néanmoins, ils ont sans doute passé un moment agréable car ils sont revenus bronzés, détendus, heureux, et avec des tonnes de cadeaux pour moi.

Tout s’est bien passé pendant environ trois mois. Puis, très vite, la situation a dégénéré.

Louise a subitement arrêté ses cours d’art à l’université. Elle a prétexté que ça l’ennuyait et que, de toute façon, elle préférait consacrer davantage de temps à mon père. Sur le moment, cela nous a paru une gentille attention. Il se peut même qu’elle ait été sincère. Mais la maison est devenue de plus en plus mal tenue. Papa et moi n’avions jamais été particulièrement ordonnés, c’est vrai. Et Mme Jones, notre vieille femme de ménage, râlait toujours après nous. Mais nous ne laissions jamais de tasses sales dans la chambre, de cheveux dans le lavabo, ni de vêtements chiffonnés dans l’escalier. Louise, si. Un mardi matin, Mme Jones lui en a fait la remarque. Une violente querelle a éclaté entre elles et Mme Jones a démissionné. Après son départ, Louise n’a pas du tout cherché à cuisiner. Les mets qu’elle préparait semblaient tout droit sortis de boîtes de conserve ou du congélateur. Pour mon père, très attaché à la diététique, les repas étaient toujours une cruelle déception.

Bien sûr, ni lui ni moi n’attendions de Louise qu’elle nous serve de bonne. Ce n’était pas l’objectif. Et mon père regrettait sincèrement qu’elle ait abandonné l’université. Le problème était qu’elle n’avait pas l’air de vouloir s’intégrer et de former une famille avec nous. Avec elle, la moindre discussion se terminait de sa part en explosions de fureur et claquements de portes. Au fond, Louise se comportait comme une enfant gâtée. Peu après son emménagement chez nous, elle s’est mis en tête de récupérer ma pièce dans le grenier : elle voulait un atelier pour peindre. Mon père m’a demandé, à regret, si cela ne me dérangeait pas trop. Je n’ai pas protesté pour ne pas déclencher une nouvelle dispute qui l’aurait rendu malheureux. Voilà comment j’ai perdu mon espace.

Mon père n’était pas heureux. Vers la fin de la première année, il était évident que leur relation se détériorait de plus en plus. Il maigrissait. Ses cheveux étaient devenus totalement gris. Il ne riait plus. Louise critiquait sa façon de s’habiller qui, selon elle, le vieillissait. Un jour, elle a donné tous ses vêtements à une friperie. Pour lui faire plaisir, mon père a dû porter des jeans et des tee-shirts, qui ne lui allaient pas du tout et lui donnaient l’air encore plus vieux-jeu. Et il n’avait plus le droit d’écouter sa chère musique classique. Louise préférait le jazz. La plupart du temps, la maison résonnait du gémissement des clarinettes et des trompettes, lesquelles luttaient contre le ronron permanent de la télévision qu’elle n’éteignait jamais. Elle avait entreposé des toiles et du matériel de peinture dans mon ancienne pièce dans le grenier, mais ne peignait jamais.

Mon père ne se plaignait pas. Cela fait partie de son caractère, je suppose. À sa place, si j’avais épousé une femme comme Louise, il y a bien longtemps que je l’aurais quittée. Lui semblait tout accepter sans broncher. Pourtant, un après-midi de fin d’été, alors que nous revenions le long du canal, se souvenant peut-être de notre conversation de l’année précédente, il s’est tourné vers moi et m’a déclaré brusquement :

— Je crains que Louise ne soit pas une très bonne mère pour toi.

J’ai haussé les épaules. Je ne savais pas quoi répondre.

— J’aurais peut-être mieux fait de ne pas me remarier.

Il a poussé un soupir avant de reprendre, d’un ton brusque :

— Louise m’a demandé de vendre la maison.

— Pourquoi ?

— Elle la trouve exiguë et sombre. Elle dit qu’elle n’aime pas vivre en ville. Elle voudrait s’installer à la campagne.

— Tu ne vas pas accepter, papa ?

