L'héritier de Springfield Manor
Chapitre 9 · Harry entra dans le bureau et referma…
Harry entra dans le bureau et referma doucement la porte derrière lui. Au grand soulagement d'Ashley, il ne souriait pas, et il n'y avait aucune trace d'amusement dans ses yeux. Elle lui en voulait tant que le moindre signe de désinvolture n'aurait pas manqué de provoquer une explosion de colère.
Pendant un moment, il soutint son regard sans rien dire. Elle-même ne savait comment réagir ; elle était à la fois très irritée et terriblement attirée par cet homme, et elle avait beau lutter contre le désir qu'il lui inspirait, elle ne parvenait pas à l'occulter complètement.
— Pourquoi avez-vous fait ça? demanda-t-elle. Ce n'était pas juste d'impliquer William dans notre... dans... Elle ne parvenait pas à trouver ses mots. — Il est impliqué d'office, objecta Harry sans se troubler. — Mais vous lui avez laissé croire que... — Que je voulais devenir votre amant ? acheva-t-il à sa place. Ashley se contenta de hocher la tête avec embarras. — C'est le cas, reprit-il. Pourquoi prétendrais-je le contraire? Cette franchise presque brutale mit Ashley mal à l'aise. Baissant la tête, elle murmura :
— La nuit dernière, vous m'avez parlé de votre amour pour Pénélope...
— Elle a joué un rôle très important dans ma vie. Je n'ai pas l'intention de nier ou de cacher ce que j'éprouvais pour elle. Mais comme vous me l'avez dit vous-même, Ashley, elle appartient au passé. Vous et moi vivons dans le présent.
C'était précisément ce qu'elle s'était dit la veille au soir pour se rassurer, mais elle savait qu'il fallait tenir compte de bien d'autres considérations : leurs origines différentes, les pays où ils vivaient respectivement, les vies qu'ils menaient... Tant de choses les séparaient!
— Et comment envisagez-vous l'avenir? s'enquit-elle, luttant pour tenter de déterminer la marche à suivre. Fallait-il profiter de l'instant, ou se protéger en songeant aux conséquences possibles de ses actes ? — Qui peut prévoir l'avenir? Tout ce que je peux dire, c'est qu'en cet instant, je vous désire comme je n'ai pas désiré une femme depuis des années.
Elle aussi avait envie de lui — plus qu'elle avait jamais eu envie de quiconque. A quoi bon chercher à le nier? Les yeux bleus qui scrutaient son visage semblaient lire en elle, et attendre qu'elle énonce la réponse qui s'imposait. Mais comment aurait-elle pu accepter ce qu'il lui proposait, quand tant d'incertitudes la torturaient encore ?
Vis-à-vis de William et vis-à-vis d'elle-même, elle avait le devoir de ne pas prendre de décision hâtive. Elle ne pouvait fermer les yeux sur les conséquences possibles de ses actes sous prétexte qu'elle en brûlait d'envie ! Il n'était pas dans sa nature d'agir sur un coup de tête.
Cependant, en rejetant son offre, ne risquait-elle pas de passer à côté d'une expérience merveilleuse — peut-être même de l'amour de sa vie?
Harry s'avança vers Ashley. Il ne savait que dire, que faire pour qu'elle comprenne que le moment n'était plus aux atermoiements, qu'il était temps pour elle de se rendre à l'évidence : ils étaient jeunes, beaux, ils se désiraient, et refuser d'admettre ce qui se passait entre eux était absurde.
Dans le même temps, il savait au fond de lui qu'il prenait un pari hasardeux : il fonçait droit devant lui en priant pour que tout finisse par s'arranger comme par miracle. Mais il s'en moquait. Il fallait qu'il aille jusqu'au bout de sa folle entreprise. Pour la première fois depuis des années, il se sentait revivre ; il ne pouvait plus envisager de retourner à son ancienne existence. Ashley l'avait tiré de sa torpeur, de la dépression inconsciente dans laquelle l'avait plongé la mort de Pénélope. Désormais, il n'aurait pu se passer de la joyeuse étincelle qu'elle avait allumé dans son cœur. Non, il ne pourrait supporter qu'elle le repousse. Or, le temps était son ennemi. Plus elle cogitait, plus elle risquait de choisir la raison sur la passion.
Il contourna le bureau pour s'approcher d'elle, le cœur battant d'une excitation qu'il connaissait bien. C'était celle du chasseur s'avançant vers sa proie, du guerrier se jetant dans la bataille. Plus rien n'aurait pu l'arrêter. Il allait la prendre dans ses bras et l'emmener vers des contrées inexplorées ; avec elle, il redécouvrirait les gestes et les mots des amants.
Elle le souhaitait autant que lui, il en était persuadé. Cette franchise presque brutale mit Ashley mal à l'aise. Baissant la tête, elle murmura :
— La nuit dernière, vous m'avez parlé de votre amour pour Pénélope...
— Elle a joué un rôle très important dans ma vie. Je n'ai pas l'intention de nier ou de cacher ce que j'éprouvais pour elle. Mais comme vous me l'avez dit vous-même, Ashley, elle appartient au passé. Vous et moi vivons dans le présent. C'était précisément ce qu'elle s'était dit la veille au soir pour se rassurer, mais elle savait qu'il fallait tenir compte de bien d'autres considérations : leurs origines différentes, les pays où ils vivaient respectivement, les vies qu'ils menaient... Tant de choses les séparaient!
