Les Mémoires Oubliées - Tome 1: Les Chimères d'une étincelle (French Edition)

Chapitre 7

Malicinae, royaume des lurons

 

« Le peuple de Malicinae est le fruit d’une plaisanterie entre nos Dieux. Tout est dépareillé à leur propos. Leur physique invraisemblable, leur langue désagréable à l’oreille, leur humour insupportable. Leur goût pour les farces et leur manque de sérieux leur attirent invariablement mépris ou défiance. Personne ne les prend plus au sérieux.

Leur richesse réside dans leurs forêts. Ils n’en ont guère conscience, ces éternels enfants »

Les pérégrinations d’une Sokalienne, p.282

 

Il pleuvait, impossible de traverser les nuages. Trop épais, trop noirs, ils annonçaient le désastre à qui tenterait une aventure aussi téméraire. Les orages grondaient, les éclairs arrachaient les rétines des téméraires qui avaient le malheur de les regarder.

Dans cette ambiance électrique, Célestine battait férocement des ailes. Ses plumes alourdies par la pluie devaient fournir deux fois plus d'énergie afin de la maintenir hors de danger. Mais Célestine, déterminée, ne flanchait pas. Les caprices du temps ne devaient pas être un obstacle dans une quête aussi vitale. S'ils avaient raison de l’ailée, alors elle n'arriverait jamais à franchir les véritables barrières qui l'attendaient. — Foutu pays ! C'est ça, le joyeux royaume des elfes ?

La voix furieuse qui franchit ses lèvres traduisait son humeur. Toute sa vie, on lui avait appris que Malicinae regorgeait de bonheurs mièvres et de farces, et elle s’était imaginé le pays avec un beau mépris. Un havre de prairies ensoleillées remplies de créatures pathétiques. A priori, le royaume des reines sœurs se vengeait du dédain de la jeune femme.

Célestine avait passé la frontière entre Malicinae et Béral une heure plus tôt. Elle devait admettre qu'elle ne connaissait rien de ces terres, propriétés elfiques, en dehors du ciel lugubre qui l'avait accueillie à la sortie des reliefs volcaniques. Malgré leur hauteur vertigineuse, ces derniers avaient au moins su se comporter en hôte charitable, permettant à l'ailée noire de les survoler en compagnie d’un ciel magnifique. Les vents tranquilles et la voûte dégagée avaient été une bénédiction. Même les blanches montagnes aux sommets embrumés de son pays n'accordaient pas ces vues stupéfiantes. Un paysage pas moins grandiose qu'à Âgairia… simplement différent. Ses terres d'origine affichaient un monde glacial, immaculé, venteux et aux falaises acérées, déchirées. Béral procurait un paysage foncièrement opposé, un univers volcanique, perpétuellement dynamique, mouvant. Ses sommets rougeoyants laissaient apparaître une terre chaude, rouge, noire et verte. Des geysers géants s’invitaient constamment dans le décor, toujours plus incroyables à observer. Il était difficile de concevoir l'épanouissement de la vie en ces lieux bouillonnants, pourtant, Célestine savait que de nombreuses espèces peuplaient les montagnes, à commencer par les nains robustes, mais également les gobelins, les gnomes, et surtout la race endémique des géants des montagnes. La flore et la faune de Béral étaient aussi riches que ses minerais.

La lumière d'un flash aveuglant étourdit subitement l'ailée téméraire. Ses tympans sifflèrent. Pestant, elle reporta son attention sur sa situation compliquée.

Pour le moment, elle ne pouvait strictement rien voir en dessous d'elle, mais elle ne se formalisait pas. Elle était dotée, comme tous ceux de son espèce, d'un extraordinaire sens de l'orientation. Elle savait exactement quelle direction emprunter pour atteindre la capitale elfique. Bientôt, elle devrait tout de même pouvoir distinguer le sol, au risque de dépasser son objectif. Estimant son temps de trajet, elle évalua son objectif à moins de trois heures de vol. D'ici moins de trois heures, elle serait donc obligée de descendre dans la tempête furieuse. Si elle survivait jusque-là.

La jeune femme épuisée s'était accordé à peine quelques instants de repos à Béral, juste avant l'aube. Elle avait trouvé refuge dans une niche rugueuse mais relativement fraîche, à flanc de montagne. L'impatience et le temps clément l'avaient incitée à reprendre son vol rapidement. Si elle avait su plus tôt ce qui l'attendait à Malicinae, elle aurait réfléchi à deux fois avant de sacrifier son sommeil. Sa fatigue l’handicapait lourdement. Ses réflexes amoindris l’empêchaient de lutter efficacement contre l'ennemi naturel.

Et si seulement il s'agissait de son unique sujet de préoccupation ! Malgré les obstacles immédiats, l'ancienne mage se sentait écrasée par les soucis. Le contrôle mental dont elle avait fait les frais à La termitière l'avait bouleversée. Elle ne l'expliquait pas, et ne voyait pas comment, à court ou moyen terme, elle pourrait obtenir des éclaircissements. En attendant, elle connaissait ce sort. Sa maîtrise dépassait largement le niveau d’un mage lambda.

