On ne meurt jamais vraiment

Agnès Morillon · Chapitre 21 sur 22

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On ne meurt jamais vraiment

Chapitre 21

 

Le grand réveil

 

— Qu’est-ce qui m’arrive ?

Molly a mal partout. Elle peut à peine bouger.

— Que m’arrive-t-il ? se demande-t-elle.

— Non, n’essayez pas de bouger. Restez calme, Molly ! dit une voix féminine qui la maintient couchée.

Molly se débat comme une furie :

— Laissez-moi tranquille !

La jeune femme n’arrive pas à garder les yeux ouverts. Tout est flou. Son corps la fait souffrir. Un bipeur retentit, une femme crie.

— Elle est réveillée ! Allez vite chercher le médecin !

— Un docteur pour quoi faire ? Où suis-je ? murmure-t-elle.

Elle émerge doucement de sa torpeur, elle ouvre complètement les yeux.

— Merde ! Qu’est-ce que je fais à l’hôpital ?

Elle essaie de se relever, mais ressent un malaise. Sa tête la fait souffrir. Elle touche son crâne et a la surprise de sentir sous ses doigts un bandage entourant toute sa tête.

— J’ai mal au crâne ! gémit Molly.

— Je vais vous apporter une poche de glace, ne bougez surtout pas ! lui ordonne la soignante.

L’infirmière maigrichonne sort de la chambre en vitesse. La jeune femme regarde autour d’elle, confuse. Un ballon est accroché au bout de son lit et des cartes de souhaits sûrement faites par ses élèves sont accrochées au mur en face d’elle. Elle entend une voix familière au loin.

— Ma fille est réveillée, c’est vrai, madame ?

— Oui, vous pouvez aller la voir, mais pas trop longtemps. Elle a besoin de repos.

Molly voit une petite femme arriver en trombe dans la chambre.

— Oh, ma chérie, tu es de retour avec nous ! J’ai eu si peur !

Sans cérémonie, elle se penche sur la jeune femme, dépose un baiser sur son front puis tire une chaise pour être au plus près du lit de la convalescente.

— Maman, pourquoi suis-je ici ? Mon corps me fait souffrir.

— Mon bébé, tu as été renversée par une voiture en rentrant chez toi. Tu ne t’en souviens pas ?

— Non, c’est encore un peu confus dans ma tête !

— L’infirmière a dit que tu avais besoin de te reposer. Tout va te revenir, mon bébé. Dors, je reste près de toi, mon ange ! lui murmure sa mère, les larmes aux yeux.

La jeune femme se sent en sécurité, ferme les paupières puis sombre dans un profond sommeil. Au bout de deux heures, elle entend des voix chuchoter autour d’elle. Elle ouvre les yeux péniblement. Elle met du temps pour émerger. Molly voit ses parents en grande conversation. Elle touche son crâne et sent une poche glacée. L’infirmière est revenue sans qu’elle s’en rende compte.

— Papa ! Maman !

— Ma chérie ! Nous sommes près de toi, tu vois ! On t’aime très fort !

Son père vient de lui adresser la parole. Elle peut lire l’angoisse sur son visage. Il lui sourit avec compassion.

— Je suis fatiguée, dit-elle à demi-mot.

Elle sombre à nouveau dans les bras de Morphée. Quand elle sort des limbes du sommeil quelques heures plus tard, elle se sent beaucoup mieux. Sa tête ne la fait plus souffrir. Elle est seule dans la chambre. Elle veut se lever, mais une perfusion est attachée à son bras gauche.

Molly jette un coup d’œil un peu partout pour s’approprier son nouvel environnement. Elle n’aime pas les hôpitaux en général. La couleur blanche des murs est impersonnelle, froide. Pourquoi ne mettent-ils pas de couleurs plus chaudes ? Par la fenêtre, elle voit qu’il fait beau. Le soleil répand ses rayons brûlants à travers les vitres de la chambre. — Mais oui ! nous sommes en pleine canicule en ce moment. Mes souvenirs

commencent à revenir, se dit la jeune femme heureuse d’avoir retrouvé au moins un fragment de sa mémoire.

