Lettres à Jean Voilier

Paul Valéry · Chapitre 3 sur 15 · partie 3/3

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Lettres à Jean Voilier

Chapitre 1939

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 3 parties.

Toutes les valeurs — et celles de France en particulier — sont en perdition.

Il suffit de voir ce que sont devenus en quelques années la pensée et l’art (musical) en Allemagne !

L’Italie ni l’Angleterre ne donnent rien ou presque rien.

En France, quelques résidus — mais l’ignominieuse industrie de la presse et l’exploitation intensive du terrain littéraire ont attaqué le style, le goût, la profondeur — et cabotinisé ou avili les artistes.

Et puis, je pleure sur ces pauvres tout jeunes. Ceux qui en reviendront, que deviendront-ils ? Je les vois simples et résignés. Ils savent à quel destin ils vont. Et ils ne peuvent même pas concevoir un avenir — puisque, même saufs, ils auront perdu leurs études — et se trouveront sans outils, sans savoir que faire.

Imagines-tu ceci : des jeunes gens auxquels toute idée de l’avenir est interdite ?

C’est effroyable.

Quant aux développements de la situation, les effets de l’entrée des Russes en Europe — cela est incalculable. Personne ne peut prévoir — ni chez nous, ni en face — où peut conduire la rupture de tous les équilibres politiques.

Oh ma chérie, je t’ennuie de mes lourdes pensées.. Mais songe que je ne parle à personne que du bout des lèvres.

Je voudrais te dire tant de tendresses ! Elles sont là. Et je ne puis les exprimer. J’ai comme une pudeur, aujourd’hui, qui m’empêche de prononcer des choses qui sont tout au fond de moi. Si tu étais là, je voudrais me cacher les yeux dans ton sein.

As-tu reçu la coupure ? Peux-tu me la renvoyer ?

Je n’aime pas beaucoup tes photos dans les carlingues104. Cela fera parler. Et peut-être dans les échos. Tu vois ce que les bonnes personnes diront, et moi je l’entendrai dire ici ou là — et tu penses que je serai content !..

 

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Jeudi [5 octobre 1939]

Je suis à Paris pour quarante-huit heures, my darling, et pour de gros ennuis qui viennent se joindre à la masse ténébreuse du fond de l’être. J’ai

fait le va-et-vient entre la campagne106 et Versailles en fin de la semaine

dernière, le jeune devant partir 107. On a fini par l’envoyer à Laval pour l’instruction. Ils ont froid, ils ont faim, impossible de se laver, et les exercices modernes sont d’un pénible singulier. Il faut passer des heures à ramper avec casque et masque, et le sac et le reste ; et défense de lever la tête, car qui la lève est mort..

Je reviens à moi. Je reçois avant-hier l’avis de l’intention de la Ville de

supprimer les crédits du Centre à partir du 1er 108 janvier... C’est soixante billets par an du haut desquels je tombe, et au moment où j’ai sur les bras

toute la bande109, avec déficience de la vente littéraire et des conférences.. Je me demande ce que je vais pouvoir faire ?? C’est un trou énorme. Je ne me sens pas le courage de faire des articles ; d’ailleurs, tout calculé il me serait impossible d’en tirer plus de mille francs par mois, avec un travail répugnant pour moi, et puis, il y a loin de douze à soixante.

Je te demande pardon de te parler de ceci, mais j’en ai la tête en désordre.

Cette lettre ne compte pas ; elle n’entre pas dans notre cher petit échange. Tu m’as écrit, au contraire, de tendres choses que je serre dans le coin du cœur où se compriment les souvenirs-trésors de nos meilleurs instants. Si je me laisse ouvrir ce coffret vivant, je crois devenir fou de... Non, je ne veux pas, je ne peux pas revivre en ce moment nos intimités vraiment extraordinaires de naguère.. Nous avons consommé des parcelles de ce qu’il y a de plus précieux possible.. Non, mon amour.. Je ne veux pas me laisser fondre et dissoudre en pleurs de l’âme, ce matin..

Ce soir, je rentre dans le froid et l’inconfort de la campagne ; mais là, je n’ai d’autres affaires que les plus secrètes, entre tête et cœur.

P.S. J’ai reçu une lettre de Judith C.110 me demandant un service. Tu te rappelles ce qu’elle a été dans l’affaire du Femina. Je t’ai dit qu’on la repincerait. On la repince.

II. Il paraît ma petite émission que tu as lue et qui a fait un certain bruit..

divers a fait grogner maint politique 111 : ils sont furieux, ne pouvant souffrir que de simples écrivains se mêlent de politique, laquelle ils considèrent comme leur fromage propre et particulier. Quant à G[iraudoux] il est attaqué de tous côtés ; il a maigri, et se repent amèrement d’avoir accepté

cette charge insoutenable112.

 

109

[6 ou 16 octobre 1939 ?]

Tu me demandes si je viendrai ?..

Jusqu’ici rien ne se dessine de ton côté et je ne sais pas du tout ce que nous ferons. Le provisoire est en vigueur sur la terre et dans les cieux !

Je vais probablement aller cette semaine aux environs de Dieppe

chercher et ramener ici fille et petite-fille113. Il faut des papiers pour circuler, des photos..

Ensuite ?? Ici — impossible, je crois, de vivre l’hiver. Ni courant d’eau ni d’électrons, ni chauffage autre que de feux de bois, — avec des couloirs et des fissures incurables.

Et puis, les enfants...

Et puis, la question de ces soixante qui m’abandonnent lâchement au moment critique et qu’il faut bien que je pense à remplacer en partie, je ne sais comment..

Je n’ai plus le temps de te parler de ton activité à toi. Il n’y a qu’un courrier par jour — une poste à deux kilomètres — et je prends ma bicyclette tout de suite pour ne pas le manquer.

 

Cet effet est paradoxe. Quand je ne vais pas à Paris, l’impression est monastique. Levé dans le noir. Lampe à pétrole. Travail généralement dans l’abstrait. Il n’y a que l’idée de la guerre et celle de J. qui demeurent concrètes. Je descends vers onze heures et prend ma très vieille bécane — un petit tour — puis le repas — et même cycle l’après-midi..

L’ensemble est cellulaire. Il s’accorde assez avec la vie que j’ai menée pendant trente ans quand je travaillais en profondeur — pour personne, entre ma tête et moi !.. Je ne sais si tu pourrais supporter cela. Rompre avec l’Autrui inconnu, avec ce qu’exige de confusion, de simulation, d’imitation et de contr’imitation ambitieuse, le travail relatif à cet autrui.

Il n’y a qu’un autre qui doive compter, un autre.. qui existe ou n’existe pas, qui se rencontre ou ne se rencontre pas..

Il faut se faire un désir d’être si beau intrinsèquement — qu’on ne puisse attendre du Marché-aux-Puces-du-monde qu’un diamant pour cet idéal de soi qu’achève la perfection.

.. Pardon pour cette phrase bête littéraire venue sous la plume..

Quant aux meubles charmants, si j’ose avoir un avis, je le raisonne ainsi :

Je ne crois pas trop aux risques résultant d’un bombardement éventuel — Varsovie et Madrid ont été bombardées sans crainte de représailles, et à partir du voisinage. De plus, Paris est grand — et le 11 AS est excentrique — et il est assez entouré de jardins ; donc moins sensible à la contagion du feu. Les meubles souffriront plus certainement, je crois, de l’humidité du logis non chauffé. Sans doute, le risque existe, mais sa probabilité ne me paraît pas énorme..

Il est vrai, d’autre part, que les meubles en question ne constituent pas un gros volume et qu’un seul wagon sans doute emporterait ce à quoi l’on tient vraiment. Chiffres à voir : volume et dépense.

— Mais ne pourrait-on d’abord s’informer si le Lloyd n’assurerait pas contre les risques de guerre premièrement la maison même ? deuxièmement le mobilier ?

 

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[8 octobre 1939]

Je relis tes deux lettres arrivées tout à l’heure. Sais-tu qu’elles sont adorables — et me font un vrai bien. Pendant que je les relis, il se déclare tout à coup un moment de soleil — et je regarde — ce qui ne m’arrive plus depuis longtemps. L’or vert de tous les tons, les lignes de l’autre rive de la vallée de la Seine, un animal doré qui travaille dans un champ et tout le front, plein d’idées flottantes, du grand arbre qui est devant ma fenêtre — tout ceci, subit, se fait vision bien plus que vue ; et Je Regarde ! exactement comme si nos yeux en même temps considéraient, s’unissaient sur les choses, ma toi..

Et puis, vint un soupir.. Saule pleureur !

J’ai passé jeudi et vendredi à Paris. Beaucoup à faire. Achats pour envois. Je suis assez étonné de la mauvaise organisation des dépôts où l’on forme les jeunes pour en faire rapidement des cadres. Nourriture infecte. Paille et froid pour les sommeils. Impossibilité de se laver. Etc. [Ceci] dans une ville chef-lieu aux portes de la Bretagne.

Pendant ce temps, on mobilise des foules de gens parfaitement inutiles — et l’on trouve dans les antichambres de notre ami G[iraudoux] d’innombrables militaires de tous grades — en fermentation stationnaire — et cigarettes.

La situation de G[iraudoux] est d’ailleurs des plus précaires. On me disait hier que ses fonctions vont lui être non retirées, mais sucées et vidées. Le malheureux, aux prises avec une tâche au-dessus de ses facultés et énergies d’organisation, a eu affaire à ce qu’il y a de pire en France : le médiocre actif et envieux.

Je crois que je t’ai dit — en ce qui me concerne — que, parmi bien des

gens que mon petit propos115 a soulevés, figure maint politicien. Jusqu’à B. qui dans son journal, et entre de grands compliments, m’a renvoyé à mes joailleries et abstractions. Ceci, je m’en fous. Mais je demeure sous le coup

de ma catastrophe du Sud-Est116. Je me creuse la tête pour y trouver 60 × 10 — comme écrivent les mathématiciens — et je ne vois rien. Cette fois, si Harvard me fait des propositions, j’y vole. Mais ce n’est qu’un Si. En attendant, j’écoute tinter les funestes sonnailles des vaches très maigres, comme la basse dans la symphonie de mes soucis.

Et les jours passent étrangement vides, cependant que le temps me semble d’une longueur infinie.

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Samedi [14 octobre 1939]

Je suis à Paris depuis jeudi et, sans doute, jusqu’à jeudi prochain. Mainte affaire mais surtout la grande affaire de tenter de sauver quelque chose de mon indemnité de N[ice] m’obligent à ce séjour. Cette chute de soixante mètres de hauteur au moment où j’ai des charges si lourdes m’empoisonne et ce poison se combine avec d’autres qui me suffisaient.

Tout à coup, l’autre jour, revenant sous la pluie dans la nuit de la rue de Grenelle, déserte et muette, comme j’allais, cherchant les traversées des transversales avec ma lampe pour ne manquer le trottoir, —

j’ai été comme envahi par une sensation imaginaire subite que ne justifiait aucune de mes conversations avec ministre ou chefs de cabinet. Je me sentais frôler, suivre une forme de formes, m’y apposer, trouver des lèvres dans les ombres.. Vraiment j’avais t………… M……...

Enfin, j’ai fini par trouver un taxi.

Mon chéri, je pense qu’une lettre de toi m’attend à J.. Tu ne peux imaginer ce que ces quatre mots signifient. Quand je regarde autour de mon présent, ces murs si sombres, peints de craintes et de manques.. Il y a un petit tableau lumineux mais de cette lumière mouillée qui borde les yeux tendres.

 

112

 

Jeudi [26 octobre 1939]

Votre lettre m’est arrivée, ce matin, mais non vierge. Quelque voyeur l’avait forcée au passage. Ce sont les grâces de la guerre.