— Et comment envisagez-vous l'avenir? s'enquit-elle, luttant pour tenter de déterminer la marche à suivre. Fallait-il profiter de l'instant, ou se protéger en songeant aux conséquences possibles de ses actes ? — Qui peut prévoir l'avenir? Tout ce que je peux dire, c'est qu'en cet instant, je vous désire comme je n'ai pas désiré une femme depuis des années.
Elle aussi avait envie de lui — plus qu'elle avait jamais eu envie de quiconque. A quoi bon chercher à le nier ? Les yeux bleus qui scrutaient son visage semblaient lire en elle, et attendre qu'elle énonce la réponse qui s'imposait. Mais comment aurait-elle pu accepter ce qu'il lui proposait, quand tant d'incertitudes la torturaient encore ?
Vis-à-vis de William et vis-à-vis d'elle-même, elle avait le devoir de ne pas prendre de décision hâtive. Elle ne pouvait fermer les yeux sur les conséquences possibles de ses actes sous prétexte qu'elle en brûlait d'envie ! Il n'était pas dans sa nature d'agir sur un coup de tête.
Cependant, en rejetant son offre, ne risquait-elle pas de passer à côté d'une expérience merveilleuse — peut-être même de l'amour de sa vie?
Harry s'avança vers Ashley. Il ne savait que dire, que faire pour qu'elle comprenne que le moment n'était plus aux atermoiements, qu'il était temps pour elle de se rendre à l'évidence : ils étaient jeunes, beaux, ils se désiraient, et refuser d'admettre ce qui se passait entre eux était absurde.
Dans le même temps, il savait au fond de lui qu'il prenait un pari hasardeux : il fonçait droit devant lui en priant pour que tout finisse par s'arranger comme par miracle. Mais il s'en moquait. Il fallait qu'il aille jusqu'au bout de sa folle entreprise. Pour la première fois depuis des années, il se sentait revivre ; il ne pouvait plus envisager de retourner à son ancienne existence. Ashley l'avait tiré de sa torpeur, de la dépression inconsciente dans laquelle l'avait plongé la mort de Pénélope. Désormais, il n'aurait pu se passer de la joyeuse étincelle qu'elle avait allumé dans son cœur. Non, il ne pourrait supporter qu'elle le repousse. Or, le temps était son ennemi. Plus elle cogitait, plus elle risquait de choisir la raison sur la passion.
Il contourna le bureau pour s'approcher d'elle, le cœur battant d'une excitation qu'il connaissait bien. C'était celle du chasseur s'avançant vers sa proie, du guerrier se jetant dans la bataille. Plus rien n'aurait pu l'arrêter. Il allait la prendre dans ses bras et l'emmener vers des contrées inexplorées ; avec elle, il redécouvrirait les gestes et les mots des amants.
Elle le souhaitait autant que lui, il en était persuadé. Elle aussi rêvait de se sentir revivre, sans contraintes ni inhibitions. Il lisait son trouble dans ses grands yeux sombres, dans le tremblement presque imperceptible de ses doigts, dans la façon dont elle entrouvrait les lèvres comme pour appeler un baiser. L'avenir importait peu à Harry. Il réglerait les problèmes à mesure qu'ils se présenteraient. Seul comptait le présent. Lorsqu'il prit Ashley dans ses bras, elle appuya spontanément les mains sur son torse, non pour le repousser mais pour le toucher, et ce simple contact le rendit fou. Il la désirait tant que c'en était presque douloureux; pourtant, il voulait retarder de quelques secondes ce premier baiser qu'il appelait de tout son corps. Il plongea son regard dans celui d'Ashley et respira le parfum si troublant qui se dégageait de ses longs cheveux blonds remontés sur sa nuque. Profondément ému, il l'étreignit avec force et tendresse, ivre du désir qui le grisait comme un vin capiteux. Les mains d'Ashley glissèrent sur ses épaules pour se nouer derrière son cou. Puis elle leva la tête vers lui, et ses longs cils vinrent caresser ses joues tandis qu'elle fermait les yeux pour s'abandonner à son étreinte. Ils étaient plaqués l'un contre l'autre, désormais, aussi intimement que le leur permettaient leurs vêtements. Il savait qu'elle ne pouvait ignorer la puissance du désir qu'elle lui inspirait, et cette certitude même l'excitait infiniment. Enfin, il se pencha et l'embrassa, avec douceur d'abord, découvrant du bout de la langue ses lèvres offertes, sa bouche entrouverte. Puis, comme elle répondait à son baiser, il approfondit celui-ci, tout en plongeant ses doigts dans sa chevelure, faisant tomber une à une les épingles de son chignon. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine — ou bien était-ce celui d'Ashley qu'il entendait, tout contre le sien?
La fougue d'Ashley nourrissait la sienne, leurs mains se cherchaient, se frôlaient, ils se caressaient avec fébrilité, arrachant leurs vêtements, entièrement consumés par le besoin qu'ils avaient de s'appartenir, de tout oublier dans les bras l'un de l'autre et de renaître dans le feu de la passion. Ils se moquaient complètement de l'heure qu'il était, de l'endroit où ils se trouvaient. Ils ne tardèrent pas d'ailleurs, sans savoir comment, à se retrouver allongés sur le tapis, derrière le bureau d'Ashley, nus l'un et l'autre. Sans hésitation, Ashley invita Harry en elle, nouant ses jambes autour de ses hanches pour l'accueillir au cœur de sa féminité brûlante. Une dernière fois, il plongea son regard dans le sien avant de la pénétrer, d'entrer en elle pour aller frapper à la porte de son âme, encore et encore, la suppliant de s'ouvrir à lui, conscient d'avoir atteint un point de non-retour. Jamais, depuis la mort de Pénélope, il ne s'était senti si près de connaître une véritable harmonie des corps et des cœurs. Petit à petit, il sentait que quelque chose se produisait en Ashley, que sa raison faiblissait et qu'elle commençait à se rendre, à consentir à cet instant unique. Ce n'était plus seulement son corps qu'elle lui offrait, mais son être tout entier. Il accéléra la cadence de ses mouvements afin de mêler sa jouissance à la sienne, son bonheur au sien.
Au moment suprême, leurs regards éperdus se croisèrent, se rencontrèrent, se noyèrent l'un dans l'autre. Ce qu'ils ressentaient les dépassait, les effrayait — et pourtant, ils rêvaient d'y croire, de faire de cette rencontre improbable de deux solitudes l'histoire merveilleuse dont leurs cœurs rêvaient. Ensuite, Ashley leva la main et caressa doucement la joue de son amant, comme pour vérifier qu'il était bien réel. Bouleversé, Harry se pencha très doucement et l'embrassa avec une tendresse infinie. — Ashley, murmura-t-il, et par ce simple mot, c'était toute sa gratitude, toute son émotion qu'il exprimait. La jeune femme ne répondit pas, incapable de prononcer une parole, tant elle était submergée par le sentiment nouveau, incroyable qui avait envahi son cœur. C'était la première fois qu'elle connaissait une telle extase, et elle savourait l'instant aussi intensément qu'elle le pouvait.
Ce qu'elle avait connu avec Roger n'était qu'un pâle reflet de ce plaisir incomparable. Rien ne l'avait préparée à une telle explosion de sensations exquises, de bonheur indicible. Ce ne fut que de longues minutes plus tard qu'elle songea qu'ils avaient fait l'amour sans penser à se protéger, emportés par la passion.
Que se passerait-il, si elle tombait enceinte? Etrangement, elle s'aperçut que cela ne lui faisait pas peur. Peut-être les angoisses et les remords viendraient-ils ensuite, lorsqu'elle serait descendue de son nuage de félicité — mais elle en doutait. Peu lui importait le prix à payer : avoir connu une telle expérience, ne fût-ce qu'une fois dans sa vie, justifiait tout. Harry roula sur le dos, l'entraînant avec lui, et il lui caressa doucement les reins, là où la friction contre la moquette l'avait un peu irritée. Jamais, même une fois mariés, Roger et elle n'avaient fait l'amour ainsi, par terre. Aurait-elle dû être choquée de cet abandon qui lui ressemblait si peu? Certainement pas. Son bureau était jonché de vêtements, elle était nue dans les bras d'un homme dont elle ignorait jusqu'à l'existence deux jours plus tôt, et elle était la plus heureuse des femmes.
« Faites que cela dure toujours », pria-t-elle en posant sa tête sur la poitrine de Harry.
Ce dernier était immobile. Les yeux fermés, il caressait doucement les longs cheveux de sa compagne tout en savourant le doux contact de ses seins contre son torse, le parfum sensuel de sa peau. Elle était belle, satinée, sensuelle, et jamais il ne s'était senti aussi bien.
Il avait envie de lui faire l'amour de nouveau, plus lentement, en prenant le temps de découvrir chaque parcelle de son corps, mais il jugea préférable d'attendre, et de profiter encore un peu de ce moment de tendresse hors du temps qu'ils partageaient. Il était conscient d'avoir pris un risque en n'utilisant pas de protection. Que se passerait-il, si elle attendait un bébé? Harry ne put retenir un sourire. Un enfant. Son enfant. Un héritier pour George et pour Springfield Manor. C'en était presque comique.
Une chose était certaine : si Ashley était enceinte, il ferait tout ce qui serait en son pouvoir pour qu'elle le suive en Angleterre. Etre père... L'idée le séduisait, et il était certain qu'il aimerait ce rôle. Ne passait-il pas des moments formidables avec ce petit diable de William?
William! Ils l'avaient complètement oublié. Combien de temps demeurerait-il à l'étage avant de venir voir ce qui se passait dans le bureau? S'il entrait sans frapper et les trouvait ainsi, Ashley en mourrait d'embarras, et peut-être réagirait-elle violemment. Même s'il lui répugnait de mettre un terme à leur étreinte, il fallait s'y résoudre. C'était le seul moyen de protéger ce qu'ils venaient de vivre.
Il se redressa légèrement, et elle ouvrit les yeux. Avec soulagement, il constata qu'aucune culpabilité ne se lisait dans son regard. Il lui sourit.
— Je crois que nous ferions mieux de nous rhabiller. Je te rappelle que tu as promis à William d'aller lui parler. — Oh!
Une vive rougeur envahit les joues de la jeune femme. Elle sauta sur ses pieds et se mit à rassembler ses vêtements avec fébrilité. Harry se leva et se dirigea vers la porte, contre laquelle il s'appuya pour empêcher William d'entrer, le cas échéant. — Pas de panique, dit-il en souriant. Je défends le fort. Ashley avait déjà enfilé sa culotte et son soutien-gorge — ce qui était dommage, car il aurait aimé profiter plus à loisir de la vision délicieuse qu'offrait son corps dénudé. Elle lui jeta un regard angoissé... et s'immobilisa en le découvrant nu devant la porte. — Tu me trouves à ton goût? demanda-t-il. Elle ne put s'empêcher de rire.
— On peut dire ça comme ça, oui. — Tu n'es pas mal non plus, reconnut-il, une étincelle d'humour dans le regard.
Rougissante, Ashley se mordit la lèvre. — C'est la première fois que je me retrouve dans une situation pareille, avoua-t-elle.
Il éclata de rire.
— Moi aussi. J'imagine que c'est ce que l'on appelle de la combustion spontanée?
Le rire cristallin, heureux d'Ashley résonna dans la pièce, et le cœur de Harry se gonfla de plaisir. Elle ne le repousserait pas ; il était clair qu'elle avait apprécié autant que lui ce qui venait de se produire.
Lorsqu'elle eut terminé de se rhabiller et eut rattaché tant bien que mal ses cheveux, elle se tourna vers lui et lui jeta un regard inquiet. — Je ne sais vraiment pas quoi dire à William. J'ignore où j'en suis moi-même.
— Tant que je resterai ici, nous serons amants, Ashley. — Mais tu as toujours l'intention de repartir en Angleterre... — Oui. Ma place est là-bas, répondit-il sans équivoque. C'est à toi de choisir si tu veux venir avec moi ou pas.
— En tant que maîtresse?
Il réfléchit quelques secondes, conscient de l'importance de ce qu'il allait dire.
— Attendons de voir comment les choses évoluent entre nous, Ashley. Mais, en tout cas, sache que je n'ai aucune intention de devenir 1'« oncle » de William, alors je t'en prie, n'utilise pas ce terme lorsque tu discuteras avec lui. — Pour l'instant, tu comptes rester ici comme majordome ? Harry hésita. Le moment de vérité était-il arrivé? S'il lui avouait qui il était vraiment, le chasserait-elle, écœurée par sa duplicité? Il ne pouvait prendre un tel risque — pas après ce qu'ils venaient de vivre. Il voulait d'abord déterminer ce qu'il pouvait envisager de construire avec cette femme. Leur relation deviendrait-elle cette union magique des âmes qu'il appelait de tout son être? Il avait besoin de temps pour le découvrir. — Je veux être tout pour toi, confia-t-il d'une voix rauque. Je veux satisfaire tous tes désirs, toutes tes envies. Etre ton majordome ne m'empêche pas d'être ton amant. Elle hocha la tête avec lenteur.
— Il va nous falloir être discrets, surtout devant William. — C'est sans doute préférable, en effet, reconnut-il à contrecoeur. Inutile de lui donner de faux espoirs si tu sais que tu ne pourras pas aller jusqu'au bout.
— Moi?
— Oui, toi. Je ne serai jamais un oncle, pour William, mais je pourrais être un père.
— Un père ? répéta Ashley, abasourdie. Tu penses au... au mariage?
Pourquoi semblait-elle si surprise? Ne se rendait-elle pas compte du caractère exceptionnel, unique de ce qu'ils venaient de vivre? Pas nécessairement, comprit-il. Peut-être son expérience était-elle trop limitée pour cela.
— Je trouve que nous devrions y penser tous les deux, indiqua-t-il avec douceur. Et en discuter ensemble. Elle ne répondit pas, les yeux perdus dans le vide. — Te souviens-tu de la question que tu m'as posée, à propos de notre avenir? reprit Harry. A mon avis, il y a deux possibilités. Soit ce qui existe entre nous se terminera, et nous en garderons un merveilleux souvenir... soit nous n'aurons d'autre choix que de nous marier.
Il la vit frissonner, et se demanda ce que cela voulait dire. Etait-il allé trop loin ? De toute façon, il ne regrettait pas sa franchise. Jamais il n'accepterait de vivre avec une femme qui refuserait de s'engager, de même qu'il ne pourrait rester avec elle si lui-même ne se sentait pas prêt à s'engager.
A son grand soulagement, un sourire se peignit sur les lèvres de sa compagne.
— Nous en reparlerons quand mon majordome m'apportera un petit verre dans ma chambre ce soir après le dîner, d'accord? — Quelle chance que j'aie pensé à acheter une douzaine de bouteilles de Champagne ce matin! s'exclama-t-il gaiement. — Toujours si prévoyant, Harry..., murmura-t-elle, les yeux brillants.
Elle se haussa sur la pointe des pieds et l'embrassa rapidement. — Bon, je file. Merci, ajouta-t-elle. Et vivement ce soir...
Chapitre 10
Lorsque Ashley pénétra dans la chambre de William, le garçonnet faisait semblant de se concentrer sur ses nouveaux soldats de plomb, qu'il avait alignés par terre sur son tapis. Il était clair qu'il n'avait aucunement l'intention de retirer les propos qu'il avait tenus un moment plus tôt. Ashley connaissait la capacité d'entêtement de son fils.
— J'ai cru comprendre que tu aimais beaucoup M. Cliffton, observa-t-elle en s'asseyant au pied du lit de l'enfant. — Oui. Il rie me traite pas comme un gamin idiot, lui ! Il n'est pas prétentieux comme les autres adultes, et il sait plein de trucs passionnants. Pourquoi ne l'aimerais-je pas? rétorqua William, belliqueux.
— Je ne vois aucune raison, en effet, acquiesça-t-elle. Cela me fait plaisir que tu l'apprécies. Moi aussi, je l'aime beaucoup. William se tourna vers elle, les sourcils froncés. — Alors, pourquoi tu sautes pas sur l'occasion, m'man ? Il nous achèterait plein de trucs super, et avec tout son argent, on pourrait aller dans des tas d'endroits hyper cool... — William, M. Cliffton ne veut pas rester en Australie, coupa Ashley. Il n'est ici que pour quelque temps, après quoi il retournera exercer son métier de majordome à Springfield Manor, en Angleterre. Ce n'est pas lui qui est très riche, c'est le monsieur pour qui il travaille.
— Alors, comment ça se fait qu'il ait une Rolls et un chauffeur et qu'il puisse acheter tout ce dont il a envie? objecta le garçonnet, perplexe.
