Les Bourgeois de Witzheim

André Maurois · Chapitre 1 sur 10

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Les Bourgeois de Witzheim

Les Bourgeois de Witzheim

LES BOURGEOIS

DE

WITZHEIM

 

PAR

 

ANDRÉ MAUROIS

 

ILLUSTRATIONS DE PAUL WELSCH

 

PARIS

 

BERNARD GRASSET, ÉDITEUR

 

61, rue des Saints-Pères, 61

 

I

 

J'aime le français tel qu'on le parle à Witzheim, avec un accent gras et savoureux comme la cuisine du pays, mais le patois alsacien a bien aussi son charme bourru.

C'est un langage honnête et solide, tout plein d'une sorte d'humour rustique. La solennité de la phrase allemande, si rigide dans sa charpente, fait place ici à la bonhomie de grognements familiers.

L'Allemand dit: Ia; l'Alsacien dit: Iô. Ia est net, tranchant, affirmatif; Iô est traînant, ironique, dubitatif. Tout est là, et vous pouvez aller de Bischwiller à Mulhouse si vous prononcez Iô comme il faut.

Les mots français, semés dans la phrase alsacienne comme des truffes dans un pâté, retrouvent parfois dans ce terrain nouveau un parfum évaporé. Alors que chez nous: «Nom d'une pipe» est sans force, le «Nundepip» de mon ami Deck est encore un brillant juron. Sur la place d'armes de Witzheim, entre le restaurant «Au Canon» et le restaurant «Au Saumon», je sonne à la porte de sa maison enveloppée d'un toit en pèlerine et coiffée de tuiles imbriquées que percent des mansardes en gradins: