L'Illustration, No. 3666, 31 Mai 1913
Les Livres & les Écrivains
C .--Le 5 juin, à la salle de Géographie (184, boulevard
Saint-Germain), à 4 heures: concert donné par M. Edouard Risler.--Le 6 juin, salle des Agriculteurs (8, rue d'Athènes), à 9 heures du soir: concert donné par M. Henri Gilles, avec le concours de Mme Emma Eames, et de M. Emilio de Gogoza. Mme Eames ne s'est pas fait entendre depuis plusieurs années à Paris, et M. Emilio de Gogoza y chantera pour la première fois.
S .--Courses de chevaux: le 31 mai, Enghien; le Ier juin, Longchamp; le 2, Saint-Cloud; le 3, Saint-Ouen; le 4, le Tremblay; Epsom (Derby); le 5, Longchamp; le 6, Maisons-Laffitte; Epsom (the Oaks); le 7, Auteuil.--Aviation: le 1er juin, à l'aérodrome de Port-Aviation, à Juvisy: match Garros-Audemars.--Boxe: au Nouveau-Cirque (rue Saint-Honoré): championnats du monde de lutte de combat; le 31 mai, à 9 heures du soir, à la salle des Ingénieurs civils (rue Blanche): assaut annuel de la salle Conte; le 1er juin, à l'Exposition universelle de Gand: match Carpentier-Bombardier-Wells.--Lawn-tennis: à partir du 7 juin, sur les terrains du Stade français, à Saint-Cloud: championnat du monde de tennis.--Aviron: le Ier juin, à Juvisy, coupe des nations; la Société des Régates rouennaises organise pour le 8 juin des régates nationales à l'aviron.--Cyclisme: le 8 juin, Paris-Bruxelles.
LES LIVRES & LES ÉCRIVAINS
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L' «Homme en rose» n'existe plus. Vainement ce très grand artiste, ce fastueux poète de la lumière: Albert Besnard, est allé chercher dans l'Inde le prince des féeries hindoues, vêtu de mousselines couleur d'aurore et piquées d'or, le rajah des légendes qui vit une existence de songe dans les murailles ajourées de ses palais. Les souverains de l'Asie anglaise portent aujourd'hui des vestons en laine de Manchester, jouent au golf et se font blanchir à Londres. L'homme en rose n'existe plus; mais les décors de son ancienne puissance sont toujours debout, avec leurs immuables temples, leurs dieux farouches, et les foules affamées et fanatisées qui continuent leur agitation délirante dans la lumière pourpre de 1'«Inde couleur de sang».
Déjà, lorsque, dans notre numéro de Noël de 1911, nous eûmes la joie de reproduire quelques-unes des plus belles pages d'album et des études rapportées par Albert Besnard de son voyage, notre confrère Pierre Mille, l'un des meilleurs écrivains chroniqueurs et critiques de ce temps, sut admirablement dire à notre public ce que fut cette visite du somptueux artiste aux Indes. Cette terre de symboles vieux comme le monde, Albert Besnard la parcourut presque dans tous les sens, promenant ses extases de panthéiste dans le Ceylan bouddhique dont il vit les temples d'Anouradhapoura assiégés de fidèles, à Kandy, à Madura, à Trichinopoli où des cloches chrétiennes sonnent sur les foules hindoues, à Tanjore, à Pondichéry, l'Inde française où les hommes sont plus beaux, plus altiers, à Hydérabad on fête et en folie, à Calcutta, aux bords du Gange, à Delhi, à Jeypour, à Bombay, enfin. La vie est une fête!... s'écriait l'artiste, marchant dans le soleil. La vie, surtout pour lui, était une illumination. Et c'est de la rutilante couleur qu'il a fixée en ses notes de route (1) en même temps qu'en ses pages d'album. L'écrivain ne s'y sépare pas du peintre. Il traduit tout en visions plutôt qu'en pensées. «Je suis de ceux qui n'apprennent que par les yeux!» écrit-il. Et c'est pour nos yeux surtout qu'il rend sensibles les scènes vues: ainsi cette femme qui, enveloppée d'un pagne de soie orange tissé d'argent, allonge sur le sol ses bras très purs, cerclés d'or; ainsi cet adolescent vêtu de rose, conduisant par les degrés d'un temple un éléphant énorme «qui descend et grandit jusqu'à abolir les piliers, la voûte»; ainsi cet autre éléphant «obèse, cheminant du pas pressé et pourtant mesuré d'un vieil employé allant à ses affaires». L'image fixée par la plume est exacte et chante clair et gai comme le croquis, au pinceau, de l'album. Les visions, parfois, vous brûlent.
Note 1: Que publia le Figaro et qui viennent d'être réunies sous
ce titre: l'Homme en rose, en un volume de la bibliothèque
Charpentier, Fasquelle, édit.. 3 fr. 50.
«Tout à l'heure, sur un pont hors de la ville, j'ai vu passer trois femmes vêtues de rouge. Sous un ciel presque blanc, le sol flambait, ce sol de l'Inde, rose comme la flamme ou rouge comme le sang... Sur la tête, ces créatures portaient une cargaison de vases de terre cuite. Elles marchaient très vite, du pas souple des figures antiques, avec un léger bond du corps en avant qui leur donnaient l'air de voler. Elles marchaient très vite, comme des fantômes ignés au travers d'un brasier.»
Albert Besnard écrit comme il peint. Il y a dans son encrier toute la magie flamboyante de sa palette.
A C .
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M. Joseph Reinach vient de réunir en volume (2) les études qu'il a consacrées aux questions militaires au cours de sa carrière politique, longue de plus de trente ans. Vice-président de la commission de l'armée à la Chambre, il a pris une part active à tous les débats concernant la défense nationale, depuis la discussion de la loi de 1909 sur l'artillerie, dont il fut le rapporteur, jusqu'à celle qui occupe aujourd'hui le Parlement. Cette oeuvre se signale par son harmonie, son unité; on y voit comment un esprit net et pratique, affranchi de toute considération étrangère, est conduit logiquement, après avoir accepté le service de deux ans, à envisager comme une nécessité le retour à celui de trois ans, d'abord pour la cavalerie, puis pour toutes les armes. L'augmentation du personnel de l'artillerie, que l'auteur vota il y a quatre ans, a contribué, avec l'abaissement de la natalité, à vider les unités actives; il fallait donc, pour parer à ce danger, soit réduire le nombre de nos corps d'armée, soit prolonger la présence des hommes sous les drapeaux. M. J. Reinach, n'ayant pas demandé, il y a six mois, dans son discours sur la loi des cadres, qu'on changeât l'organisation de nos grandes unités, était fatalement amené à réclamer le service général de trois ans. Le projet, assurant la fixité des effectifs, qu'il a élaboré avec M. de Montebello, a été adopté par le gouvernement; grâce à lui, nous verrons demain l'armée toujours prête, malgré les armements formidables de nos voisins. R. K.