— Parce que son employeur anglais lui a demandé de le faire. William eut une moue perplexe.
— Et pourquoi il nous a choisis, nous ? C'était une question trop pertinente pour qu'Ashley pût se contenter de l'ignorer. Elle prit une profonde inspiration tout en réfléchissant à ce qu'elle pourrait dire pour ne pas révéler à William l'entière vérité sur la présence de Harry en Australie. William était d'une ténacité de bouledogue; s'il apprenait qu'un héritage fabuleux l'attendait en Angleterre, il n'aurait de cesse de s'y rendre, et risquait par ailleurs de développer un ego surdimensionné. — Il y a plus de cent ans, un membre de la famille de ton père a quitté l'Angleterre pour émigrer en Australie. L'employeur de M. Cliffton a effectué des recherches sur son arbre généalogique et a découvert que nous étions de lointains parents à lui. Il a envoyé M. Cliffton ici afin d'en apprendre davantage sur nous. Nous permettons à M. Cliffton d'habiter avec nous quelque temps et, en échange, il nous sert de majordome, tu comprends ? William réfléchit un moment à cette révélation. — Alors, la Rolls n'est pas vraiment à lui, commenta-t-il sombrement.
— Non, il en a seulement l'usage. — Et l'argent non plus n'est pas à lui? — Pas que je sache, non.
— Mais c'est vraiment sympa d'être avec lui. — Oui.
— Tu sais, maman, reprit l'enfant en regardant sa mère avec sérieux, il t'aime vraiment beaucoup. Il n'arrête pas de se demander ce qu'il pourrait faire pour toi, et ce qui te ferait plaisir. Et la façon qu'il a de te regarder...
Ashley se sentit rougir. Le désir que Harry et elle éprouvaient l'un pour l'autre était-il si évident?
— Je suis certain que tu pourrais le convaincre de rester, si tu essayais, m'man, affirma William d'un air confiant. Même s'il n'est pas riche, j'aimerais quand même l'avoir pour oncle. « Je ne serai jamais un oncle pour William. » La déclaration véhémente de Harry résonnait encore aux oreilles de la jeune femme. Il voulait un engagement total — ou rien. C'était facile, pour lui, de prendre une telle décision ! Il avait vécu avec Pénélope une relation merveilleuse. Il ne pouvait s'imaginer combien sa propre expérience avec Roger l'avait rendue hostile au mariage.
Pourquoi tenait-il tant à concrétiser leur amour? Il n'avait pas épousé Pénélope ! Certes, admit-elle aussitôt, mais la jeune femme était mourante. Ils ne pouvaient envisager un futur ensemble. Ils savaient qu'ils n'auraient pas d'enfants. Instinctivement, elle posa une main sur son ventre. Et si elle venait de concevoir? Elle avait eu tort de prendre de tels risques sans songer aux conséquences de son acte. A l'avenir, elle devrait faire plus attention.
En attendant, William la dévisageait toujours avec espoir, et elle devait absolument mettre les choses au clair avec lui. — William, j'ai bien peur que tu aies mal compris ce que voulait dire M. Cliffton. Quand il affirme qu'il se battra pour moi, il veut dire qu'il me protégera, qu'il fera en sorte que rien ne m'arrive. C'est le rôle d'un bon majordome.
— Oh..., murmura le garçonnet, visiblement déçu. Il réfléchit quelques secondes avant de hausser les épaules avec résignation.
— J'imagine que nous n'avons qu'à en profiter en maximum tant qu'il est là, m'man. Mais c'est quand même nul que ça ne puisse pas durer. C'aurait été bien d'avoir M. Cliffton dans la famille. On est plus heureux quand il est là, hein? — Oui. Oui, mon chéri, c'est vrai. Harry mettait de la couleur dans leur existence, de l'excitation, de l'intérêt, de merveilleuses surprises. En serait-il toujours ainsi, s'ils partageaient sa vie? Ce plaisir de chaque instant avait-il une chance de durer? Ou la routine finirait-elle par l'atténuer? L'attrait de la nouveauté passé, serait-elle obligée de se conformer aux exigences de Harry, ou pire, à celles du maître de Springfield Manor, loin de chez elle, déracinée et seule ?
Elle s'était juré de ne jamais se remarier. Mais ce faisant, ne se condamnait-elle pas à une existence tronquée? Ce qu'elle venait de vivre dans les bras de Harry... Serait-ce toujours aussi extraordinaire, aussi exaltant? Un vertige la saisit au souvenir torride de leur étreinte.
Harry pourrait être un père merveilleux pour William. Mais l'enfant et elle sauraient-ils s'adapter à la vie de Springfield Manor? — Est-ce que tu es triste de ne pas avoir de papa, William ? demanda-t-elle.
— Oui et non. Ça dépend.
— De quoi?
— Ben, c'est comme une maman. Je n'aimerais pas en avoir une comme Mme Stanton.
Il plissa le nez pour bien exprimer son sentiment quant aux qualités maternelles de celle-ci.
— Et certains de mes copains ont des papas qui n'arrêtent pas de leur crier dessus ou qui les empêchent de faire ce qu'ils veulent. Je trouve que j'ai plutôt de la chance; c'est vrai, pour une maman, tu es un peu ce qui se fait de mieux.
Ashley ne put s'empêcher de sourire, même si elle savait pertinemment que William n'hésitait pas à recourir aux petites flatteries de ce genre pour mettre sa mère dans la poche. — Est-ce que M. Cliffton a toujours cet arbre généalogique avec mon père dessus ? demanda-t-il tout à trac. — Oui, il l'a apporté avec lui.
