Magiciens et illuminés

Maurice Magre · Chapitre 17 sur 18

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Magiciens et illuminés

Epilogue

L’histoire des messagers est l’histoire d’une série d’échecs successifs.

Ils sont venus, ils ont eu une influence quelquefois grande, quelquefois minime, ils ont reçu l’injure ou la mort et la vie a repris sans trace apparente de leur passage.

Ce qui m’a frappé le plus, en suivant le récit de ces existences, c’est qu’elles aient pu même se manifester. On est étonné que les messages n’aient pas été étouffés quand ils étaient enfants, quand la première lueur de l’esprit brilla dans leurs yeux entr’ouverts. La colère contre ce qui est l’esprit est si grande qu’il faut considérer leur seule manifestation comme merveilleuse. Et il demeure inexplicable que Jésus ait atteint sa trente-troisième année, qu’Apollonius de Tyane soit mort très vieux et que Christian Rosencreutz ait pu ensevelir sa personne dans un silence qu’aucun tribunal de dominicains n’a pu rompre.

Le désintéressement, le sacrifice de soi, ce qu’il est convenu d’appeler le bien, en vertu de son respect de la vie et des scrupules de l’intelligence ne se présente pas avec les mêmes moyens de défense et les mêmes armes que ses ennemis. Logiquement c’est le mal, l’égoïsme qui devrait toujours triompher, puisque dans la lutte il n’est borné par rien. Si les pensées essentielles qui constituent l’idéal humain arrivent tout de même à survivre c’est qu’il y a en elles une force cachée, un principe supérieur qui les porte.

Si quand la mer est agitée et que les vagues montent vers le ciel qui a l’air de descendre, on regarde un nageur en train de regagner la terre, on pense à chaque seconde qu’il va disparaître. Les forces combinées pour l’engloutir sont immenses. Sa tête disparaît souvent sous l’écume et l’on cesse de l’apercevoir. Mais le nageur, par sa connaissance de la natation et grâce à la loi qui maintient à la surface un corps en mouvement, traverse les puissances liquides qui l’environnent et contre toute prévision humaine parvient au rivage.

Il en est ainsi de ces courageux nageurs de la vie que sont les porteurs de message. L’ignorance étend sur eux ses ombres, l’hypocrisie les attire en bas, l’orgueil, comme une lune maléfique dans les nuages les aveugle d’une lumière trouble. Mais un courant venu on ne sait d’où, une force sous-marine dont l’attraction nous est inconnue les pousse sur les flots et leur permet d’atteindre le but.

Le message arrive régulièrement, malgré la tempête qui ne finit pas.

C’est toujours le même. Il tient dans quelques vérités très simples, dans quelques mots. On pourrait en faire une formule qui serait écrite sur la borne de la route. Il faut être désintéressé, mépriser l’argent, devenir de plus en plus intelligent, pratiquer quotidiennement la bonté.

A cela chacun répond: Je veux jouir de la vie, aimer les richesses, ne penser qu’à moi, être le plus fort. Le grand combat de la vie ne se livre pas pour autre chose. Mais les vérités supérieures doivent être présentées aux hommes sous des formes sans cesse nouvelles. C’est le devoir qui incombe aux messagers et l’ingratitude de la tâche est en raison directe de l’invincible égoïsme de la race humaine.

L’idéal n’est pas le privilège d’une race ou d’un point particulier de la terre. Beaucoup d’hommes l’ont proclamé qui ne le tenaient de personne et ils ont parlé sans mandat aussi sincèrement et avec une aussi grande beauté. Tel fut Ruysbrock le contemplateur et l’admirable qui louait la vie active de l’homme ordinaire autant que l’adoration du mystique dans le sanctuaire et trouvait sous les arbres des vieilles forêts le chemin de l’union parfaite. Tel fut Giordano Bruno, l’orgueilleux et le raisonnable qui raisonna et disserta dans toutes les villes d’Europe et qui préféra le feu du bûcher au reniement de sa raison. Tel fut Swedenborg le savant et l’illuminé, le curieux de métallurgie et le grand mangeur de nourriture qui, dans une auberge de Londres, eut la vision d’un homme entouré de lumières qui lui annonça qu’il était choisi pour interpréter les Saintes Ecritures et lui recommanda de manger avec moins d’abondance. Tel fut Jacob Boehme, gardien de bestiaux et apprenti chez un cordonnier de Gœrlitz qui, tout en enfonçant des clous dans des semelles, voyait jaillir les étincelles de flamme de l’amour divin.

Et outre ceux-là, il y a eu d’autres messagers dont on n’a pas connu le nom parce qu’ils étaient peu soucieux de gloire ou faisaient si peu de cas de leur propre vérité qu’elle rayonnait d’eux à leur insu. Il y a eu des révélateurs qui ignoraient leur révélation, des sages modestes qui mélangeaient leur sagesse à leurs actions quotidiennes, de timides mages qui ne savaient pas quelle magie il y avait dans un petit acte de bonté.

Nous avons tous rencontré, au moins une fois, un de ces initiateurs sans auréole et reçu d’eux un inestimable don par une parole bienveillante, un certain aspect de tristesse, la loyauté d’un regard.

Car le message circule partout. Il est d’essence humaine comme l’espérance ou la douleur. Pour l’entendre il n’est pas nécessaire, ainsi qu’Apollonius d’invoquer, au lever du jour, les intelligences platoniciennes, de pratiquer la mortification des ascètes ou la prière des moines chrétiens. On peut le comprendre sans connaître aucune philosophie, sans être le croyant d’aucune religion. Il est accessible au plus humble pourvu que son âme soit ouverte. L’intelligence n’est pas nécessaire; il suffit de désirer l’intelligence et la bonne intention d’amour est le signe qu’on l’a reçu.

TABLE DES MATIÈRES

PRÉFACE 5

APOLLONIUS DE TYANE LE VOYAGEUR 17

La jeunesse d’Apollonius 19

Apollonius dans «la demeure des hommes sages» 28

La mission d’Apollonius 33

Faiblesse et grandeur 40

Le Daïmon 44

LE MAITRE INCONNU DES ALBIGEOIS 49

Le maître inconnu des Albigeois 51

La croisade 60

Les deux Esclarmonde 82

Montségur 88

La grotte d’Ornolhac 95

La doctrine de l’esprit 98

L’aubépine de Ferrocas 110

CHRISTIAN ROSENCREUTZ ET LES ROSE-CROIX 115

Vie et voyages de Christian Rosencreutz 117

Vrais et faux Rose-croix 130

La rose et la croix 134

LE MYSTÈRE DES TEMPLIERS 139

Les initiés de l’action 141

Hugues des Payens et l’ordre des Assassins 145

Le reniement de Jésus, la sodomie, Baphomet 157

La chute de l’Ordre 168

NICOLAS FLAMEL ET LA PIERRE PHILOSOPHALE 179

Le livre d’Abraham le Juif 181

Le voyage de Nicolas Flamel 188

La Pierre philosophale 194

Histoire du livre d’Abraham le Juif 199

Les alchimistes et les adeptes 207

SAINT-GERMAIN L’IMMORTEL 219

Son origine 221

Enigme de sa vie et de sa mort 227

Les sociétés secrètes 241

La légende du maître éternel 245

Cagliostro le charlatan 253

MADAME BLAVATSKY ET LES THÉOSOPHES 259

Les maîtres et le choix du messager 261

La vie phénoménale d’H. P. Blavatsky 269

La doctrine secrète 283

La tristesse des maîtres 289

ÉPILOGUE 295