L'Hommauto
La vie et l’œuvre de Bernard Charbonneau
La vie et l’œuvre de Bernard
Charbonneau
Bernard Charbonneau est né en 1910 à Bordeaux. Dès l’adolescence, il manifeste son goût pour l’environnement et les espaces naturels. Adepte des voyages à pied ou à vélo, il explore le Sud-Ouest, traversant sac au dos les forêts des Landes jusqu’à l’Espagne. Après un baccalauréat de philosophie et des études d’histoire et de géographie, il obtient l’agrégation en 1935.
À vingt-quatre ans, titulaire de son premier poste d’enseignant à Bayonne, il fait la rencontre d’intellectuels qui influenceront beaucoup sa pensée : Emmanuel Mounier, qui vient de fonder la revue Esprit, et Jacques Ellul, à la fois philosophe, juriste et théologien protestant, qui amorce une réflexion sur le progrès économique et la technique. Bernard Charbonneau crée avec eux des « clubs de presse » et des groupes de discussion. Dans le sillage de Mounier, son groupe devient « le groupe personnaliste du Sud-Ouest ». Soucieux d’harmonie avec la nature et de respect de l’environnement, il poursuit sa vie d’escapades et de randonnées dans des régions encore peu développées, telles la Galice ou les Pyrénées espagnoles.
Professeur à Bordeaux en 1938, il s’y marie. Face à la guerre, à l’Occupation, à la lutte antinazie, Bernard Charbonneau se tient en retrait. L’événement majeur de ces années-là restera pour lui l’explosion atomique d’Hiroshima. En 1945, il termine son premier ouvrage : Le Pan se meurt, où il donne ses premières analyses de la « grande mue » de l’espèce humaine vers la civilisation technico-industrielle. Avant tout penseur de l’hégémonie de la technique, de la menace industrielle, il reste à l’écart de l’effervescence idéologique et politique de l’après-guerre.
À l’écart et loin des villes : c’est en effet à Laroin, dans les Pyrénées-Atlantiques, qu’il construit sa maison en pleine campagne, non loin de l’école normale de Lescar où il enseigne. Commence alors pour lui une vie de précurseur solitaire de ce qui ne s’appelle pas encore le « mouvement écologique ». Il sait à quel point le sentiment de la nature est subversif dans cette société française qui se rue sur la consommation et la croissance. D’ailleurs, ses premiers livres mettent plusieurs années à trouver un éditeur.
Au fil des années 50 et 60, il devient l’observateur critique d’une société où l’équilibre séculaire entre l’homme et la nature semble condamné. Dénonçant le règne de la technologie, le fétichisme de la consommation, la dictature de la valeur marchande, Charbonneau est l’un des pères de la pensée écologique moderne. En 1949, il publie à compte d’auteur L’État où sont confrontés totalitarisme politique (essentiellement stalinien) et hégémonie techno-scientifique. Il publiera ses quatre livres suivants chez Denoël.
Sa pensée trouve un écho dans les mouvements écologistes naissants des années 1970. Pourtant, il se tient à distance de ce « retour au naturel », comme si la soi-disant politique de l’environnement n’était que le complément illusoire de sa destruction. Le sentiment de la nature s’exaspère à mesure qu’il disparaît. Malgré tout, il donne régulièrement des articles dans Combat Nature, la revue des associations écologiques. Il participe également à la fondation du Comité de défense de la côte aquitaine, qui s’oppose à certains aménagements du littoral, ainsi qu’à la fondation du Groupe du Chêne, et au réseau européen Écoropa. Tour à tour essayiste analysant les pièges du développement (Le jardin de Babylone, 1969, Le Paradoxe de la culture, 1965, Le Système et le chaos, 1973), polémiste doté d’une verve ironique (L’Hommauto, 1967, Il court, il court le fric, 1996) ou encore anthropologue du quotidien (Un festin pour Tantale, 1997), Bernard Charbonneau, mort en 1996, a composé une œuvre multiple, au carrefour du pamphlet et des sciences humaines, et aux accents prophétiques.