— Est-ce que je peux lui demander de me le montrer? — Si tu veux.
Elle ne pouvait empêcher son fils de s'intéresser à sa lignée paternelle. Il ne lui restait qu'à espérer que Harry tiendrait sa promesse et ne révélerait pas au garçonnet qu'il était le seul héritier de Springfield Manor.
— Je peux y aller tout de suite ? — Si ça te fait plaisir, mon chéri. Harry avait eu largement le temps de se rhabiller, à présent. — Merci, m'man!
William courut hors de la chambre, tout à sa hâte de retrouver Harry — cet homme qu'il aimait assez pour souhaiter qu'il devînt son oncle même s'il n'était pas riche. Quel genre de mari serait Harry? s'interrogea Ashley. Comme amant, en tout cas, il était plus que parfait. Tandis que la jeune femme quittait la chambre de son fils pour se diriger vers la sienne, les paroles de William résonnaient dans son esprit. « Nous n'avons qu'à en profiter au maximum tant qu'il est là. » C'était exactement ce qu'elle avait l'intention de faire.
Chapitre 11
Le temps passa. Aux magnifiques journées d'été, paresseuses et sensuelles, succédaient des nuits magiques, torrides. Ashley répugnait à briser l'harmonie de sa relation avec Harry, ausi ne lui posait-elle aucune question sur sa vie en Angleterre. Ainsi, il lui était plus facile de prétendre que tout cela était bien loin, qu'elle n'avait pas à s'en préoccuper.
A bien des égards, ce qu'ils vivaient avait la qualité d'un rêve idéal, enivrant. Harry avait introduit de la gaieté et de la spontanéité dans la vie d'Ashley; toutes ses inhibitions disparaissaient les unes après les autres. Elle se sentait plus détendue, plus sereine que jamais. De plus en plus souvent, elle se surprenait à répondre : « Pourquoi pas ? » lorsqu'il lançait une suggestion en apparence folle. Leurs sorties en famille étaient des moments privilégiés. Après-midi paresseux sur la plage, journées de voile dans la baie, compétitions de mini-golf, dîners pantagruéliques dans des restaurants du centre-ville ou pique-niques en pleine campagne... Ils n'étaient jamais à court d'idées, et passaient ensemble des moments merveilleux. William et Harry réussirent même à faire partager à Ashley leur engouement pour le cricket, si bien qu'elle s'octroya une journée de congé pour les accompagner au match Angleterre-Australie. Ils se rendirent à Sydney en Rolls Royce, et s'installèrent dans le box privé réservé par Harry, qui offrait une vue imprenable sur le terrain. Des boissons les attendaient, et un buffet fut dressé à l'heure du déjeuner. Ashley prit plaisir à regarder Harry et William se passionner pour le jeu, et écouta religieusement leurs explications techniques.
Quant aux nuits... Si les journées étaient très agréables, comment décrire les nuits ? La passion sauvage, presque animale qui avait présidé à leur première expérience, dans le bureau, était toujours là; mais Harry s'ingéniait également à multiplier les occasions romantiques, les dîners aux chandelles en amoureux, les longues marches sur la plage au clair de lune. Pour la première fois de sa vie, Ashley découvrait les plaisirs de la sensualité sous toutes ses formes. Elle profitait pleinement du bonheur indicible d'être aimée, désirée, adorée, choyée par un homme qui savait lui donner l'impression euphorisante qu'elle était la femme de sa vie. Lorsque arriva la soirée d'Olivia Stanton, Ashley n'avait aucune envie de s'y rendre. N'était-ce pas du temps perdu, du temps qu'elle aurait pu passer avec Harry? Mais elle s'était engagée, et Harry trouvait naturel qu'elle tînt parole. Il s'arrangea avec le chauffeur afin que la Rolls Royce fût prête à l'heure, et la rassura : William et lui profiteraient de son absence pour avancer dans leur reconstitution de Waterloo, et ils ne s'ennuieraient pas. Néanmoins, ce fut sans enthousiasme que la jeune femme se prépara à partir. Il lui fallait être élégante; son arrivée en Rolls ne passerait pas inaperçue, et elle ne pouvait se permettre de ne pas être à la hauteur de son véhicule ! De surcroît, elle n'était pas mécontente à l'idée de donner une petite leçon à Olivia, qui avait tendance à regarder tout le monde de haut. Aussi opta-t-elle pour sa seule tenue réellement habillée, un fourreau en crêpe de soie noire au décolleté profond qui soulignait sa silhouette longiligne et mettait en valeur ses épaules galbées. Puis elle passa un long moment à soigner sa coiffure, composant un chignon plus élaboré qu'à l'ordinaire, qu'elle maintint à l'aide d'épingles ornées de perles noires qui formaient un contraste saisissant avec ses cheveux très clairs. Elle choisit enfin une paire de chaussures dont les hauts talons étaient décorés de strass, appliqua avec soin un rouge à lèvres soutenu et recula d'un pas pour admirer le résultat dans son miroir. L'effet était renversant. Rassurée, elle vaporisa un peu de parfum sur son cou et ses poignets, prit son sac du soir — une pochette elle aussi ornée de strass que lui avait offerte Roger bien des années plus tôt, et qu'elle n'avait presque jamais utilisée — et descendit dans le salon.
William et Harry s'y trouvaient, en train d'installer leurs armées sur la table.
— Waouh, m'mam! T'es super! s'exclama l'enfant d'un air sincèrement admiratif en la voyant. C'est une soirée spéciale? Elle haussa les épaules, un peu embarrassée. — Non, pas vraiment... J'avais seulement envie d'être à mon avantage.
