L'Illustration, No. 3666, 31 Mai 1913
L'attentat D'hanoï
Dans une récente et importante interview publiée par notre confrère le Temps, M. le gouverneur général Sarraut a tenu à déclarer que l'attentat d'Hanoï, la bombe lancée le 26 avril dernier sur des officiers français à la terrasse d'un café local, n'était pas «un crime annamite» mais un crime extérieur à l'Indo-Chine, inspiré très vraisemblablement par le prince exilé Cuong Dé et exécuté par «la pègre internationale d'Asie».
Les journaux quotidiens ont dit, en leur détail, les circonstances de cet attentat qui causa une si grande émotion en France. Le samedi 26 avril 1913, vers 7 h. 1/2 la bombe, éclatant au milieu des consommateurs du café de Hanoï-Hôtel, blessait mortellement les commandants Mongrand et Chapuis, de l'infanterie coloniale, et atteignait plus ou moins grièvement douze autres Français et six indigènes. L'un des morts, le commandant Mongrand, qui s'était particulièrement distingué au Soudan où il avait été cité pour action d'éclat à la prise du repaire de Kentadji sur le Niger, laisse une veuve et quatre enfants. Il achevait sa période de séjour en Indo-Chine et, par décision du 24 avril, avait été affecté au 4e colonial, à Toulon.
L'une de nos gravures représente le lieu de l'attentat, la devanture du café photographiée le lendemain du crime, avec son panneau défoncé et ses vitres brisées Le sang des victimes a laissé des traces sur le sol et sur l'une des tables.
La terrasse du café de Hanoï-Hôtel après l'explosion de
la bombe.
Quelques jours avant cet événement, une autre bombe avait tué à Thaï Binh un mandarin attaché à la cause française. Il n'est résulté de ces attentats aucune panique parmi nos compatriotes. Dans la nuit qui a suivi le meurtre des officiers, le gouverneur général, M. Sarraut, a fait afficher une énergique proclamation. Les victimes ont été enterrées le mardi 29 avril à 9 heures du matin. Tout Hanoï et beaucoup de Français de l'intérieur y assistaient. Devant la chapelle de l'hôpital militaire, alors que l'on venait de placer les deux cercueils sur des prolonges d'artillerie, le gouverneur général de l'Indo-Chine, M. Albert Sarraut, a prononcé un discours ému, promettant le châtiment exemplaire des meurtriers et de leurs complices. Ce discours se termina par le cri de «Vive la France!» qui, malgré la tristesse de l'heure, fut très applaudi.
Les obsèques des victimes de l'attentat d'Hanoï: le discours
de M. Sarraut, gouverneur général de l'Indo-Chine, devant la
chapelle de l'hôpital militaire.