Elle essaie de penser à son accident, mais pour l’instant ce souvenir ne lui revient pas en mémoire.

— Cela ne doit pas être si grave que cela, à part ma tête. Il me semble ne pas souffrir d’autre chose.

Mais pour en avoir le cœur net, elle examine tout son corps. Elle lève le drap, découvre sa cheville droite entourée d’une compresse. Elle essaie de la bouger, mais une vive douleur l’arrête net. Ses parents entrent dans la chambre.

— Bonjour ma chérie ! Comment vas-tu aujourd’hui ? lui demande son père un brin jovial.

— Aujourd’hui ? Vous étiez là tout à l’heure, non ?

Molly semble un peu perdue.

— Non, Molly, nous sommes venus hier vers 17 h. Tu as vraiment besoin de repos ! ajoute son père.

— Tu as dormi longtemps, commente sa mère, un grand sourire aux lèvres.

— Quelle heure est-il ? Je commence à avoir faim !

La jeune femme essaie de s’asseoir. Une grimace se dessine sur son visage.

— Il est 11 h 45, mon ange ! C’est bon signe si tu as faim, lui dit Jacques en appuyant sur un bouton.

Une aide-soignante, blonde aux cheveux courts, entre dans la pièce, elle prend le pouls et la tension de la jeune femme et relève le haut du lit, puis pose un thermomètre sur son front. Un petit bip se fait entendre.

— Vous allez mieux aujourd’hui, lui assure-t-elle en partant.

Molly regarde ses parents avec bienveillance. Elle les aime tant et eux le lui rendent bien.

— De quoi est-ce que je souffre exactement ?

Les parents se regardent pour savoir lequel des deux va prendre la parole. Le père se décide :

— Eh bien ma puce, à la suite de l’impact de la voiture, ta tête a heurté violemment le sol. Tu as présenté un œdème cérébral. Pour préserver toutes tes fonctions, les médecins t’ont placée dans un coma artificiel et t’ont administré en bolus comme ils disent plusieurs médicaments pour résorber l’œdème rapidement. Ta jambe droite s’est mal réceptionnée dans la chute, d’où une petite fêlure à la cheville.

— Combien de temps ai-je été dans le coma ?

Elle les regarde tour à tour. Ils semblent ennuyés par cette question.

— Qu’est-ce qu’il y a ? demande-t-elle anxieusement.

Sa mère fait la moue, s’assoit près d’elle, lui prend la main comme pour lui annoncer une mauvaise nouvelle.

— Comment te dire, mon ange ? Tu as fait un petit arrêt cardiaque en arrivant aux urgences puis les médecins ont essayé de te réveiller au bout de dix jours, une fois que ton œdème s’est résorbé, mais tu ne t’es pas réveillée. Ils ne savent pas pourquoi.

— Tout va bien, ne t’inquiète pas, les docteurs t’ont fait plein d’examens ! ajoute Jacques.

— Alors, depuis combien de temps suis-je à l’hôpital ?

— Presque un mois, mon ange ! répond Sarah.

— Un mois ? crie Molly, ahurie.

— Nous sommes venus te voir tous les jours, tu sais ! Le personnel soignant a bien pris soin de toi, argumente le père.

— C’est l’heure de votre séance de kiné !

Un homme d’une quarantaine d’années s’engouffre dans la chambre. Il porte une blouse blanche. Ses bras sont musclés, remarque la jeune femme.

— La Belle au bois dormant est réveillée ce matin à ce que je vois ! dit l’homme d’un ton jovial.

Une aide-soignante apporte en même temps un plateau-repas qu’elle dépose sur la tablette près du lit et repart aussitôt. Sarah se lève pour laisser la place au médecin.

— Je ne vais pas vous embêter longtemps, mademoiselle. Je vais juste examiner votre cheville aujourd’hui.