« Un problème après l'autre. Pour le moment, concentre-toi sur ce que tu peux contrôler. »

Et après ? N'était-ce pas un obstacle majeur ? Et si elle reperdait la maîtrise de son corps au mauvais moment, au mauvais endroit ? Si elle agissait contre sa volonté, entraînant des conséquences irréversibles ? Si elle tuait à nouveau ?

« Du calme. Respire. La panique est l’ennemi de l’intelligence. »

Le contrôle mental était un sortilège accompli, que seuls les plus puissants mages de l'histoire avaient pu maîtriser sans y laisser leur vie. Était-il possible qu'un tel mage ait été présent à l'auberge ? Un télépathe ? L’hypothèse semblait aussi inconcevable qu'impossible. Les mages étaient tous répertoriés et ils n'avaient aucune raison d'être présents dans une auberge méconnue au milieu d'une cité sans importance politique.

Et pourquoi l'avoir agressée ? Il s’agissait d’un crime !

« Si c'était Harwyn, tu l'aurais reconnu, beaucoup de monde l'aurait reconnu, même les clients pouilleux de la Termitière, non ? »

Célestine se sentait dévier. Pourtant, elle ne pouvait se le permettre, l'orage la cernait toujours. Elle devait cesser ses cogitations. Ses réflexions tournaient en boucle dans sa tête, sans l’aider à avancer. Elles réussissaient uniquement à accroître son anxiété. Elle aurait les réponses en temps utile, il fallait impérativement rester patient, se concentrer sur des objectifs immédiats et accessibles. À force de spéculer, de planer au-dessus de la réalité, elle finirait par louper un détail dans le présent, à développer des théories absurdes, ou à perdre la vie.

Un éclair proche fit écho à sa dernière pensée.

L'ailée hurla. Le grondement du tonnerre étouffa son cri. L'éclair était passé à proximité de son aile gauche, lui brûlant de nombreuses plumes extérieures vitales à son équilibre. Tentant de surmonter sa douleur, la jeune femme lutta pour maintenir un vol stationnaire. La pluie eut vite fait d'éteindre les flammèches, mais s'avéra insuffisante. Malgré toute sa rage, l'ailée perdait son équilibre. Acculée dans ses retranchements, elle mit tout ce qui lui restait d'énergie pour descendre sans danger. La pluie, à la fois amie et ennemie, était successivement bénie puis maudite dans ses pensées saccadées. Elle n'avait aucune idée de ce qui l'attendait au sol, elle n'était même pas certaine de pouvoir l'atteindre saine et sauve. Souffrances physiques et muscles surinvestis l'accablaient. Pourtant, elle tint bon.

Hélas, en dépit de ses efforts, elle ne voyait toujours rien apparaître.

« Bon sang, foutu plancher, montre-toi ! »

Une éternité s’écoula encore avant que ses prières ne se retrouvent exaucées. Seul son instinct de survie lui permit de poursuivre ses efforts. Dans un coin de son esprit, une petite bouille se matérialisa. Gus, et ses grands yeux ronds pétillants.

Elle perdit conscience dès que son pied gauche heurta un obstacle. Son bref soulagement fut le signal que son corps attendait : il l'abandonna.

 

La belle humaine à la peau sombre ne bougeait pas d'un pouce. Assise plus bas, légèrement sur sa droite, elle semblait captivée par le flot de paroles d'un professeur que l’ailée considérait bavard et ennuyeux.

Poussant un soupir, Célestine détourna son regard et observa, au-dessus de la tête de Nuilée, le jeu des nuages maltraités par le vent, de l’autre côté des vitres. Son esprit n'oubliait pas la télépathe. Quel âge pouvait-elle avoir ? Dix-huit ans, peut-être moins. Et pourtant, son visage respirait une maturité qui l’envoûtait. L'ailée sentait les battements accélérés dans sa poitrine, comme à chaque fois qu’elle pensait à elle.

Célestine avait un amant, un humain d'un an son aîné qui lui assurait de belles nuitées, seulement elle le trouvait aussi intéressant, en dehors du lit, qu'une poussière sur un établi. À l'inverse, cette captivante créature au teint resplendissant focalisait toute son attention. En dehors des cours, elle était toujours collée à une petite rousse maigre comme un manche à balai. Une gamine d’une dizaine d'années qui, avait-elle entendu dire, avait involontairement mis le feu à la forêt. Quel lien pouvait bien les unir ? Certainement pas le lit.

Soudain, le professeur haussa le ton, sûrement enflammé par son discours. Il fut lui-même surpris par la voix aigüe qui sortit alors de sa bouche. En écho, toute la classe éclata de rire.

