LES Ruffians DE Paris - Tome I - LA Dent DU RAT
Viila Rose Bleue.
VII
LA ROSE BLEUE.
– C’est très bien de se lever avant l’aube, ami Coppola, dit Caillebotte, pendant que le train roulait à raison de soixante-dix kilomètres à l’heure, et de se payer des convois spéciaux à coups de billets de banque ; mais encore faut-il qu’un si bel effort serve à quelque chose, et le hasard, qui daigne m’avertir, a voulu que tes 500 francs ne te servissent à rien. Ton calcul est limpide, mon bonhomme ; tu t’es dit que je reconduirais les enfants chez maman Legoarrec, ou que j’irais seul la mettre en garde et sa-voir d’elle le peu qu’elle sait, et je crois qu’à cette heure, impru-dent étourdi, qui sèmes si bien ta correspondance en plein bois, j’en sais plus long qu’elle n’en a jamais su sur ce qui nous inté-resse. Et alors, cher baron, tu m’attends en gare de Provins, avec ton sacripant de Brin-d’Amour, et tu as préparé quelque joli truc pour me barrer le passage. Me faire casser les reins ? C’est peut-être bien gros, comme dirait un dramaturge de mes amis… Puis, même à deux, ça ne serait pas commode, ton acolyte en sait quelque chose… User de ta puissance pour me jeter aux mains des gendarmes ? C’est mieux, seulement le prétexte n’est pas facile à trouver… Mais voilà le malheur, tu en seras pour tes frais d’ingéniosité, car je ne descendrai pas plus du train de neuf heures trente-cinq ici roulant, que de celui de dix heures qua-rante, heure d’arrivée à Provins… Et je serai chez maman Le-goarrec, mon vaillant baron, avant que, de guerre lasse, tu te sois décidé à t’y rendre.
Et Caillebotte, tout heureux de sa trouvaille, gesticulait fu-rieusement en arpentant le compartiment, où il avait la chance
– 113 – d’être seul et où il débitait son monologue ;… car, nous l’avons dit, c’était son grand défaut… cette exubérance, chaque fois qu’un sentiment vif l’agitait.
En cet instant, il n’avait pas plus l’air d’un savant qu’un poulain en liberté n’a l’air d’une mule. Mais personne ne le pou-vait voir.
Quand on arriva à Longueville, à dix heures vingt et une minutes, tous les voyageurs qui n’allaient ni à Troyes, ni à Chau-mont, ni à Belfort, durent descendre.
Il le savait bien et descendit.
De l’autre côté du quai, un train se formait à destination de Provins.
Mais Caillebotte se garda bien de s’y rendre.
Et, sortant de la gare, il se mit en quête d’une carriole quel-conque.
Il n’y a que six kilomètres par la grande route de Longue-ville à Provins.
Une petite promenade d’une heure à peine avec un cheval ayant seulement le souffle.
De loueurs de voitures, il n’en existait pas dans le pays.
À l’auberge, il n’y avait que des charrettes impossibles.
Mais on lui indiqua la demeure d’un marchand de froma-ges qui possédait un vieux cabriolet sans capote. Il le prêtait assez volontiers,… moyennant finances.
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– C’est à deux pas, au bout de la rue.
C’était la fin du village.
Sur le pas de la porte du fromagier, il trouva une grosse fille qui mangeait une tartine. Il lui exposa le but de sa visite.
– L’bourgeois n’y est pas.
– Ah ! diable !…
– Il est au marché d’Nogent ; dame, c’est l’marché d’Nogent.
– Alors, il a emmené cheval et voiture ?
– Pour ça, non ! Cocotte est là… et le tape-cul sous la re-mise, donc.
– Alors, si la bourgeoise veut bien.
– Ah ! la bourgeoise, elle ne reviendra pas d’sitôt…
– C’est contrariant…
– Nous l’avons enterrée, il y a trois mois, voyez-vous, mais il y a l’fieux.
– Que ne le disais-tu tout de suite !
– Vous ne l’avez pas demandé.
– Et il est là le fieux ?
– J’vas voir.
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Et toujours la bouche pleine, elle s’avança à demi sous la porte en criant :
– Hé ! m’sieu Nicolas ! m’sieu Nicolas… êtes-vous éveillé à c’t heure ?
– Diable ! se dit Caillebotte, il paraît qu’il fait la grasse ma-tinée, monsieur Nicolas ; ils ne sont pas faciles à mettre en branle, les gens de la Brie.
Mais Nicolas arriva presque aussitôt, tout courant, avec son chien Pataud, qui vint flairer très amicalement les mollets de Caillebotte, puis s’assit gravement sur son derrière, en face de l’étranger.
– Qu’est-ce qu’il y a, la Margot ?