Dans l’après-midi, le chef de service, un grand praticien d’après les infirmières, passe et lui explique tous les traitements qu’elle a eus et répond aux interrogations de la jeune prof. Il la rassure en lui disant qu’elle n’aurait aucune séquelle. Sa cheville est presque guérie, mais il la garde encore quelques jours par précaution.

Molly s’endort quelques minutes plus tard et fait un rêve. L’accident lui revint en mémoire. Elle voit le conducteur, un beau jeune homme. Elle entend les freins crisser. Elle regarde les gens accourir puis c’est le trou noir. Elle sort de son sommeil, un peu chamboulée, mais reprend vite ses esprits. Au pied de son lit, Jacques et Sarah semblent affligés de la trouver dans cet état.

— Ne faites pas cette tête, je vais bien ! leur dit-elle en souriant.

— Tu nous as fait peur en gigotant dans ton sommeil ! déclare sa mère.

— J’ai fait un cauchemar. Tout l’accident m’est revenu à l’esprit, c’est tout !

— Ah ! C’est une bonne nouvelle que ta mémoire revienne, ma puce ! s’exclame Jacques.

— Tu sais, le vieux n’est pas resté longtemps en garde à vue. Ils l’ont relâché peu après sa déposition, en attendant qu’il passe au tribunal. On s’occupe de tout. Ça va aller, mon ange, lui précise Sarah.

— Comment ça, le vieux ? De quel vieux parles-tu, maman ?

— Eh bien, du chauffeur qui t’a renversée, ajoute le père.

— Dans mon souvenir, c’est un beau jeune homme, répond Molly.

— Là, je crois que tu as fantasmé ma fille, glousse Sarah.

— Il a 80 ans, ma puce ! Heureusement qu’il ne roulait pas vite, sinon cela aurait pu être dramatique, confirme son père.

— Bon, on te laisse te reposer mon ange. On revient demain ! lance Sarah en l’embrassant.

Molly trouve les derniers jours un peu longs, mais s’arme de patience.

Elle prend conscience que l’accident aurait pu la tuer. Il fait si chaud dans sa chambre qu’elle a hâte de partir.

Le kiné l’a autorisée à marcher depuis deux jours. Elle se douche plusieurs fois dans la journée pour se rafraîchir. Le va-et-vient incessant du personnel hospitalier ne lui permet pas vraiment de bien dormir et elle se sent coincée dans cette chambre.

— Coucou, mon ange !

Sa mère vient d’entrer dans la chambre, les bras chargés de sacs qu’elle dépose sur un fauteuil. Molly se précipite en la saluant vite fait, s’enferme dans la salle de bain et ressort quelques minutes plus tard, habillée de vêtements civils. Elle jette négligemment sa blouse d’hôpital sur le lit.

— Papa n’est pas venu avec toi, maman ? demande étonnée la jeune femme.

— Tu es très jolie ! Le vert de cette robe portefeuille est magnifique. Il n’y a pas longtemps que tu l’as, dis-moi !

— Non, en effet je l’ai depuis peu et papa ?

— Il nous attend chez toi. Il voulait aérer la maison avant que tu n’entres, Molly.

— Ce n’était pas la peine, tu sais !

Elle enfile ses chaussures et fait plusieurs pas.

— C’est parfait !

Les deux femmes longent les grands couloirs puis signent les formalités de sortie. Une fois dans la rue, Molly sent pour la première fois depuis presque un mois, le soleil sur sa peau.

— Je me sens si bien maintenant maman. La vie est belle !

Sarah lui sourit, en posant une main sur son épaule.

— Nous sommes heureux aussi pour toi, mon ange !

Elles s’embrassent un instant.

Le trajet lui paraît une éternité. Molly a tellement hâte de rentrer chez elle pour reprendre ses habitudes et retrouver ses élèves. Le médecin lui a prescrit un mois de repos, mais sur le moment elle n’a rien eu à redire, trop pressée de quitter le centre hospitalier. Sarah ne roule pas vite, respectant scrupuleusement le code de la route. Molly se fait une raison. Enfin, il lui semble que sa mère met une heure à se garer. La jeune femme est impatiente de descendre de la voiture.

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