— Dans ce cas, vous avez atteint votre but de façon magistrale, déclara Harry, les yeux brillants, tout en la détaillant avec une lenteur ensorcelante.
Il la vouvoyait toujours devant William, même si parfois tous deux avaient du mal à conserver cette distance qui leur semblait de plus en plus artificielle.
— Il est important que vous vous sentiez bien, ajouta-t-il. Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous ? A la pensée de tout ce qu'il pourrait faire pour elle, le cœur de la jeune femme se mit à battre plus vite. Mais, hélas, il lui faudrait encore attendre de longues heures avant de pouvoir se retrouver seule avec lui dans l'intimité de sa chambre... La sonnerie du téléphone la fit sursauter.
— J'y vais, proposa aussitôt William, qui ne semblait pas avoir conscience de la tension sensuelle qui régnait entre Harry et sa mère.
Il partit en courant vers la cuisine, les laissant seuls. — Je ne suis pas sûr que je devrais t'autoriser à sortir dans cette tenue sans moi, observa Harry, les yeux brillants de désir. — Tu as peur de la concurrence ? le taquina-t-elle. — Qui sait ? En tout cas, si les hommes présents à la soirée se montrent trop pressants, n'hésite pas à appeler la cavalerie ! Ashley éclata de rire.
— Il ne m'est jamais rien arrivé de tel. — Peut-être n'as-tu jamais été aussi radieuse, mon ange. En ce moment, sans même en avoir conscience, tu es sûre de toi et de ta sexualité, et tu rayonnes — les hommes ne s'y tromperont pas, crois-moi. Moi-même, si je m'écoutais, je te prendrais dans mes bras sans attendre et...
— Monsieur Cliffton! Venez vite! cria William d'une voix surexcitée. C'est pour vous, un coup de fil d'Angleterre ! Harry esquissa une petite grimace d'excuse à l'adresse d'Ashley et alla prendre l'appel.
Des problèmes à Springfield Manor? Ashley ne put s'empêcher de le suivre dans la cuisine afin de savoir de quoi il retournait. Elle ne voulait pas que les choses changent, entre eux. Or si changement il devait y avoir, celui-ci viendrait précisément de Springfield Manor... William tendit le récepteur à Harry et resta là, sans cacher son intention d'écouter la conversation. Ce n'était pas tous les jours qu'ils recevaient un appel international ! — Cliffton.
Harry écouta un long moment son interlocuteur.
— Oui, monsieur, dit-il. Nouvelle pause. — Non, monsieur.
Il ne pouvait s'agir que de son employeur à Springfield Manor. A qui d'autre aurait-il pu s'adresser avec autant de respect ? Un frisson glacé parcourut la jeune femme. — Cela me semble difficile pour le moment, monsieur. J'ai beaucoup de choses en train, et il va me falloir un peu plus de temps pour…
Son correspondant dut l'interrompre, car il se tut et écouta de nouveau.
— Je comprends, monsieur.
Tout le corps d'Ashley était tendu par l'appréhension. — Il me faudra plus d'une journée pour m'organiser, monsieur. Cette fois, la réponse de son interlocuteur fut brève. — Bien, monsieur. Je vous tiendrai au courant. Cette phrase redonna un peu espoir à Ashley. Mais le silence qui suivit, durant lequel Harry parut se concentrer intensément sur ce qu'on lui disait — s'agissait-il d'instructions précises? d'ordres? de reproches ? — ne lui parut rien présager de bon. — Merci, monsieur, conclut enfin Harry. Je ferai de mon mieux, monsieur.
Il raccrocha en poussant un long soupir et se tourna vers les deux visages anxieusement levés vers lui. Il s'adressa à Ashley avec un sourire gêné.
— C'était George Fotheringham — la voix de mon maître, indiqua-t-il non sans ironie.
— Que voulait-il? interrogea-t-elle. — Je lui manque. Il dit qu'un bon majordome est irremplaçable. Irremplaçable — oui, Harry l'était, dans tous les sens du terme. Ashley ne pouvait le nier.
— Est-ce que ça veut dire que vous allez devoir nous quitter, monsieur Cliffton? s'enquit William d'une petite voix plaintive qui brisa le cœur d'Ashley.
— Il dit avoir besoin de moi au manoir, répondit Harry sans ambiguïté, sonnant le glas des derniers espoirs de la jeune femme. — Mais... et votre mission? argua-t-elle. — Oui, renchérit aussitôt William, vous n'en avez pas encore assez appris sur nous, m'sieur Cliffton. Je ne vous ai encore rien dit de tout ce que maman ignore...
— William ! s'exclama Ashley, horrifiée par les trésors de mauvaise conduite qu'impliquait cette confession. — C'était pour ton bien, maman, s'empressa de préciser le garçonnet. Pour ne pas t'inquiéter. — En vérité, intervint Harry, réussissant à capturer de nouveau leur attention, M. Fotheringham a trouvé une solution qui, il l'espère en tout cas, devrait vous satisfaire tous les deux. — Laquelle ? voulut savoir William. Ashley retint son souffle, et plongea son regard dans celui de Harry. Allait-il révéler la vérité à William au sujet de son héritage ? — Il vous propose de m'accompagner à Springfield Manor pour un mois. Tous frais payés, naturellement. — Ça veut dire que nous monterions dans un avion et que tous les soirs nous pourrions aller à la chasse aux fantômes ? s'extasia William en ouvrant de grands yeux. « Un mois », songeait Ashley. Un mois pour apprendre quelle était réellement l'existence de Harry, pour savoir si elle pourrait envisager de vivre en Angleterre ou si, comme elle le craignait, elle se sentirait incapable de s'adapter à la vie de Springfield Manor.
