Les Bourgeois de Witzheim

André Maurois · Chapitre 5 sur 10

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Les Bourgeois de Witzheim

Chapitre VI

Ah! qu'ils se donnent du mal! Ils s'en donnent tellement qu'une douzaine de bons Alsaciens manque chaque matin le train de Strasbourg.

Le soir l'Allemand les rencontre à la brasserie et les plaint: «Cette administration française! Si compliquée!»

Évidemment, c'est l'administration française, qui a inventé le Zuschlag et le Schnelzug... C'est elle qui a forcé le chef de gare allemand de Niederhausen à arrêter le train une heure par suite d'une erreur, bien involontaire, de signaux...

—Mais enfin monsieur Deck, que voulez-vous que nous fassions d'eux? Pouvons-nous expulser trois cents mille personnes? Nous ne saurions comment les remplacer.

—Nous ne demandons pas qu'on les expulse, mais nundepip, ne les mettez pas dans des postes où ils peuvent entraver la bonne marche des services.

—Et surtout, dit M. Roth, que l'Alsacien soit toujours bien au-dessus de l'Allemand: en ce moment il y a des administrations qui font examiner les compétences techniques des Alsaciens par des Allemands: ça ne peut pas aller.

—Enfin, monsieur Roth, nous les assimilerons.

—Iô!... Assimiler!... Un Allemand est toujours un Allemand.

 

VI

 

Joséphine apporte un cuissot de chevreuil et le Riquevihr circule à nouveau.

—Süzele, dit Mme Deck, raconte voir un peu Plashke et sa femme.

Et Suzanne raconte Plashke et sa femme.

—Lui est né en Alsace, de parents Allemands: il a la carte B. Elle est une Badoise authentique. Au temps des Allemands, Plashke était un grand homme. Inspecteur pour la Basse-Alsace d'une compagnie d'assurances de Berlin, il recevait beaucoup. Des officiers venaient prendre le thé chez lui et les médecins militaires ont trouvé ce thé si bon, qu'au moment de la mobilisation Herr Plashke s'est trouvé malade. Il s'est dévoué pour les blessés et a été proposé pour l'Aigle rouge de quatrième classe.