— Je ne sais pas. Je réfléchis…

Il avait l’air tellement triste. Pourquoi ne voyait-il rien ? Ça crevait les yeux, pourtant. Leur mariage était un désastre. Pourquoi ne divorçait-il pas ? J’ai failli lui poser la question mais j’ai bien fait de m’abstenir. Car la situation, ce soir-là, a atteint un point critique et j’ai compris combien Louise pouvait être venimeuse.

Ils se disputaient souvent. Plus exactement, Louise s’emportait contre mon père. Lui, en général, préférait souffrir en silence. Mais, ce soir-là, il a ouvert le courrier de la banque et vu son relevé de compte. Apparemment, Louise s’était offert une quantité de vêtements de luxe et d’accessoires. Il y en avait pour deux mille livres. Papa n’a pas crié, mais il lui a fait des reproches. Et, tout à coup, c’est elle qui s’est mise à hurler. Je les entendais de ma chambre. Je ne pouvais pas faire autrement.

— Je sais que tu ne m’aimes pas ! braillait-elle d’une voix pleurnicharde. Ben et toi, vous êtes contre moi depuis le premier jour.

— Franchement, je vois mal comment les choses peuvent s’arranger, a répondu mon père calmement.

— Tu veux que je m’en aille ? C’est ça ? Tu veux divorcer ?

— Nous serions peut-être plus heureux…

— Oh non, Andrew. Si tu veux divorcer, ça va te coûter cher. Je veux la moitié de tout. Et j’y ai droit ! Pour commencer, tu devras déménager de cette maison. Et ce n’est pas fini. Je dirai aux services sociaux que depuis toujours Ben est seul quand il rentre de l’école. Ils te prendront ton fils et tu ne le verras plus.

— Louise…

— Je leur dirai à quel point tu as été cruel avec moi. Je leur dirai que tu me battais et tu perdras ton travail. Je te prendrai ton argent. Je te prendrai ton fils. Je te prendrai tout ! Tu verras !

— Je t’en prie, Louise… Tout ceci est inutile.

Après cette scène, les choses se sont un peu calmées. Louise savait qu’elle tenait mon père. Chaque jour, elle trouvait une nouvelle façon de le faire souffrir. Je crois qu’elle lui avait demandé de déménager uniquement pour le contrarier. Elle savait que nous avions toujours vécu heureux, tous les deux, dans notre petite maison. Évidemment, elle a obtenu gain de cause. Trois mois après la dispute, mon père nous a dit qu’il avait trouvé un endroit.

L’endroit s’appelait Twist Cottage. La chaumière tordue.

Si Louise voulait vivre à la campagne, il n’y avait pas mieux que Twist Cottage. Pourtant ce n’est pas elle qui avait déniché la maison, mais mon père. Nous sommes allés visiter les lieux l’après-midi même.

Twist Cottage était enfoui au milieu d’un bois, non loin de l’aqueduc où se croisent la rivière Avon et le canal du même nom. C’est une région étrange. Il y a de petites villes disséminées çà et là, mais il suffit de s’engager quelques mètres dans la forêt pour avoir l’impression d’être au milieu de nulle part. Twist Cottage était aussi isolé que peut l’être une chaumière. La maison paraissait emprisonnée par les bois qui l’entouraient, comme s’ils craignaient qu’on la découvre. Pourtant, c’était une jolie bâtisse ancienne, avec un toit de chaume, des poutres noires, et des fenêtres à petits carreaux en losange. Le cottage était aussi tordu que le suggérait son nom. D’après mon père, il était très vieux, peut-être de l’époque élisabéthaine, c’est-à-dire du XVIe siècle. Le temps avait rogné les angles en courbes. Il y avait un grand jardin, avec un étang au milieu. L’herbe était déjà haute.

— Il nous faudra une tondeuse à gazon, a remarqué Louise.

— Oui, a acquiescé mon père.

— Mais ne compte pas sur moi pour tondre !

Je ne connais pas grand-chose à l’immobilier mais je sais que Avon est une région chère, notamment parce que de nombreux Londoniens y possèdent une maison secondaire. Or mon père avait acheté Twist Cottage pour un prix étonnamment bas : environ cent mille livres. Pour Avon, c’est très bon marché. Cela m’a étonné. J’ai également remarqué que l’agent immobilier, un certain M. Willoughby, avait l’air particulièrement heureux de conclure la vente. Le jour de la signature, il a accordé un jour de congé à toute son équipe.

Je l’ai su par la sœur aînée de John Graham, un de mes meilleurs camarades d’école, laquelle se trouve être la secrétaire de M. Willoughby. Je suis passé voir John la semaine qui a suivi l’achat de la maison, et sa sœur Carol m’a raconté l’histoire de la journée de congé. Elle m’a raconté bien d’autres choses aussi.

— Ne me dis pas que vous allez emménager à Twist Cottage ? s’est-elle exclamée.

Carol avait dix-neuf ans, des cheveux frisés, des lunettes, et un nez légèrement retroussé qui illustrait parfaitement son attitude dans la vie.

— Mon pauvre !

— Pourquoi ?

— M. Willoughby croyait ne jamais vendre cette baraque !

— Il y a un problème ?

— On peut dire ça, oui.

Carol était en train de se vernir les ongles de rouge vif. Elle a fermé le flacon et s’est approchée de moi.

— C’est une maison hantée.

— Hantée ?

— C’est ce qu’affirme M. Willoughby. Il dit que c’est la maison la plus hantée qu’il ait jamais vue.

John et moi avons éclaté de rire.

— Tu crois aux fantômes, maintenant, Carol ? s’est esclaffé John.

— Moi, je n’y crois pas, ai-je dit.

— En tout cas, il se passe des choses bizarres dans ce cottage, a insisté Carol. Sinon, pourquoi ton père l’aurait-il acheté si bon marché, à ton avis ?

En temps normal, Carol ne se serait pas donné la peine de bavarder avec nous, mais elle attendait que son vernis soit sec. C’est ainsi que j’ai appris l’histoire récente de Twist Cottage. Et ça n’avait rien de réjouissant.

Au cours des dernières années, six couples y avaient habité, et à chaque fois il s’était produit un événement horrible. Mme Webster avait été la première victime.

— Elle s’est noyée dans sa baignoire, a expliqué Carol. Personne n’a compris comment cela s’est produit. Elle n’était ni vieille ni malade. Quand on l’a trouvée, elle était toute gonflée. Elle avait enflé de l’intérieur !

C’était la première fois que Willoughby vendait Twist Cottage. Un autre couple l’avait acheté. M. et Mme Johnson, de Londres. Un mois plus tard, la femme était tombée d’une fenêtre et s’était empalée sur la barrière du jardin.

La victime suivante était le Dr Stainer. Carol connaissait tous les noms. Elle se régalait de nous raconter ces horreurs, confortablement installée dans le salon de sa maison, à l’heure où le soleil déclinait et où les ombres s’allongeaient à travers la pièce.

— Cette fois, c’est une tuile qui est tombée du toit. Le Dr Stainer l’a reçue sur la tête. La mort a été instantanée. Ensuite, la maison est restée vide pendant environ six mois. Les nouvelles vont vite. Toutes ces morts. Mais M. Willoughby a quand même réussi à trouver des acquéreurs. J’ai oublié leur nom. Je sais seulement que l’un des deux a succombé à une crise cardiaque deux semaines après et qu’il a fallu remettre la maison en vente pour la cinquième fois.

— C’est le professeur Bell qui l’a achetée. Au bout d’un mois, le professeur a fait une chute dans l’escalier.

— Mortelle, la chute ? a demandé John.

— Oui. Et la maison a de nouveau été remise sur le marché. Le pauvre M. Willoughby croyait ne jamais arriver à s’en débarrasser. Il ne voulait même plus s’en occuper. Mais, d’un autre côté, il gagnait de l’argent à chaque fois. Même si le prix diminuait de plus en plus. Qui a envie de vivre dans une maison où tant de gens sont morts ?

— C’est mon père, l’acheteur suivant ? ai-je demandé.

— Non, il y en a eu un autre avant. Un Australien. Sa femme s’est électrocutée en réglant le thermostat du congélateur.

Un long silence a suivi. Soit je n’avais pas vu passer le temps, soit le soleil s’était couché plus vite que d’habitude, car subitement il a fait très sombre.

