L'héritier des Christensen

Hewitt · Chapitre 2 sur 12

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L'héritier des Christensen

Six ans plus tard

2.

 

Six ans plus tard

 

Il neigeait à Paris, une neige fine et virevoltante qui recouvrait l’assistance d’un manteau blanc, tout comme le cercueil en acajou foncé porté par six militaires en grande tenue. La cérémonie était retransmise à la télévision, et à côté des officiels, on distinguait dans la foule têtes couronnées et personnalités.

Bien sûr, Phoebe ne reconnut personne sur l’écran, puisqu’elle n’avait jamais rencontré la famille d’Anders. Elle chercha des yeux Leo Christensen, mais ne le repéra pas. Etant donné ses exécrables rapports avec Anders, il était possible qu’il n’assiste pas à son enterrement.

Depuis ce jour terrible où ils avaient quitté le palais six ans auparavant, Anders et Phoebe n’avaient pas remis les pieds à Amarnes, et Anders n’avait jamais revu sa famille. Comment aurait-il pu imaginer que ses retrouvailles avec celle-ci auraient lieu au pied de son cercueil ? pensa Phoebe, le cœur serré.

L’homme qu’on portait en terre avait été son mari pendant à peine plus d’un mois, et lui avait laissé un fils. L’adorable petit garçon qui jouait à présent sur le tapis ne pouvait pas se douter que l’homme qui venait de disparaître était son père, un père qu’il n’avait quasiment jamais connu.

— Qu’est-ce que tu regardes, maman ? Qu’est-ce qu’ils font, tous ces gens ? demanda-t-il de sa petite voix aiguë en délaissant momentanément son jeu de

construction pour jeter un œil sur la télévision.

— Rien, mon chéri, rien, répondit Phoebe d’une voix étranglée.

Elle n’avait jamais parlé à son fils d’Anders, qui les avait abandonnés aussi subitement qu’il s’était amouraché d’elle, quelques semaines auparavant.

Cinq ans s’étaient écoulés depuis la naissance de Christian. Avec le temps, Phoebe avait surmonté le traumatisme de la séparation et de la solitude, et avait assumé doublement son rôle de mère pour compenser l’absence d’Anders. Elle s’était construit à New York une vie harmonieuse qui la satisfaisait pleinement. Entre ses amis à elle, l’école et sa grand-mère maternelle, très présente, Christian, comblé affectivement, n’avait jamais réclamé son père et semblait parfaitement équilibré.

Un jour, elle lui raconterait. Mais il était trop tôt, songea Phoebe, les larmes aux yeux.

Elle se leva, éteignit la télévision et se dirigea vers la petite cuisine, en caressant au passage les boucles blondes de son fils. Avec ses cheveux presque blancs, il pouvait difficilement renier ses origines scandinaves… qu’il ne connaissait pas encore.

Elle chassa de son esprit le souvenir de ce jeune homme aussi immature que charmant qui avait bouleversé son existence et songea que la vie était infiniment cruelle. Peut-être, si Anders avait vécu, se serait-il assagi ? Peut-être aurait-il été capable de se fixer, de fonder une vraie famille, de rendre une femme et des enfants heureux ?

Il n’en aurait jamais la possibilité…

A peine étaient-ils arrivés à Paris qu’Anders avait commencé à se détacher d’elle… D’abord très malheureuse, elle avait vite réalisé que son prince charmant était en réalité un enfant gâté et égoïste, incapable d’assumer ses responsabilités et de vivre en couple de façon stable.

Aussi, quand ils s’étaient séparés, elle n’avait pas eu le cœur brisé : elle savait au fond d’elle-même que leur histoire n’avait pas d’avenir, et l’arrivée de Christian n’avait rien changé à l’affaire. Dans la mesure où Anders affirmait qu’il n’avait pas envie d’être père, elle avait fait le choix de l’élever toute seule.

Ils s’étaient donc rendus à l’évidence : ils n’étaient pas faits l’un pour l’autre et désiraient chacun reprendre leur indépendance. Phoebe avait touché une somme substantielle de la part des Christensen, en quelque sorte pour solde de tout compte, et ils s’étaient quittés pour ne plus se revoir. Jamais Anders n’avait manifesté le moindre intérêt pour son fils qu’il n’avait qu’entraperçu après sa naissance. Et à présent, il était trop tard…

Les années passant, l’image d’Anders s’était brouillée dans l’esprit de Phoebe, comme une vieille photographie jaunie par le temps.

