L'héritier de Springfield Manor

Darcy Emma · Chapitre 8 sur 9

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L'héritier de Springfield Manor

Chapitre 13 · Au grand soulagement d'Ashley, ils atteignirent la…

Au grand soulagement d'Ashley, ils atteignirent la Rolls, garée devant la maison, sans autre incident. Harry lui ouvrit la portière côté passager pendant que William s'installait à l'arrière, puis il vint prendre le volant et démarra.

A peine avaient-ils parcouru cent mètres que William ne put s'empêcher de demander d'un air à la fois émerveillé et un peu craintif :

— C'est vrai que vous avez des millions, m'sieur Cliffton? — William! protesta Ashley. C'est très mal élevé de poser des questions aussi personnelles aux gens. Le garçonnet poussa un soupir à fendre l'âme. — Désolé, m'sieur Cliffton. Harry soupira à son tour. — L'argent n'est pas tout, William. Parfois, cela peut même se révéler un obstacle, dans la vie. Les gens n'arrivent pas à s'imaginer que l'on puisse être riche et avoir les mêmes désirs qu'eux, les mêmes aspirations et les mêmes faiblesses... Et le même sentiment de solitude et d'isolation.

C'était vrai, comprit Ashley. Elle-même peinait à croire que les millionnaires pussent être vulnérables — sinon face à leurs propres excès. Pourtant, lorsque Harry lui avait révélé combien il avait souffert à la mort de Pénélope, combien elle lui avait manqué et combien sa vie lui avait semblé vaine après sa mort, elle n'avait pu ignorer la sincérité de sa douleur et de son sentiment... Comme s'il avait lu dans ses pensées, il hocha doucement la tête et murmura d'une voix triste :

— Tout l'argent de la terre ne sert à rien lorsque l'on perd ce que l'on aime le plus au monde. Et la vie ne s'achète pas. — M'man et moi, on vous considère comme une vraie personne, affirma William après avoir réfléchi quelques instants aux réflexions de Harry. Dites, c'est pour ça que vous avez voulu vous faire passer pour notre majordome ?

— En partie, acquiesça Harry.

Il jeta un coup d'oeil à Ashley, mais la jeune femme se refusa à dire quoi que ce soit. Pas tant que William serait là. Elle avait besoin de réfléchir, de mettre de l'ordre dans ses sentiments. — Mais surtout, reprit Harry, c'était pour persuader ta maman de me laisser rester auprès de vous. « Même s'il avait dû camper dans le jardin », se souvint Ashley avec émotion.

— Parce que vous vouliez apprendre à mieux nous connaître ? — Oui, William.

Ashley se demanda si elle avait été d'une naïveté affligeante en acceptant de croire à cette histoire de majordome. Mais elle comprit vite qu'en vérité, elle l'avait crue parce qu'elle l'avait désespérément souhaité — parce qu'elle voulait à tout prix que Harry Cliffton reste auprès d'elle... Elle comprenait sa réticence à leur révéler sa richesse et sa position sociale. D'autant qu'elle s'était montrée plus que critique vis-à-vis de Springfield Manor et du style de vie qu'on y menait! S'il s'était présenté à elle comme un lord venu chercher son héritier, elle l'aurait mis à la porte sans autre forme de procès. — M'man, est-ce que c'est vrai que M. Cliffton veut se marier avec toi?

— C'est ce qu'il a dit, répondit prudemment Ashley. — C'est vrai, m'sieur Cliffton? Vous voulez épouser maman ?

— Oui, William, je le souhaite de tout mon cœur, répondit Harry sans la moindre hésitation.

Ils entendirent William pousser un soupir de soulagement audible. Puis il demanda encore, une note d'espoir dans la voix : — Et... tu as dit oui, m'man?

— Ce n'est pas une décision que je veux prendre à la va-vite, William.

— Oh ! Mais, maman, ce n'est pas compliqué ! Il te suffit de dire oui ! Oh, s'il te plaît, maman, dis oui ! Dis oui ! William avait passé sa tête entre les deux sièges avant et sautillait sur place, surexcité.

— Imagine, m'man ! Tu n'aurais plus jamais besoin de travailler, et de t'inquiéter du prix des choses ! Et on n'habiterait plus en haut d'une colline, alors je pourrais faire du vélo sans problème ! Et puis...