Célestine sourit également, mais ne rit pas. La télépathe ne riait pas non plus.

Le professeur, d’abord confus, finit par élever la voix pour rappeler ses témoins gênants à l'ordre, et le calme revint. Sur une grande inspiration, il reprit son monologue, la confiance l’ayant entièrement déserté. Les élèves retrouvèrent péniblement leur sérieux, avant d'afficher à nouveau leur ennui profond. Célestine remarqua alors un changement subtil chez leur enseignant. À la suite d’un silence inattendu, il avait repris la parole avec un ton plus déterminé. Le sourire en coin, ses yeux se braquaient, pétillants, sur la télépathe. Celle-ci éclata d'un rire cristallin qui surprit tout le monde, excepté le professeur.

Célestine fut marquée par la scène. Elle seule avait décelé l’échange entre l'étudiante et le professeur. Elle l’avait consolé. L'usage discret de son pouvoir à des fins de compassion avait durablement déconcerté l'ailée. Sa manœuvre avait définitivement élevé la télépathe au-dessus de la masse insignifiante des apprentis.

Oh oui, elle était vraiment captivante.

 

Elle fut sauvagement tiraillée par une douleur aux côtes. Quelque chose de pointu l'aiguillonnait, cherchant à la réveiller sans ménagement. Poussant un râle, Célestine força sa conscience à émerger. Ses efforts étaient largement motivés par l'idée de briser en deux le fumier qui osait la maltraiter.

—  1 Eho du, halt chlaffa.

Doucement mais sûrement, Célestine reprit le contrôle de ses sens. L'ouïe était claire, mais son cerveau peinait à traduire les propos assommants. Ses paupières refusant de s'ouvrir, elle se concentra sur le toucher.

Un bandeau lui entourait la tête, recouvrant ses yeux. « Ça commence mal. » Elle était couchée sur le dos, les jambes étendues côte-à-côte et les bras levés au-dessus de sa tête. Son support était dur, rugueux, il lui écorchait les fesses et les omoplates. Ses ailes ? Repliées. Puis Célestine remarqua un élément un tantinet affolant. Ses membres, son torse et ses ailes étaient ficelés comme on préparait une viande. Elle ne pouvait plus rien bouger, en dehors de ses doigts et de ses orteils.

« Merde ! La série noire ! J’vais quand même pas finir bouffée ?!»

—  2 Ire sah sie begwan ! Sie nix chlaffa merr !

La voix n'était pas la même que la première. Celle-ci était féminine, bien que rauque et grinçante.

—  3 Eh voguel, du es da, du nehmm uns nix fur doums, reprit la première

voix.

Le picotement très désagréable reprit au niveau des côtes. Célestine espérait que son tortionnaire ne se servait ni d'une épée, ni de tout autre instrument douteux. Elle chercha alors la meilleure attitude à adopter. Mais dans son état, entre la migraine et ses blessures, les solutions ne se précipitaient pas à son secours. Elle ne savait même pas où elle se trouvait, ni de quelle manière elle avait atterri dans ce bourbier. « L'orage ! J'y suis. Je suis tombée et... » Et ? Elle avait sombré. Tout en fronçant les sourcils, elle réalisa que son geste venait de la trahir.

— Yetz sech fertich voguel. Wir kent du es aufwarten. Abech horen, ya ?

Wir vayss nix wore du es, odair vayss nix wass mahrs bay bekempwil. Odair ob du es gut odair nix. Neh, du worlain debunten. Ire berinzen du

de uberzugue uns mit hale valter odair ire pfuplume sa du als di hane.4

À chaque fin de phrase, on la repiquait aux flancs. Célestine mesurait ses ennuis. Elle avait survécu, de toute évidence, mais son corps souffrait le martyr. Elle n'était pas en mesure de s'assurer de la santé de ses ailes. Pire, la roue de la malchance continuait de tourner, car elle comprenait à peine la langue avec laquelle on lui adressait la parole. L’elfique appris à l’Académie s’éloignait bigrement de ce dialecte épouvantable !

Et comme il s'agissait de l'elfique, elle pouvait envisager le pire. Les elfes étaient les créatures les plus exaspérantes de tout le cosmos. Aucune autre bestiole ne pouvait rivaliser !

« Je préférais l'orage... »

Sachant que son calvaire ne finirait pas de sitôt, l'ailée mit son irritation de côté et prépara son discours avec soin. Des phrases courtes, claires, tirés de son elfique rouillé. Elle devait obtenir des réponses sans éveiller davantage la méfiance des lutins, et sans leur donner le moindre indice quant à sa véritable identité. Lorsqu’elle croassa, on aurait dit que ses poumons avaient pris l’eau.

— Je suis Milage, une coursière au service de Numyrêa, la capitale du

royaume d'Âgairia. Je suis chargée de la correspondance… commerciale entre deux hauts dignitaires. Je n'ai pas le droit de vous communiquer leur identité. L'importance de l'affaire le justifie. J'ai été surprise par...