— Tu vas vraiment aller habiter là-bas, Ben ? a demandé John.

— Je ne sais pas.

Je ne me sentais pas bien, tout à coup.

— C’est vrai, cette histoire, Carol ? Ou tu essaies seulement de me faire peur ?

— Tu peux demander à n’importe qui, tu verras. Tout le monde connaît Twist Cottage. Et tout le monde dit qu’il faut être fou pour y habiter !

Ce soir-là, j’ai demandé à mon père s’il savait dans quoi il s’engageait. Louise était déjà couchée. Depuis quelque temps, elle s’était mise à boire. Elle avait avalé la moitié d’une bouteille de whisky pur malt avant de se traîner au premier étage pour s’écrouler sur son lit. Mon père et moi parlions à voix basse mais c’était inutile. Louise dormait profondément. On devait l’entendre ronfler de l’autre côté de Bath.

— C’est vrai, papa ? Tu crois que Twist Cottage est une maison hantée ?

Il m’a jeté un curieux regard. Un bref instant, j’ai cru y voir une lueur de colère.

— Avec qui as-tu parlé, Ben ?

— J’étais chez John.

— John Graham ? Ah… je comprends. La sœur de John.

Il s’est tu. Ces jour-ci, il avait l’air très las. Et vieux. Ça m’a rendu triste.

— Tu ne crois pas aux fantômes, n’est-ce pas ?

— Non… Pas vraiment.

— Moi non plus. Enfin, Ben, nous sommes au XXI e siècle !

— Mais Carol dit que six personnes sont mortes à Twist Cottage en deux ans. Il y a eu un professeur, un docteur…

— Il est trop tard, Ben, a tranché mon père.

Lui qui n’élevait jamais la voix s’est presque mis à crier.

— Nous allons nous installer là-bas !

Puis il s’est forcé au calme.

— Louise aime la maison et elle sera très contrariée si je change d’avis.

Il a tendu la main pour m’ébouriffer les cheveux comme il le faisait souvent quand j’étais plus jeune. Avant que Louise arrive dans notre vie.

— Tu n’as pas à t’inquiéter, Ben. Je te le promets. Tu seras heureux là-bas. Nous le serons tous.

Nous avons donc emménagé à Twist Cottage. J’ai fait de mon mieux pour oublier l’histoire racontée par Carol, mais j’avoue que j’avais un sentiment de malaise. Et les deux incidents qui se sont produits le jour même de notre arrivée n’ont rien arrangé. D’abord, le chauffeur du camion de déménagement a trébuché et s’est cassé la cheville. Ça aurait pu lui arriver n’importe où, bien sûr, et aucun fantôme n’a surgi pour l’effrayer et provoqué son faux pas. Mais ça m’a laissé songeur. Ensuite, à la fin de la journée, un menuisier qu’on avait appelé pour réparer un cadre de fenêtre a failli se couper un doigt avec sa scie. Il y avait beaucoup de sang, qui dessinait une sorte de point d’interrogation sur la fenêtre. Mais quelle était la question ?

Pourquoi sommes-nous venus habiter ici ?

Ou :

Que va-t-il se passer maintenant ?

En fait, il ne s’est rien passé pendant quelque temps. Nous avons consacré les semaines suivantes à déballer les cartons. Il y avait des piles partout : livres, CD, vêtements, vaisselle. Et plus on en déballait, plus il semblait y en avoir. On nous a livré un nouveau lave-linge, et une tondeuse à gazon à la mesure du jardin : un gros monstre que papa avait trouvé d’occasion et qui tenait à peine dans la remise. Louise ne faisait strictement rien. J’avais remarqué, depuis quelque temps, qu’elle prenait du poids. Sans doute à cause de l’alcool. Elle faisait la sieste l’après-midi et nous houspillait si nous avions le malheur de la réveiller.

