Le seul amant
Chapitre 5
Il faudrait remonter au Râmâyana pour donner une idée des combats, sur terre et sur l’eau, où le Samorin joua sa couronne et les Portugais leur établissement en Inde.
Les grands feudataires avaient fourni trente-sept mille hommes. Le rajah de Kottayam, dix-huit mille ; Kakkad Kantan Nampati, douze mille ; le rajah de Bettet, quatre mille ; Kuruva Koil, trois mille. Les moindres seigneurs – Pattinhattedam, rajah de Cranganore, Eddapalli Nampiyatiri, prince d’Eddapalli, Pappu Kovi, prince de Chaliyam, Venganad Nampiyatiri, Vanalasseri Nampati, Mangat Kaymal et Parrapu Kovil de Parrapanangadi – le renforcèrent de douze mille nayars. Lui-même en alignait vingt-cinq mille, avec quatre cents canons fondus par les Italiens.
Sa flotte se composait de cent soixante paraos, armés chacun de deux pièces d’artillerie. Des sacs bourrés de coton disposés sur leurs flancs devaient amortir les boulets ennemis. Une vingtaine d’entre eux, reliés par des chaînes, formaient l’avant-garde de cette armée. Ils avaient pour mission d’enfoncer la ligne portugaise.
Le Samorin avait projeté de traverser le fleuve Periyar à la hauteur de Kumbalam, de dépasser Pallurutti et de tourner les Portugais par le sud. Pacheco, informé, avait pris position au gué de Kumbalam. Il y avait embossé ses trois navires, reliés par des chaînes de manière à constituer une forteresse flottante qui bloquait le passage.
Le Samorin arriva devant le gué le 17 mars et fit installer sur la rive par ses Italiens une batterie de cinq gros canons face aux vaisseaux portugais. Puis il consulta ses astrologues et annonça à Pacheco qu’il l’attaquerait le lendemain au lever du jour.
Telle est la guerre nayare : toute surprise est interdite, attaquer sans prévenir serait félonie. Peu importe que les astrologues ne sachent rien de la guerre. Si leurs conseils sont désastreux, le ciel l’a décidé. La perte comme le gain des batailles n’est imputable qu’à lui seul. La modestie des vainqueurs est de la sorte préservée et les vaincus sont protégés du découragement.
Pacheco profita de l’avertissement pour galvaniser ses hommes. Le spectacle de l’immense armée prête à se ruer sur eux les avait plus qu’ébranlés.
Les faisant rassembler devant lui, il les exhorta en ces termes :
— Notre Seigneur est avec nous, l’ennemi lui-même nous informe du jour et de l’heure. Rendons grâces pour ce miracle ! leur dit-il.
Les Portugais tombèrent à genoux sur les ponts de leur citadelle flottante et entonnèrent le Pater Noster, suivi de cinq Ave Maria, du Gloria, du Magnificat et du Tantum Ergo. S’ils les fortifièrent, ces chants fortifièrent aussi leurs ennemis dont l’oreille n’était pas faite à ces mélodies. La volonté d’exterminer d’aussi mauvais chanteurs enflamma l’armée de Calicut.
Avant de regagner leurs postes, plusieurs bombardiers demandèrent à Pacheco le jour et l’heure de l’attaque.
— Capitaine, quand viendront-ils ?
— Demain, à l’aube.
— Merci, capitaine.
Personne ne ferma l’œil dans la forteresse flottante. L’aube parut, déclenchant sur la rive un grand piétinement : vingt mille nayars se rangeaient devant le gué, hors de portée des Portugais, derrière la batterie des Italiens. Puis les vingt paraos reliés par des chaînes s’avancèrent lentement jusqu’à demi-portée des vaisseaux de Pacheco.