– C’est m’sieu que v’là qui voudrait Cocotte et la voiture…
– C’est pas pour aller à Nangis…, par hasard ?
– À Nangis ?
– Faites pas attention, dit la fille, qui semblait assez fami-lière avec ce grand garçon de quinze ans, c’est qu’il a une connaissance à Nangis.
Et elle lui donna une tape sur l’omoplate.
M’sieu Nicolas s’frotta en riant.
– Hé ! n’tape pas si fort, la Margot.
– Mon ami, dit Caillebotte, je vous loue Cocotte et le ca-briolet pour la journée : je vous donnerai 20 francs !…
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Il savait bien qu’il aurait eu la voiture pour 10 francs, mais il ne voulait plus perdre de temps à marchander.
– Attelez au plus vite. S’il faut vous aider, j’y ai la main. Je suis pressé et je tiens à arriver à Provins avant une heure.
En un tour de main, – les 20 francs avaient fait merveille, – le véhicule fut prêt, et Nicolas y monta à côté de Caillebotte, en disant avec un soupir :
– C’est dommage tout de même que Nangis ne soit pas à votre idée.
– Ce sera pour une autre fois, mon garçon, répondit Jac-ques en souriant.
Cocotte partit d’un bon trot allongé. La bête était solide et en bon état. Pataud courait devant, encourageant la jument de ses abois joyeux.
– Nous serons à Provins dans trois quarts d’heure, dit le jeune garçon.
– Vous connaissez bien les environs ?
– J’ai un oncle à la Grange-aux-Dîmes.
– C’est que je tiens à entrer par la porte de l’Est.
– Du côté des remparts… La côte est raide.
– Mais accessible aux voitures ?
– Oh ! tout de même.
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– Ce côté de la ville, qui donne sur les plaines de Champa-gne, est le plus pittoresque. D’ailleurs, par là nous arrivons tout droit à la tour de César…
– Par le chemin de ronde…
– Et c’est là que j’ai affaire.
Reprenant alors son rôle de savant, il raconta au jeune Ni-colas, lui faisant ainsi la leçon sans en avoir l’air, qu’il venait de Nogent-sur-Seine, où il était professeur d’histoire naturelle au collège, et, que grand amateur de roses, il profitait d’un petit congé pour augmenter sa collection de quelques espèces rares. On lui avait parlé beaucoup, ajoutait-il, des pépinières et des serres de Mme Legoarrec…
– Oh ! je la connais bien, dit Nicolas ; c’est moi qui la four-nissais de fromage trois fois par semaine.
– Et vous avez cessé de lui en fournir ?
– C’est-à-dire que, depuis le départ des enfants, elle a dit comme ça qu’on ne vienne que tous les jeudis. Elle n’a pas faim, la pauvre chère dame ;… elle est si triste !
– Alors ses enfants l’ont quittée ?
– Oh ! pas d’eux-mêmes, car ils l’aimaient bien. Mais il paraît que c’étaient des affaires d’héritage, à ce qu’on raconte ; car il faut vous dire que ces enfants-là n’étaient pas ses enfants à elle, mais des adoptifs, comme on dit ;… si bien que le notaire a écrit qu’il avait dû les faire partir pour l’Amérique,… mais de ne pas s’inquiéter ; qu’ils étaient bien accompagnés par de braves gens, et que, par lui, on aurait de leurs nouvelles…
– Ah ! il a écrit cela, dit Caillebotte.
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Et entre ses dents il ajouta :
– Le misérable !
Il devenait clair pour lui que l’on avait eu l’intention bien arrêtée de faire disparaître les enfants et que leur vie même était en jeu. Me Dupeyrat eût donné de leurs nouvelles tous les six mois à la vieille dame Legoarrec, et un beau jour, pour se débar-rasser de cette obligation, il aurait annoncé sans doute qu’ils avaient été tous les deux, Pervenche et Thaddée, victimes de quelque épidémie locale ; qu’ils étaient morts de la fièvre jaune, et cette lettre eût clos ses rapports avec la pauvre veuve.
Cette nouvelle changea ses dispositions et modifia son plan. Si Coppola venait chez Mme Legoarrec, peut-être se pré-senterait-il comme envoyé par Me Dupeyrat, afin d’être reçu et écouté ; il était important, en ce cas, que le baron trouvât la veuve sous l’impression de tristesse que lui avait apportée la lettre du notaire.
Et Caillebotte agirait ensuite selon les circonstances, après avoir laissé le champ libre à Coppola, de façon à ne rien risquer qu’à coup sûr.
Et il jouissait de la perplexité où devait se trouver l’aventurier, qui, en ce moment, assurément, de faction au café de la gare, faisait surveiller les arrivages par Brin-d’Amour.