Je passais beaucoup de temps dehors. Mon père m’avait acheté un nouveau vélo, en partie pour me faire plaisir, mais principalement parce que j’en avais maintenant besoin pour aller au collège. Il y avait un bus à Bradford, mais c’était à dix minutes de vélo, et tant qu’à faire je préférais continuer jusqu’au bout, en suivant le chemin de halage le long du canal où mon père et moi nous promenions souvent. C’était très agréable quand il faisait beau, et nous étions en été. Je me réservais le bus pour l’hiver, quand il ferait froid.

Il y avait trois chambres à Twist Cottage. La mienne se trouvait à l’arrière de la maison et donnait sur les bois. En réalité, toutes les pièces donnaient sur les bois car nous étions complètement cernés. Ma chambre était petite, avec des murs blancs, irréguliers, un peu incurvés, et une vilaine poutre en bois courant au plafond juste au-dessus de la fenêtre. Une fois mon lit installé et mes affiches d’Arsenal sur les murs, c’était assez douillet, mais un peu angoissant, avec tous ces arbres qui projetaient leurs ombres dans la pièce. Des ombres, il y en avait partout, et quand le vent soufflait et faisait osciller les branches, la chambre s’emplissait de formes mouvantes.

Il y avait autre chose. C’était peut-être juste mon imagination, mais le cottage semblait plus froid qu’il n’aurait dû l’être en cette saison. Malgré la chaleur de l’été, l’air était imprégné d’humidité. Je la sentais tomber sur mes épaules quand je sortais de la douche. Elle s’insinuait partout. Dans mon lit, je m’enfouissais entièrement sous la couette, mais le froid trouvait toujours un interstice pour se faufiler à l’intérieur.

Cependant, papa avait deviné juste. Louise paraissait plus heureuse au cottage. Elle ne faisait rien de ses journées. Tout son matériel de peintre s’était apparemment égaré au cours du déménagement. Elle passait le plus clair de son temps au lit et devenait de plus en plus grosse. Je l’apercevais souvent, allongée devant la télévision, avec un magazine et une boîte de chocolats, les rideaux fermés. Mon pauvre père devait tout faire. Les courses, la cuisine, la lessive, en plus de son travail à l’université. Mais, au moins, Louise ne criait plus. Elle était comme une reine, heureuse du moment qu’on la servait.

Un jour, pourtant, s’est produit un incident qui a bien failli nous délivrer d’elle à jamais. J’étais présent et j’ai vu ce qui s’est passé. Sinon, je ne l’aurais pas cru.

C’était un samedi, une belle journée de la fin août. Papa était à Bristol. Moi, je nettoyais mon vélo. Louise s’était levée vers onze heures. Après avoir englouti ses trois bols de céréales et cinq tartines, l’envie l’a prise de faire un tour dans le jardin. En soi, c’était déjà un événement exceptionnel. Mais le temps était splendide.

Toujours est-il que je l’ai vue se dandiner vers l’étang, un récipient de nourriture pour poissons à la main. Son gargantuesque petit-déjeuner lui avait peut-être rappelé que les poissons n’avaient pas été nourris depuis notre emménagement. Elle s’est arrêtée au bord de l’étang et a versé quelques flocons dans sa main.

— Petits petits ! Venez, les poissons !

Elle avait toujours sa voix de petite fille.

Quelque chose a remué dans l’herbe derrière elle. Louise n’a rien vu, mais moi oui. J’ai d’abord cru que c’était un serpent. Un long serpent vert avec une tête orange. Mais il n’y a pas de grands serpents verts dans l’Avon. Encore moins avec une tête orange. J’ai regardé plus attentivement et compris de quoi il s’agissait. Mais si on me l’avait raconté, jamais je ne l’aurais cru.

C’était le tuyau d’arrosage. Qui bougeait tout seul.

J’étais assis là, la chaîne de vélo dans une main, du cambouis jusqu’aux coudes, et je regardais le tuyau onduler et serpenter dans l’herbe tandis que Louise, au bord de l’étang, saupoudrait sur l’eau les flocons pour les poissons. J’ai ouvert la bouche pour l’alerter mais aucun son n’est sorti.

C’est alors que le tuyau s’est enroulé autour de ses chevilles. Louise a perdu l’équilibre et poussé un cri. Toute la nourriture pour poissons a giclé du récipient. Louise a basculé en avant et elle est tombée à plat ventre, dans une immense gerbe d’eau. Les poissons ont dû être surpris.

