Les Vierges et autres nouvelles
La Grande Allée ............................................................ 174
LA GRANDE ALLÉE
Les gens de Saint-Georges, de Boissière, de Villeneuve, disaient que les gens de Trois-Rivières étaient des sauvages. Sur eux couraient des légendes et j’ai connu une femme de Saint-Georges qui, lorsque son garçon avait fait une sottise, le menaçait de l’emmener à Trois-Rivières. Et, là-haut, il ver-rait bien…
On savait peu de chose de Trois-Rivières. Les gens étaient des paysans farouches. On n’y comptait guère plus de quinze fermes situées de chaque côté de la Grande Allée. Du côté du levant, c’étaient les fermes de La Toussaille et, du côté du couchant, celles de La Margavelle. C’est ainsi qu’on avait nommé les deux parties de Trois-Rivières que parta-geait, au milieu, la Grande Allée de peupliers.
Les paysans de Saint-Georges, de Boissière et de Ville-neuve disaient bien que ceux de Trois-Rivières devaient être sorciers pour avoir réussi à faire pousser de si beaux peu-pliers sur une colline, en plein roc, alors qu’eux-mêmes ne réussissaient pas mieux dans leurs prairies, pourtant si hu-mides qu’on y avait du regain toute l’année. Les habitants de Trois-Rivières étaient étonnés eux-mêmes de cette pousse magnifique, mais personne ne pourrait dire combien ils étaient jaloux de leur sol qui avait produit une si belle allée. Les gens d’en bas, ceux de Saint-Georges et des autres bourgs, pouvaient bien parler de sorciers !…
Il n’y avait pas que la Grande Allée dont on était fier à Trois-Rivières. Il y avait aussi le père Grandvin. Beaucoup ignoraient même son nom et ne l’appelaient plus que le père
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Carillon. Il était le plus vieux et personne, ni lui non plus d’ailleurs, n’aurait pu dire exactement son âge. Sa maison n’était ni du côté de La Toussaille ni du côté de La Mar-gavelle. Elle était au bout de la Grande Allée de peupliers. C’était un peu comme un chemin seigneurial pour aller chez lui. Et quand le curé parlait en chaire de Dieu le Père et du paradis, il parlait de la Grande Allée de peupliers conduisant à la maison Grandvin où siégeait le père Carillon lequel, pour faire plus vrai, s’était laissé pousser une belle barbe blanche.
Rien ne se faisait à Trois-Rivières contre la volonté ou même sans le conseil du père Carillon.
Avec le père Carillon, il y avait le curé pour diriger le troupeau. Ses confrères des alentours, quand ils se rencon-traient à la veillée, évoquaient son souvenir d’un air ironique. Par charité fraternelle, on le disait un peu faible d’esprit… Mais chez les gens d’en bas on disait des choses curieuses. On prétendait que le curé de Trois-Rivières faisait des « passes » sur les malades, qu’il donnait des remèdes plus ef-ficaces que ceux des médecins (et, pour cela, beaucoup re-grettaient de ne pouvoir aller à Trois-Rivières sans encourir la réprobation). On disait même qu’il aidait les femmes en couches.
Les conseillers curiaux de Saint-Georges, avec monsieur le marquis de Penhouet, avaient alors décidé de mettre fin à un tel scandale. On fit une demande auprès de monseigneur qui, devant la haute influence de monsieur le marquis, pro-mit d’intervenir. On dit même qu’il demanda au curé de Trois-Rivières de cesser son ministère. Mais il paraît que son successeur ne put jamais franchir le pont Buissonneau, au-dessus du Grand-Ri. Et le curé resta à Trois-Rivières.
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La Grande Allée de peupliers, le père Carillon, le curé, c’étaient les trois merveilles de Trois-Rivières. Et peu de gens avaient pu les admirer ; il n’était pas facile de monter à Trois-Rivières, car c’est bien monter qu’il faut dire quand on parle d’y aller.
C’était un petit plateau, surgi brusquement de la plaine, un plateau tout de granit. Il n’y avait qu’à gratter un peu pour trouver le roc. Et les gens de Trois-Rivières n’espéraient pas beaucoup de leur terre. Il est vrai qu’il leur fallait peu.
Le Myoson, dans une grande courbe, contournait le pla-teau au nord et à l’est. À l’ouest, c’était le Grand-Ri et, au sud, la Moine qui mouillait le pied du parc de Loublande dans lequel il y avait une statue de la Vierge. Tous les ans, le jour du 15 août, il y avait un grand pèlerinage. Le curé célé-brait sur un autel taillé à même le roc et les assistants pou-vaient suivre l’office de toute la prairie qui s’étendait au-delà de la Moine. Les gens de Saint-Georges, de Boissières, de Villeneuve et d’ailleurs encore y venaient autant par curiosi-té que pour prier.