Il lisait dans son jeu. L’autre ignorait tout du sien.
Pendant ce temps, Cocotte, après avoir franchi l’un des ponts jetés sur la Voulzie, montait crânement la côte, assez es-carpée, qui contourne la colline au sommet de laquelle se dresse la tour de César.
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– Et comme ça, dit Nicolas, si vous allez chez Mme Legoarrec, nous allons redescendre du côté de Saint-Quiriace. Nous suivrons la rue des Remparts et nous arriverons droit à sa porte.
– C’est cela, mon garçon, dit Caillebotte ; tu iras ensuite avec le cabriolet m’attendre en quelque auberge que je puisse facilement trouver.
– Oh ! nous avons l’hôtel du Pont-aux-Poissons, qui est là au bord de l’eau ; on y est traité… ; je ne vous dis que ça.
– Va pour le Pont-aux-Poissons.
– Au coin de la Grand’ Rue, sur le quai.
La maison de Mme Legoarrec était adossée aux ruines des anciens remparts, sur un terrain en pente douce, qui faisait de sa pépinière une vaste terrasse dominant la ville basse.
Au-dessous de cette terrasse, les constructions s’engageaient en amphithéâtre, et l’on voyait à l’extrémité du jardin s’élever des toits la fumée sortant des cheminées.
Quand la grande porte était ouverte, – elle l’était à ce mo-ment, – une petite barrière à claire-voie tournant sur charnières et faisant résonner une sonnette d’appel, était placée dans ses gonds par la servante.
Après avoir donné congé au jeune fromagier, qui repartit avec son cabriolet, Caillebotte poussa la barrière et fit jouer la sonnette.
Aussitôt la servante mit le nez à la fenêtre. Un jardinier qui remplissait son arrosoir leva la tête.
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– Madame Legoarrec ?
– C’est qu’elle est bien souffrante, la pauvre chère dame, dit la servante en s’avançant vers le visiteur inconnu.
– Est-ce qu’elle garde le lit ?
– Oh ! non, mais elle n’aime pas beaucoup à causer en ce moment, et si c’est pour des fleurs, vous pouvez vous adresser à Jean, – montrant le jardinier, – c’est tout comme madame.
Caillebotte insista.
Il tenait à voir Mme Legoarrec en personne.
Il fit l’amateur méticuleux et défiant. Puis il venait de loin et ne pouvait de sitôt faire le voyage, il y avait des questions d’origine à établir dans les plantes qu’il désirait, et sur ce point les affirmations du jardinier lui paraissaient insuffisantes.
Et la servante, persuadée qu’il n’en démordrait pas, se dé-cida à prévenir sa maîtresse.
Caillebotte avait besoin de gagner du temps, puisqu’il avait résolu d’abord de laisser le champ libre à Coppola, avant de ré-véler ce qu’il était à la vieille dame ; mais il tenait à ne pas quit-ter la place, et s’enfonça dans la pépinière, jusqu’à l’extrémité de la terrasse qui dominait la ville.
Il allait de plates-bandes en plates-bandes, s’extasiant, ges-ticulant, regardant les fleurs à la loupe, mais ne perdant de vue ni l’entrée de la maison ni la porte de la rue.
Le dernier train du matin arrivait de Paris à Provins à dix heures quarante, et comme onze heures sonnaient à Saint-Quiriace, il était probable que le baron, après s’être assuré avec
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Brin-d’Amour que l’homme qu’ils attendaient n’était pas parmi les arrivants, ne tarderait pas à venir voir par lui-même ce qui se passait chez la mère adoptive de Pervenche et de Thaddée.
Caillebotte, arrivé à la dernière travée de cette pépinière disposée en amphithéâtre, s’était assis sur un banc, devant une plate-bande embaumée, toute consacrée aux variétés de la rose de Provins, Rosa gallica. Il admirait l’Alfieri aux tons lilacés ; l’Alvarès cramoisi ; la Belle Rosine, du plus beau rose ; la Dési-rée Parmentier, aux pétales couleur de chair, et les panachures diverses de la Tricolore de Flandre, quand Mme Legoarrec appa-rut au seuil du rez-de-chaussée. Mais, comme il voulait l’attirer près de lui, il feignit de ne pas l’avoir aperçue et se confina dans l’étude du Cœrulescens marmorea, à la fleur ardoisée, bleuâtre, marbrée de blanc.
Mais il n’était pas si absorbé dans sa contemplation qu’il ne pût l’examiner et la détailler à l’aise.
Mme Legoarrec n’était pas, d’ailleurs, un problème pour l’observateur. Du premier coup d’œil, on la connaissait. C’était la bonne femme, simple et confiante ; le front, par exemple, ré-vélait la Bretonne persévérante jusqu’à l’entêtement. En ce moment, un voile de tristesse était étendu sur cette douce fi-gure, faite pour le sourire.
Nicolas avait dit vrai. L’excellente femme aurait peine à se consoler de la perte de ses enfants.
Mais si l’on avait besoin de son dévouement pour les sau-ver, elle ne le marchanderait pas.
Comme elle approchait de lui, il se redressa :
– Ah ! fit-il en la saluant, madame Legoarrec, très bien. Je vous dérange, excusez. Mais il le faut. Je suis Adam Smith, de
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Nemours… Connaissez-vous ? Non. Il n’importe. Ami des fleurs, des roses surtout… Je les perfectionne… Déjà j’ai obtenu la rose verte…
– La rose verte !…
– Oui, très jolie,… un vert chou,… fleur pommée,… très ré-ussie,… à confondre avec les choux de Bruxelles… Je vous en enverrai… Dans un bouquet, effet charmant,… opposition, contraste. Vous jugerez. Maintenant je travaille la rose bleue…
À ce moment la sonnette de la petite porte à claire-voie ré-sonna à l’autre bout du jardin.
Du premier coup d’œil Caillebotte reconnut Coppola qui entrait, et se promit bien de profiter de sa situation de premier arrivant pour forcer, s’il était possible, le baron à s’expliquer devant lui.
– Oh ! grommela-t-il tout haut d’un air bourru en retenant Mme Legoarrec, un gêneur…
– Mon Dieu ! monsieur, si vous vouliez me dire prompte-ment ce qui vous amène…
– Promptement,… très difficile,… question d’origine, com-paraison, choix minutieux… La promptitude, mauvaise affaire, mauvaise besogne…
Pendant ce temps, Coppola, curieux de savoir avec qui se trouvait la veuve avançait rapidement.
– Certainement, mon droit de priorité avant tout… Hum ! cet homme-là, mauvaise figure… Un concurrent peut-être ;… très mauvaise figure,… défiez-vous… Moi je maintiens mon droit.
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– Mais lequel ?
– De choisir le premier les plants convenables, surtout les rosiers blancs.
– Les rosiers blancs, soit.
– C’est entendu. Vous lui vendrez des rouges, des pana-chés, des jaunes,… d’accord, mais tous les blancs sont réservés.
Coppola était tout près d’eux.
Caillebotte, bien à son rôle, se tourna vers lui, et d’un ton élevé, avec véhémence, il lui cria :
– Vous entendez, monsieur, tous les blancs sont réservés…
– Et quels blancs ? répondit Coppola étonné.
– Bon ! vous faites l’ignorant… mais on m’a prévenu ce ma-tin…
– Ce matin ?
– À Nemours.
– Et je ne viens pas de Nemours.
– Je ne dis pas que vous en venez,… mais vous poursuivez le même objet.
– Hein ?
– Et vous avez appris que la variété blanche la plus favora-ble se trouve chez madame.
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– Mais, monsieur, vous rêvez…
– Comment ! je rêve… Vous n’êtes pas Barbanson, mon concurrent pour la rose bleue ? Vous n’avez pas trois fois consulté M. Pasteur pour les applications d’aniline sur la Centi-folia carnée ? Ce qui fait que vous avez produit un monstre vio-let au lieu de la belle rose bleue que je suis certain de créer, moi, monsieur,… mais pas avec l’aniline,… ah ! non !… pas avec les procédés ordinaires… et surtout avec la Centifolia,… fleur com-mune… Non pas,… non pas,… Barbanson… Je ne vous l’envoie pas dire,… mille pétales !…
Et comme soulagé par ce flot de paroles, il fit mine de souf-fler.
Coppola l’avait laissé dire et toisé de la tête aux pieds. Sans doute, l’examen le rassura pleinement, et, persuadé qu’il avait devant lui un monomane sans conséquence, dont il n’y avait pas à se défier et qui ne devait avoir jamais que sa rose bleue en tête, il répondit en souriant :
– Monsieur, rassurez-vous… Je ne suis pas Barbanson, non plus qu’envoyé par lui. J’ignorais qu’on pût créer des roses bleues, et je ne viens pas ici pour acheter des fleurs…
– Hum ! fit Caillebotte avec défiance. Je voudrais vous croire…
– Mais vous doutez encore… Dans un instant, si vous vou-lez bien me permettre de dire à Mme Legoarrec ce qui m’amène… Oh ! ce n’est pas un mystère… Vous serez suffisamment édifié…
Caillebotte était arrivé à ses fins. Il fit un geste d’assentiment.
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Coppola, se retournant alors du côté de Mme Legoarrec :
– Madame, lui dit-il, je viens de la part de Me Dupeyrat.
La figure de la bonne dame s’illumina.
– Vous m’apportez des nouvelles des enfants ? s’écria-t-elle.
– N’en avez-vous pas de toutes fraîches ?
– Moi, depuis la lettre où Me Dupeyrat m’annonçait leur départ précipité,… j’attendais un mot de Pervenche…
– Voilà qui est particulier, dit Coppola.
– Comment ?
– Nous étions persuadés qu’il n’y avait là qu’une escapade et que nous obtiendrions des renseignements près de vous.
– Que voulez-vous dire ?
– Mon Dieu ! excusez-moi,… mais puisque les enfants ne sont pas ici…
– Ici… et comment y seraient-ils ?
– Il faut bien, continua Coppola, que je vous fasse partager nos inquiétudes…
– Achevez…
– Ils ont disparu.
– Disparus !… Pervenche, Thaddée !…
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– Au moment où l’on avait tout disposé pour ce départ né-cessaire, ils ont été enlevés, on ne sait par qui…
– Oh ! mon Dieu !
– Tout d’abord, on avait cru que, dans un élan de leur grande amitié pour vous, ils avaient voulu, avant leur départ, vous dire adieu, et que, de crainte d’en être empêchés, ils avaient pris la clef des champs pour accourir à Provins ;… mais de nouveaux indices nous ont permis de constater qu’ils n’avaient pas agi librement, qu’un audacieux aventurier, dont les intentions nous échappent, s’était emparé d’eux.
– Mais il faut les chercher, les poursuivre…
– C’est bien ce que nous faisons, chère madame, et quand la justice pourra joindre ses efforts aux nôtres…
– Et qui l’en empêche ? N’avez-vous pas averti le commis-saire de police, le procureur de la République ?
– Nous avons fait officieusement tout ce qui nous était per-mis, mais la plainte doit être signée de vous.
– De moi ?
– Certainement. Vous avez élevé les enfants, c’est à votre requête que le parquet et la police pourront se mettre en mou-vement pour les arracher des mains de leur ravisseur.
– Vous avez raison, je n’y pensais pas.
– Aussi, suis-je venu avec la plainte toute préparée par Me Dupeyrat.
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– Bon ! pensa Caillebotte, qui faisait mine de s’intéresser fort peu au récit du baron, et s’amusait à compter les étamines d’un fuchsia ; bon ! il l’a préparée de sa belle main tout à l’heure à la gare, sur le premier papier timbré venu.
Coppola tira de sa poche un papier roulé.
– Si vous voulez en prendre lecture et la signer, je rentre immédiatement à Paris par le train d’une heure, de façon à ce que Me Dupeyrat puisse se rendre chez le procureur général dès ce soir.
– Donnez, dit Mme Legoarrec, toute bouleversée, je vous le rapporte à l’instant… Ces pauvres enfants, enlevés…, par qui ? mon Dieu ! Et c’est ma faute… Je n’aurais pas dû les laisser ainsi partir seuls…
– Le temps presse…
– Soyez tranquille… Si vous voulez me suivre jusqu’à la salle basse…
Et elle allait remonter la terrasse suivie de Coppola, quand, se trouvant en face de Caillebotte, qui avait manœuvré de façon à se placer sur le haut du sentier :
– Excusez-moi, monsieur,… mais je suis à vous tout à l’heure… Et si vous voulez venir jusqu’au perron… Les rosiers blancs sont dans nos réserves de l’ouest, là-haut, sur la droite.
Et passant devant, elle laissa Coppola et Caillebotte face à face.
– Alors, dit le prétendu savant, c’est bien sûr…
– Quoi donc ?
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– Vous n’êtes pas venu pour les roses et cette histoire est sérieuse ?
– Tout ce qu’il y a de plus sérieux, mon maître, répondit Coppola en souriant de la défiance persistante de son interlocu-teur.
– Hein !… Si vous n’avez en tête que ce papier et la signa-ture de Mme Legoarrec, il faudra bien que je vous croie…
– Aussi, pour vous rassurer pleinement, sitôt la plainte si-gnée, vous me verrez vous laisser le champ libre avec empres-sement, et vous pourrez constater, ajouta-t-il, que je n’ai pas jeté le plus petit coup d’œil sur les élèves de cette pépinière…
Caillebotte, toujours à son rôle, fit un geste qui pouvait passer pour une constatation affirmative, et grommela à demi-voix :
– Vandale !… va.
Tout en causant ainsi, ils étaient remontés jusqu’à la mai-son.
Mme Legoarrec en sortait, le papier signé à la main. Elle était émue, les yeux pleins de larmes ; une certaine hésitation se lisait dans ses traits. Sans doute, elle avait l’instinct qu’on lui demandait une chose grave, la crainte qu’on ne mésusât de sa signature, mais le souci de retrouver ses chers enfants l’emportait pour elle et diminuait toutes les responsabilités.
– Je compte bien, dit-elle, que M. Dupeyrat me tiendra au courant des résultats.
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– En doutez-vous ? protesta le baron… Vous serez la pre-mière informée des moindres faits, et si l’on a besoin de vous pour quelque question…
– Oh ! j’irai à Paris…
– Inutile… La justice agit en ce cas par voie de commission rogatoire. Le parquet de Provins, recevra les instructions du procureur général.
– Enfin, dit avec un soupir Mme Legoarrec, qu’on les re-trouve… et surtout qu’on me les ramène ; s’il faut, à toute force, me séparer de Pervenche et de mon petit Thaddée, qu’on me laisse au moins la consolation de les embrasser une dernière fois avant leur départ.
– C’est trop juste, répondit Coppola en serrant soigneuse-ment l’acte dans sa poche ; c’est une satisfaction que vous doit Me Dupeyrat… Mais, excusez-moi,… l’heure s’avance… et nous ne tenons pas compte de l’impatience de monsieur, qui m’avait devancé près de vous, ajouta-t-il en montrant Caillebotte.
Il était pressé et brusquait son départ.
Caillebotte, lui, n’avait nulle envie de le retenir.
Mais les derniers mots du baron étaient de nature à le ras-surer, car ils prouvaient que Coppola avait été complètement dupe de son déguisement.
Mme Legoarrec avait fait quelques pas pour l’accompagner.
D’un geste, Coppola la dispensa de toute conduite, et la sa-luant ainsi que Caillebotte, il arpenta vivement l’allée qui conduisait à la porte d’entrée.
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Là, il salua une dernière fois et disparut.
Sans se préoccuper de l’étonnement de Mme Legoarrec, Caillebotte, qui guettait cette disparition avec une certaine im-patience dissimulée, descendit quatre à quatre les travées de la pépinière et gagna le coin de la terrasse, où s’élevait un petit bosquet touffu.
Là, caché par le feuillage épais d’une treille, il put suivre sans être vu la descente du baron dans le chemin creux.
De cet observatoire, les rues qui conduisaient au quai et à la rivière se dessinaient comme des rubans serpentant sur le dos de la colline. On les dominait dans leurs méandres. Caillebotte vit donc nettement le baron ; au lieu de se diriger vers la gare, comme il le croyait, tourner sur la gauche en marchant à grands pas vers un édifice de construction moderne qu’à son style morne et froid, il devina devoir être le palais de justice de Pro-vins.
Mme Legoarrec, qui avait voulu se rendre compte de la lubie de son visiteur, l’avait rejoint sous la treille.
Il lui montra le bâtiment dont le baron gravissait en ce moment le perron.
– C’est le palais de justice ? demanda-t-il.
– En effet.
– En ce cas, je n’ai pas un instant à perdre si je veux dépis-ter les limiers qu’il va me mettre aux trousses.
– Que voulez-vous dire ? s’écria la veuve tout effarée.
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Caillebotte jeta un coup d’œil circulaire autour de lui, et, trouvant le bosquet très convenable pour sa confidence :
– Parbleu ! dit-il en ôtant ses lunettes pour rendre à ses re-gards toute leur éloquence, vous venez de livrer votre signature à un joli bandit.
– Comment ?
– Et il en ferait un bel usage, si je le laissais agir… Mais, d’abord, il convient que je vous rassure. Pervenche et Thaddée sont en sûreté.
– Je ne comprends pas.
– Le fait est que c’est un peu embrouillé. Vous avez été dupe d’une bande de coquins, dont Me Dupeyrat est l’agent…
– Un notaire !…
– Bon ! il y en a déjà quelques-uns au bagne, mais pas tous ceux qui le méritent. Celui-là travaillait, dans l’intérêt de clients fort puissants, à faire disparaître les deux enfants que vous avez élevés. Je passais par là, heureusement ; j’ai pu rompre les mail-les du filet, et j’ai sauvé les chers petits de la mort mystérieuse à laquelle ils étaient évidemment condamnés.
– Oh ! mon Dieu !
– Les drôles se sont aperçus ce matin que je leur avais en-levé leur proie, et ils ont une rage folle de la reprendre. Cette signature qu’on vient d’obtenir de vous sous un spécieux pré-texte, est destinée à mettre la gendarmerie à la poursuite de l’audacieux qui les contrecarre. Ils ne me connaissent pas en-core, je le pense du moins, et peut-être leur faudra-t-il quelque temps avant de savoir à qui ils ont affaire. Mais déjà votre mai-
– 132 – son va être mise en surveillance. C’est pour cela que cet aventu-rier qui nous quitte s’est rendu, aussitôt muni de votre plainte, au parquet de Provins…
Mme Legoarrec, l’esprit troublé, comprenant mal, se de-mandait si elle avait affaire à un fou.
Caillebotte sourit.
– Il faut pourtant que je vous inspire confiance, dit-il ; dans ma précipitation, je n’ai pas songé à demander à Mlle Yvonne un mot qui m’accrédite… Mais regardez-moi bien, maman Legoar-rec, et rappelez-vous le personnage qui sort d’ici… Votre cœur vous dira que nous nous ressemblons comme le jour et la nuit. Il est venu vous extorquer une signature ; je ne vous demande, moi, que la prudence. Il vous apportait l’inquiétude et l’angoisse ; moi, au contraire, je vous dis : Tout va bien ! Le premier danger est conjuré. Pour le reste, je veille. Le voyage en Amérique est une chimère, ou plutôt c’était une invention abo-minable pour dissimuler à vos yeux la perte de ces deux êtres qui vous sont chers. Le secret de toute cette intrigue commence à se dévoiler pour moi. Mais un homme sait tout, et seul pourra confondre les coupables ; c’est Hoël…
– Hoël ?
– Oui, celui-là même qui vous a confié Pervenche et Thad-dée, et qui, ce devoir accompli, si je devine bien, n’a quitté la France que pour aller rechercher les preuves et témoignages qui lui manquaient pour faire remettre ces deux enfants en posses-sion de la fortune à laquelle ils ont droit et qui leur a été volée par ceux que je combats…
– Ah ! je vous crois ;… mais Hoël a disparu…
– Pas pour tous.
– 133 –
– Vous avez de ses nouvelles ?
– Il est en route pour revenir en France.
– Seul ?
Ce mot, dit avec angoisse, avait échappé, dans son émotion, à Mme Legoarrec, et elle parut aussitôt le regretter. Caillebotte lui posa la main sur le bras et la regarda longuement en face. Une lumière subite s’était faite dans son esprit.
– Non pas seul, dit-il après un silence ; il ramène avec lui une femme dont l’esprit est égaré, à ce qu’on affirme, et qu’il a trouvée dans une plantation cubaine… Vous savez quelque chose au sujet de cette femme ?
– Moi !
– Je vais vous aider. Hoël, à l’époque où il vous confia les enfants, n’était-il pas obsédé par la pensée que la comtesse de Kermor n’était pas morte dans l’incendie de l’habitation ?…
– Comment savez-vous ?…
– Et n’est-ce pas dans l’espoir de la retrouver, en même temps qu’il se procurerait les papiers nécessaires à la reconnais-sance de Mlle Yvonne et de Thaddée, qu’il est reparti pour la Ha-vane ?…
– Ah ! ce n’est pas moi qui vous l’ai dit…
– Oui, ma bonne madame Legoarrec, vous avez bien gardé son secret, puisque Pervenche elle-même ne connaît pas le vrai nom de sa famille. Mais aujourd’hui le silence n’est plus néces-saire. Les fers sont au feu et la guerre est déclarée ; une guerre à
– 134 – outrance, puisque la vie de ces chers enfants est en jeu. Et de cette vérité que j’ai pu reconstituer morceau par morceau, vous me disputeriez en vain le peu que vous possédez. Ne faut-il pas, d’ailleurs, que je sois armé de toutes pièces pour la lutte contre les La Roche-Jugon ?…
– Vous les connaissez…
– Et l’homme que vous avez reçu comme l’envoyé de Me Dupeyrat est l’âme damnée de ces ennemis de vos enfants d’adoption.
– Et j’ai signé ce papier !
– Je ne pouvais m’y opposer sans me dévoiler à ses yeux. C’est un petit mal pour un bien. Danger connu est à demi conju-ré. Pour le moment, il ne s’agit que de compléter mes docu-ments. Une lettre tombée, par heureuse chance, entre mes mains m’a livré la clef de cette intrigue et me donne à penser en même temps que les recherches d’Hoël à Cuba n’ont pas été vaines. Cette femme, qu’on prétend folle et dont il s’est consti-tué le gardien, le protecteur ; qui s’est embarquée avec lui à la Havane sur un navire en partance pour Lorient, serait vraisem-blablement la mère des enfants qu’il a sauvés, la comtesse de Kermor. Hoël avait été toute sa vie attaché à cette famille.
– Sa mère avait nourri le comte.
– Je le crois assez prudent pour ne pas venir se jeter, au re-tour, dans la gueule du loup. Il doit avoir deviné là-bas qu’il était l’objet d’une surveillance, et sans doute, au lieu de débar-quer à Lorient, il fera escale en Angleterre, pour se diriger en-suite sur quelque point de la côte de France où il puisse trouver promptement un abri et des amis.
