Les flots ensorcelés: Mystères et enquêtes surnaturelles (La Coureuse des grèves t. 1) (French Edition)

Épilogue

Mes nouveaux invités venaient tout juste de s’installer dans leur chambre. Le jeune couple avait semblé à bout de nerfs, les larmes aux yeux en réalisant qu’ils étaient dorénavant en sécurité. Ils avaient déclaré être des mages, mais j’avais la certitude que la femme était en fait une sorcière. Ces dernières étant les parias du monde surnaturel, je pouvais comprendre leur subterfuge et je n’avais pas insisté.

Le manoir agita un rideau pour attirer mon attention dehors. Je m’approchai de la fenêtre, tasse de café à la main pour admirer le spectacle. Zacharie me tournait le dos, penché au-dessus d’une pile de planches de bois, me donnant une superbe vue de son derrière moulé dans un pantalon qui aurait dû être l’antithèse du sex-appeal.

Deux autres ouvriers l’accompagnaient de même que Ben. Le jardinier avait hésité d’abord, rôdant non loin, inquiet pour ses fleurs. Zacharie l’avait finalement invité à se joindre à eux et à donner son opinion, gagnant ainsi le respect indéfectible du géant. Même si l’un des deux ouvriers s’était joint à l’équipe en début de semaine, à peine sorti de formation, les travaux pour rebâtir la remise avançaient bien et ils auraient terminé d’ici la fin de la journée.

Mon regard dériva vers le vaisselier dans le coin de la pièce. Lors de la prise de possession du manoir, l’agente immobilière m’avait remis une petite clé en expliquant qu’elle servait à déverrouiller un compartiment secret dans le meuble. J’avais trouvé le concept charmant, mais inutile sur le moment. Désormais, la corde de Rioux y reposait, hors de vue. J’avais pris soin de l’enrouler dans un sac hermétique rempli de sel, dans le but de masquer sa présence aux autres créatures surnaturelles. J'hésitais à en parler à Zacharie, ne voulant pas déclencher de mauvais souvenirs pour rien, mais je devrais aborder le sujet tôt ou tard.

La sonnerie du téléphone interrompit mes réflexions et je reconnus à l’écran le numéro laissé par Sorcha. Je déposai ma tasse avec un pincement d'inquiétude et pris l'appel.

– Est-ce que je parle bien à la détective de l’heure? me salua la voix enjouée de la Faoladh.

Un sourire étira mes lèvres malgré moi.

– Je ne sais pas à qui tu as parlé, mais ils en ont beurré épais.

– Moi qui pensais te suggérer de changer ton nom de famille pour Poirot, ou encore Marple.

Elle lâcha un soupir théâtral avant de reprendre.

– Les mêmes sources me signalent que tu as créé une belle pagaille chez la Dame blanche.

Je grimaçai au souvenir de la dévastation de la chaussée à notre départ.

– La situation s’est révélée un peu plus complexe que prévu, me justifiai-je. Peut-être que la prochaine fois, le Bonhomme Sept Heures y repensera peut-être à deux fois avant de m’accuser à tort.

– Ton nom était sur toutes les lèvres lors du conseil des Clans : ton efficacité en a épaté plus d’un. Et j’en connais quelques-uns qui voudraient bien connaître la façon dont tu t’y es pris pour extorquer une faveur indéfinie au Bonhomme Sept Heures. C’est du jamais vu.

– Mm, acquiesçai-je pour éviter de lui donner le fond de ma pensée sur le vieil homme.

Il n’avait pas apprécié que je demande à garder sa dette ouverte, surtout qu’il pensait s’en sauver avec des excuses formelles et un petit service rendu. On n’apprenait pas à un vieux singe à faire la grimace, et je n'espérais pas qu'il en tire une leçon, mais sa prudence contaminerait peut-être les autres puissances dans la région, ce qui me garantirait la paix d’esprit pour le futur. Sorcha ne se démonta pas face à ma réponse :

– Je suis d’autant plus convaincue que tu serais excellente dans le rôle de déléguée des créatures aquatiques.

Mes yeux s’arrondirent. Encore cette idée saugrenue? Et surtout après la conclusion chaotique de mon enquête. N'importe quelle personne sensée aurait dû en conclure que je n’avais pas les habiletés ni les contacts nécessaires pour endosser ce type de responsabilité. Mais ses paroles faisaient écho à celles d’une autre...

– Est-ce que Marie-Josephte t’a demandé de t’y mettre pour me convaincre?

– Non, je trouve juste que l’idée a du mérite, et Christian, le chef de la meute, aussi. Surtout vu tes idées anarchistes, finit-elle sur le ton de la confidence.

– Non, merci, répondis-je poliment. Je vais me concentrer sur le manoir et ses invités.

– Au moins j’aurai essayé. Comment se porte ton korrigan?

Je clignai des yeux au soudain changement de sujet. Sorcha avait-elle vraiment appelé pour faire la conversation? Je me secouai et répondis à sa question.

– Au chaud dans son nid douillet. Il a élu domicile dans le comble. Ta grand-mère avait raison au sujet du riz et du bas.

– Tant mieux, tu vas pouvoir te balader dans ton jardin sans craindre une commotion cérébrale. Bon, je te laisse, c’est l’heure d’aller se dégourdir les pattes!

Je la saluai et raccrochai, mystifiée. À sa précédente visite, je n’aurais pas qualifié Sorcha d’alliée, encore moins d’amie, mais peut-être – et je dis bien peut-être – que cette relation officielle germerait pour offrir de nouvelles possibilités.

Inspirée par le commentaire de la louve, je saisis ma veste et sortis sur la véranda. La brise me caressa le visage, portant avec elle un concert de martèlement, de sciage et de vissage. Si le beau temps tenait encore, la chaleur avait fait place à une fraîcheur mordante et à l’odeur de neige imminente.

L’idée de courir au bord du fleuve envoya des cascades de fourmillement dans mes membres. Je traversai le jardin en direction du rivage. Mon regard croisa celui de Zacharie alors que je passais à côté de la zone en chantier. Les événements du week-end dernier avaient certes été éprouvants, mais j’avais réussi à tenir tous les fronts – et à me faire de nouveaux alliés au passage.

J’étais bien contente de revenir à un semblant de normalité. Quoiqu’avec Zacharie dans les parages, cette notion semblait toujours s’envoler par la fenêtre, mais au moins le calme était revenu. Ben avait réitéré son idée de porte ouverte pour l’Halloween en présence de Florence et mes deux amis avaient pris les choses en main, en me demandant seulement d’être présente et de sourire aux visiteurs le jour venu. La Dame blanche avait laissé un message vocal énigmatique sous-entendant qu’elle avait fait des progrès concernant sa piste pour éclairer mes recherches sur mes semblables.

Tandis que mes pieds foulaient la grève, je savourai la liberté.

***

Un petit mot de la part de Mélanie

Et cette soirée BBQ chez Zacharie? Non, elle ne sera pas dans le

tome 2, ça ne fonctionnait pas sur la trame du temps... Attendez! Pas de panique. La scène est écrite, et comme je ne suis pas (complètement) sadique, je vous l’offre en bonus.

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la télécharger :

https://mailchi.mp/96e200146f87/bbq

Nous disons au revoir à Viviane après quelques journées

mouvementées. J’espère qu’elle profitera de ce repos bien mérité.

Il y a cependant des soucis qui se profilent à l’horizon, car le

monde des simples humains et celui des créatures surnaturelles sont sur le point d’entrer en collision.

Si Viviane est décidée à faire profil bas dans l’espoir de retrouver

les siens, les événements pourraient bien l’obliger à prendre un rôle plus important sur l’échiquier surnaturel.

À suivre dans le tome 2 LES VAGUES FUGITIVES

***

Pas envie d’attendre le tome 2? Retrouvez Greg, la Corriveau et

une flopée de personnages issus du folklore dans la série Windigo.

Disponible en INTÉGRALE ICI.

***

En tant qu’auteure indépendante, votre opinion est ma plus belle

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Remerciements

Comme toujours, merci à celui qui me nourrit et m’approvisionne

en café, David. Un merci tout doux à mes enfants qui acceptent que maman ne soit pas toujours disponible. Un énorme merci à Nathy d’Eurveilher pour son œil de lynx et ses retours éclairés. Merci à mes lectrices bêta qui se prêtent au jeu et qui discutent de mes personnages comme on le fait d’un ami, Lori Anne, Roselyne et Valérie. Finalement, merci à vous chers lecteurs et chères lectrices. Vos retours illuminent mes journées et alimentent le feu de la passion.

 

À propos de l’auteure

Mélanie est originaire de la banlieue ouest de Montréal, au Québec.

Déjà à 10 ans, elle passe une bonne partie de ses nuits à lire sous les draps avec une lampe de poche. Le reste du temps, elle rêve d’écrire ses propres histoires. À 17 ans, elle quitte sa ville natale pour poursuivre ses études. Elle rencontre son conjoint dans le Bas-du-Fleuve et lui offre une vie de servitude en échange de bons repas. Finalement, c’est lui qui cuisine et c’est mieux ainsi. Ils habitent en banlieue de la ville de Québec avec leurs deux merveilleux enfants et un chien affectueux, mais pas très brillant. Ses plaisirs coupables sont le chocolat et les romances paranormales. 

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[1] La Sûreté du Québec est le corps de police provincial et la seule organisation à desservir tout

le territoire québécois.

[2] Se traduit par “Chérie, je suis rentrée”, parole de la chanson du même nom de la chanteuse

canadienne de musique country Shania Twain.

[3] Cf. Le prélude « Les eaux empoisonnées »

[4] Cf. « Les eaux empoisonnées », le prélude de La Coureuse des grèves.

[5] En passer une petite vite, c'est tromper quelqu'un, le flouer, probablement de l'anglais to pull a

fast one.

[6] La Pruche du Canada est une espèce de Tsugas de la famille des Pinaceae.

[7] Un rang est un chemin rural au Québec qui suit perpendiculairement les lots d'exploitation

agricole.

[8] Vironner : (de l’ancien français) enrouler; (Québec) errer, se promener.

[9] Attention à ce que vous souhaitez.

 

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