Les Mohicans de Paris 5
Le boulevard des Invalides.
CCLVII
La scène qui se passait à la même heure boulevard des Invalides, hôtel de Lamothe-Houdon, quoique semblable, au fond, aux deux scènes que nous venons de raconter, était toute différente dans la forme.
Chez Rose-de-Noël, l’amour était en bouton.
Chez Régina, il entrouvrait sa corolle.
Chez madame de Marande, il était en pleine fleur.
Quel est le moment le plus délicieux de l’amour ? Toute ma vie, j’ai cherché cette énigme sans la pouvoir trouver. Est-ce l’heure où il naît ? est-ce l’heure où il grandit ? est-ce l’heure où, près de s’arrêter, fruit savoureux et suave, il va tomber dans la robe d’or de la maturité ?
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Quel est le moment où le soleil a ses rayons les plus beaux ? Est-ce à son aurore ? est-ce à son midi ? est-ce à l’heure où, incliné vers le couchant, il trempe l’extrémité de son disque de pourpre dans les flots tiédis de la mer ?
Oh ! qu’un autre le dise, qu’un autre prononce, qu’un autre décide ; nous craindrions trop de nous tromper sur une si grave question.
Et voilà pourquoi nous ne saurions dire quel était le plus heureux, de Jean Robert, de Ludovic ou de Pétrus, et laquelle savourait le plus délicieusement les joies d’amour, de madame de Marande, de Rose-de-Noël ou de Régina.
Mais, pour qu’on envie et que l’on compare, disons quels mots, quels regards, quels sourires d’ivresse les deux amants, ou plutôt les deux amoureux... – trouvez-moi donc un mot, chers lecteurs, trouvez-moi donc un mot, belles lectrices, pour peindre ma pensée ; les deux amoureux ? non : les deux aimants ! – quels mots, quels regards, quels sourires d’ivresse les deux aimants échangèrent pendant cette lumineuse et resplendissante nuit.
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Pétrus était arrivé vers minuit et demi devant la grille de l’hôtel.
Après avoir fait, en long et en large, sept ou huit tours sur le boulevard des Invalides, pour voir si personne ne l’observait, il était revenu se blottir dans l’angle que formait le pan de mur en retour dans lequel était scellée la grille.
Il était là depuis dix minutes environ, les yeux fixés avec une certaine tristesse sur les persiennes fermées et à travers lesquelles il n’apercevait aucune lumière ; il commençait à trembler que Régina n’eût pu venir au rendez-vous, quand il entendit un petit hum ! hum ! bien bas qui indiquait, de l’autre côté de la muraille, la présence d’une seconde personne.
Pétrus répondit par un hum ! hum ! semblable.
Et, comme si ces deux monosyllabes eussent été doués du même pouvoir magique que le mot sésame, la petite porte percée à dix pas de la grille s’ouvrit mystérieusement sans que l’on aperçût même la main qui la tirait.
Pendant ce temps, Pétrus s’était glissé le long
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de la muraille, de la grille à la porte.
– C’est vous, ma bonne Nanon ? demanda Pétrus à voix basse, en apercevant, avec ses yeux d’amoureux, à travers l’obscurité de la sombre allée de tilleuls qui venait jusqu’à la porte, une vieille femme que tout autre que lui eût prise pour un fantôme.
– C’est moi, répondit Nanon du même ton ; car c’était, en effet, la bonne vieille nourrice de Régina.
Oh ! les nourrices ! depuis la nourrice de Phèdre jusqu’à celle de Juliette, depuis la nourrice de Juliette jusqu’à celle de Régina !
– Et la princesse ? demanda Pétrus.
– Elle est ici.
– Elle nous attend ?
– Oui.
– Mais il n’y a de lumière ni à la fenêtre de sa chambre, ni à celle de sa serre.
– Elle est au rond-point du jardin.
Non, elle n’était plus là ; elle était au bout de
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l’allée, où elle apparaissait comme une blanche vision. Pétrus s’envola vers elle. Deux mots se confondirent entre quatre lèvres.
– Chère Régina !
– Cher Pétrus !
– Vous m’avez donc entendu ?
– Je vous ai deviné.
– Régina !
– Pétrus !
On eût dit l’écho du premier baiser qui se répétait.
Puis Régina entraîna vivement Pétrus.
– Au rond-point, dit-elle.
– Où vous voudrez, mon amour.
Et les deux jeunes gens, rapides comme Hippomène et Atalante, silencieux comme ces sylphes et ces ondines qui passent, sans les courber, sur les hautes herbes du Brumenthal, arrivèrent en un instant à la partie du jardin que l’on appelait le rond-point.