Le soir, tandis que les pèlerins s’en retournaient, on pouvait entendre les chants et les danses des gens de Trois-Rivières. Et la fête se prolongeait tard, la nuit, autour d’un grand feu. Si on disait que ceux de Trois-Rivières étaient des sauvages, c’était peut-être parce qu’ils paraissaient heureux et insouciants.
Il y avait encore quelque chose que les gens d’en bas ne pardonnaient pas à ceux de Trois-Rivières, les femmes, sur-tout : c’était la beauté de Marie. Bien peu connaissaient cette fille qu’on ne se souvenait pas d’avoir vue au-delà des ri-vières. Mais les gens de Trois-Rivières, tant elle était belle,
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Elle était toute petite quand une épidémie, que le curé n’avait pu conjurer, avait emporté son père et sa mère. C’était le père Carillon qui avait pris la décision de veiller lui-même sur l’enfant.
Elle était jeune encore, que son visage attirait le regard, un visage ovale avec un nez à peine retroussé. Elle avait sur-tout une magnifique chevelure, de couleur semblable à celle des feuilles des peupliers de la Grande Allée quand l’automne vient les prendre. C’est pour cela peut-être que les gens de Trois-Rivières étaient fiers de la Marie. Et quelle al-lure, aussi, quand elle venait du clos des Ajoncs, par la Grande Allée, portant en équilibre sur sa tête un peu de bois sec pour le père Carillon. Elle était toute cambrée sous le poids : son cou nerveux qui lui donnait un port de princesse, ses chevilles fines et sa poitrine, haute et ferme. Dans ses yeux surtout, il y avait une lumière si douce et si vive qu’ils brillaient comme une fleur d’ajonc sous le grand soleil d’été. Et Jeannot, qui était du côté de La Margavelle, disait qu’en voyant le regard de la Marie il sentait en lui une musique aussi douce que le chant du rossignol dans le Champ-Fleuri.
Pour tout cela, Marie était la fée du père Carillon et la Madone des Trois-Rivières.
Jeannot était fier d’avoir pu dompter le jeune poulain : il était vif et au début la mère avait bien un peu peur de voir son garçon essayer de monter cette jeune bête. Mais Jeannot avait la main sûre et solide et le cheval avait dû obéir.
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Jeannot n’osait pas trop s’avouer pourquoi ce jour-là il avait mené sa bête vers le clos des Ajoncs. Il se doutait bien que la Marie viendrait comme chaque jour chercher du bois sec et de penser qu’elle pourrait le voir ainsi caracoler comme un chevalier faisait apparaître un sourire sur ses lèvres.
Il ne s’était pas trompé. La Marie revenait avec son bois sur la tête. Il la regarda ; elle était si belle ! D’un coup au flanc il lança sa bête, fit un grand tour pour rejoindre la Grande Allée de peupliers un peu plus haut et revenir vers la Marie. Il était heureux jusqu’à ce moment, mais dès qu’il se trouva en face d’elle, il sentit son visage devenir tout rouge. Il avait très chaud et son cœur battait tant qu’il en avait le souffle coupé. Arrivé à la hauteur de la Marie, il eut à peine la force de tirer sur les brides pour arrêter le cheval et saluer la Marie. Le jeune cheval sentit alors qu’il pouvait tenter de redevenir libre et, d’un élan violent, se lança au galop.
Les deux jeunes gens furent projetés à terre, mais Jean-not n’eut pas le temps de voir la Marie qu’elle était déjà rele-vée et s’enfuyait à toutes jambes vers la maison du père Ca-rillon.
Il resta un instant à terre, étourdi, étonné et il allait se remettre debout quand, soudain, des gens – ceux du côté de La Toussaille – se jetèrent sur lui pour le battre, l’accusant d’avoir voulu du mal à la Marie.
Il revint avec une triste mine à la maison. La jambe gauche lui faisait si mal près de la cheville et le bras gauche aussi pendait comme un membre inerte mais douloureux. La mère cria contre le cheval car on crut d’abord que c’était l’animal qui avait mis Jeannot dans cet état. Mais, quand il eut raconté, le père serra les poings et cracha par terre dans
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Il faisait presque nuit quand on entendit les premiers coups de feu. Toute la nuit on entendit claquer ainsi dans le ciel de Trois-Rivières. On riait un peu dans les bourgs d’en bas, mais on avait peur aussi. Surtout, on aurait tant voulu savoir !
Le curé était annoncé chez le père Carillon. Le bon-homme, sorti devant sa maison, savait qu’une sorte de folie s’était emparée des gens de Trois-Rivières ; il voyait dans la nuit jaillir des lueurs qui annonçaient une mort. Il écouta longtemps. Son chagrin était si grand que le pauvre homme ne pouvait plus faire un geste. Et puis, comment arrêter des fous ?
Quand il rentra, la Marie vit à la lueur de la lampe qu’il avait les lèvres aussi blanches que celles d’un mort.
Ceux d’en bas continuaient à entendre, par intervalles, le claquement des coups de feu. Quand le soleil se leva sur le côté de Margavelle, on tirait encore et ce jour-là il n’y eut pas de chants d’oiseaux. Le soleil semblait si lourd et si lent !
Cela dura jusqu’à trois heures dans l’après-midi.
Après cette nuit, la Marie n’avait plus son beau visage ; il était comme un champ labouré où la pluie a creusé des ri-goles. Elle n’osait pas regarder les peupliers ; elle savait que le soleil d’automne y trouvait toujours les mêmes couleurs, mais pour elle, elles avaient perdu leur éclat ; et sa chevelure semblait aussi s’être ternie.
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Près du Champ-Fleuri, quelques coups de feu partaient encore. Elle se faisait toute petite en montant au clos des Ajoncs. Un caillou, en roulant sous ses pieds, lui fit mal ; elle s’arrêta pour le regarder, comme satisfaite de souffrir un peu ; car il lui fallait une très grande souffrance dans son corps pour que son âme fût distraite de l’amertume qui la torturait. Si son pied avait été moins adroit, peut-être serait-elle tombée dans le ravin de l’Enfer. Il n’y avait que la nuit, le sommeil, qui pouvaient maintenant lui faire tout oublier.
Elle continuait cependant sa montée, un peu par habi-tude, un peu aussi pour monter au plus haut lieu des Trois-Rivières et voir la folie des siens. Elle savait que Jeannot y venait chaque jour. Peut-être, aujourd’hui, serait-il encore là…
Elle n’osa pourtant monter jusqu’à la plate-forme qu’on appelait les Vezins. Elle se blottit derrière un buisson pour attendre. Elle resta ainsi longtemps, longtemps et s’aperçut que maintenant les fusils se taisaient. Déjà, le soleil était bas. Qu’ils devaient être beaux, alors, les peupliers de la Grande Allée ! Soudain, un rossignol qui n’avait pas attendu la nuit, tout près d’elle fit entendre une longue roucoulade. La Marie leva la tête ; ce chant pourtant si doux, si clair, entra en elle comme un poignard qu’on enfonce dans une chair et qu’on retourne. La Marie tomba, la tête dans la mousse, et pleura.
Elle n’entendit pas la voix de Jacques Merand, l’apprenti boulanger qui l’appelait tout bas. Il fallut que le garçon s’approchât de la Marie et lui touchât l’épaule pour qu’elle relevât la tête. Pauvre apprenti ! Lui qui montait avec une âme de combattant, il fut bien étonné de trouver la Marie en pleurs. Certes, c’était une femme… Mais le regard de Jacques qui était si vif à l’instant, en voyant le visage de la
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Marie qui avait la couleur rouillée d’un granit lavé de pluie, perdit toute sa jeunesse. Soudain il était devenu très vieux, comme le regard d’un homme blasé, et Jacques n’osa plus regarder la Marie.
Dans sa tête de garçon-boulanger, il faisait des efforts pour comprendre ces larmes de la Marie. Il serrait dans ses mains le fusil de chasse que lui avait prêté le vieux Joseph. Il aurait à l’instant détruit le monde entier pour ne pas voir ce visage si triste.
Ils restèrent l’un près de l’autre sans rien dire. La Marie était de nouveau prostrée. Jacques l’entendait pleurer et cela l’énervait ; son désarroi était encore augmenté du fait qu’il ne savait pas lui parler et il savait que tous les efforts qu’il fe-rait pour rompre le silence seraient vains, n’aboutiraient qu’à lui faire prononcer des paroles inefficaces. Et puis il avait si peu l’habitude de parler aux filles qu’il lui faudrait être fou pour commencer par consoler la Marie !…
Et pourtant, il ne pouvait rester là, stupidement figé pendant que la Marie pleurait toute seule. Il frappait le sol de la crosse de son fusil et ses gestes étaient ceux d’un auto-mate. Il avait martelé, brisé un pauvre colchique et, mainte-nant, il ne pouvait même plus distinguer un peu de mauve sur un pétale, tant il l’avait souillé de terre.
C’est alors qu’il entendit un bruit de feuilles froissées. Quelqu’un était là. Il retint son souffle un instant et vit la haute silhouette de Jeannot. Jacques sentit son fusil dans ses mains. Il n’avait pas l’habitude de la chasse, mais un gibier de cette taille, et au gîte, il ne pouvait le manquer.
