L’héroïne Du Colorado

Gustave Le Rouge et Henry de Brisay · Chapitre 62 sur 75

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L’héroïne Du Colorado

CHAPITRE V Acrobaties

CHAPITRE V

 

 

Acrobaties

 

Helen voyait le temps passer et personne ne venait la délivrer. La jeune fille s’énervait et sentait une grosse envie de pleurer lui monter aux yeux.

Tout à coup, la porte du commissariat s’ouvrit et Hamilton parut.

Helen eut un cri de joie et courut se jeter dans ses bras.

L’affaire fut vite réglée.

Le directeur de la Central Trust connaissait particulièrement M. Dumbar, auquel il raconta son aventure. Il en profita pour solliciter son concours afin de pouvoir prendre dans son coffre-fort les valeurs qui lui étaient indispensables. Malheureusement, dans l’occasion, M. Dumbar était

absolument impuissant.

– Vous comprenez, mon cher ami, disait-il à Hamilton, je ne puis rien. Les administrateurs de la banque ne sont jamais là dedans l’après-midi et tous les retraits de valeur sont faits dans la matinée. Je ne peux pourtant pas, pour vous faire plaisir, faire cambrioler la banque par mes agents.

À de pareilles raisons, il n’y avait qu’à se rendre.

 

– 576 –

Après avoir bien remercié le chef de la police, Hamilton quitta le commissariat avec Spike et Helen. Une fois dans la rue, nos trois amis tinrent conseil.

Il allait agir, le temps pressait. À tout prix il fallait trouver de l’argent et payer Dixler.

– C’est encore ce gredin-là qui a fait le coup, gronda Spike.

– Croyez-vous ? fit Helen.

– J’en suis sûr.

– Que ce soit Dixler ou un autre, intervint Hamilton, le mal est fait et le résultat est acquis. À nous de retourner une parade.

Et ils continuèrent à discuter devant le commissariat. Pendant ce temps-là, à l’intérieur du poste de police, une autre scène se passait.

M. Blommberry, mis en présence de Ward et de Senks, ne reconnaissait pas ses voleurs et le magistrat était obligé de relâcher ces deux gredins en leur rendant leur valise.

Aussitôt Senks commença à crier et à déclarer au commissaire qu’il aurait de ses nouvelles, mais celui-ci, lui montrant du doigt l’endroit d’où il venait, lui fit comprendre par cette simple pantomime qu’il aurait tort d’insister.

Nos deux complices filèrent rapidement, enchantés de voir l’aventure si bien se terminer. Mais au moment où ils mettaient le pied dans la rue, ils s’arrêtèrent net.

Hamilton, Spike et Helen étaient à trois pas d’eux.

 

– 577 –

– Au trot, au trot ! commanda Ward en entraînant son compagnon. Mais Hamilton avait reconnu ses compagnons de table et encore bien plus sa valise.

Il s’élança sur les traces des coquins en criant :

– Au voleur !

Helen et Spike le suivirent.

Les deux gredins se dirigeaient vers la gare.

Ils arrivèrent sur les voies juste au moment où un train démarrait. Ils bondirent sur le marchepied et s’engouffrèrent dans le fourgon à bagages.

– Ils nous échappent ! cria Hamilton avec un cri de désespoir.

– Pas du tout, répliqua Helen haletante, ils sont pris comme des rats. Ces imbéciles viennent de sauter dans le train omnibus qui va à Fall Creek. Dans une minute, le rapide de Pittsburgh, qui suit une voie parallèle, va démarrer. Laissez-moi faire… Ah ! tant pis, je n’ai que le temps.

En effet, le convoi de Pittsburgh sortait de la gare, laissant sur le quai nos amis ébahis, et elle sauta dans le train en marche et disparut bientôt dans des nuages de fumée.

La courageuse jeune fille, cramponnée à une plate-forme, se hissait maintenant à la force des poignets sur le toit d’un wagon. Là, fouettée par le vent et la fumée, elle regarda le train omnibus s’en allant cahin-caha sur la voie parallèle, et qui n’était pas à plus d’un mille.