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Le rond-point dans lequel venaient de s’abattre Pétrus et Régina était bien le plus doux nid d’amoureux qui se pût imaginer : fermé de toutes parts, en apparence, par des charmilles, comme le rond-point d’un véritable labyrinthe, on ne comprenait point par où on pouvait y entrer, et, une fois entré, par où on pouvait en sortir ; les arbres, déjà fort serrés à leur base, étaient si inextricablement enchevêtrés à leur cime, qu’on eût dit les mailles d’un filet de soie verte ; ce qui donnait aux deux amants qui étaient dessous l’apparence de deux papillons pris dans un immense réseau.
Et, cependant, les feuilles n’étaient pas tellement serrées que les rayons des étoiles ne pussent y pénétrer ; mais avec quelle timidité ils semblaient traverser ces feuilles, avec quelles précautions infinies ils avaient l’air d’égrener des émeraudes sur le sable doré !
Dans ce rond-point, il faisait plus sombre encore qu’ailleurs.
Régina était délicieusement habillée tout en blanc comme une fiancée.
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Il y avait eu soirée à l’hôtel, mais Régina avait eu le temps de quitter sa toilette de salon pour un grand peignoir de batiste brodée, aux larges manches laissant sortir ses magnifiques bras nus ; seulement, pour ne pas faire attendre Pétrus, elle avait gardé ses bijoux.
Son cou était entouré d’un fil de perles fines qui semblaient autant de gouttes de lait durci ; deux diamants, de la grosseur d’un pois chacun, étincelaient à ses oreilles ; une rivière de brillants était tordue dans ses cheveux ; enfin, des bracelets d’émeraudes, de rubis, de saphirs, sous toutes les formes, chaînes, fleurs et serpents, étreignaient ses bras.
Elle était adorable ainsi ! blanche à la fois d’une blancheur éclatante et pure, comme la blancheur de la lune, et, comme elle, toute constellée !
Lorsque Pétrus put s’arrêter, respirer, voir, il fut ébloui. Nul mieux que le jeune homme, peintre, poète et amoureux, ne pouvait se rendre compte du tableau féerique qu’il avait sous les yeux : ce bois lumineux et frissonnant, ce sol
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moussu, jonché de violettes et de vers luisants, les unes répandant leur parfum, les autres répandant leur lumière ! sur une branche voisine, un rossignol chantant sa cantilène nocturne et égrenant son chapelet de notes mélodieuses ! et elle, Régina ! elle ! debout, appuyée à son bras ! enivrante et enivrée ! centre de ce ravissant tableau ! statue d’albâtre rose !
C’était, on en conviendra, plus qu’il n’en eût fallu pour rendre amoureux un indifférent, et fou un amoureux ; c’était bien véritablement le songe d’une nuit d’été – songe d’amour et de bonheur.
Pétrus en subit tous les enivrements.
Et, chose terrible pour lui, pauvre Pétrus, au milieu de ces enivrements, était celui de la richesse.
Certes, sans perles, sans diamants, sans rubis, sans émeraudes, sans saphirs, Régina eût été belle toujours, car elle restait femme ; mais, avec son nom de Régina, était-ce assez pour elle que d’être femme, et ne lui fallait-il pas être un peu reine ?
Hélas ! ce fut ce que se dit Pétrus en soupirant
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à la fois d’amour et de tristesse : il se rappelait l’aveu qu’il avait à faire à sa bien-aimée.
Il ouvrait la bouche pour tout lui dire, mais il lui sembla que bien d’autres paroles que celles de cet humiliant aveu se tenaient sur ses lèvres, se pressaient au seuil de son cœur.
– Plus tard, plus tard, murmura-t-il tout bas.
Et, comme Régina s’asseyait sur un banc de mousse, lui se coucha à ses pieds, baisant ses mains et cherchant, entre les pierreries qui chargeaient ses bras, une place où appuyer ses lèvres.
Régina vit bien que tous ces bracelets gênaient Pétrus.
– Excusez-moi, mon ami, dit-elle, je suis venue comme j’étais. Je tremblais de vous faire attendre ; puis j’avais hâte de vous voir. Aidez-moi à me débarrasser de tous ces bijoux.
Et alors elle se mit à presser, les uns après les autres, les ressorts de ses bracelets et à laisser tomber autour d’elle, comme une pluie scintillante, tous ces rubis, toutes ces émeraudes,
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tous ces saphirs enchâssés d’or.
Pétrus voulut les ramasser.
– Oh ! laisse, laisse, dit-elle avec cette aristocratique insouciance de la richesse, c’est l’affaire de Nanon. Tiens, mon Pétrus, mon bien aimé, voici mes bras et mes mains ; ils sont bien à toi, maintenant : plus de chaînes, même d’or ; plus d’entraves, même de diamants !
Que dire à cela ? S’agenouiller et adorer.
Pétrus se laissa aller, comme l’Indien, à la délicieuse rêverie, à la contemplation muette de la beauté, à une ivresse, enfin, qui ressemblait à celle du hachich.