Célestine hésita alors. Elle avait pensé « votre climat de merde », mais se retint de justesse.

— … La tempête. J'ai tenté d’atterrir quand j'ai réalisé le danger que

j’encourais. Je ne vous veux aucun mal, ni à vous, ni à votre peuple. Je

veux... je dois juste poursuivre ma quête dans l'intérêt de mes mandataires.

« Pas si rouillée que ça, finalement. » Les elfes restèrent silencieux. Avaient-ils seulement compris quelque chose ? Célestine s’apprêtait à les interroger mais une voix féminine et grinçante la devança. — Fach ! Voguels chpilent nix di skalven. Sie bestelen. Du vilh uns fertich

du paren tosend teilere ?5

Célestine n'y comprenait goutte et s’énerva. Elle maudit l’accent repoussant de ses tortionnaires. Elle avait également un fâcheux pressentiment. « Ils ne me croient pas. » Le dernier mot, qu’elle avait cru comprendre, ne l'inspirait pas. Soit on lui proposait de manger un bout, soit de la démembrer. A priori, la seconde option paraissait la plus plausible. — Cet échange commercial est primordial, sans que je ne puisse vous en

expliquer la raison. Mon intervention est essentielle au regard de l'extrême urgence. Personne ne peut voyager plus vite qu'un ailé noir !

Pourquoi était-elle incapable de parler simplement ? Elle espérait qu'un ton prétentieux et furieux rendrait son histoire crédible, pour ce qu'ils en comprendraient.

La sueur perla sur son front, et les gouttes l'irritèrent. Sans savoir concrètement de quelle manière les elfes l’avaient ficelée, et sans pouvoir tester la solidité des cordes qui l’entravaient, elle ne pouvait compter sur ses seules forces pour la sortir de ce mauvais pas. Ces rigolos devaient la libérer.

Durant quelques minutes, les voix lutines chuchotèrent entre elles. Au moins, on ne la piquait plus. Enfin, la voix masculine reprit la parole. — Wir verchtena nix ale, abech wir griffen gross unreise. Voguels,

abveisend, schars ! 6

Il racla un crachat, mais ne sembla pas mettre son plan en action. « Il ne manquerait plus que ça », fulmina l’ailée. Elle mourait d’envie de les anéantir ! S’ils savaient qui elle avait été !

— Chade. Wir will nix guechich mit die poussen rasse glaffen. Nix

guechich. Wir gekurma du, wir a uberpruff du uns toderer nix wals dir

aufwart. Da, nix ? 7

L’ailée en avait plus qu’assez de ne pas comprendre ! — Du uns filen di libe. Fergeses nix. Noun, wir frilen du, gah gurde. Klar ?

8

— Euh... Clair ?

Le cœur battant, Célestine déploya tous ses efforts à comprendre le sens de ces jacassements. Un mot avait réussi à la calmer. Un mot qui lui était familier. « Frilen… ils me libèrent ? »

Elle sentit des pas légers s'approcher d'elle et banda inconsciemment ses muscles. Lorsque des mains la touchèrent, elle sursauta. Mais elles s’exécutèrent simplement à défaire ses liens.

D'abord rassurée, l'ailée ressentit une souffrance inattendue au moment où son sang se remit à circuler librement dans son corps ankylosé. Ses ailes brûlaient. Quand elle fut enfin libérée, elle n'osa pas tout de suite s'asseoir, appréhendant un malaise quasi-inévitable.

— Larsen, voguel. Abech du gah di fichtus bisse wir rausschmeise. Puss

nix irenheim uns, oder du berghenheim. 9

« Mais fermez-là maintenant ! Je ne comprends rien à vos conneries, c’est donc évident ! » De minuscules doigts lui saisirent bras et épaules et la redressèrent subitement sur son séant. Elle fut aussitôt ébahie par la force de ses hôtes. Les elfes ne mesuraient pas plus de la moitié de sa propre taille et n'étaient pas réputés pour posséder une force athlétique. — Aïe !

Elle venait de se cogner la tête contre le plafond. « Je vais les tuer, ces cons ! » Mais elle se contenta de rester penchée pour éviter de renouveler l’expérience.

Des mains avides la poussèrent alors de tous côtés. On la dirigeait sans ménagement, avec détermination. Elle nota un premier virage sur la droite, puis un second sur la gauche. Aucun escalier. Elle devait être au rez-de-chaussée, l'architecture de ce petit peuple intégrant toujours une farandole d'étages. Puis elle sentit l'herbe sous ses pieds, le vent lui fouetter le haut du corps et le visage. L'ailée put enfin se détendre, puis se redresser.

Célestine avait fait peu d'erreur dans sa vie, néanmoins, elle en fit une à cet instant. La faute à son épuisement physique autant que moral. À son estime médiocre pour les elfes, aussi. Dans les faits, elle relâcha son attention. Une absurdité lorsqu'on souhaitait éviter d’être surpris par un choc sourd à l’arrière du crâne.