On veut nous priver même des consolations relatives de la correspondance des cœurs. Je me demande si ces curiosités qui s’expliquent dans les zones des armées ne sont pas très fâcheuses pour le « moral » ? J’observe sur moi-même l’effet produit. On peut se passer de bien des choses et consentir tous les sacrifices possibles ; mais qu’un regard étranger s’interpose entre l’une et l’un, cela a pour réponse un mouvement de révolte.

Vous ne sauriez croire à quel point je suis excédé par toutes les sottises que j’entends, que je lis, ou que j’écris ou vais écrire. Chose assez étonnante : je crois qu’il n’y a plus guère de bonnes têtes en France que dans certains postes de l’armée, et dans le clergé.. On trouverait plus de culture et d’intellect dans ces corps séparés de la vie trouble et basse qui roule tant de saletés que dans toute la ménagerie littéraire, la mêlée politique, l’aquarium mondain, le maquis des affaires et le reste..

Hier, il m’a fallu faire une lecture en séance publique118. Sous l’œil de

votre ami G.M.119 entr’autres yeux. Je vous enverrai ce texte s’il vous plaît de le voir, dès qu’il sera imprimé.

Figurez-vous que j’ai fait la grande fête, ce mardi. À dix-huit heures

trente au Théâtre Sacha120, où oncques je n’avais mis les pieds. En avant-scène entre ambassadeurs S?V?P.. Spectacle de circonstance, avec vente aux enchères de quelques autographes illustres. On allait de mille en mille. Ensuite dîner (si ce fut là dîner) au Tout-Paris = une cave et deux cents

personnes au moins. J’étais entre Madame Sacha 121 et Ève. Pas mal placé, en somme. La petite Madame Sacha est très simple et gentillette. M’a donné un bon truc pour le café au lait, que j’ai employé dès le lendemain,

cinq heures. À côté étaient le Windsor en général bleu et or et sa femme122, qui me prodigue toujours le sourire. Voilà ce que c’est d’être un beau gars tout neuf.

À onze heures, une dame (Madame Schr..) a crié : la Police.. On doit fermer.. Et tout le monde s’est mis les bâtons.

Je vous en écrirais bien plus si ce ne fût qu’à vous. Mais je ne veux pas mettre ici des noms propres (ou supposés tels).

Demain, j’ai rendez-vous avec G[iraudoux]. J’ai bien peur que mon essai

de sauvetage ne soit bien compromis123. Et le problème de mon économie me préoccupe de plus en plus. Que faire pour s’en tirer ? Je commence à envisager la publication de livres, chose affreuse et d’ailleurs incertaine. Je ne fais plus que de l’embêtant.

De bons juges disent que si les choses allaient selon la logique (sic), les opérations décisives n’auraient lieu qu’en 41.. Mais ils ajoutent (et le bon sens aussi) que l’imprévu est la loi de ce temps.

Il faut cependant en finir avec ces monstres inconcevables. J’ai mon idée sur eux que j’expliquerai un de ces jours au Figaro.

Je trouve que vous reculez toujours le moment du travail. Croyez bien qu’un petit bouquin sentimental peut aujourd’hui avoir le plus grand succès. C’est le moment. Les sexes sont séparés. La parole est au « cœur ». Pas de couchage ; mais la tendresse. Je vois un sujet. Des gens qui ne croyaient s’aimer que corps à corps découvrent par lettres que..

 

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Samedi [28 octobre 1939]

Vraiment affreuse journée. Ce froid invincible des extrémités. Impossible de se réchauffer. Toute la face douloureuse, la tête et la bouche en feu. Et

dire que demain, c’est la Saint-Narcisse.. et après-demain une date125..

Je ne puis faire que ceci que je fais. Illusion de présence. Douceur désespérée dans l’âme qui se met au passé.

Peut-être, sans-doute-fait-il-soleil où tu es, et regardes-tu, à cette heure, des trésors dans les arbres ?

Je ne me demande pas si tu penses à moi. C’est une question bête, qui ne peut jamais que faire du mal. Et voici que je songe : pourra-t-on jamais séparer la bêtise de l’amour ? En d’autres termes, Amour peut-il supporter une self-consciousness à deux qui porterait à l’extrême l’échange de l’ineffable, d’une part, et des vraies valeurs de l’esprit, d’autre part, mais pas de confusions, d’arrière-plans, de ces coulisses psychiques, où tous les clichés, les laissés-pour-compte des romans fermentent.

Je ne sais trop ce que j’écris. Je dis mal ce qui me vient dans ce front craquelé. Et pour moi, pas d’aspirine possible. J’ai très mal aussi dans le dos. Heureusement, je suis seul. Pas d’explications, de propositions de médications. Etc.

Voici une occasion de mettre ceci à la poste.. Bonsoir, Madame TOI. Écoute ce que je te souffle.

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[1er novembre 1939]

Je suis revenu aujourd’hui à Paris.. Abonné absent.. Krotte [sic]. L’atmosphère un peu détendue.. Est-ce un stratagème de la guerre des nerfs ??

On dit que l’AUVERGNAT est à Rome..

À la campagne, je travaille assez le matin, et spécifiquement au travail à la MOI. Ce travail sans but, qui est caractéristique de MY HUMBLE SELF, — ce que j’aurais fait toute ma vie si les circonstances externes n’en eussent disposé autrement.

J’espère que tu vas t’y mettre à présent. Je voudrais savoir ce que t’a dit W…..r.

Je reviens à ton travail.. Mais pourras-tu t’y fourrer jusqu’au.. cou ? Entre tes splendeurs, tes hôtes, tes agitations d’organisatrice..? Vois-tu, Coco-bel-œil, finalement il n’y a que l’esprit qui puisse nous soutenir dans cette vache d’époque et dans cette putain de vie.. Il faut se mettre du Rimmel aux mots, du rouge aux idées, s’arracher les poils et comédons de la pensée, et puis.. foutre délicieusement son âme et jouir de se l’engendrer plus profonde, plus précise, plus puissante, VOIS-TU.. Il faut aimer le meilleur de soi-même.. Mais il faut d’abord le découvrir.

Jeudi [2 novembre 1939]

Je reprends ce papier tout froissé dans ma poche. Je n’ai pas le temps de développer ces grandes idées..