Puis, après un instant de silence, pendant lequel son regard semblait s’être absorbé dans le regard de Régina, pendant lequel son âme semblait s’être ravivée dans l’âme de la jeune fille :
– Ah ! ma bien aimée Régina ! s’écria-t-il dans un élan passionné, Dieu peut maintenant me rappeler à lui, car j’ai touché à la fois des mains et des lèvres cette fleur inconnue que l’on appelle
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la félicité humaine, et j’ai vécu. Jamais, même en espérance, mon rêve le plus doux ne m’avait donné une parcelle des joies que vous répandez en moi comme une divinité bienfaisante. Je vous aime, Régina, au-delà de toute expression, au-delà du temps, au-delà de la vie, et l’éternité me semble à peine suffisante pour vous répéter : Je t’aime, Régina, je t’aime !
La jeune femme laissa d’elle-même tomber sa main sur ses lèvres.
Régina, nous l’avons dit, était assise, et Pétrus était couché à ses pieds ; mais, en baisant la main de Régina, il se releva à demi ; mais, en passant son bras autour du cou de Régina, il se releva tout à fait.
Il en résulta qu’il se trouva debout, et elle assise.
De cette façon, il la dominait de toute la hauteur de sa taille.
Alors la pensée lui revint de sa pauvreté, et il poussa un soupir.
Régina tressaillit : elle comprit que, celui-là,
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c’était un soupir de douleur, et non d’amour.
– Qu’avez-vous donc, mon ami ? demanda-t-elle avec une espèce d’effroi.
– Moi ? Rien ! dit Pétrus en secouant la tête.
– Si fait, dit Régina ; vous êtes triste, Pétrus ; parlez, je le veux.
– J’ai eu de profonds chagrins, mon amie.
– Vous ?
– Oui.
– Quand ?
– En ces temps derniers.
– Et vous ne m’en avez rien dit, Pétrus ? Voyons, que vous est-il arrivé ? Parlez, parlez !
Et Régina releva la tête pour mieux voir Pétrus.
Ses beaux yeux étaient chargés d’amour et brillaient comme ces diamants épars dans sa chevelure.
S’il n’y eût eu que les yeux de Régina, Pétrus eût peut-être parlé.
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Mais il y avait les diamants.
Les diamants le fascinèrent.
Oh ! n’était-ce pas, en effet, une cruelle confidence que celle qui consistait à révéler à cette grande dame, aussi riche que belle, qu’elle avait pour amoureux un pauvre diable de peintre dont on allait, dans quatre ou cinq jours, vendre les meubles à l’encan ?
Et puis, ce pauvre diable de peintre, en avouant sa pauvreté à la femme riche, n’était-il pas forcé d’avouer en même temps, à son amie sans défauts, qu’il avait failli être un mauvais fils.
Cette fois encore, le courage lui faillit.
– Mauvaise, dit-il, n’est-ce point un chagrin profond que d’être forcé de quitter Paris et de demeurer six jours sans vous voir ?
Régina l’attira vers elle en lui présentant son front. Pétrus y appuya ses lèvres avec un frissonnement de joie qui fit rayonner son visage. En ce moment, la lumière naissante de la lune arrivait directement sur le front de Pétrus. En le voyant si splendidement éclairé par cette double
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lumière, Régina ne put retenir un cri d’admiration.
– Vous me dites quelquefois que je suis belle, Pétrus.
Le jeune homme l’interrompit.
– Je vous le dis toujours, Régina ! s’écria-t-il, quand ce n’est pas avec mes lèvres, c’est avec mon cœur.
– Eh bien, laissez-moi vous dire une fois que vous êtes beau !
– À moi ? fit Pétrus tout étonné.
– Laissez-moi vous dire que vous êtes beau et que je vous aime, mon noble Van Dyck ! Tenez, je voyais hier au Louvre le portrait du grand peintre dont Dieu vous a donné le talent, et dont, moi, je vous ai donné le nom ; eh bien, en me souvenant d’avoir entendu raconter à Gênes les amours de Van Dyck avec la comtesse de Brignoles, j’étais prête à vous dire – vois comme c’est heureux, mon Pétrus, que je ne t’aie pas rencontré dans ce moment-là ! – j’étais prête à te dire : « Je vous appartiens comme elle lui a
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appartenu, car vous êtes beau comme lui, et je l’aime, certes, plus qu’elle ne l’aimait. »
Pétrus jeta un cri de joie.
Alors, se laissant tomber près d’elle et l’enlaçant par la taille, il l’attira doucement à lui.
Régina plia comme un palmier sous la brise du soir, et, inclinant sa tête sur la poitrine de Pétrus, elle écouta en souriant les battements précipités de son cœur, dont chaque battement lui disait : « Régina, je t’aime ! »
En vérité, c’était un groupe ravissant que celui de ces beaux jeunes gens, et l’ange du bonheur eût dû les pétrifier dans cette extase.
La parole s’arrêta sur leurs lèvres. Qu’avaient-ils à se dire ? L’haleine de Pétrus caressait doucement les cheveux de la jeune femme et la faisait frissonner comme une sensitive au souffle d’un oiseau.
Elle avait fermé les yeux et jouissait intérieurement de ces délices ineffables que la religion fait espérer aux mourants, lorsqu’ils se réveilleront dans un autre monde sous le regard
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du Seigneur.
Une heure se passa ainsi dans cette enivrante léthargie, chacun jouissant de son côté du bonheur qu’il donnait à l’autre et le savourant en silence, comme si le témoignage trop éclatant d’une pareille félicité devait rendre jaloux les astres qui les éclairaient.
Mais ni l’un ni l’autre n’échappaient à l’influence de l’étreinte amoureuse ; leur haleine devenait plus pressée, leur regard plus humide ; leur souffle semblait une plainte ; leur sang, comme une marée qui monte, semblait avoir submergé le cœur et battait dans les artères de leur front.
Régina se réveilla en sursaut comme un enfant qui échappe à un mauvais songe, et, tremblant de tous ses membres, les lèvres presque collées à celles du jeune homme, elle murmura :
– Pars... va-t’en... quitte-moi, Pétrus !
– Déjà !... dit le jeune homme, déjà !... Et pourquoi te quitter, mon Dieu ?
– Je te dis de partir, mon bien-aimé ; va-t’en...
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va-t’en !
– Un danger nous menace-t-il, mon ange adoré ?
– Oui, un grand, un terrible !
Pétrus se leva et regarda autour de lui.
Régina le fit rasseoir, et, avec un sourire qui n’était pas exempt d’effroi :
– Non, dit Régina, le danger n’est point où tu le cherches, ami.
– Où est-il donc ? demanda Pétrus.
– Il est en nous, il est dans nos cœurs, il est sur nos lèvres, il est dans l’étreinte de tes bras, dans les chaînes des miens... Aie pitié de moi, Pétrus... je t’aime trop !
– Régina ! Régina ! s’écria Pétrus en pressant entre ses mains la tête de la jeune fille et en la baisant avec passion.
L’étreinte dura un temps indicible. Dans ce baiser ardent, et cependant chaste comme celui de deux anges, leurs âmes se confondirent. Une étoile glissa du ciel et sembla tomber à quelques
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pas d’eux.
Régina, par un effort suprême, s’arracha des bras du jeune homme.
– Ne tombons pas du ciel comme elle, mon bien-aimé Pétrus, dit Régina en le regardant avec ses deux beaux yeux noyés des larmes de l’amour.
Pétrus lui prit la main, l’attira à lui, et déposa sur son front un baiser qui n’eût pas été plus pur sous les lèvres d’un frère.
– À la face de Dieu qui nous regarde, dit-il, à la face des étoiles qui sont ses yeux, je vous donne ce baiser comme la marque de la plus haute estime et du plus profond respect.
– Merci, ami, dit Régina. Ton front ?
Pétrus obéit, et la jeune femme lui rendit le baiser qu’elle venait de recevoir. En ce moment, trois heures sonnèrent, et Nanon parut.
– Dans une demi-heure, il fera jour, dit-elle.
– Tu le vois, Nanon, fit Régina, nous nous disons adieu.
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Ils se séparèrent.
Mais, au moment où leurs deux mains allaient se quitter, la main de Régina retint la main de Pétrus.
– Ami, dit-elle, demain, je l’espère, tu recevras une lettre de moi.
– Je l’espère bien aussi, dit le jeune homme.
– Mais une bonne lettre.
– Toutes tes lettres sont bonnes, Régina ; seulement, la dernière est toujours la meilleure.
– Celle-là sera meilleure que la meilleure.
– Oh ! mon Dieu ! je suis si heureux, que j’ai presque peur.
– N’aie pas peur, et sois heureux, dit Régina.
– Que me diras-tu donc dans cette lettre, mon amour chéri ?
– Oh ! aie la patience d’attendre ; ne faut-il pas nous garder du bonheur pour les jours où nous ne nous voyons pas.
– Merci, Régina ; tu es un ange.
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– Au revoir, ami !
– À toujours, n’est-ce pas ?
– Tenez, fit Nanon, quand je vous disais. Voici le jour.
Pétrus secoua la tête et s’éloigna, le regard constamment tourné vers la jeune femme.
Que disait donc Nanon et que parlait-elle du jour ?
En ce moment, au contraire, aux yeux des deux amants, le ciel se couvrait d’un crêpe, le rossignol cessait de chanter, les étoiles s’effaçaient du ciel, et toute cette féerie créée pour eux semblait s’éteindre avec leur dernier baiser.
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