 

Lorsqu'elle reprit conscience, elle était allongée sous un pommier sauvage. Au milieu de nulle part. Un fruit dur lui rentrait dans le dos. Au moins, on lui avait retiré ce fichu bandeau.

Des prairies vides de toute faune, en dehors de quelques insectes, s'étendaient autour d'elle. Le goût du sang obstruait sa bouche et sa gorge. Elle remarqua ensuite des fruits verts, éparpillés autour d’elle. Ils n'étaient pas mûrs. Quelle frustration !

Célestine se soucia alors de ses ailes. Celle de gauche était étalée de tout son long et couverte de terre. De nombreuses traces de brûlures et de sang séché la parsemaient. Quant à son aile droite, elle n'avait rien à envier à sa jumelle. « Je suis vraiment abandonnée par l’Unique... »

Dans un effort déchirant, la jeune femme releva son crâne endolori pour observer son corps. Vierge de toute brûlure, il n'en demeurait pas moins recouvert d'ecchymoses. Ses vêtements semblaient avoir été malmenés par des griffes enragées. Reposant lourdement la tête au sol, elle grogna. « Et maintenant, comment vais-je me sortir de là… » Elle pensa aussitôt à un souvenir désagréable : « Saletés de lutins ! » Un jour, elle irait leur expliquer les règles de l’hospitalité. Elle ne risquait pas d’oublier les deux voix qu'elle avait pu entendre. « Oh, oui, mes lutins... vous n'en avez pas fini avec moi. »

Elle décida de se relever. D’abord chancelante, elle trouva finalement la force d’avancer laborieusement, faute de réussir à s’envoler. « Toujours mieux que de rester crever sur place ». Des fruits immatures, elle en croisa des quantités. « C’est pas possible, l’Unique me teste ! » Elle aurait tué n'importe quel animal passant dans les environs pour apaiser sa faim intenable. Si seulement elle avait la notion du temps passé depuis son accident ! Elle n’avait qu’un seul indice, mais non des moindres. La sécheresse des plantes basses et de l'herbe environnantes indiquait qu’une journée au moins s’était écoulée, effaçant toute trace de la tempête qu’elle avait essuyée.

Tellement d'autres questions demeuraient sans réponse. Les lutins avaient précisé l'avoir soignée. Vu son état, elle doutait de leur sincérité. Pourtant, elle devait admettre que ses ailes et son corps puaient l’onguent autant que l'hémoglobine et la crasse. Quant à ses lèvres, elles ne manifestaient aucune trace de sécheresse. Elle n’avait pas soif. « Étrange... »

Peu importait, tout de même, n'avait-elle pas été maltraitée par ces nabots ? Ses membres portaient les empreintes des garrots qu'ils lui avaient imposés ! Si elle avait eu la moindre étincelle de magie en elle, elle se serait soignée, se serait vengée sur ses minables tortionnaires, puis elle aurait englouti leur réserve de nourriture. « Au moins, j’ai encore la possibilité de rêver. »

Le soleil dégringolait sur l’horizon quand elle tomba sur un miracle. Non loin d'elle, de longs glapissements provenaient d'herbes hautes. Malgré sa faiblesse, Célestine oublia toute précaution. Seule une bête inoffensive pouvait produire un son aussi pitoyable, n’est-ce pas ? Elle ne se trompait pas. En s’approchant, Célestine découvrit un loupi. Il était piégé dans un mécanisme rouillé, sûrement oublié par l'un de ces abrutis d'elfes. Au moins, le piège avait fonctionné. « Merci, le lutin. »

Le rongeur roux, au crâne aussi énorme que ses yeux noirs et ses oreilles touffues, couinait pathétiquement. Il baignait dans son propre sang. À la vue du corps déchiré, Célestine s’étonna. Sa survie tenait à un miracle !

Célestine n’était pas une nature sensible, elle éprouva tout de même un profond soulagement lorsqu’elle acheva l’animal. L'extirpant du piège mortel, elle porta alors le cadavre à ses lèvres. Sa faim ne pouvait souffrir aucune attente ! Lorsqu’elle acheva d'engloutir le pauvre rongeur, elle prit la pleine mesure de sa situation, et son cœur fit un bond. Elle, une ailée noire, une ancienne mage, une invocatrice, réduite à manger sauvagement un animal ? Elle aurait vomi, si elle l’avait pu, mais son estomac ne le permettrait pas. Le visage et les mains couverts d'un sang qui n'était pas le sien, Célestine ferma longuement les yeux et se concentra sur sa respiration. Elle perdait sa dignité. « Au moins, personne n'en saura jamais rien. » Pas de témoin, en dehors de l’Unique. Et c’était déjà trop.