La manœuvre achevée, le Samorin en personne emboucha la trompette d’or de Cheraman Perumal et sonna trois fois. Ses canons ouvrirent le feu, à terre et sur le fleuve, dans un fracas à miner le ciel et pulvériser leurs cibles. Mais quand se fut dissipée la fumée de cette première salve, le ciel apparut intact et Pacheco indemne. Il riposta sans attendre de toutes ses pièces.
Le duel d’artillerie durait depuis plusieurs heures sans avantage perceptible pour aucune des deux parties, lorsqu’un boulet portugais rompit la chaîne qui tenait ensemble les paraos de Calicut. Quatre d’entre eux se laissèrent aussitôt porter vers l’aval. Incapables de manœuvrer dans un chenal trop étroit, les autres firent de même, non sans que plusieurs soient fracassés par les canons de Pacheco. Débarrassés de la menace fluviale, ces derniers se concentrèrent sur la batterie de la rive droite, démontèrent ses cinq grosses pièces en moins de vingt minutes et allongèrent le tir contre l’infanterie qui n’avait pas encore donné, creusant de longues trouées dans ses rangs.
Le Samorin sonna deux fois de sa trompette d’or et les nayars s’ébranlèrent pour forcer le gué, enveloppant d’aussi loin que possible les navires qui en tenaient le centre et le balayaient de tous leurs canons, incapables toutefois de s’en écarter assez pour échapper à ce balayage, car le gué était étroit, les fonds descendaient vite et il est malaisé de nager encombré d’une épée et d’un bouclier.
Ils avaient de l’eau jusqu’aux épaules et le bouclier sur la tête, non pas pour se protéger, mais pour ne plus voir les canons contre lesquels leurs armes blanches ne pouvaient rien.
Ils subirent des pertes effroyables avec stoïcisme. Car ils s’obstinèrent plusieurs heures dans l’espoir sans doute insensé que les Portugais finiraient par vider leurs soutes et qu’eux-mêmes resteraient assez nombreux pour aller à l’escalade des bâtiments et massacrer leurs équipages. Cet espoir n’était pas stupide, les nayars, au corps à corps, n’ont pas de concurrents.
Hélas ! les soutes de Pacheco s’avérèrent inépuisables. Les boulets rasants de ses bombardiers faisaient voler les boucliers et arrachaient sans trêve des têtes qui, projetées sur les crânes voisins, les fracassaient à leur tour. Des débris de cervelle jaillissaient au-dessus de l’eau et retombaient en pluie sur les survivants ; des têtes tournoyaient dans l’air, lançant des jets de sang, tandis que les corps décapités ralentissaient la progression, teignant le Periyar en rouge, attirant des bancs épais de carpes carnivores qui, affolées par le vacarme, l’odeur du sang, la surabondance des proies, mordaient au hasard dans la masse humaine qui piétinait dans le gué – sans bousculade, malgré le carnage qu’elle subissait, à la stupeur des canonniers qui le lui infligeaient, émerveillés d’une discipline dont les plus militaires d’entre eux n’auraient pas osé rêver.
Pacheco lui-même, l’intraitable, suspendit à plusieurs reprises le flot de ses ordres pour s’exclamer, hors de lui :
— Quels splendides guerriers !
Les poissons plantant les dents dans la chair indistincte entamaient souvent des mollets, et cela seul pouvait troubler l’admirable ordonnance des nayars du Samorin. Ainsi agressés par surprise, ces gymnastes d’élite bondissaient hors de l’eau à la verticale dans une détente formidable, la carpe accrochée à la jambe par les dents. Pacheco, écumant, hurlait à ses hommes : « Plus vite, par saint Michel ! » – l’archange Michel est le patron des milices célestes – et : « Nous les tenons ! Les poissons sont avec nous ! »
Sur la rive, le Samorin, entouré de ses généraux, contemplait l’atroce jeu de quilles où succombaient ses troupes d’élite, partagé entre le chagrin de voir périr tant de braves, l’admiration pour leur courage et la jubilation, car, lui seul ou presque le savait, Pacheco triomphait ici à cette heure, mais, plus loin, il perdrait tout, peut-être avait-il déjà tout perdu.