— William, je t'en prie, assieds-toi ! coupa Ashley sèchement, inquiète d'entendre son fils faire constamment référence à la fortune de Harry.

William ignora son injonction, bien décidé à se battre jusqu'au bout pour ce qu'il souhaitait.

— Regarde comme c'était bien, cette semaine ! On était comme une vraie famille, et tu n'étais pas enfermée toute la journée dans ton bureau...

— William, ta mère t'a dit de t'asseoir, intervint Harry avec calme mais fermeté. Je pense que nous avons bien compris ce que tu avais à dire.

William ouvrit la bouche pour protester, croisa le regard de Harry dans le rétroviseur et se ravisa. Poussant un profond soupir, il se rassit sur le siège arrière. Il demeura silencieux jusqu'à leur arrivée.

— Monte directement dans la salle de bains, William, ordonna Ashley. Il faut que je mette de la crème sur ton œil si tu ne veux pas qu'il ressemble à un arc-en-ciel, demain. é — Veux-tu que je m'en occupe? lui proposa Harry. — Non, merci. En revanche, une tasse de café ne serait pas de refus. Je redescends dès que j'ai mis William au lit. — Au lit? s'insurgea l'enfant. Et Waterloo? — En matière de guerre, nous avons eu ce qu'il nous fallait, ce soir, tu ne penses pas? Et j'aimerais bavarder un moment avec Harry, William.

— Ah... D'accord, alors.

Et, pour la première fois depuis des mois, William obéit à sa mère sans protester.

Lorsque Ashley reparut dans le salon, Harry l'attendait. Il avait disposé une cafetière et deux tasses sur un plateau. Son visage était grave, son expression tendue.

— Je devrais peut-être commencer par des excuses? hasarda-t-il en scrutant le visage d'Ashley, comme pour y lire la conduite à suivre.

— Es-tu désolé de quoi que ce soit? s'enquit la jeune femme. — Non, reconnut-il. Je serais prêt à tout recommencer pour connaître de nouveau ce que nous avons partagé cette semaine. Au moins, il avait le mérite d'être honnête, songea Ashley. — Et qu'en était-il vraiment de ta soi-disant mission? voulut-elle savoir.

— Je t'ai raconté la vérité — à ceci près que c'était moi, bien sûr, qui avais envie de vous rencontrer et d'apprendre à vous connaître. George Fotheringham est le majordome de Springfield Manor. Ashley prit une profonde inspiration. La question qu'elle s'apprêtait à poser n'était pas facile.

— Est-ce que... est-ce que ta ne peux pas avoir d'enfants, Harry? Il parut surpris, puis amusé.

— Ma foi, je ne me suis jamais posé la question. J'ai toujours pensé que si.

— Pourquoi venir chercher William, dans ce cas ? Un sourire espiègle se peignit sur ses traits. — Parce que George me harcelait. Tu comprends, depuis la mort de Pénélope, j'étais demeuré célibataire, et il craignait que la lignée des Cliffton ne s'éteigne, laissant sa famille sans emploi. — Donc, si je comprends bien, tu voyais en nous un moyen de continuer à mener ta vie comme tu l'entendais sans plus te faire « harceler » par George ?

Harry secoua la tête.

— Quand Pénélope est morte, la vie a cessé de m'intéresser. C'est cela qui inquiétait George : il sentait bien que je prenais des risques inconsidérés par désœuvrement et chagrin, et quand je me suis cassé la jambe, il a décidé que cela avait assez duré. Il s'est donc mis en quête d'un autre héritier. En m'apprenant l'existence de William, il espérait me mettre un peu de plomb dans la tête et me donner envie de reprendre ma vie en main. Ashley ne put s'empêcher de sourire. — Il ne te connaît pas si bien que ça, alors ? — Si, mais cela ne l'empêchait pas d'espérer que je finirais par revenir à la raison. Il ne pensait pas que je déciderais de venir explorer la filière australienne qu'il avait découverte ! — Dans ce cas, ce qui se passe entre nous ne doit pas le ravir. — Au contraire. Si tu acceptes de m'épouser, George sera le plus heureux des hommes... juste après moi. — Parce que je pourrai te donner des enfants ? C'est pour cela que tu veux te marier avec moi, Harry? Harry la regarda avec une tendresse infinie. — Non, Ashley. Si tu ne veux plus ou ne peux plus avoir d'enfants, cela ne changera rien pour moi. Ce que nous partageons est extraordinaire. Jamais je n'aurais cru connaître un tel bonheur — et je ne veux pas que cela s'arrête, c'est tout. A mesure qu'il parlait, Ashley avait senti des larmes d'émotion lui monter aux yeux ; lorsqu'il eut terminé, elle ne put que murmurer : — Oh, Harry...