Les nouvelles sont au pire aujourd’hui. Je rentrerai ce soir ou demain à la campagne.

Je m’y ennuie ou je m’y tourmente. Amour et pensée sont deux pauvres victimes de ces salauds et de ces fous, — les HUMAINS.

 

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Samedi [4 novembre 1939]

Ah Je suis déçu, Ah Je suis déçu

Ah ce bougre d’Être..

A-t-Elle reçu, A-t-Elle reçu

Ma dernière lettre ??

Ah Que je suis loin, Ah que je suis loin,

Pauvre vieille chose,

De ce rouge coin, de ce crème coin

Que l’Amour arrose.

Je suis dans l’oubli, je suis dans l’oubli

Parti sans adresse

Dans l’ombre établi, dans l’ombre établi,

Et plus de tendresse..

Ô rends-moi, Bijou, Rends-moi gros Bijou

La douceur première :

Le coin et le cou, le rouff et le tout

Des jours de lumière.

 

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[25 novembre 1939]

Mon beau baron de B[éduer] ;

Il y a trente centimètres de neige stable. L’avenue du Bois est merveilleuse, toute en ramée de cristal. J’ai les pieds en sorbets ; la tête en bouillotte. J’ai aussi une lettre qui me fait tout entier un serpent de caresses. Non, c’est affreux c’qu’on s’goûte..

Et j’ai reçu la petite boîte aux jumeaux à galerie. Je passerai chez les Hébreux indiqués.

Tu as une idée géniale : les girouettes de changement d’idée. D’ailleurs tu es pleine d’idées, et celle-ci mériterait d’être lancée. On créerait un nouveau signe ou sigle typographique spécial. Ce serait épatant.

Moi, je me passe de mettre des girouettes ; tu es habituée, je pense, à mes changements d’idées. Il n’y en a qu’une qui tienne, l’axe des girouettes. Cet axe est fort curieux : la mécanique l’ignore. Il est constitué d’une paire de.. et une autre paire de.. Un tas de paires dont une de quinquets. Il y a aussi diverses garnitures, et de très soignés orifices par-ci, par-là. Le tout maintenu à une température d’environ 37o. C’est un chef- d’œuvre de serrurerie très artistique.

En outre, ça se mange, et quelquefois cela se boit...

Je me nourris de pommes en robe de chambre, de riz et de champignons, de mandarines, de café, de tabac et privations de toi.

En revanche, j’alimente une nombreuse famille, Le Temps et Le Figaro.. en plus.. Quelles besognes.. Je suis encore bien incertain quant à Nice. Cela tremble au bout d’un fil, — cela, — c’est moi..

Mes militaires129 130 sont ici. L’un part demain retrouver ton ami étoilé

qui lui a rappelé, il y a quelques jours, le SAULE sous lequel ils ont fait connaissance.. CE SAULE..

Je suis inquiet pour lui, car il veut à toute force y aller. Il adore cependant ce qu’il laisse ici.. C’est incompréhensible. Il va passer officier et a demandé au grand chef d’aller en avant.

Si je me laissais faire, au lieu de t’écrire je ferais ici des farces dessinées. Tu vois cela. La main me démange. Si seulement tu étais dans mon dos..

Eh bien, non.. Je me retournerais.. passerais à la sculpture.. Et Kik.. je t’aimerais à la cuillère, à la paille, à la fourchette, à l’huile et au beurre.. au lieu de t’aimer au papier, ma pauvre baronne du loin..

Je t’embrasse du tout au tout, ô joie partie.

Dis-moi ce qu’il advient du ONZE infortuné ?

Je descends dans la neige mettre ceci au trou qui va jusque chez toi.

 

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Samedi [2 décembre 1939]

Mon Jean, je ne comprends pas. Je reçois ta jeudi, tu te plains de ne plus

avoir de nourriture dans la petite boîte verte 132 ?

J’ai écrit dimanche.

J’ai écrit mercredi.

J’ai écrit jeudi.

J’ai écrit hier — c’est aujourd’hui.

Mardi j’ai envoyé les confits.

Tu es un monstre ! mais puisque tu as la névralgie je ne flanque pas la tripotée que tu mérites.

Je te palpe, au contraire bien doucement, je dissous le mal, je l’étale, je le charme, je le passe à la lèvre effleurante [sic] et le repasse — je le suborne peu à peu en douceur, en aide généralisée, en frémissement de la nuque aux orteils, je l’enveloppe, je le séduis, je le conduis, je l’attendris, je l’éloigne jusqu’aux larmes spéciales et réservées, — à partir de quoi c’est une tout autre histoire qui pourrait vous valoir des ennuis avec le Parquet de la Seine si on se mettait à les décrire.

— As-tu plaidé, maître Lov. ?

Un pervers voudrait te... saisir en toge..

 

Entrée du 11, rue de l’Assomption,

domicile parisien de Jean Voilier.

« Le vieux battant de fer à peine clos

Derrière moi qui me hâte et qui songe,

Seul et non seul, je vais courbant le dos,

Suivant détresse, ennui, peine ou mensonge,

Car tout m’est noir, à peine ce fer clos »

Corona & Coronilla, op. cit., p. 28

 

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Samedi [9 décembre 1939]

Chère Madame,

Je me hâte de vous donner quelques nouvelles de mon voyage134. La nuit bien fatigante. Il est insupportable pour les nerfs de passer douze heures en wagons clos sous la lumière bleue !.. Le train était plein d’importants personnages qui se rendaient à l’assemblée de la S[ociété] des N[ations].

Il est huit heures et je viens de discourir devant un public très bon135.

Mais je suis à moitié mort.. Il a fallu ensuite aller à une réception136. Et il faudra que je signe deux ou trois cents volumes !..

Je suis anxieux de savoir comment vous vous portez, si vos médecins sont d’efficaces thérapeutes.

Quant à moi, je serai examiné lundi ou mardi très à fond.. Mais la foi ??

Je mets à vos pieds tous mes vœux avec mes hommages les plus respectueux.