Mais curieusement, alors que son ex-mari avait presque perdu toute réalité dans sa mémoire, elle se souvenait de Leo Christensen avec une étonnante précision. Elle n’avait rien oublié de sa troublante masculinité ni de son dangereux pouvoir de séduction.

S’était-il marié ? Avait-il des enfants ? Elle n’en savait rien, mais l’imaginait volontiers toujours célibataire, additionnant les conquêtes sans lendemain, aussi dur et intraitable que lors de leur entretien qui était resté gravé dans sa mémoire comme l’un des moments les plus déplaisants et les plus déstabilisants de son existence.

A cette heure, la petite cuisine était inondée de soleil et elle se félicita encore une fois d’avoir déniché ce charmant appartement pour un prix raisonnable, vu les loyers exorbitants de New York. Il n’était pas bien grand, mais elle s’y sentait bien et n’aurait pas déménagé pour tout l’or du monde.

— Si on allait manger une pizza, mon chéri ? lança-t-elle à son fils, toujours plongé dans la construction de son vaisseau spatial.

— Oh, oui, maman, super ! répondit-il depuis la salle de séjour.

Sortir lui ferait du bien, songea Phoebe en chassant de son esprit l’image tragique de ce cercueil avançant lentement sous la neige. Elle ne voulait plus penser à cet homme disparu trop jeune, ce père que Christian ne connaîtrait jamais. Le patron de leur pizzéria favorite les accueillait toujours avec chaleur et elle avait besoin d’être réconfortée. Voir du monde lui changerait les idées…

Quand elle rejoignit son fils, son manteau à la main, elle le trouva planté devant l’écran. Il avait rallumé la télévision…

Les caméras étaient braquées sur le cercueil recouvert du drapeau aux armes d’Amarnes qui arborait fièrement les deux aigles, symboles de la dynastie.

— Qu’est-ce qu’il y a dans la boîte ? demanda-t-il, l’air concentré. Et c’est quoi, ces aigles ?

Phoebe déglutit péniblement, soudain au bord des larmes. Même si elle s’était détachée d’Anders depuis longtemps, cette mort prématurée la bouleversait.

— Quelqu’un est mort, mon chéri. On l’emmène au cimetière.

— Et pourquoi il est à la télévision ?

— Parce que c’était un prince.

— Un prince ? Comme dans La Belle au bois dormant ?

Phoebe ne put retenir un sourire.

— Non, chéri, un vrai prince.

Elle se dirigea vers le téléviseur et l’éteignit d’un geste décidé.

Christian était bien trop jeune pour savoir que son père aurait dû être roi s’il n’avait pas abdiqué. Elle savait depuis toujours qu’elle lui dirait la vérité, probablement même qu’elle lui ferait rencontrer sa famille paternelle. Mais pour l’instant, c’était un petit garçon entouré d’amour et heureux de vivre : le reste n’avait pas d’importance. Puisqu’il ne posait pas de questions sur son père, elle préférait attendre avant d’aborder elle-même le sujet.

Elle eut cependant le temps d’enregistrer certains mots du commentateur : tragédie, stupide accident de voiture, vitesse excessive, sa compagne, un top model français, morte sur le coup avec lui…

— Viens, lança-t-elle soudain, impatiente de quitter cette atmosphère funèbre, allons manger.

Elle se sentait incapable d’avaler une bouchée, mais Christian, lui, devait mourir de faim comme toujours. D’ailleurs, faim ou pas, il était toujours d’accord pour déguster une pizza.

Elle était en train d’aider son fils à mettre son anorak quand on frappa à la porte. Trois coups désagréablement fermes qui les firent sursauter et qui n’avaient rien à voir avec la façon dont Mme Simpson, leur charmante voisine, annonçait sa venue quand elle venait partager un thé avec Phoebe.

Qui pouvait bien les importuner à cette heure tardive ? songea Phoebe, étonnée.

— J’y vais, maman ! s’écria Christian, tout excité.

Elle le rattrapa par le bras.

— Non. Tu ne dois jamais ouvrir quand tu ne sais pas qui est de l’autre côté de la porte, mon chéri. Laisse-moi faire.

Elle ouvrit le verrou, poussa le battant et recula aussitôt. Devant elle se tenaient deux individus en costume sombre, un sourire figé sur les lèvres. Leur allure à la fois compassée et déférente lui rappela désagréablement les deux agents qui l’avaient conduite au palais six ans auparavant pour rencontrer Leo.

Combien voulez-vous ?

Elle n’avait jamais oublié cette horrible proposition, et le seul souvenir de cette scène la glaça.

Qui étaient ces deux hommes ?

Que lui voulaient-ils ?

— Madame Christensen ? déclara tout à coup le plus grand d’une voix grave.

Phoebe se figea. Voilà des années qu’on ne l’avait pas appelée ainsi… Après son divorce, elle avait repris son nom de jeune fille, désireuse de tirer un trait sur son histoire avec Anders et de rompre définitivement avec cette détestable famille.

De nouveau, elle se retrouva en pensée dans le bureau de Leo Christensen. Six ans avaient passé, mais chaque détail de leur entrevue était incroyablement net dans son esprit : son sourire de prédateur quand il la fixait avec insistance, l’éclat sensuel qui s’allumait dans son regard au bleu transparent, le trouble qu’elle avait ressenti quand il avait avancé la main vers elle et fait glisser son index le long de son cou, jusqu’à la naissance de ses seins.

Elle se ressaisit avec difficulté.

— Je m’appelle Mme Wells, corrigea-t-elle d’un ton abrupt en tentant d’éloigner de sa mémoire les dérangeants fantômes du passé.

L’homme s’inclina devant Phoebe, qui resta de marbre. Il était blond, d’un blond blanc qui signait des origines scandinaves, et avant même qu’il ne parle, Phoebe sut d’où il venait.

— Mes hommages, madame. Je suis Erik Jensen, et nous sommes envoyés par Sa Majesté le roi Nicholas d’Amarnes, expliqua-t-il d’une voix posée. Puis-je vous demander de nous suivre ?

La gorge serrée, Phoebe sentit la petite main de Christian se glisser dans la sienne. L’enfant semblait apeuré, visiblement impressionné par la tenue austère et le ton solennel de cet homme. Aussi impressionné qu’elle l’avait été en son temps dans les mêmes circonstances, pensa-t-elle. Mais la situation avait changé. Elle n’était plus la jeune fille naïve que Leo avait essayé d’acheter, mais une femme indépendante qui gagnait sa vie et n’avait de comptes à rendre à personne, et en tout cas pas à la famille d’Anders.

— Je n’ai aucune raison de vous suivre, asséna-t-elle d’une voix déterminée.

— Madame Christensen…, commença alors l’autre individu, d’un ton un peu plus insistant cette fois.

— Je crois avoir été claire, rétorqua Phoebe sans lâcher la main de son fils.

— Voyons, soyez raisonnable. Nous souhaitons simplement vous emmener au consulat d’Amarnes, où un envoyé du roi voudrait vous parler.

— Je n’ai rien à lui dire, précisa-t-elle sèchement. Tout a été réglé il y a six ans.

Dès qu’Anders avait signé les papiers d’abdication, ils avaient tous deux quitté le pays sans revoir aucun membre de la famille royale, comme s’ils étaient tout à coup devenus des parias qui n’intéressaient plus personne au palais.

— Un événement s’est produit récemment qui a changé la donne, fit observer Erik Jensen d’un ton où perçait une légère impatience. Vous le savez comme moi, j’en suis sûr.

La petite main de Christian serra alors la sienne si fort qu’elle comprit à quel point il était effrayé, et elle détesta soudain ces deux inconnus qui se permettaient de pénétrer chez elle et de se conduire en pays conquis au point de terroriser son fils.

— Un instant, dit-elle.

Elle entraîna son fils vers la cuisine et referma la porte derrière eux. Il était clair qu’elle n’arriverait pas à se débarrasser de ces deux sbires, conclut-elle en son for intérieur. Mieux valait accepter de les suivre et rencontrer cet émissaire au consulat comme on le lui demandait. Ainsi, le dossier serait définitivement clos et, avec un peu de chance, elle n’entendrait plus jamais parler des Christensen. Elle hésita un instant à confier Christian à Mme Simpson pour une heure ou deux, mais ne se sentit pas le courage d’affronter les questions de sa voisine : elle n’avait pas plus envie de lui mentir que de lui révéler l’ascendance de Christian.

Elle caressa tendrement la joue de son petit garçon.

— Ne t’en fais pas, chéri, ils ne sont pas méchants. Je vais aller tranquillement discuter avec eux, et tu viens avec moi.

— Et la pizza ? s’écria l’enfant, déçu.

Phoebe sourit malgré elle. S’il avait toujours faim, c’était bon signe. Il n’était pas si effrayé que ça…

— Pas de problème, assura-t-elle d’une voix apaisante. Je suis sûre que là où on va tu pourras te commander une pizza.

Cette dernière nouvelle eut l’effet escompté : Christian oublia instantanément les deux hommes et arbora un large sourire.

— Alors d’accord, dit-il. Mais on reviendra vite, hein maman ?

— Oui, assura Phoebe en dissimulant son appréhension.

A vrai dire, elle n’en était pas si sûre. Elle s’attendait à tout de la part des Christensen… Mais cette fois, elle ne se laisserait pas déstabiliser, elle ferait face, se dit-elle pour se redonner du courage.

De retour dans la salle de séjour, elle se tourna vers Erik Jensen.

— J’accepte de vous suivre, mais je souhaite être rentrée dans deux heures au plus tard. Mon fils va à l’école demain et je tiens à ce qu’il se couche à une heure raisonnable.

En descendant l’escalier, ils croisèrent Mme Simpson qui rentrait du travail. Elle s’arrêta net en la voyant escortée de ces deux inconnus aux mines graves.

— Pas de problème, j’espère, Phoebe ? interrogea-t-elle, étonnée.

— Non, tout va bien. Bonne soirée ! lança Poebe d’un ton léger quelque peu forcé.

Tout en suivant les deux hommes vers la limousine noire qui attendait de l’autre côté de la rue, elle sentit la nervosité la gagner.

Etait-elle en train de se jeter dans la gueule du loup ? s’interrogea-t-elle en s’installant sur la banquette arrière en cuir d’une magnifique couleur sable.

De toute façon, il était trop tard pour reculer à présent… Elle n’avait plus qu’à espérer qu’on lui demanderait seulement de renoncer par écrit à tout héritage pour son fils, et qu’on ne l’importunerait plus. Elle ne représentait aucun danger pour la famille royale, puisqu’elle ne voulait rien !

En cette fin novembre, le soleil hivernal jetait ses derniers rayons sur les boutiques branchées et les petits cafés de Greenwich Village, et un vent glacial faisait se hâter les passants pressés de rentrer chez eux.

Serré contre elle, Christian semblait rasséréné, et elle ne put s’empêcher d’admirer son sang-froid. Il devinait d’instinct que la situation était exceptionnelle et se montrait assez intelligent pour s’abstenir de toute question à laquelle elle n’aurait pu répondre.

La limousine s’engagea dans une allée privée occupée exclusivement par des ambassades et stoppa devant l’élégant immeuble qui abritait le consulat d’Amarnes. Celui-ci arborait, gravés sur le fronton, les emblèmes de la dynastie.

Ce détail n’échappa pas à Christian.

— Tu as vu, maman ? s’écria-t-il en levant la tête. Les aigles, encore ! Comme à la télé !

Phoebe esquissa un sourire tendu, incapable de répondre. Elle allait enfin savoir pourquoi on l’avait fait venir jusque-là, et la nervosité la gagnait.

Dans le vaste hall dallé de marbre, une jeune femme vêtue d’un élégant tailleur s’avança vers eux d’un air avenant.

— Vous êtes attendue, madame Christensen, annonça-t-elle. Si vous le voulez bien, je vais prendre votre fils en charge.

Phoebe serra plus fort la main de Christian dans la sienne.

— Non, il reste avec moi, protesta-t-elle d’une voix soudain crispée.