Un mois pendant lequel elle pourrait voir Harry tous les jours, dès qu'il aurait un moment de libre... — Ashley? demanda Harry.
— Oh, m'man, ta peux pas dire non ! s'écria William, les yeux comme des soucoupes à la perspective des merveilles qui l'attendaient en Angleterre. Il me reste justement encore un mois de vacances d'été, ça me fera même pas rater l'école ! Mais George Fotheringham ne risquait-il pas de profiter de la présence de son héritier auprès de lui pour lui monter la tête et essayer ensuite de le garder près de lui? Comme s'il lisait dans ses pensées, Harry précisa d'une voix très douce :
— Vous gardez toute autorité en ce qui concerne William, Ashley. Sa parole suffisait à la jeune femme. Harry ne lui avait jamais fait de mal; elle lui faisait entièrement confiance. Elle esquissa un large sourire qui, mieux que des mots, traduisait son soulagement et sa joie.
— Nous serons ravis de vous accompagner, Harry. — Hourra ! s'exclama William. Je te pardonne pour toutes les fois où tu as été pénible, m'man.
« Gagné », songea Harry, incapable de réprimer un petit rire ravi. Le pari qu'il avait pris s'était révélé payant, en fin de compte. Le coup de fil était arrivé au meilleur moment possible, et il avait trouvé en William un allié parfait.
Ce cher et fidèle George pourrait ronchonner et le réprimander tout son soûl, il n'en ferait pas moins ce que Harry lui ordonnerait : son sens du devoir primait toujours sur ses opinions personnelles. Et puis, en fin de compte, il était dans son intérêt d'entrer dans le jeu de son maître. N'était-ce pas le meilleur moyen de s'assurer que Springfield Manor aurait bien son héritier? — Avez-vous des passeports en cours de validité? s'enquit-il. — Oui ! acquiesça William. Maman nous en avait fait faire l'année dernière, parce que nous étions censés partir en vacances en Nouvelle-Zélande, mais on n'a pas pu y aller parce que j'ai attrapé la varicelle. Maintenant, je m'en fiche, parce que n'importe qui peut aller en Nouvelle-Zélande, ajouta-t-il avec dédain. L'Angleterre, c'est quinze fois mieux.
— Parfait, déclara Harry. Je m'occuperai de vos visas lundi et, si nous trouvons de la place, nous partirons mardi. — Si vite ! s'exclama Ashley, un peu prise de court. — Ce sont les instructions que j'ai reçues. — Mais... et mon travail ?
— Nous ferons en sorte que tout se passe bien. Quelqu'un vous remplacera pendant votre absence, ne vous inquiétez pas. Il sentait la jeune femme se raidir, et se doutait que sa nature prudente se révoltait contre une telle précipitation. Il jugea préférable de ne pas lui laisser le temps de se poser trop de questions.
— Si nous ne nous mettons pas en route tout de suite, vous allez être en retard à la soirée d'Olivia Stanton, lui rappela-t-il en lui prenant le bras pour l'entraîner vers la porte. Je reviens dans cinq minutes, William.
Ashley le suivit comme un automate. Mille pensées se bousculaient dans son esprit. Tout semblait soudain lui échapper ; elle avait perdu le contrôle de sa vie, et ce sentiment nouveau la laissait totalement déboussolée.
Elle permit à Harry de l'aider à s'installer à l'arrière de la voiture, puis le regarda contourner le véhicule pour venir s'asseoir à son côté. Le chauffeur démarra aussitôt. — Harry... Obéis-tu toujours au doigt et à l'œil à ce M. Fotheringham ? demanda-t-elle au bout de quelques secondes. C'était une question difficile. Harry ne voulait pas lui mentir. Il n'allait pas tarder à devoir lui révéler toute la vérité — il attendait pour ce faire d'être en Angleterre, sur son propre terrain en quelque sorte —, et ce jour-là, chaque contre-vérité pèserait lourdement dans la balance, il en avait conscience.
Il choisit ses mots avec précaution. — Disons que nous avons une sorte d'accord tacite. Comme je te l'ai dit, la famille de George Fotheringham et la mienne sont liées depuis des siècles, depuis la bataille de Flodden en 1513, pour être précis. Au fil du temps, nous avons appris à nous respecter et à nous apprécier.
— Une telle relation doit être... rassurante, murmura-t-elle, pensive. — Oui, Ashley. Mais vous aussi pouvez la partager, William et toi. Elle ne répondit pas, et se pencha vers le chauffeur. — C'est cette maison-là, à gauche. Là où vous voyez tous ces gens sur la terrasse.
L'arrivée de la Rolls Royce ne passa pas inaperçue, constata Harry avec ironie. Tous les invités avaient les yeux fixés sur la voiture tandis qu'elle ralentissait devant la maison d'Olivia. Le chauffeur éteignit le contact. Il s'apprêtait à sortir du véhicule pour venir ouvrir la portière à Olivia lorsque Harry l'arrêta d'un geste.
— Attendez un instant, lui dit-il. Appuyant sur un bouton, il remonta la vitre de communication entre l'avant et l'arrière de la voiture afin de pouvoir parler à Ashley sans être entendu. La jeune femme leva vers lui un regard surpris.
— Je veux t'épouser, Ashley, déclara-t-il d'une voix très basse. Veux-tu bien y penser ce soir, pendant que tu seras avec tes amis? — Harry...
— Chut... Ne me réponds pas tout de suite. Je voulais juste que tu le saches — j'aimerais que tu deviennes ma femme.