P. Pélisser du Saule

 

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NOËL [25 décembre 1939]

Mon amour, il fait un froid terrible. Je ne tiens pas la plume. Je vois la brume extérieure. Tu es toute chaude dans ton lit. Figure-toi que depuis ton départ, le diable me joue un étrange tour et me tente... assez vivement. Est-ce bête.. J’en suis furieux. Je te vois au bout de tel télescope..

Ah.. F...

Hier à cinq [heures] trente j’ai été au concert du Conservatoire invité par

le 64 qui nous a transportés, Elle, Lui 138 et moi dans sa belle voiture. Nadia B[oulanger] dirigeait.

Au retour, j’ai fabriqué quelques autographes pour vente. L’un s’est vendu mille avant-hier : une page de vers de la Cantate. Et puis, j’ai achevé mon pensum pour Le Temps.

Je te raconte ce qui n’a aucun intérêt.

L’intérêt est quelque part.. Tout à coup je revois cette grande forme en transparence (tu sais ce que je veux dire) sur la lampe basse au travers d’une longue soie. Puis, comme il est à présent onze heures, je deviens fou en songeant à ces matins, où c’était plus que vivre, puisque c’était deux vies se combinant de toutes parts.

Comment supporter ces images ? C’est AIMER que ne pouvoir y songer sans rugir, avoir en soi une sensation insupportable, toujours prête à percer l’être, à ruiner tout ce qui est, à rendre fou de besoin de présence tiède, tendre, infinie..

Quelle chose que de former un système vivant qui se suffit.. Ô, comme je t’embrasse.

Il me tarde d’avoir des nouvelles du voyage. Qui sait ce qui va advenir du 11 ?? Je pense que si tu reviens (et tu reviendras sûrement d’ici au printemps prendre un air de Paris), tu descendras qui sait où ?? Quel hôtel ou quel Blériot, et quelles difficultés pour se voir.. Blériot, ceci me rappelle que j’ai reçu, il n’y a qu’un quart d’heure, une invitation à dîner de Madame

avec Blum et Reynaud 139.. Invite bien inattendue, car je ne la vois jamais.

Je crois que je vais accepter. Tu comprends à qui et à quoi je penserai, et je te raconterai ce dîner.

ET NUNC, ce n’est pas tout de te cajoler la surface (et peut-être l’âme), mon Jean. Reste l’esprit, le TRAVAIL.. Pour aujourd’hui je ne fais que t’effleurer les méninges ; mais bientôt tu seras harcelée. JE SUIS (entr’autres choses) TA CONSCIENCE.

Ta conscience te baise du front au front, tout compris.

120140

 

Mercredi [27 décembre

1939]

Mon amie,

J’ai reçu le cri de Figeac.. (ce n’est pas un journal — nous le fonderons — mais ton cri, qui est le mien). Je me figure ce voyage, sur le terrible verglas.. Tu n’as pas dû t’amuser. J’espère que tu étais, au moins, attendue avec grande flambée, soupe bouillante, et bouillote aux pieds, au lit et partout..

Moi, j’ai le froid dans la peau, dans l’âme, dans l’intellect. Ce matin, ça ne va pas du tout ; je ne me sens pas bien. Je travaille comme à tâtons dans mes mots, avec du coton où les idées sont comme emballées et un ruisselet froid le long de l’épine dorsale. Par moments, je renonce ; je m’abats intérieurement, comme dans la rue de jadis, les pauvres chevaux tristes et achevés s’abattaient. D’ailleurs, le matin, je ne sais plus me lever. Chose qui me navre. Je ne puis me tirer du chaud et du flou. Mais alors l’esprit fait son vilain travail, ce rongement désespérant qui m’avait fait inventer, il y a ... ans, de rompre avec le lit, et dès le premier avis de l’éveil, de sauter à bas, et courir faire mon café, du café à la cigarette, aux idées, au cahier, à la recherche du pur sous la lampe que vient éteindre le jour, tout armé de lucidité et de volonté pensante.

Je pleure cela, entr’autres choses, mon cœur.. Vois-tu, le travail en soi, quand il est du genre de ceux qui tirent de nous ce que nous ne savions pas contenir et qu’il nous étonne d’en tirer, — cela, avec l’amour, quand il tire d’un couple, d’un duo, cet accès de puissante douceur que tu sais, — eh bien, c’est tout.

Cela seul masque l’odieuse absurdité de la vie. Elle est absurde, celle des hommes, puisqu’ils pensent, — c’est-à-dire qu’il y [a] en eux le bizarre mélange que l’on sait : nous sommes des êtres remarquablement faits pour connaître tout ce que nous ne sommes pas. La pensée tourne le dos à la vie, et l’œil ne se voit pas.

Travaille. Dès aujourd’hui. Prends un coin et dérobe une demi-heure. Prends un papier et écris quoi que ce soit. Écris-moi, si tu veux, des idées quelconques. Tu trouveras quelque chose à la troisième ligne. Travaille.

Pas besoin de penser d’abord à un livre, à un public. Au contraire. Travaille.

Sens ma présence derrière toi, dans tes cheveux, et écris ce que tu sens, jusqu’à ce que tu écris te donne la sensation même qui te ferait te retourner brusquement.

 

1- Léon et Yvonne Cotnareanu, propriétaires du Figaro.

2- Enveloppe adressée rue de l’Assomption (Paris).

3- Enveloppe adressée rue de l’Assomption (Paris).

4- Jacqueline Errera. Paul Valéry se rend en Belgique le lundi 23 janvier 1939 à la demande du

ministre d’État et président de l’Académie de Belgique Paul Hymans. Enveloppe adressée rue de l’Assomption (Paris).

5- Poème publié dans Paul Valéry, Corona & Coronilla. Poèmes à Jean Voilier, op. cit., p. 14.

6- Enveloppe adressée à : « Monsieur et Madame Jean Voilier », rue de l’Assomption (Paris).

Cachet postal du 25 janvier 1939.

7- Paul Valéry donne le 24 janvier 1939 au Palais d’Egmont à Bruxelles une conférence, « Les

lettres et la vie », à l’invitation de l’Union des anciens étudiants de l’Université.

