L'Illustration, No. 3666, 31 Mai 1913

Various · Chapitre 14 sur 18

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L'Illustration, No. 3666, 31 Mai 1913

L'exposition D'horticulture

Note 2: L'Armée toujours prête. Édition Berger-Levrault, 3 fr. 50.

Voir dans La Petite Illustration le compte rendu du Journal d'une femme de cinquante ans, souvenirs de la marquise de La Tour du Pin-Gouvernet, et des autres livres nouveaux.

 

L'EXPOSITION D'HORTICULTURE

L'exposition d'horticulture vient de finir. Il semble permis d'affirmer, sans paradoxe, que, grâce au mauvais temps des premières semaines de mai, les parterres de roses eurent une splendeur exceptionnelle. Le soleil est souvent le grand ennemi des exposants: beaucoup de fleurs s'épanouissent avant l'heure officielle; celles que des soins spéciaux réussissent à retarder se fanent à peine écloses. Le froid humide dont nos jardins ont tant souffert pendant quelques semaines, avant les grandes chaleurs de la fin du mois, avait été mis habilement à profit par nos horticulteurs, et si quelques coloris manquaient d'intensité, la fraîcheur des nuances présentait la séduction de la tonalité anglaise.

On a surtout admiré la rose nouvelle, Madame Edouard Herriot, qui fit sensation à l'exposition internationale d'horticulture de Londres où elle obtint la coupe d'or du Daily Mail.

Il est assez malaisé de définir exactement la nuance de cette rose magnifique qui vient s'ajouter à la série des roses cuivrées obtenues par M. Pernet-Ducher, de Lyon. Pour le rédacteur du Gardener's Chronicle, «la couleur reste évasive. La teinte rose des fleurs épanouies est très charmante, les boutons sont d'une riche couleur orange-cerise foncé».

Le Gardener's Magazine voit les boutons «de couleur orange-vermillon riche ou orange terre cuite; les fleurs entièrement ouvertes sont rose foncé fortement teinté de saumon orange».

The Horticultural advertiser trouve la couleur «grandiose, d'un riche cuivre rougeâtre avec des teintes saumon et abricot». Enfin, l'obtenteur s'exprime ainsi: «Fleur de grandeur et de duplicature moyennes, d'un superbe coloris rouge corail nuancé de jaune et de rose de Carthane, passant au rouge crevette».

Ces diverses définitions m'ont paru fort discutables, la dernière surtout. Cependant, après avoir gémi de mon impuissance à trouver le mot juste, j'ai regardé du corail et j'ai constaté que la définition de M. Pernet-Ducher est la plus exacte. La nuance de Madame Edouard Herriot correspond à un corail spécial, un peu orangé, très différent du corail rouge ou du corail rose que nous avons généralement dans l'oeil.

A cette rose remarquable, le jury a attribué la coupe de l'Hay, offerte par M. Gravereaux.

Une autre nouveauté, Juliet, pourrait s'appeler Caméléon. Cuivrée le matin, rose à midi, violâtre le soir, cette rose, d'une jolie forme, passe par divers tons en conservant une fraîcheur de nuance très rare chez des fleurs aussi capricieuses.

Les rosiers sarmenteux de M. Nonin, plus beaux que jamais, formaient un ensemble décoratif d'une richesse et d'une légèreté déconcertantes. Source d'or apporte dans cette famille une jolie couleur jaune, assez marquée, que l'on ne possédait pas encore; Excelsa, plus cramoisie que Crimson Rambler, est moins resplendissante. Dans les polyantha nains, signalons Georges Elger, blanc à coeur jaune.

A côté des roses, on voyait les traditionnels gloxinias, les fulgurants bégonias, et toute la série des fleurs connues, parmi lesquelles M. Cayeux faisait revivre la Clarkia elegans, délicieuse papilionacée de couleur orangée, à laquelle on ne saurait comparer l'antique et terne Clarkia pulchella.

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Il y eut aussi un concours de bouquets réservé aux femmes du monde. La plupart des concurrentes surent, en peu de temps, garnir agréablement les vases mis à leur disposition; mais ce furent de simples ébauches.

On ne saurait, paraît-il, demander davantage aux «amateurs». Jusqu'ici, on pensait que, pour faire un bouquet, il suffit d'avoir des fleurs et tant soit peu de goût. La noble dame, dissimulée sous le pseudonyme de Clairoix, nous apprend dans l'Art du bouquet (Laveur) qu'il est encore nécessaire de connaître les théories des Japonais, maîtres incontestés en la matière; pour guider notre ignorance, elle formule, d'après Sin-Kiou-Shin, philosophe de l'antiquité, quelques styles en honneur au pays de Mme Chrysanthème.

Etudions les principes subtils du Shin no Hana, du Rikkwa, du Sangi, du Shitsu, du Zi, et nous saurons disposer en gerbes élégantes, voire savantes et expressives, les plantes et les fleurs que nous traitions naguère avec trop de désinvolture.

«Des silhouettes et des taches», telle est l'idée maîtresse dans la décoration florale au Japon. Ajoutez à cela la beauté de nos fleurs, et, n'en déplaise à l'auteur de ce petit livre joliment conçu, la grâce maniérée ou la fantaisie d'une femme de goût, et vous aurez un bouquet parfait.

L'auteur nous donne de précieuses indications sur l'art d'adapter la forme et la couleur des vases à la forme et à la couleur des branches, fleuries ou non. Voici quelques exemples cueillis au hasard: