L'héritier des Christensen

Hewitt · Chapitre 7 sur 12

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L'héritier des Christensen

Phoebe écarquilla les yeux, stupéfaite.

8.

 

Phoebe écarquilla les yeux, stupéfaite.

— Nous marier ? répéta-t-elle d’une voix à peine audible.

— Oui, confirma Leo, très calme. Ainsi, vous resterez auprès de Christian, et vous le protégerez. De plus, en tant que duchesse de Larsvik, vous aurez un droit de regard sur les affaires du palais et pourrez ainsi désamorcer d’éventuelles sources de conflit.

— Cette idée est complètement folle, murmura Phoebe après un silence. Vous avez pitié de moi, et vous n’avez rien trouvé d’autre pour me tirer de cette situation… Je déteste qu’on me prenne en pitié !

Il la dévisagea longuement.

— Ai-je l’air de quelqu’un qui épouse une femme par pitié ? interrogea-t-il d’une voix ferme.

Elle soutint son regard sans frémir.

— Vous avez surtout l’air de quelqu’un qui n’est pas fait pour le mariage, rétorqua-t-elle sur le même ton.

S’il fut pris de court, il ne le montra pas.

— Jusqu’à il y a peu, je vous aurais probablement donné raison, admit-il. Mais comme vous l’avez noté vous-même, j’ai changé. J’ai fini par me faire à l’idée que le mariage présentait des avantages.

— Et vous croyez que c’est ce genre d’argument qui va me faire accepter votre proposition ?

— Voyons, Phoebe, soyez raisonnable. Nous sommes tous les deux concernés par l’avenir de Christian, et un mariage serait le meilleur moyen de le rendre heureux. Il aurait sa mère à ses côtés, un père pour remplacer celui qu’il n’a jamais connu, et nous serions là pour modérer les ardeurs de Nicholas qui, je n’en doute pas, serait capable de le rendre insupportable en lui passant tous ses caprices.

Ebranlée, Phoebe garda le silence. Certes, cette solution avait des avantages, mais elle n’en demeurait pas moins parfaitement déraisonnable !

— Mais… nous ne nous aimons pas, balbutia-t-elle enfin, à bout d’arguments.

Leo réfléchit un instant avant de répondre.

— Non, mais nous nous apprécions, affirma-t-il. Ensuite, tout est possible… Qui sait de quoi l’avenir sera fait ?

Le cœur battant, Phoebe garda le silence.

Que dire en effet, alors qu’elle se sentait tiraillée entre la raison qui lui intimait de dire non, et sa folle attirance pour Leo qui la poussait à accepter ? Certes, elle le connaissait à peine, et elle avait eu pendant très longtemps une fort mauvaise opinion de lui, mais il la fascinait et elle se sentait incapable de lui résister.

— Comment réagirait Nicholas ? demanda-t-elle enfin.

— Il serait mis devant le fait accompli, voilà tout.

Déjà, elle se sentait faiblir.

Leo se pencha vers elle. S’il la touchait, elle savait qu’elle ne pourrait plus refuser… Jamais elle ne s’était sentie aussi perdue, aussi fragile.

— Réfléchissez, Phoebe, insista-t-il de sa voix grave. En m’épousant, vous gardez votre fils, vous vivez dans le confort et la sécurité. Si vous refusez, ce sera le chaos, la guerre avec Nicholas, une guerre que vous n’avez pas les moyens de gagner. Que risquez-vous, de toute façon ?

« De tomber définitivement amoureuse de vous », pensa-t-elle. Oui, elle risquait de se prendre au jeu, et de souffrir terriblement quand cette comédie s’arrêterait. Car elle s’arrêterait forcément un jour.

Incapable de rester assise plus longtemps, elle se leva précipitamment. Leo l’imita et vint poser les mains sur ses épaules.

Bouleversée, Phoebe sentit ses jambes se dérober sous elle.

— C’est une folie, répéta-t-elle dans un effort dérisoire pour briser le charme qui la tenait captive.

Indifférent à ses paroles, il lui passa un bras autour de la taille et l’attira doucement contre lui. Ils restèrent ainsi un moment, sans parler, sans bouger, comme si le temps s’était arrêté.

— Tu as envie de moi, je le sais, murmura-t-il d’une voix rauque.

Elle leva la tête vers lui, irrémédiablement attirée par sa bouche, par ce regard qui l’hypnotisait.

— Dis oui, Phoebe…

Elle crut qu’il allait l’embrasser, mais il se contenta de lui effleurer les lèvres, accentuant encore son trouble.

— Il se passe quelque chose entre nous, insista-t-il. Quelque chose de fort…

— Ce n’est que physique, protesta-t-elle avec effort. Rien d’autre…

Il s’écarta légèrement, étonné.

— Que physique ! Mais le sexe, c’est merveilleux ! s’exclama-t-il. C’est le ciment d’un couple !

Elle resta silencieuse. Qu’aurait-elle pu répondre ? Son expérience sur ce plan était plutôt limitée…

Avec Anders, elle avait cru vivre des moments d’exception, mais le désir brûlant qu’elle éprouvait pour Leo était d’une tout autre intensité. Elle devinait que faire l’amour avec lui serait une aventure extraordinaire, un voyage dans l’inconnu, une révélation.