8- Paul-Henri Spaak, Premier ministre belge.

9- Enveloppe adressée rue de l’Assomption (Paris). Cachet postal du 8 février 1939.

10- Enveloppe adressée rue de l’Assomption (Paris). Cachet postal du 14 février 1939.

11- Enveloppe adressée rue de l’Assomption (Paris). Cachet postal du 16 février 1939.

12- Après avoir donné en février 1939 un article au Figaro à la demande de Pierre Brisson, Paul

Valéry renonce à poursuivre une collaboration régulière.

13- Enveloppe adressée rue de l’Assomption (Paris). Cachet postal du 23 février 1939.

14- Jean Voilier est en route pour Aix-les-Bains.

15- Paul Valéry fait référence au prix Femina que n’a pas obtenu Jean Voilier. Voir note 2 p. 62.

16- Enveloppe adressée à : « Madame Jean Voilier / Grand Hôtel du Mont Revard / par Aix-les-

Bains ». Cachet postal du 25 février 1939.

17- Probablement Agathe, fille de Paul Valéry.

18- 733 et 991 désignent Jean Voilier.

19- Enveloppe adressée au Grand Hôtel du Mont Revard (par Aix-les-Bains). Cachet postal du

27 février 1939.

20- Paul Valéry séjourne en Angleterre du 28 février au 7 mars 1939.

21- Françoise Pagès du Port.

22- Enveloppe adressée au Grand Hôtel du Mont Revard (par Aix-les-Bains). Cachet postal du

27 février 1939.

23- Jean Voilier, alors à Aix-les-Bains, s’apprête à gagner Marseille où elle doit embarquer pour le

Maghreb. Elle effectue, en mars 1939, un voyage à travers le Maroc et l’Algérie.

24- Papier à en-tête de la Maison de l’Institut de France (Londres) / Fondation Edmond de

Rothschild. Enveloppe adressée au Grand Hôtel du Mont Revard (par Aix-les-Bains). Cachet postal du 28 février 1939.

25- Papier à en-tête du Magdalen College d’Oxford. Enveloppe adressée au Grand Hôtel du Mont

Revard (par Aix-les-Bains). Cachet postal du 1er mars 1939.

26- Charles Corbin, ambassadeur de France en Angleterre, qui avait déjà accueilli Paul Valéry à

Londres en novembre 1934, par l’entremise de Jenny de Margerie.

27- Papier à en-tête du Magdalen College d’Oxford.

28- All Souls College, salle de la Taylor Institution.

29- Conférence à l’université d’Oxford, publiée en plaquette par The Clerendon Press, Oxford,

1939 ; reprise dans Variétés V, Gallimard, 1944.

30- Papier à en-tête de la Maison de l’Institut de France (Londres) / Fondation Edmond de

Rothschild. Enveloppe adressée à « Madame Jean Voilier / Grand Hôtel Beauvan / Marseille » et portant la mention « Attendre l’arrivée du destinataire / Prière de faire suivre en cas de départ / 11, rue de l’Assomption / Paris XVIe ». Cachet postal du 3 mars 1939.

31- Dialogue des choses divines (Tôn peri tôn theôn). Paul Valéry n’achèvera jamais ce dialogue

mêlant la Religion et l’Éros.

32- Enveloppe adressée à : « Madame Jean Voilier / Hôtel Jamai / Fès / Maroc ». Cachet postal du

6 mars 1939.

33- Carte postale adressée à l’hôtel Jamai (Fès). Cachet postal du 7 mars 1939.

34- Papier à en-tête du King Arthur’s Castle Hotel de Tintagel. Enveloppe adressée à l’hôtel Jamai

(Fès). Cachet postal du 9 mars 1939.

35- Bien que le papier à lettre soit à en-tête du King Arthur’s Castle Hotel de Tintagel où Paul

Valéry a séjourné le 5 mars, la lettre est écrire depuis Paris. Ce papier à lettre est également utilisé dans une lettre écrite de Paris le 15 mars 1939.

36- Elvira, femme de chambre yougoslave employée par Jean Voilier.

37- Paul Valéry est invité à prononcer une conférence à Colmar, le mardi 21 mars 1939, par le

Comité des grandes conférences de la ville. Il partira finalement pour Colmar dans la matinée du 21 mars.

38- Enveloppe adressée à : « Madame Jean Voilier / Hôtel Balima / Rabat / Maroc ». Cachet postal

du 15 mars 1939.

39- Paul Valéry est élevé le 13 mars 1939 à la dignité de grand officier de la Légion d’honneur par

le général Maurice Gamelin — lequel a accepté de parrainer le poète à sa demande — en présence de son collaborateur le général Joseph Georges.

40- Voir note 2 page 75.

41- Carte postale adressée à l’hôtel Balima de Rabat (Maroc) et portant la mention : « Prière de

faire suivre en cas de départ. »

42- Lettre écrite de Paris sur papier à en-tête du King Arthur’s Castle Hotel de Tintagel. Enveloppe

adressée à l’hôtel Balima de Rabat (Maroc). Cachet postal du [16] mars 1939.

43- Grand dîner donné aux Ambassadeurs le 14 mars 1939 par Le Figaro en présence du duc et de

la duchesse de Windsor.

44- Bachaga Abd-el-Aziz, Bachaga Benchenouf, Cheik El-Arab, Abd-el-Madjid Ourabah, Cadi

Daouadji.

45- Jeanne Loviton est l’épouse de Pierre Frondaie jusqu’au divorce prononcé le 11 février 1936.

46- Dont l’entrée des troupes allemandes en Bohême et en Moravie.

47- Conférence des Annales, « La liberté de l’esprit », prononcée le 24 mars 1939 et publiée dans

Conferencia en deux livraisons les 1er et 15 novembre 1939 ; repris dans Regards sur le monde actuel, Gallimard, 1945.

48- Conférence des Annales, « La liberté de l’esprit ».

49- Le 22 mars 1939, Hitler entre dans Memel, sans que la France ni l’Angleterre n’y fassent rien.