L’attaque du gué de Kumbalam était une diversion, dont le prix, si élevé qu’il fût, n’était pas exorbitant : les quinze ou seize cents nayars décapités devant lui étaient peu de chose, si là-bas, à Panangad, ses forces passaient…
En amont de Kumbalam, à deux heures de marche, le gué de Panangad est secondaire pour parvenir devant Cochin. L’eau n’y monte qu’à la taille, mais il est bien plus étroit. Cinq hommes seulement y passent de front ou deux éléphants, contre cent à Kumbalam ou quarante éléphants.
Pacheco n’a laissé à sa garde qu’un contingent réduit. Vingt-cinq Portugais avec trois pièces, du type appelé « chameau », car en Afrique on les installe sur des dromadaires, petits canons mais redoutables, à mitraille, à courte portée. Trois cents nayars du roi de Cochin soutiennent les Européens.
C’est Abraham qui doit forcer le gué de Panangad.
— Je suis content que tu aies compris le sens profond de ce combat, lui a dit le Samorin lorsqu’on lui a présenté ce transfuge de marque.
— J’y ai mis le temps, Seigneur, a bredouillé Abraham, mais son maintien démentait sa diction.
— Peu importe le temps, c’est l’engagement qui compte.
Le Samorin l’a confirmé dans le commandement des trois cents juifs qui l’avaient suivi avec leurs armes, mus par leur haine du roi de Cochin et de « ses Portugais », et lui a confié trois mille de ses nayars.
— Tout repose sur toi, lui dit-il encore.
Il le disait à chacun de ses généraux pour les stimuler et, chose curieuse, le procédé marchait toujours, chacun se voyait l’âme de l’armée.
La canonnade roule maintenant depuis six heures vers l’ouest. Il est midi. Le soleil à son zénith ne perce pas la voûte feuillue qui surplombe de très haut le gué. Les eaux brunes du Periyar glissent sans bruit vers la mer, lisses, unies, pacifiques. La brise du large apporte une odeur fugitive de poudre aux narines des embusqués, avec des relents de fumée. Les Portugais retiennent leur souffle derrière leurs chameaux de bronze aux armes du Portugal, chacun servi par trois d’entre eux, au plus près du gué, cachés par des touffes de bambou. Leurs alliés, disposés en demi-cercle à l’arrière, sont invisibles aussi, allongés sous les grands arbres dans les hautes herbes lucifuges.
Il a fallu leur jurer que l’embuscade se démasquerait avant le premier coup. « Sinon, je rentre à Cochin », avait dit leur chef, gardien de leur honneur.
— Cache-toi le mieux possible, a dit Pacheco à Gil Gonçalo Barbosa. Ils seront plus nombreux que vous.
Le canon tonne toujours à l’ouest. Dans les cimes des arbres, les écureuils noirs font pleuvoir une averse d’écorces de noix d’arec sur les guetteurs postés là depuis l’aube et qui trouvent le temps long. Ils envient les rongeurs qui se gobergent sur leurs têtes sans devoir se cacher ni retenir leur souffle.
Personne ne s’est présenté devant le gué de toute la journée.
Soudain, la pluie d’écorce cesse. Deux ou trois fragments plus légers que les autres tournoient en retardataires jusqu’au sol, accrochés par les rares rayons qui traversent les frondaisons. Dans les cimes se déclenche un fracas de fuites multiples qui un instant les secoue comme pourrait le faire un ouragan. Le silence retombe.
Puis, un bruit de pieds nus sur la terre de la piste au-delà du gué se révèle, s’affirme et se rapproche. Un homme apparaît sur la rive opposée. C’est un juif. Un jeune juif athlétique vêtu d’une tunique courte, armé d’un bouclier rond et d’une longue et forte épée. Il marche vers l’eau, y pénètre, la traverse, sort sur la rive, s’avance sur la piste, passe sans les voir au milieu de centaines d’ennemis, s’éloigne, revient sur ses pas, retraverse, pousse un cri.