Dépassant cet instant de faiblesse, Célestine sentit ses forces revenir. N'avait-elle pas obtenu ce qu'elle méritait ? La Déesse se rattrapait, finalement. Avec un sourire carnassier, elle leva son regard vers le ciel. Ses ailes, jusqu'à présent traînées et malmenées, se soulevèrent du sol. Elle inspira et savoura ce moment de quiétude où la force parcourait à nouveau son corps, nourrissait son torse et ses membres engourdis. Enfin, elle prit son élan et retourna dans son élément.

***

À Faecetin, les elfes se préparaient pour la nuit. Les étals fermaient. Les artistes de rues pliaient bagage. Les veilleurs de nuit allumaient les braseros. Les couleurs chatoyantes des tissus bariolés et des toiles qui couvraient les murs commençaient à s’atténuer.

Lorsqu'elle survola ce qui semblait être le marché, Célestine ne put rester de marbre face à l'étalage de couleurs criardes et l'architecture particulièrement anarchique. De nombreux supports étaient reliés les uns aux autres par des cordes, qui formaient des toiles d'araignées géantes. Les bâtiments, du moins ce qui s'en rapprochait, étaient de toutes tailles et de toutes formes. Impossible de deviner leur fonction. La cité ressemblait à une immense foire. « Une ville à l'image de ses fous d'habitants. » Mais comment repérer le palais ou ce qui faisait office de domaine royal ?

Plissant les yeux, Célestine scruta de son regard acéré les espaces susceptibles de sortir du lot ou la moindre indication. À croire que ce peuple n'utilisait pas l'écriture. Des pancartes affichaient de nombreux dessins farfelus, mais rien que l'ailée ne puisse comprendre. Elle les maudit. Finalement, de petits cris attirèrent son attention. On l'avait repérée. Telle une vague, des centaines d’elfes tournèrent le regard dans sa direction, levant leur tête au risque de perdre leur couvre-chef. Certains la pointèrent du doigt en formant de leurs lèvres un O comique. Avec leurs vêtements criards, leurs chapeaux grotesques, leurs corps maigrichons et leurs oreilles gigantesques, ils ressemblaient à des gnomes épilés, plus fins, un peu plus grands, plus chevelus et surtout plus enfantins de visage, de corps et d'esprit. Le plus marquant était la couleur de leur peau. À l'instar de leurs habits, de leurs cités et de leur état d'esprit, ils affichaient toutes les couleurs capillaires et de peau imaginables. Exaspérants avant même d'être accostés !

Avant que tout le pays ne se mette en émoi, Célestine accéléra ses recherches. Elle remarqua un bâtiment circulaire particulier, et comprit qu'il s'agissait du temple. Les Dieux de La Révélée et les Trois Voûtes, la religion originelle des elfes, se manifestaient sous forme de statues de bois imbriquées dans un cercle commun, dans la cour intérieure démesurée du sanctuaire. Encore une faute de goût impardonnable ! Stupides et influençables, les elfes n'avaient su résister à l'appel de la religion humaine, sans réussir à se dépêtrer entièrement de leur première foi. Le résultat ? Une mixture imbuvable de deux religions polythéistes où deux concepts fondamentalement différents se côtoyaient : les dieux païens et les Trois Voûtes. Parmi ces dernières, celle du ciel, de la terre, et des profondeurs, qui cristallisaient les dimensions de l'espace. « Pff. » Ces ignares ! Tous étaient les enfants de l'Unique, la Déesse ancestrale honorée par les ailés et qui les avaient protégés durant leur exil, plusieurs siècles auparavant.

Heureusement, lui épargnant d'autres motifs d'écœurement, la chance lui sourit enfin. Droit devant elle, elle ne put louper le clou du spectacle visuel que proposait la ville. Il ne pouvait s'agir que du palais. Il lui fit immédiatement penser à une pièce montée telle qu'elle en avait vue à l'Académie. Couches après couches, de forme pyramidale avec des niveaux larges, plus coloré qu’un champ de fleurs en début de saison sèche, il jaillissait de la cité tel un géant parmi des gnomes. « Un monument dédié au mauvais goût ! » Tant pis, il fallait bien qu'elle s'y fasse. Heureuse d'être parvenue au bout de sa quête, l'ailée piqua. Elle allait retrouver la télépathe ! « Ma solitude touche à sa fin ! »

Lorsqu'elle atterrit à l'intérieur de la seconde couronne surélevée du palais, une foule d'elfes vêtus de cuir coururent vers elle. La présence d'arcs, tout de plumes recouverts, et de dagues longues ne présageaient pas un accueil favorable. Elle fut rapidement encerclée, mais elle prit soin d'afficher un air hautain et dédaigneux. Ils ne l'impressionnaient nullement. Un elfe jaune, à la barbe nattée de trois couleurs différentes, se présenta, sourcils froncés. Il lui parla fort heureusement dans la langue universelle de Daléor. Elle n'aurait pas supporté d'entendre davantage leur dialecte crissant à l’accent sec qu'elle comprenait à peine, si éloigné de l’elfique pur appris à l’Académie.