La ville a été cédée par la Lituanie à l’Allemagne sous la pression d’un ultimatum.

50- Jean Voilier rend visite dès son retour à son père adoptif Ferdinand Loviton.

51- Enveloppe portant la mention : « Exp. M. Jean Voilier 11 rue de l’Assomption / Paris XVIe ».

Cachet postal de Périgueux du 10 avril 1939.

52- L’Albanie est envahie par Mussolini le 7 avril 1939.

53- Jean Pélissier était un ancien maire de Béduer. Paul Valéry use parfois de ce pseudonyme pour

signer les cartes et les télégrammes qu’il adresse à Jean Voilier.

54- Enveloppe adressée rue de l’Assomption (Paris). Cachet postal du 20 avril 1939.

55- Enveloppe adressée rue de l’Assomption (Paris). Cachet postal du 26 avril 1939.

56- Jean Voilier, à la demande de son père, prospecte alors le centre de la France afin d’y acheter

une petite maison où ils pourraient se retirer en cas de guerre.

57- Paul Valéry prononce une conférence (intitulée « Formation de l’individu dans la société

moderne ») dans le cadre de l’Exposition du Progrès social à Lille le 16 mai 1939, puis, sur le même sujet, une conférence à Dijon le 19 mai suivant, au profit d’une œuvre contre la tuberculose des enfants. Il se rend ensuite à Nice, Grasse, Marseille et Cassis, et rentre à Paris le 24 juin.

58- Pneumatique adressé « rue de l’Assomption (Paris) / Expédié par P. Pélissier ». Cachet postal

du 5 mai 1939.

59- Jean Voilier adresse un pneumatique à Paul Valéry le 6 mai 1939 à sept heures du matin pour

l’informer que Robert de Billy, sachant qu’elle s’apprêtait à partir en Dordogne pour signer l’acte d’achat d’une petite maison, était venu la voir la veille de son départ pour lui proposer d’acheter, à des conditions très avantageuses, un petit château dans le Lot lui appartenant, le château de Béduer, près de Figeac.

60- Banquet annuel de la Société des poètes français le 6 mai 1939.

61- Le château de Béduer.

62- La tournée en Amérique du Sud de Paul Valéry, au cours de laquelle étaient programmées des

conférences à Rio de Janeiro et à Buenos Aires, est annulée du fait de l’entrée en guerre de la France.

63- Papier à en-tête de l’hôtel Ruhl (« 1, Promenade des Anglais / Nice »).

64- « Onze » fait référence au 11, rue de l’Assomption à Paris, domicile de Jean Voilier.

65- Paul Valéry, Corona & Coronilla. Poèmes à Jean Voilier, op. cit., p. 81.

66- Papier à en-tête de l’hôtel Ruhl (Nice). Enveloppe adressée rue de l’Assomption (Paris).

Cachet postal du 21 mai 1939.

67- Paul Valéry prononce une conférence à Dijon le 19 mai 1939.

68- Le dimanche est la journée traditionnellement consacrée à Jean Voilier.

69- Papier à en-tête du « Centre universitaire méditerranéen de Nice (L’administrateur) ».

Enveloppe adressée à : « Madame Jean Voilier / Poste restante / Figeac / LOT ». Cachet postal du 25 mai 1939.

70- Mgr Paul Rémond, évêque de Nice, dont Valéry a fait la connaissance lors du lancement du

Centre universitaire méditerranéen en juillet 1933.

71- La promesse de vente du château de Béduer est signée le 23 mai 1939 et l’acte d’achat définitif

le 8 juillet 1939.

72- Scène V de la Cantate du Narcisse de Paul Valéry.

73- Papier à en-tête de la Petite Campagne, à Grasse.

74- Dino Grandi, ambassadeur d’Italie à Londres.

75- Arthur Neville Chamberlain, Premier Ministre britannique.

76- Galeazzo Ciano, ministre italien des Affaires étrangères.

77- Enveloppe adressée rue de l’Assomption (Paris). Cachet postal du 8 juin 1939.

78- Paul Valéry regagne la Petite Campagne à Grasse après un court séjour à Nice début juin.

79- Marguerite Fournier, belle-sœur d’Hippolyte Ebrard, hôte de Paul Valéry à la Rose-du-Ciel à

Cassis.

80- Paul Valéry est à Cassis le vendredi 16 juin 1939.

81- Référence à l’appartement de la rue de Champagny dans le VIIe arrondissement de Paris,

ancien domicile de Jean Voilier.

82- Voir note 1, p. 85.

83- Enveloppe adressée à : « Madame Jean Voilier / Château de Béduer / Béduer près Figeac /

Lot ». Cachet postal du 15 juillet 1939.

84- Enveloppe adressée au château de Béduer (Lot) [biffé] puis rue de l’Assomption (Paris).

Cachet postal du 17 juillet 1939.

85- Le Palais des Nations, siège de la SDN inauguré en 1936.

86- Jasmin 66 51, numéro de téléphone de Jean Voilier à Paris.

87- Nicolaï Titulesco, ministre des Affaires étrangères de Roumanie de 1927 à 1928 et de 1932 à

1936, président de la SDN de 1930 à 1931.

88- Papier à en-tête de la SDN. Enveloppe adressée rue de l’Assomption (Paris). Cachet postal du

20 juillet 1939.

89- Édouard Herriot, président de la chambre des députés du 4 juin 1936 au 9 juillet 1940.

90- Enveloppe adressée au château de Béduer (Lot). Cachet postal du 4 août 1939.

91- Le professeur de médecine Louis Pasteur Vallery-Radot (1886-1970), petit-fils de Louis

Pasteur et éditeur de ses œuvres, ami des Valéry.

92- Mme Louis Pasteur Vallery-Radot, née Jacqueline Gohierre de Longchamps.

93- Jacqueline Pasteur Vallery-Radot.

94- Dont le château de Bussy-Rabutin.

95- L’ancien président de la République Alexandre Millerand (1859-1943), alors sénateur, et son

épouse Jeanne.