Plusieurs de ses coreligionnaires surgissent alors et le rejoignent. Puis d’autres et encore d’autres, jusqu’à former un bataillon de plusieurs centaines d’hommes qui prend position sur la berge. Derrière eux grossit bientôt un régiment de nayars, dont le nombre s’estime mal, masqué qu’ils sont par les juifs, et qui se range à leur suite.
Abraham descend vers l’eau, lève le bras gauche, dit « En avant ! » et s’avance dans le gué.
Gil Gonçalo Barbosa a juré de se découvrir au chef de ses alliés. Sortant des bambous, il crie « Portugal ! » et commande le feu. La mitraille du premier chameau balaie la surface du gué et creuse un large sillon dans le bataillon juif. Abraham a disparu.
Il sort soudain de l’eau comme un diable et hurle : « En avant ! »
Ses hommes le suivent comme un seul, se pressant dans la rivière. Les deux autres chameaux se démasquent, disloquent et déchiquettent les plus avancés sur une profondeur de plusieurs rangs. Les suivants hésitent un instant, mais Abraham, qui déjà touche la rive opposée, se retourne et crie : « En avant ! »
Ses hommes s’élancent dans le gué, mais l’eau qui leur monte à la taille ralentit leur progression. Les canonniers de Barbosa ont le temps de recharger. Les trois chameaux balaient le gué, en brève succession. La première charge anéantit les assaillants au milieu de l’eau ; la deuxième ceux qui les suivaient, la troisième fait une grande trouée dans le groupe massé sur la rive opposée, prêt à charger. Le carnage est presque parfait. Le bataillon juif est anéanti.
Les nayars de Calicut hésitent sur ces débris.
Abraham est seul maintenant sur la rive ennemie. Gil Gonçalo Barbosa s’avance.
— Rends-toi, dit-il. Donne-moi ton épée.
— Viens la prendre.
Barbosa tire la sienne et s’avance. Il n’a pas fait deux pas qu’on lui touche l’épaule. Il se retourne, c’est Sanjay Subrâhmanyam, le chef des nayars.
— Laisse-le, dit le nayar.
— Plaît-il ?
— Laisse-le-moi.
— En quel honneur ?
— Le roi me l’a confié.
— Confié ? Comment ? Confié comment ?
— Il m’a dit : « Ne le rate pas. »
— Il veut sa mort ?
— Le roi veut sa mort et lui-même la cherche. Laisse-le-moi.
— Fais vite, dit Barbosa pour la forme.
Abraham savait se battre, mais il savait mieux compter, Subrâhmanyam ne savait que combattre. Aussi, au premier assaut, sur une seule feinte et un bond de tigre, vola la tête de l’amant de Shobita, qui n’eut pas le temps de se défendre, en admettant qu’il l’eût voulu.
Au-delà du gué, les nayars de Calicut avaient disparu. Le courant avait entraîné les cadavres, l’eau avait retrouvé sa teinte brune, les morts du bataillon juif tombés sur la rive droite témoignaient seuls du combat. Dans les cimes des aréquiers, loin au-dessus du gué, les écureuils reprenaient leur trafic.
— Et maintenant ? demande à Barbosa le facile vainqueur d’Abraham.
— On avance, dit le Portugais, vers Kumbalam.
Vingt-cinq Portugais et trois cents hindous scellèrent ainsi le destin du Samorin. Après deux heures de marche sur la rive droite du Periyar, ils tombèrent dans le dos de ses troupes. Fut-ce l’obscurcissement du ciel ? La déception consécutive à l’échec de la journée ? La première salve des chameaux derrière eux jeta quarante mille hommes dans une déroute instantanée. L’armée s’évanouit comme un songe.