La jeune femme échangea un regard gêné avec Erik Jensen, comme pour implorer son aide.

— Voyons, madame Christensen, tout est organisé pour que votre fils passe un bon moment en vous attendant, intervint alors ce dernier d’un ton posé. Il sera dans une petite pièce avec à sa disposition des jeux, et même des D.V.D., sous la surveillance de Sophie. Et bien sûr, il pourra commander ce qu’il veut pour le dîner.

Christian, ravi de ce programme, attendait tout excité qu’elle donne son accord, et elle ne se sentit pas le courage de le décevoir. D’ailleurs, avait-elle le choix ? Il était évident que non…

De toute façon, il n’était pas souhaitable que son fils assiste à une entrevue qui avait toutes les chances d’être pénible, et qu’il entende parler de ce père dont il ignorait jusqu’à l’existence. Mieux valait régler ses comptes avec la famille d’Anders hors de sa présence.

— Très bien, concéda-t-elle. Mais je veux pouvoir le voir dans une demi-heure tout au plus. Tu veux aller avec la dame, chéri ?

— Oh, oui, maman ! s’exclama Christian. Et après, tu viens me chercher ?

— Bien sûr, je reviens te chercher, répondit Phoebe d’une voix aussi rassurante qu’elle le put. Sois bien sage.

Pendant que la jeune femme entraînait Christian dans une pièce au premier étage, Erik Jensen fit signe à Phoebe de le suivre.

— Si vous voulez bien attendre quelques instants ici, on va venir vous chercher. Souhaitez-vous un café, un thé ?

— Rien, merci, répondit Phoebe en jetant un œil autour d’elle.

Ils se trouvaient manifestement dans un salon d’apparat. La décoration, chargée, était tout à la gloire du royaume. Les rideaux de velours rouge étaient frappés aux armes royales ; des meubles de prix et des tableaux anciens évoquaient un passé glorieux. Si le but était d’en imposer au visiteur, c’était réussi, songea Phoebe. Sauf qu’elle trouvait ce décorum oppressant plutôt qu’impressionnant…

— Ce ne sera pas long, rassurez-vous, précisa Erik Jensen.

— Je l’espère, ajouta-t-elle d’un ton sec. Vous vous y êtes engagé. Je vous rappelle que mon fils va à l’école demain, et que nous devons rentrer tôt.

Restée seule, Phoebe s’assit sur un canapé et tenta de se concentrer. Pas question de se laisser déstabiliser par le marbre, les marqueteries précieuses, les aigles emblématiques que l’on retrouvait comme en embuscade sur les corniches de bois doré, comme elle l’avait été autrefois lorsqu’elle avait découvert les immenses salles de réception du palais royal d’Amarnes.

Elle était à présent une adulte, une mère qui élevait son fils sans l’aide de personne et subvenait seule à ses besoins. Elle ne voulait rien devoir aux Christensen. Elle était même prête à signer n’importe quel papier pourvu qu’elle ait l’assurance de ne plus jamais avoir affaire à eux.

Elle entendit des pas dans le couloir. Quelqu’un s’était arrêté devant la porte et s’apprêtait à pénétrer dans le salon, comprit-elle, aussitôt en alerte.

Ses yeux fixèrent la poignée qui se mit à bouger lentement, et elle comprit tout à coup, grâce à une sorte de sixième sens, que la personne qui allait pénétrer dans la pièce n’était pas un vulgaire émissaire du palais, mais ce même homme qui l’avait reçue six ans auparavant et qui n’avait jamais quitté sa mémoire.

Son cœur se mit à battre la chamade, son pouls s’accéléra dans ses veines et elle pressentit sans savoir comment que l’entrevue qui s’annonçait allait bouleverser son existence.

Il y aurait un avant et un après cette confrontation…

La gorge nouée, elle se redressa sur son siège.

Brusquement la poignée s’abaissa, la porte s’ouvrit, et Phoebe ressentit un choc, aussi sûrement que si on lui avait envoyé une décharge électrique.

Son intuition ne l’avait pas trompée…

Devant elle, plus viril et charismatique que jamais, le même sourire narquois sur ses lèvres sensuelles, se tenait Leo Christensen…