96- Enveloppe adressée au château de Béduer (Lot). Cachet postal de Figeac du 16 août 1939.

97- Papier à en-tête : « LE PRIEURÉ DE PROMENTHOUX / PRANGINS / VAUD ».

98- Enveloppe adressée au château de Béduer (Lot). Cachet postal du 18 août 1939.

99- Papier à en-tête du prieuré de Promenthoux, à Prangins (Vaud).

100- Enveloppe adressée au château de Béduer (Lot) [biffé] puis « Chez Mademoiselle Pagès / 41,

avenue d’Iéna / Paris ». Cachet postal du 24 août 1939.

101- La mobilisation partielle est décrétée en France le 24 août, au lendemain de la signature du

pacte de non-agression germano-soviétique.

102- Paul Valéry, accompagné de sa famille, s’est retiré de la fin du mois d’août au 10 octobre

1939 au Mesnil, avec de fréquents allers-retours à Paris.

103- François, fils cadet de Paul Valéry.

104- Jean Voilier est la marraine de la première escadrille du groupe 1/34 de bombardement.

105- Enveloppe adressée au château de Béduer (Lot). Cachet postal du 6 octobre 1939.

106- Le château Mesnil.

107- Sans doute François Valéry, qui avait rejoint le camp de Satory près de Versailles le

16 septembre 1939.

108- Le maire de Nice Jean Médecin a pris la décision de ne plus financer le Centre universitaire

méditerranéen, suite à la déclaration de guerre à l’Allemagne le 3 septembre 1939. C’est une très mauvaise nouvelle pour les finances domestiques de Paul Valéry qui lance dès lors, avec Maurice Mignon, de nombreuses démarches pour réactiver le Centre, sollicitant notamment un projet de financement gouvernemental auprès du ministre de l’Éducation nationale Yvon Delbos et de Jean Giraudoux. La question trouvera sa solution le 28 novembre autour d’une réforme du CUM.

109- En raison de la mobilisation de ses fils Claude et François, et de son gendre Paul Rouart, Paul

Valéry a la charge de leur famille respective.

110- Probablement Judith Cladel.

111- Allocution radiophonique de Paul Valéry, diffusée le 12 septembre 1939.

112- Nommé commissaire à l’Information par Daladier le 29 juillet 1939, Jean Giraudoux est

chargé de la propagande radiophonique. Ses allocutions sont jugées inefficaces, notamment par Anatole de Monzie, alors ministre des Travaux publics.

113- Agathe Rouart et sa fille Martine résident alors à Envermeu près de Dieppe. Après avoir

demandé un sauf-conduit auprès du ministère de l’Intérieur le 6 octobre 1939, Paul Valéry, accompagné de son épouse et de Nadia Boulanger, va les chercher le 21 octobre.

114- Enveloppe adressée au château de Béduer (Lot). Cachet postal du 8 octobre 1939.

115- Allocution radiophonique diffusée le 12 septembre 1939.

116- Paul Valéry cherche des solutions financières pour obtenir la réouverture du Centre

universitaire de Nice, en sollicitant notamment l’aide de l’État.

117- Enveloppe adressée au château de Béduer (Lot). Cachet postal du 14 octobre 1939.

118- Séance annuelle des cinq académies, le 25 octobre 1939. Paul Valéry reprend à cette occasion

des pages sur « La pensée et l’art français » publiées dans un volume collectif réalisé pour l’Exposition internationale de New York, et reprises dans Regards sur le monde actuel, nouvelle édition revue et augmentée, Gallimard, 1945.

119- Probablement Louis-Germain Martin, dit Germain-Martin, ancien ministre des Finances et

membre de l’Académie des Sciences morales et politiques.

120- Fausse alerte de Sacha Guitry est créé au Théâtre de la Madeleine le 24 octobre 1939, suivi

de la vente aux enchères de manuscrits illustres.

121- Geneviève de Séréville, épouse de Sacha Guitry depuis le 4 juillet 1939.

122- Le duc et la duchesse de Windsor.

123- Le Centre universitaire méditerranéen.

124- Enveloppe adressée au château de Béduer (Lot). Cachet postal du 28 octobre 1939.

125- Le 30 octobre, date anniversaire de la naissance de Paul Valéry.

126- Enveloppe adressée au château de Béduer (Lot). Cachet postal du 3 novembre 1939.

127- Enveloppe adressée rue de l’Assomption (Paris). Cachet postal de Paris du 7 novembre 1939.

128- Enveloppe adressée au château de Béduer (Lot). Cachet postal du 25 novembre 1939.

129- Probablement les fils de Paul Valéry, Claude et François, et son gendre, Paul Rouart.

130- Le général Jean de Lattre de Tassigny. Paul Valéry a fait sa connaissance à l’occasion d’un

dîner donné chez Jean Voilier en 1939.

131- Pneumatique adressé rue de l’Assomption (Paris). Cachet postal partiellement lisible du

2 décembre, portant la mention : « Expédié par : AS ! »

132- Boîte aux lettres du domicile de Jean Voilier rue de l’Assomption.

133- Enveloppe adressée rue de l’Assomption (Paris). Cachet postal du 9 décembre 1939.

134- Paul Valéry séjourne en Suisse romande du 8 au 13 décembre 1939.

135- Reprise d’une conférence de 1937, donnée au cinéma ABC de Genève, sur François Villon et

Paul Verlaine.

136- Réception donnée en l’honneur de Paul Valéry par le Cercle de la presse et des amitiés

étrangères.

137- Enveloppe adressée au château de Béduer (Lot). Cachet postal du 29 décembre 1939.

138- Lydie de Pomereu et le prince Pierre de Monaco, qui loue au 64 de l’avenue Foch un

appartement chez le marquis Armand de Pomereu.

139- Dîner donné le 12 janvier 1940 par Alice Vedène, veuve de Louis Blériot, en compagnie de

Paul-Louis Weiller, Léon Blum et Paul Reynaud.

140- Enveloppe adressée au château de Béduer (Lot). Cachet postal du 27 décembre 1939.

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