Pacheco tâta longuement le bois de ses vaisseaux, passant la main dans les brèches que les boulets des Italiens y avaient percées pour se convaincre qu’il n’avait pas rêvé. Car il n’avait pas subi de pertes, les corps des nayars massacrés par les siens étaient déjà proches de la mer avec les épaves des paraos démantelés ; les débris de la batterie des deux Milanais s’estompaient dans la brume du soir, les lieux avaient retrouvé leur sérénité fluviale.
Il hésita avant de faire chanter le Te Deum – n’allaient-ils pas revenir ? Il était impossible qu’ils ne revinssent pas. Quand il vit Barbosa s’avancer vers lui, l’intuition le frappa : ils ne reviendraient pas. Quand Barbosa eut achevé le récit de sa manœuvre, il en eut la certitude. Le Samorin était hors jeu.
Il fit chanter un Te Deum qui ne dérangea personne.
* * *
Journal de Krishna
Je lui faisais face dans la salle d’audience de son palais. Je ne l’avais pas vu depuis l’arrivée de Vasco de Gama six ans plus tôt. Il en avait vingt-six, mais il me parut plus jeune que jamais. Aussi jeune au moins que l’adolescent hautain qui représentait son oncle et prédécesseur à la fête funeste de Poram d’où devaient sortir tant de malheurs.
— Je voulais te voir une dernière fois, me dit le Samorin sans préambule.
— Une dernière fois, Seigneur ?
— Oui, j’ai perdu, donc je me retire. J’abdique, si tu préfères. Je n’ai plus rien à faire ici. Ma présence serait une gêne et peut-être pire. Mon peuple ne doit pas souffrir à cause de moi.
Je le vis façonnant sa statue pour la postérité – ne suis-je pas mémorialiste ? –, mais j’eus honte de cette bassesse : il avait donné assez de preuves de sa rigueur et de sa sincérité. Huit jours avaient passé depuis la déroute de Kumbalam.
— Tes forces sont intactes…, observai-je.
— Elles sont intactes, mais elles sont nulles. Il n’y a rien à en faire. Personne, pas plus que moi, n’en ferait rien. Au moindre bruit, ils prennent la fuite. Quarante mille hommes se sont enfuis au bruit de trois petits canons et ils en avaient quatre cents.
— Tes nayars tués dans le gué ne se sont pas enfuis.
— Ce sont les meilleurs qui sont morts.
Il partait, il se retirait, il abdiquait, il ne reviendrait pas là-dessus.
— J’avance le terme habituel, dit-il, faisant allusion à l’étape finale de nos vies. Je n’en méditerai que plus longtemps. Peut-être avancerai-je plus loin…
Je me rappelai Goda Varma que j’avais si facilement persuadé de renoncer à se retirer et j’admirai le Samorin.
— Ma famille sera très contente, ajouta-t-il simplement. Ma mère et mes tantes m’ont toujours trouvé trop entier. Jamais je n’aurais dû, selon elles, pousser à bout les Portugais. Pousser à bout ? N’est-ce pas nous, plutôt, qu’ils ont poussés à bout ? Est-ce aller trop loin que prétendre rester libre ?
Je songeai à Goda Varma qui s’était livré à eux pour mieux l’emporter sur cet homme épris de liberté et je l’admirai davantage.
— Tu as dit, Seigneur : « Ma mère et mes tantes seront… » Elles ne sont pas informées ?
— Tu es le premier à qui je l’annonce. Je voulais que tu sois le premier. Ne le prends pas mal, mais j’ai toujours souhaité t’avoir avec moi, au lieu de ce pauvre Talappana. Prends ça pour une marque d’estime…
L’émotion me submergea. Je balbutiai :
— Merci, Seigneur. Je ne l’ai pas mérité.
Il sourit et reprit :
— J’ai perdu, je sors du jeu.
Je répondis, très stupidement, que c’était injuste.
Il se leva. Je me levai. Il m’embrassa et me dit :
— Va.
Il était déjà loin.
* * *
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