L’étang était profond et le fond recouvert de vase verte. Malgré la saison, l’eau était très froide. Si je n’avais pas été là, Louise serait morte. Cela ne fait aucun doute. Il m’a fallu quelques secondes pour réagir, mais j’ai lâché la chaîne et couru à son secours. Non. Ce n’est pas tout à fait exact. Je n’ai pas couru tout de suite. J’ai hésité. Une pensée horrible m’a traversé l’esprit.

Laisse-la se noyer. Pourquoi pas ? Elle a gâché la vie de papa. Elle nous a obligés à vendre notre vieille maison. Elle est cruelle, paresseuse, se plaint continuellement. On vivrait beaucoup mieux sans elle.

C’est ce que je me suis dit. L’espace d’une seconde. Ensuite, je me suis précipité pour l’aider. Jamais je n’aurais pu vivre normalement si je n’avais pas bougé. J’ai couru. J’ai attrapé un coin de sa robe et je l’ai tirée hors de l’eau. Louise était recouverte de vase et elle sanglotait, ses cheveux tressés de longues algues verdâtres. J’ai réussi à la traîner sur l’herbe et elle s’est assise, son gros corps tout dégoulinant. Vous croyez qu’elle m’a remercié ?

— Tu trouves ça amusant, j’imagine !

— Non.

— Oh si ! Je le vois bien.

Elle s’est essuyé le visage avec la main.

— Je te déteste. Tu es un sale gamin odieux.

Là-dessus, elle s’est relevée tant bien que mal et a regagné la maison.

Le tuyau d’arrosage gisait dans l’herbe, inerte.

Le soir, j’ai raconté l’accident à mon père. Si on peut appeler cela un accident. Louise n’avait pas quitté son lit de la journée. Et elle avait fermé sa porte à clé, si bien que papa ne pouvait pas entrer s’il en avait eu envie. J’ai commencé par lui dire qu’elle était tombée dans l’étang et que je l’avais sauvée. Ensuite, je lui ai parlé du tuyau.

Et tandis que je parlais, j’ai vu son visage changer. Je m’attendais à une réaction d’incrédulité. C’était pire. Il était en colère.

— Le tuyau d’arrosage a bougé, a-t-il répété lentement, d’une voix pesante.

— Je l’ai vu, papa.

— C’était le vent ?

— Non. Il n’y avait pas de vent. Le tuyau a remué tout seul. C’était comme si… il prenait vie.

— Ben, tu imagines vraiment que je vais croire ça ? De quoi parles-tu ? De magie, de fées ? Voyons, tu as quatorze ans. Les tuyaux d’arrosage ne prennent pas vie et ne bougent pas tout seuls…

— Je t’explique juste ce que j’ai vu.

— Tu m’expliques ce que tu as cru voir. Si je ne te connaissais pas si bien, je penserais que tu as sniffé de la colle ou je ne sais quoi.

— Papa ! Je lui ai sauvé la vie !

— Oui. C’est bien.

Il a quitté la maison et je ne l’ai pas revu de la soirée. Ce n’est que bien plus tard, dans ma chambre, que j’ai compris ce qui l’avait réellement contrarié. Cette pensée n’était pas très plaisante, mais je ne pouvais pas m’en défaire.

Mon père aurait peut-être été plus heureux si j’avais suivi ma première impulsion. C’est-à-dire ne rien faire. Laisser Louise se noyer.

Mon histoire est presque terminée… et c’est le moment d’avouer que j’ai manqué la conclusion. Elle s’est produite environ une semaine plus tard. J’étais parti pour le week-end. C’est sans doute aussi bien car il s’est passé une chose vraiment horrible. Louise a été hachée.

Elle prenait un bain de soleil dans le jardin lorsque la tondeuse à gazon s’est mise en marche, est sortie de la remise et a traversé la pelouse. Louise était allongée sur une serviette et écoutait du jazz, des écouteurs dans les oreilles. Elle n’a pas entendu la tondeuse approcher. J’imagine ses derniers instants. L’ombre de la machine qui voile le soleil. Louise a dû lever les yeux juste à la seconde où le monstre métallique fondait sur elle, le moteur vrombissant, les lames tournoyantes, crachant sa fumée noire de diesel. À l’arrivée de la police, Louise était en charpie. Il y avait des morceaux d’elle sur une vingtaine de mètres à la ronde.