— D'où sortez-vous ? Vous vous croyez assez maligne pour passer outre les

protocoles et notre sécurité ? Vous allez nous suivre jusqu'à l'entrée sans rechigner ni opposer de résistance, sinon vous ne décollerez plus jamais du sol !

Célestine remarqua les six lutins qui l'approchaient, filets en mains. Elle nota aussi la maîtrise correcte de la langue humaine par ce qui s’apparentait à leur chef.

— Du calme. Je savais que vous ne me recevriez jamais à une heure aussi

tardive si je me présentais selon vos convenances. Je dois voir votre conseillère immédiatement. C'est une affaire secrète de la plus haute importance. Dites-lui que j'étais à l'Académie avec elle.

— Vous nous prenez pour des abrutis ? N'importe qui peut sortir des âneries

pareilles. Quelle preuve nous apportez-vous ? Faites-nous donc une démonstration de votre Don, pour voir ! Vous croyez que nous allons embêter la conseillère sur des spéculations ? Elle a mieux à faire à une heure pareille.

Célestine poussa un long soupir, bruyant au possible. « Il n’est pas con, celui-là. » Elle éleva la voix.

— Elle vous rongerait l'âme de ses sombres pouvoirs si elle apprenait que je

m'étais présentée et que vous m'aviez repoussée. Son amie d'enfance est en danger, je suis la seule à pouvoir l'en informer.

Elle espérait que les appartements de la conseillère se situaient non loin d'eux. Peut-être interviendrait-elle si les échos de la scène lui parvenaient aux oreilles ou si les pensées des soldats l'atteignaient ? Spéculations, certes, mais rien d'improbable.

— Les conseillers n'ont pas d'ami, maintenant suivez-nous. Vous vous

présenterez demain matin selon les convenances, à la porte d'entrée. Je ne veux plus rien savoir.

Bon sang, mais ce drôle était vraiment moins crétin que les autres ! Et plus sérieux. Célestine allait perdre patience. Après tout ce chemin, comment osaient-ils ? Et où trouvaient-ils le cran de s’opposer à une ailée noire, et ce sans afficher le moindre signe d'inquiétude ? Il était hors de question que Célestine passe une nuit de trop dans ce cirque géant. Elle devait savoir. En prenant son envol, elle pourrait rester à une distance raisonnable de toute arme et appeler la mage aussi longtemps que nécessaire. Interrompant ses projets, une nouvelle voix transperça l’obscurité croissante.

— Les conseillers n'ont pas d'ami, mais en dehors de quelques élus, dont

ceux qui ont fréquenté l'Académie, personne n'est censé savoir qu'ils ont pu en avoir.

Un silence de temple envahit l'assemblée. Le cœur de Célestine s'arrêta. Près d'eux, derrière une troupe d'archers, la créature extraordinaire à la peau d'ébène l'observait. Elle était plus belle encore que dans ses souvenirs. Malgré ses vêtements de nuit, ses cheveux maîtrisés tombaient dans son dos avec la grâce d'une reine. Si elle éprouvait de la curiosité ou de la surprise, elle le cachait bien. Elle devait cependant l'avoir reconnue. Forcément ! L'ailée dut retrouver contenance avant de répondre. — Madame, je ne voulais pas vous importuner si tard dans la nuit. Je dois

absolument vous parler en privé. Savez-vous qui je suis ?

— En effet, je vous ai reconnue. La dernière fois que je vous ai vue, vous

étiez invitée à quitter l'Académie. Vos pouvoirs n’ont pas été épargnés, vous m'en voyez désolée. Mais voyez-vous, je suis désormais conseillère, et votre admiration pour ma personne, votre besoin de me

voir, ne peuvent être cachés derrière vos prétendues causes héroïques à secourir des amis du passé. Vous êtes beaucoup trop égocentrique pour ça.

Quelle claque ! Visiblement, la mage ne se gênait plus pour violer l’intimité de ceux qui l’entouraient ! Étourdie, irritée par l’étalage de honte publique dont elle faisait les frais, Célestine lança à la conseillère une pensée concise, accompagnée de toute la conviction qu'elle pouvait transmettre.

— Conseillère, je suis sur la bonne voie pour croire que Harwyn est plus

dangereux qu'il en a l'air. Votre amie rousse pourrait nous aider à l'arrêter.