La surprise de voir Jeannot si près lui avait fait faire un geste brusque qui fit relever la tête à la Marie. Elle aussi vit
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Jeannot. Son visage devint si tendu, si plein d’une interroga-tion douloureuse qu’il ne semblait plus être celui de la Marie mais celui de la Vierge au pied de la Croix comme il était re-présenté sur un tableau accroché dans l’église. Jacques n’eut pas le temps d’épauler que la Marie avait saisi son fusil. Jeannot, en face, était toujours debout, comme étonné par le silence qui environnait toutes choses, maintenant que les fu-sils ne faisaient plus entendre leurs claquements secs. En fai-sant un léger effort, il réussit à prendre quelques feuilles d’un jeune peuplier. Il regarda longtemps ces feuilles d’automne, ces feuilles couleur des cheveux de la Marie. Puis, lentement, il les laissa s’échapper de sa main.
C’est à ce moment-là que Jacques appela : « Jeannot ». Il ne savait pas pourquoi il prononçait ce nom mais il sentait que lorsqu’on a dit le nom d’un homme qui est là, devant soi, on ne peut plus tuer cet homme.
Jeannot tourna la tête vers l’endroit d’où on l’avait appe-lé. Il vit Jacques et la Marie. Il baissa la tête comme un cou-pable. Ses lèvres auraient voulu dire des paroles de repentir, de réparation plutôt peut-être, mais il ne put que tendre ses mains, ses mains qui ne portaient pas d’armes.
La première, la Marie s’approcha de Jeannot, puis Jacques vint aussi près de lui. Ils étaient là tous les trois, ne sachant comment rompre ce silence qui pesait si lourd, mais aussi qui était en somme plus commode. Les regards de la Marie et de Jeannot se cherchaient et se fuyaient à la fois. Puis, la Marie dit seulement : « Le père Carillon est mort de tristesse… » Tous les trois se mirent en marche vers la Grande Allée. La Marie marchait au centre, un peu en avant de ses deux compagnons, Jacques étant à sa gauche et Jeannot à sa droite. C’était elle qui, maintenant, avait le plus
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Elle s’arrêta un instant au commencement de la Grande Allée. Elle regarda rapidement Jeannot et Jacques puis, avec assurance, elle lança un triple hululement. Rien ne répondit d’abord. Elle recommença alors par deux fois. Le son, sourd, semblait s’infiltrer dans les feuilles des arbres, y prendre ap-pui pour s’envoler plus loin. C’est alors que du côté de Mar-gavelle et de la Toussaille, timidement puis de plus en plus rapprochés, se firent entendre des triples hululements qui al-lèrent jusqu’à former une mélopée continue. On aurait dit un soir très chaud de l’été, quand le bruit des bourdons envahis-sait Trois-Rivières.
Puis les champs, les fourrés s’animèrent ; des hommes avec leurs fusils venaient vers la Grande Allée. La Marie len-tement s’avançait, les regardait, et tous baissèrent la tête comme de petits maraudeurs. Le regard de la Marie était de-venu si clair, si vif, comme autrefois.
Ceux de Margavelle derrière Jeannot, ceux de la Tous-saille derrière Jacques, ils formaient maintenant deux longues files d’hommes à la démarche embarrassée et pe-sante. On se disait, presque à voix basse, que le père Carillon était mort de tristesse. Cela faisait un murmure confus, comme au jour des enterrements quand on suit le cercueil au cimetière.
Au bout de la Grande Allée, devant la maison du père Carillon, il y avait une petite douve que l’on franchissait sur un pont où trois hommes pouvaient passer, mais quatre à grand-peine. Quand le cortège atteignit le pont, le curé qui avait entendu le murmure de cette troupe sortit sur le pas de la porte. La troupe s’arrêta. La Marie, comme les autres,
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La Marie releva alors la tête et simplement, tranquille-ment, dans un geste qui rejetait toute cette journée dans le passé, dans l’oubli, prit le fusil de Jacques et le jeta dans la douve. L’un après l’autre, en passant, les hommes eux aussi jetèrent leur fusil dans la douve.
Le père Carillon était couché sur un lit tiré de draps blancs. Ses mains étaient enroulées d’un vieux chapelet. Son visage était calme. Près du corps, des femmes récitaient le chapelet, en lançant un regard interrogateur à la Marie, tan-dis que le murmure continuait : « Pardonnez-nous nos of-fenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offen-sés. »
Tout le village était maintenant près du père Carillon. Nul n’osait regarder vers la douve. Mais il y avait des cœurs qui tremblaient ; on disait que les sorciers se promenaient les soirs d’automne qui étaient sombres. Et ce soir-là, la terre était noire. Si un être maléfique venait, profitant de la nuit pour retirer un fusil…
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