Les Bourgeois de Witzheim

André Maurois · Chapitre 8 sur 10

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Les Bourgeois de Witzheim

Chapitre IX

Hauser ne voulait pas d'histoires: ce n'est pas possible pour un aubergiste. Il ne voulait pas non plus renier la France. Mais il n'est pas embarrassé.

—Herr Kreis Direktor, a-t-il dit lentement, moi, quand je veux me confesser, je vais à l'église.

 

IX

 

Un plat de cèpes vient m'achever: le professeur explique que ce légume a été négligé par les Alsaciens jusqu'à l'arrivée de Stanislas, roi de Pologne, qui leur en révéla l'usage, et M. Roth me raconte l'arrivée des Français à Witzheim:

—C'était quelque chosse de vraiment bien... On avait décoré la rue du Marché d'un arc de triomphe avec une inscription: Salut à nos frères! J'avais appris la Marseillaise à la musique des pompiers et aux enfants des écoles. Tous les vétérans étaient là, avec leurs médailles et leurs cylindres...

—Wos? Cylindres? interrompt Deck... En français on dit gibus.

—Pour moi, dit Mme Deck timidement, cela a été comme le jour de mon mariage: un instant pour lequel il semble qu'on ait vécu toute sa vie. Quand ces soldats bleus ont défilé, quand ces clairons ont joué, j'ai cru encore avoir dix-huit ans.

Elle s'arrête, rougit et continue:

—Seulement, que voulez-vous, c'est comme dans tous les mariages. Après les premiers jours on s'aperçoit que le mari n'est pas tout à fait aussi parfait que le fiancé.

—Comment? s'indigne son mari... Wos? Ça, c'est un peu fort: dies isch dort zu aehrik.

Madame se défend, éplorée:

—Écoute, Joseph, on s'habitue vite aux défauts... on finit même par ne plus pouvoir s'en passer... mais enfin on a un homme, on n'a plus un rêve.