 

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– Nous ne pouvons la laisser seule contre ces deux bandits, s’écria Hamilton en se tordant les mains.

– Voici une auto, monsieur ! dit tout à coup Spike qui, depuis un moment cherchait un moyen de rejoindre à tout prix la jeune fille.

Hamilton s’élança sur le chauffeur.

– Mille dollars pour suivre l’express tant que vous pourrez !

– Ça va, fit l’homme en manœuvrant ses manettes, tandis que Hamilton et Spike sautaient dans la voiture…

Cependant la distance qui séparait les deux trains diminuait rapidement.

Bientôt la machine de l’express atteignait la dernière voiture du train omnibus.

Helen se dressa, tous les nerfs tendus.

Elle calcula sa distance, prit son élan et, au risque de se tuer vingt fois, sauta sur le toit de l’un des wagons de l’autre train.

Elle roula, se retint comme elle put et, sans s’inquiéter des égratignures de l’épiderme et des accrocs de sa robe, se mit en devoir de gagner le fourgon aux bagages où elle savait que les deux voleurs s’étaient réfugiés.

Senks et Ward étaient bien tranquilles et ils riaient encore de la mine déconfite de Hamilton en les voyant filer à sa barbe quand Ward tressaillit.

– Hé ! Senks, vois donc…

 

– 579 –

Une forme blanche venait de se glisser dans le fourgon. Ward reconnut Helen.

– Damnation ! cria-t-il. Miss Holmes !

Helen, du premier coup d’œil, avait vu la valise et avait bondi, mais Senks lui barra le passage et Ward la saisit à pleins bras.

Avec une force incroyable, Helen luttait contre les deux hommes et dans ce terrible danger conservait tout son sang-froid.

D’un coup de pied violent, elle envoya le sac hors du wagon.

Fous de rage, les deux bandits cherchaient à l’étrangler, mais Helen, de deux coups de poing bien appliqués, se débarrassa de ses agresseurs et, souple comme une couleuvre, glissa hors du fourgon et se laissa tomber sur la voie.

Elle se releva sans aucun mal et se mit aussitôt à la recherche de la valise.

D’abord étourdi, Senks dit :

– Elle m’a démoli !

– Tu te plaindras plus tard, répondit durement Ward, il s’agit de la rejoindre.

Et avec la même adresse et la même ardeur, les deux coquins s’élancèrent, à leur tour, sur la voie.

 

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*

* *

L’auto allait à une formidable allure et avait rejoint déjà le train-omnibus, quand, passant sur un petit pont qui coupait la voie, Spike cria de toutes ses forces :

– Stop ! stop ! mais arrêtez donc, mille diables !

L’ex-forçat venait d’apercevoir à quelques mètres au-dessous de lui, Helen qui, aux mains des gredins qui l’avaient rejointe, allait succomber.

Hamilton vit aussi ce qui se passait.

Le chauffeur freina brusquement.

Hamilton poussa un cri.

Le brave Spike venait, pour aller plus vite, de sauter du pont sur la voie.

À toutes jambes, le tuteur de Helen dégringolait la pente…

Il était temps que les deux sauveteurs arrivent.

Helen, à bout de forces, sentait tout se dérober autour d’elle.

Elle vit dans un rêve Spike et Hamilton assommer les deux bandits, et elle sentait le vieux Ham qui l’embrassait, en lui disant :

– Vous n’avez pas de mal, au moins, ma petite Helen…

 

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*

* *

Dixler, parfaitement content, car il n’avait pas revu Hamilton de la journée, venait de rentrer chez lui, quand il entendit sonner.

En l’absence de Ward, il alla ouvrir lui-même.

Il retint un cri de rage.

Le directeur de la Central Trust était en sa présence et lui disait avec un bon sourire :

– Il n’est encore que cinq heures vingt, je suis donc en avance d’une bonne heure. Faites-moi votre reçu, Dixler… Voici l’argent.

 

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