Elle n’avait pas tourné autour du pot. Elle s'attendait à voir la conseillère manifester une quelconque émotion, à obtenir son avis sur ses doutes, voire à être invitée à la voir en privée. Pas à recevoir sa seconde claque de la soirée ! Mais l’autre haussa les épaules et répondit à haute voix. — Vous avez de drôles d'idées. Harwyn, le Conseiller Suprême, est le

protecteur de tous les peuples, et le restera de longues années encore. Aucune diffamation n'est tolérable en ma présence. Quant à celle que vous appelez mon amie, je vous prie de vous souvenir à qui vous avez à faire. Je n'ai pas d'ami. Je suis rigoureuse et fidèle à mon État d'adoption, comme mon nouveau statut m’y oblige. Maintenant, je vous remercie pour votre attention et vous rappelle à votre bon sens. Je vous souhaite beaucoup de courage pour votre vie future, aussi frustrante puisse-t-elle être pour une femme aussi arrogante que vous. Soignez votre âme. Clavesai ?

L'ailée noire se figea, mâchoire ouverte. Elle ne pouvait croire ces paroles. Cette femme avait été une amie, une sœur pour la rousse, elle n'en doutait pas un seul instant. Dans l'hypothèse où Harwyn avait tout détruit, ne pouvait-elle pas remettre en cause ses certitudes à son égard ? Tandis que les elfes commençaient à lui saisir les bras, l'incitant à bouger, Célestine tenta le tout pour le tout. Délaissant sa fierté et son orgueil, elle abaissa son bouclier et envoya une vague d'images mentales à la conseillère.

Ses souvenirs, quand elle l'observait depuis les hauteurs de l’amphithéâtre, des années durant. Quand l'attaque des ombres noires avait démarré. Ce qu'elle avait ressenti, observé, depuis les hauteurs. Quand elle s’était assuré qu’elle était à l’abri. Ses doutes, ses hypothèses, ses certitudes. Et enfin, ses pressentiments, notamment à l'égard de l'intervention miraculeuse de la rousse pour les secourir, en ce temps où elle avait encore ses pouvoirs.

Sacrifice vain. Autant essayer de faire parler un rocher. La mage de Malicinae ne manifesta aucune émotion malgré l’inondation visuelle et les révélations associées à l’ailée. Célestine secoua tristement la tête, d'incompréhension et de déception. Le cœur en miettes, sa fierté évanouie, elle laissa les petits êtres colorés la traîner à travers l'espace qui les séparait de la porte principale du domaine royal. Elle ne jeta même pas un dernier regard en arrière.

Au fond d'elle, elle attendait toujours un sursaut de conscience de la conseillère. Elle se serait contentée d’un contact mental pour lui expliquer son attitude neutre et navrante. Elle espérait que son ancienne obsession discerne toute sa sincérité et l'urgence de la situation. Mais, de pavé en pavé, rien n'y fit. L'ancienne femme était morte, tuée par Harwyn. On ne ressuscitait pas une déesse dévorée par un chacal.

Célestine ne sentit pas les petites pattes la lâcher. Elle n’entendit pas plus la lourde porte recouverte de mosaïques se refermer dans son dos, frôlant ses ailes relâchées de dépit. « J'y crois pas. » Mais qu'est-ce que ce satané sorcier avait fait à cette femme si intelligente ? Qu'elle ait oublié son amitié, elle pouvait l'admettre, Harwyn œuvrait efficacement à détruire les sentiments éprouvés pour autrui. Mais qu'elle ne réagisse pas d'un haussement de sourcil à l'intervention d'une ailée noire, anciennement mage et étudiante à l'Académie, qui avait accumulé de nombreuses certitudes… elle en était coite.

—  10 Eh du, geh. Jetz !

Prise de court, Célestine remarqua les deux gardes qui surveillaient l'entrée. L'un était aussi vert de peau que de cheveux, l'autre présentait des teintes orangées aggravées par une tunique flamboyante. Les goûts et les couleurs du peuple elfique échappaient à l'ailée, qui transperça son interlocuteur d'un regard noir. Si elle l'avait pu, elle l'aurait foudroyé sur place. Il se ratatina.

— Je pars quand je le décide. Je suis dehors, non ?

L'elfe plissa les paupières et pinça les lèvres sous sa moustache tremblotante. L'autre la regardait de ses yeux brillants sans cacher son admiration. Était-il vraiment en train de baver sur elle ? Écœurée, Célestine déploya ses ailes avant de prendre son envol, envoyant au passage une claque de plumes à l'elfe vert qui couina. Laissant derrière elle ce monde absurde, elle se fondit dans la nuit étoilée.

***

Dans le noir, d'immenses yeux blancs observaient l'ailée. La silhouette disparut rapidement de leur vue. Cependant, Pénélope pouvait toujours suivre les pensées déçues et énervées qui disparaissaient au loin. Plus que la rage, l'incompréhension dominait cet amas de sentiments négatifs.

L'intervention de l'ancienne étudiante avait touché des cordes sensibles : l'amitié, l'amour, la confiance, les repères, les fondations de sa vie. Son histoire et ses convictions.

Seulement, elle devait rester concentrée sur ses missions de conseillère. Elle venait seulement d’arriver !

Troublée, Pénélope décrocha finalement son regard de la voûte céleste.

 

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