Voulait-elle se lancer, au mépris du danger ?

Alors, comme s’il avait perçu son ultime hésitation, il resserra son étreinte. Et cessant de lutter contre les forces qui la poussaient vers lui, Phoebe s’abandonna enfin.

Peu lui importait ce qui allait se passer désormais. Seule comptait la nuit magique qui les attendait. Elle acceptait à l’avance les souffrances, la solitude qui suivraient forcément cette relation qui ne pouvait qu’être éphémère : elle voulait vivre pleinement ce moment avec Leo, sans tabou, sans retenue.

Pourquoi s’interdire ce qu’elle souhaitait de tout son être, de tout son corps, depuis maintenant des jours et des jours ?

Elle se lova contre lui, le cœur battant à tout rompre, et lui offrit sa bouche. Et il l’embrassa avec une ardeur presque désespérée, au point d’en perdre le souffle.

Le désir montait en eux à l’unisson, incontrôlable. Avec une audace qu’elle ne se connaissait pas, Phoebe déboutonna la chemise de Leo et glissa la main sur son torse, heureuse de sentir ses muscles fermes sous sa paume, la toison qui recouvrait ses pectoraux, de le sentir frémir sous ses doigts.

Il resta figé un instant, comme s’il tentait de reprendre le contrôle de lui-même, mais la violence de son désir fut la plus forte. Avec un gémissement rauque, il pressa Phoebe contre lui, et elle sentit, bouleversée, la force de son érection.

Alors, il lui remonta sa robe jusqu’à la taille, révélant son minuscule string en dentelle noire… qu’il lui ôta aussitôt.

Il la souleva et la fit s’asseoir sur la table, au mépris de la vaisselle et des verres en cristal qui s’entrechoquèrent. Puis il recula pour la contempler.

Les joues en feu, frissonnant de tout son être, Phoebe s’offrit avec ravissement au regard de Leo.

Avec des gestes rendus maladroits par l’impatience, Leo baissa son pantalon et son caleçon et prit Phoebe par les hanches.

Il la pénétra brutalement et elle rejeta la tête en arrière, comblée de le savoir enfin en elle. C’était comme si, de tout temps, ils étaient faits pour s’unir ainsi, pour ne faire plus qu’un.

L’espace d’un instant, ils restèrent ainsi sans bouger, savourant ce moment unique, puis le désir, de nouveau, déferla en eux, aussi incontrôlable et puissant qu’un raz de marée.

Ils s’abandonnèrent alors aux forces qui les habitaient et les poussaient l’un vers l’autre, et le rythme de leur danse d’amour s’accéléra jusqu’à l’extase.

Un même cri leur échappa, un même frisson les secoua.

Ils restèrent longtemps dans les bras l’un de l’autre, attentifs à leurs corps toujours soudés, au sentiment de profonde plénitude qui les envahissait, à la merveilleuse certitude d’avoir partagé une expérience hors du commun.

Leo avait raison, songea Phoebe éblouie : le sexe avait un sens, et les instants magiques qu’ils venaient de vivre resteraient à jamais gravés dans sa mémoire comme les plus beaux de toute son existence.

 

***

 

Leo contempla longuement le visage de Phoebe, nota les marques de ses baisers sur ses épaules, ses cheveux ébouriffés par leurs ébats, et songea avec fierté que désormais elle lui appartenait.

Jamais il n’aurait imaginé la prendre ainsi sur la table, d’une façon aussi primitive. Mais dès qu’il l’avait touchée, ses sens s’étaient enflammés, et plus rien n’avait compté que la volonté de la faire sienne.

Il savait qu’un domestique pouvait entrer d’un instant à l’autre et les surprendre, mais il n’en avait cure. Elle l’avait tout simplement ensorcelé…

Quand il était entré en elle, il avait ressenti un sentiment de plénitude et de joie si nouveau pour lui qu’il en était encore tout étourdi.

Par sa beauté, par sa sensualité, par son intelligence, elle était pour lui unique : elle le fascinait comme jamais aucune femme avant elle.

Il se dégagea doucement et se rajusta, tandis que Phoebe remettait tant bien que mal sa robe en place.

Il aurait dû lui dire quelque chose, mais il en était incapable, tant il avait du mal à comprendre ce qui venait de lui arriver.

Ce fut elle qui brisa le silence.

— Leo…, murmura-t-elle d’une voix sourde.

— Oui ?

Elle le dévisageait avec une étrange fixité.

— Christian ne peut devenir roi que s’il est le fils d’Anders ? interrogea-t-elle.

Leo fronça les sourcils, surpris de cette étrange question après ce qui venait de se passer entre eux.

— Oui.

— Son fils légitime, né dans le cadre du mariage, n’est-ce pas ?

— En effet. Mais il n’y a aucun doute là-dessus, assura-t-il. J’ai eu votre certificat de mariage entre les mains.

Elle baissa la tête, soudain blême.

— Je sais, mais…

Il s’approcha d’elle, intrigué.

— Que se passe-t-il, Phoebe ? demanda-t-il d’une voix inquiète.

Elle leva la tête, et il lut dans son regard un profond désarroi.

— Il faut que je te dise…, commença-t-elle.

Sa voix s’étrangla et elle dut s’interrompre.

— Christian n’est pas mon fils, acheva-t-elle dans un souffle.