Chaque fois qu’une femme meurt dans des circonstances inhabituelles – et il n’y avait rien de plus inhabituelle que cela – la police soupçonne toujours le mari. Par chance, mon père était hors de cause. À l’heure de la mort de Louise, il donnait une conférence devant deux cents étudiants. Quant à moi, j’étais à Londres en week-end scolaire. La police a enquêté. Un mois plus tard, nous avons été convoqués pour entendre ses conclusions. La tondeuse avait été démontée et examinée, mais le seul verdict admissible était la mort accidentelle. Fin de l’histoire. Enfin… pas tout à fait.

Nous ne sommes jamais retournés à Twist Cottage. J’étais soulagé. Je pensais à toutes ces morts survenues au cours des dernières années. Et maintenant, Louise ! Le prochain aurait pu être mon père, ou moi.

Nous avons emménagé dans un appartement de location à Bath et mon père a pris un congé pour tout régler. J’avais du mal à imaginer ce qui allait nous arriver, où et comment nous allions vivre. En réalité, nous étions riches. Par une coïncidence incroyable, juste avant notre installation à Twist Cottage, mon père avait souscrit une assurance vie au nom de Louise. Si celle-ci décédait de mort naturelle ou accidentelle, mon père devait toucher un million de livres sterling ! Bien entendu, la compagnie d’assurances s’est montrée soupçonneuse. Comme toujours. Mais l’enquête de police avait conclu à un accident et ils ne pouvaient faire autrement que de payer.

Nous avons donc pu acheter une nouvelle maison à Bath, tout près de l’ancienne, et nous avons essayé de chasser Louise de nos pensées. La vie a peu à peu repris son cours.

Un jour, je suis passé chercher mon père à l’université. Nous avions prévu d’aller au cinéma, comme au bon vieux temps. Mais il était retenu dans un groupe de travaux dirigés et j’ai dû patienter dans l’espèce de cube qu’il appelait son bureau.

Sur sa table de travail, il y avait une photo de moi et des papiers épars. Devant, deux chaises et un sofa. Deux des murs étaient tapissés d’étagères croulant sous les livres. Il y en avait facilement un millier dans la pièce, dont certains empilés par terre masquaient à demi la fenêtre.

J’ai songé à lire quelque chose en l’attendant mais il n’y avait que des ouvrages d’histoire. Pourtant, un peu en hauteur, j’ai aperçu un livre de contes. En tendant la main pour l’attraper, j’ai fait tomber un ouvrage qui était posé à plat, hors de vue. Je l’ai ramassé pour le remettre en place et jeté un coup d’œil machinal à la couverture : Maisons hantées à l’Époque élisabéthaine.

Évidemment, le titre a piqué ma curiosité.

D’autant que le livre semblait avoir été caché sur l’étagère du haut. Je l’ai posé sur le bureau et l’ai ouvert. Et là, sur une des premières pages, dans le sommaire, deux mots ont attiré mon regard : Twist Cottage.

Je me suis assis pour lire. Et voici ce que disait ce chapitre.

L’une des plus célèbres sorcières du XVIe siècle s’appelait Joan Barringer. Elle habitait un cottage au milieu des bois près d’Avoncliffe. Contrairement à la plupart de ses consœurs, habituellement de vieilles femmes célibataires, Joan Barringer était mariée. Son époux James Barringer, était forgeron. Vers l’an 1584, vingt-septième année du règne d’Élizabeth I, James Barringer eut une liaison avec une jeune fille de la région, Rose Edlyn, fille de Richard Edlyn, un riche propriétaire terrien.

Il semble que Joan Barringer découvrit son infortune conjugale. Sa vengeance fut fulgurante et terrible. Elle jeta un mauvais sort à sa rivale et, dans les semaines qui suivirent, Rose Edlyn tomba malade. Elle perdit du poids, ses cheveux, la vue, et finit par mourir. Les lettres de son père, découvertes récemment, relatent les événements qui suivirent.