La tension qui s'était accumulée en elle durant toute la soirée se dissipait comme par miracle. Harry voulait l'épouser pour elle-même, parce qu'il l'aimait, parce que ce qu'ils partageaient était aussi précieux pour lui que pour elle. A travers ses larmes, elle le vit s'approcher d'elle; l'instant d'après, il la serrait de toutes ses forces dans ses bras. — Ashley, mon amour... Je t'aime à la folie. Tu en es consciente, n'est-ce pas? Bien sûr, je rêve d'avoir des enfants avec toi — comme tout homme rêve d'avoir des enfants avec la femme de sa vie. Mais je respecterai ta décision, quelle qu'elle soit. De toute façon, nous avons William... Je voudrais l'adopter, si tu es d'accord. Un bonheur indicible avait envahi Ashley. — Moi aussi, Harry, je veux que nous ayons des enfants, avoua-t-elle. En fait...

Elle s'interrompit et leva vers lui un regard timide. — Il se pourrait que nos vœux soient exaucés plus tôt que prévu. — Tu veux dire que... La première fois, dans le bureau... — Je n'en sais encore rien, mais...

— Oh, mon amour ! Ce serait merveilleux ! — Harry, je n'ai pas la moindre idée de ce qu'on attend d'une femme de milliardaire...

— C'est très simple, affirma-t-il. Il n'y a que deux choses à savoir. — Lesquelles ?

— La première, c'est que tu dois m'aimer à la folie. Comment aurait-il pu en être autrement? Elle l'avait aimé dès l'instant où elle l'avait rencontré... — Et la seconde ?

— Tu dois me laisser t'aimer. Sans limites, sans restrictions. Tu dois me permettre de te prouver mon amour de toutes les manières possibles et imaginables, parce qu'on ne vit qu'une fois. Alors? Crois-tu que tu y arriveras?

Ashley plongea son regard dans le sien. — Oui, murmura-t-elle. Oui, je veux être ta femme, t'aimer toujours et accepter ton amour.

Le baiser qui vint sceller cette promesse exprimait tout leur bonheur, tout leur soulagement, tout l'espoir comblé qui était le leur. Cependant, lorsqu'un long moment plus tard ils se séparèrent pour reprendre leur souffle, Ashley ne put résister à la tentation de taquiner gentiment Harry.

— Dis-moi, quand exactement avais-tu l'intention de m'avouer la vérité sur ton identité? Après le mariage ? — Non. Je comptais abattre mon jeu une fois arrivé sur mon propre terrain, avoua-t-il avec un sourire penaud. Que veux-tu, j'aime avoir l'avantage...

Ashley sourit.

— J'avoue que j'ai hâte de rencontrer George. Après tout, c'est grâce à lui que nous nous sommes rencontrés ! Un peu comme dans les romans policiers : c'est le majordome qui a fait le coup... — Le majordome... ou celui qui se faisait passer pour lui ? Tous deux éclatèrent de rire. Puis Harry se leva et alla tirer les rideaux du salon.

— Je doute qu'Olivia Stanton ose revenir rôder par ici, mais je préfère être prudent, expliqua-t-il. Car si elle s'avisait de venir nous espionner ce soir, elle risquerait d'apercevoir bien plus qu'un slow innocent!

La promesse sensuelle qu'elle lisait dans ses yeux fît battre le cœur d'Ashley à coups redoublés. Sans un mot, elle se leva pour l'enlacer. De nouveau, ils s'embrassèrent passionnément. Et le tapis du salon connut le même destin que celui du bureau, quelques jours plus tôt.