– Bien sûr. Il ira aux Verdelets.
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– Aux Verdelets ?
– En face Pléneuf, à la pointe du havre de Dahouet.
– Je vois cela, un groupe de petites îles verdoyantes à l’entrée de la baie de Saint-Brieuc.
– Précisément.
– En effet, s’il débarque à Liverpool, il gagne par voie de terre la Cornouaille et le bateau de Plymouth à Guernesey. De là, par Jersey et Saint-Malo, il peut arriver aux Verdelets en dé-routant les curieux qui le guettent à Lorient.
– C’est ce qu’il fera. Hoël est homme avisé.
– Eh bien ! Il faut qu’à son arrivée à Pléneuf ou aux Verde-lets, Hoël trouve, pour le recevoir, quelqu’un dont il ne puisse douter. Il faut qu’on l’empêche de rien hasarder, afin de ne rien compromettre. Nous ne devons frapper le grand coup qu’avec la certitude du succès, car la vie de Mme de Kermor est menacée ainsi que celle de ses enfants, et nous avons pour adversaires des gens capables de tous les crimes… La mort du comte n’est-elle pas de leur fait ? Hoël doit en savoir quelque chose… Com-prenez-vous qu’il faut me laisser tout conduire, moi qui suis au cœur de la place, qui tiens déjà une partie des secrets de ces mi-sérables et qui seul peut mener à bien une intrigue aussi déli-cate ?
– Oui, mais comment et par qui prévenir Hoël ?
– J’ai trouvé, moi…
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Et Caillebotte, qui avait pris les deux mains de Mme Legoarrec, la regardait avec ce bon et franc sourire qui commande la confiance.
Elle le comprit et répondit simplement :
– Vous avez raison, il faut bien que je serve à quelque chose.
– Vous ne craignez pas de laisser vos affaires en souf-france ?
– Non, Jean me suppléera fort bien. Quand faut-il partir ?
Caillebotte, qui n’avait pas cessé de surveiller la ville basse, jeta un regard attentif sur le palais de Justice.
– Il n’est pas encore sorti. Rien n’a bougé. Nous sommes donc libres de nos mouvements.
Et, revenant à Mme Legoarrec :
– Pensez-vous avoir fait vos préparatifs dans un quart d’heure et donné vos instructions à vos gens ?
– Mes préparatifs sont tout faits… Depuis huit jours, je voulais chaque matin partir pour Paris, et Rose avait rempli ma valise des objets indispensables…
– Et pour le reste…
– Je n’ai pas de grandes recommandations à faire. Jean est le plus honnête garçon du monde et le mieux entendu.
– Bien ; si votre absence se prolonge, nous trouverons un moyen autre que la poste pour que vous correspondiez avec
– 137 – eux… Mais donnez-leur cette consigne, qui peut inquiéter nos adversaires, de dire que vous avez été emmenée à Paris subite-ment par un parent revenu de très loin.
– Soyez tranquille ; la leçon faite, ils n’en démordront pas.
– Dans un quart d’heure, descendez avec Jean et la valise par les remparts, en évitant d’être vue ; gagnez la Grange-aux-Dîmes, j’y serai avec la carriole qui m’a amené et nous partirons ensemble… Pour plus de sécurité, voyez-vous, et pour choisir un itinéraire qui vous mette à l’abri de toute surprise, je vous ferai la conduite…
– Jusqu’à Pléneuf ?
– Ne faut-il pas que je sache bien où vous retrouver, ainsi qu’Hoël, quand le moment de le faire agir sera venu ?
– Vous avez raison.
Mme Legoarrec était absolument dominée par cette fermeté convaincue. Et dès lors qu’elle ne doutait pas de la sincérité de Caillebotte, elle était bien résolue, avec sa tête de Bretonne, de ne plus se ménager jusqu’au succès.
Et tandis que Coppola prolongeait sa station chez le substi-tut du procureur de la République de Provins, faisant miroiter à ses yeux l’avancement rapide qui récompenserait son zèle dans une affaire intéressant au plus haut point les puissants sei-gneurs de La Roche-Jugon, puissants même en République, Caillebotte sortait de Provins sans encombre avec Mme Legoarrec et roulait sur la route de Nogent-sur-Seine.
À Nogent, Caillebotte prenait à quatre heures vingt le train de Troyes, où ils arrivaient à six heures. Là, nos voyageurs chan-geaient de ligne et, par le chemin de fer de l’État, gagnaient
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Sens, Montargis, Orléans et Chartres. Puis, une fois à Chartres, ils se dirigeaient sur Lamballe. Comme cela on tournait Paris. C’était le plus long, mais le plus sûr.
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