Le village persuada James Barringer de témoigner contre sa femme. Celle-ci comparut devant le tribunal sous l’inculpation de sorcellerie, et fut condamnée à être brûlée vive. Toutefois, Joan Barringer parvint à s’enfuir de la prison et regagna son logis dans les bois d’Avoncliffe. Aussitôt, le cottage fut encerclé. Les villageois tenaient absolument à faire payer son crime à la sorcière.

Soudain, Joan Barringer leur apparut à une fenêtre, une corde autour du cou, et elle hurla une dernière malédiction. Toute femme qui entrerait à Twist Cottage y périrait. Elle blâmait toutes les femmes de ses malheurs conjugaux. La belle Rose Edlyn lui avait volé son mari. Tandis qu’elle, disgracieuse et trompée, allait mourir sans amour.

Et elle sauta. La corde était nouée à une poutre. Joan Barringer eut le cou brisé. Son corps se balança devant les villageois ébahis, la tête penchée à angle droit sur le côté. La dernière lettre de Richard Edlyn conclut :

« … et nous vîmes le vrai visage de cette vilaine sorcière. Une image horrible qui allait à jamais marquer notre mémoire. Ses yeux étaient enflés et injectés de sang. Ses crocs découverts. Elle pendait, le cou tordu, dans cette hideuse maison de guingois ».

C’est de là que Twist Cottage tire son nom.

Ainsi donc, mon père connaissait l’histoire de Twist Cottage avant de nous y emmener. Telle a été ma première pensée. Mais il y avait autre chose. Je me suis souvenu de sa colère quand je lui avais demandé si la maison était hantée.

« Enfin, Ben, nous sommes au XXIe siècle ! ».

C’est ce qu’il avait dit. Pourtant il était au courant.

Il savait que la maison était maudite. Et que la malédiction portait seulement sur les femmes ! Était-ce possible ? J’ai utilisé le téléphone du bureau pour appeler Carol, la sœur de John, qui m’avait alerté contre Twist Cottage. Six personnes y étaient mortes, selon elle. Elle m’a confirmé ce que je savais déjà. Mme Webster était morte noyée dans sa baignoire. Mme Johnson en tombant d’une fenêtre. Le Dr Stainer d’une fracture du crâne et le Professeur Bell en faisant une chute dans l’escalier. Toutes des femmes. Une autre avait succombé à une crise cardiaque et l’épouse de l’Australien s’était électrocutée.

J’ai repensé au jour de notre emménagement. Le chauffeur qui s’était cassé une cheville, et le menuisier qui s’était entaillé le doigt. Des hommes, eux, qui s’étaient simplement blessés.

J’en avais le vertige. Je ne voulais même plus y penser. Pourtant, la vérité sautait aux yeux.

Louise avait gâché la vie de mon père et refusé de divorcer. Il avait dû avoir envie de la tuer mais était incapable de le faire de ses propres mains. Alors il avait acheté Twist Cottage, sachant que lui et moi ne risquions rien puisque nous étions des mâles, et il avait attendu que le fantôme de Joan Barringer fasse le travail pour lui. Incroyable !

J’ai replacé le livre sur l’étagère et suis sorti du bureau. Je n’ai jamais interrogé mon père. Et nous n’avons plus jamais parlé de Twist Cottage.

Mais je dois tout de même mentionner une dernière chose.

Twist Cottage se cramponne à mon père. Il n’a jamais réussi à vendre la maison. De toute façon, avec la prime versée par l’assurance, il n’avait pas besoin d’argent. Plus tard, j’ai appris qu’il la louait de temps en temps. Pour un prix exorbitant. À des hommes qui payaient sans rechigner.

Toujours des hommes. Ils s’y installaient avec leur méchante, leur déplaisante épouse. Ou leur épouvantable belle-mère, leur grand-mère sénile et hargneuse. L’un d’eux y a même emmené sa mère. Un autre, une tante particulièrement acariâtre.

Les femmes restaient peu de temps à Twist Cottage.

Aucune n’en est jamais revenue.

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