Pas de répit pour Mélanie
Chapitre 9 - Tu es responsable à jamais…
CHAPITRE 9
Tu es responsable à jamais…
Dans une petite ville, Mélanie, Florence, Martin-Pierre et Louis
descendent d’un autobus. Ils entourent aussitôt Louis, qui consulte une sorte
de plan. Puis, suivant les indications du garçon, ils bifurquent tous vers la
droite.
Les enfants ne tardent pas à trouver l’hospice, grand bâtiment sans âme.
D’ailleurs, ils sont déjà dans le hall d’entrée et se dirigent vers la réception.
— Bonjour, dit Mélanie, on voudrait voir madame Labbé, s’il vous
plaît.
— Madame Labbé ? murmure la réceptionniste en cherchant dans ses
papiers. Ah ! oui, c’est la nouvelle. Elle est à l’infirmerie pour le moment.
Elle m’a dit qu’elle ne voulait aucune visite.
Mélanie reste un moment sans voix, surprise. Puis réagissant :
— Vous avez juste à lui dire que c’est Mélanie.
— Très bien. Mais de toute façon, les visites ne commencent que dans
une heure.
Les enfants retournent donc à l’extérieur pour attendre. Ils s’installent
sur un banc du parc de l’hospice et Martin-Pierre montre un truc de magie à
Louis. Le jardin est adjacent à un terrain de jeux dans lequel s’amusent
quelques enfants surveillés par leurs parents. Mélanie observe un petit
garçon qui regarde les personnes âgées à travers la haute clôture grillagée.
Un vieil homme dans une chaise roulante lui fait des bonjours de la main.
Mélanie ressent une grande tristesse de voir ces deux mondes, celui de la
jeunesse et celui de la vieillesse, chacun dans son coin, sans contact
chaleureux entre eux. L’enfant est parti, appelé par sa mère, et le vieillard
roule vers l’hospice. Mélanie baisse les yeux.
L’heure est enfin passée ! Les enfants se présentent à nouveau à la
réception.
— Je regrette, dit la réceptionniste en les voyant, mais madame Labbé
ne veut pas vous recevoir.
— Ça ne se peut pas ! s’écrie Mélanie. Vous lui avez bien dit mon
nom ?
— Oui… Je suis vraiment désolée !
Mélanie la dévisage en silence, les yeux ronds. Puis une grande colère
se glisse dans son regard et elle quitte précipitamment les lieux suivie des
autres.
De retour à la cabane, Mélanie explose pendant que Florence,
recroquevillée dans un coin, n’ose rien dire.
— Tiens pour ses mots croisés ! crie-t-elle en tirant les découpures de
journaux par la fenêtre. C’est une folle ! Une vraie sorcière sans cœur ! Je la
déteste ! Qu’elle reste à l’hospice ! J’en suis bien débarrassée ! Je vais aller
chercher mon lama !… Pis toi, dit-elle soudain à Florence, t’es pas tannée
de me regarder ? Veux-tu mon portrait ?
Mélanie, épuisée, se laisse tomber dans les coussins pour pleurer.
Florence soupire, ne sachant que faire pour consoler son amie et n’osant
surtout pas s’approcher, de peur de se faire encore apostropher. Mélanie a
vraiment beaucoup de chagrin et est aussi bourrée de remords car le renard
de son livre n’avait-il pas dit : « Tu es responsable à jamais de ce que tu as
apprivoisé. » « Tout ce qui arrive est de ma faute, je ne me suis pas assez
occupée de madame Labbé, se dit-elle intérieurement. » Mais Martin-Pierre
surgit dans la cabane.
— Qu’est-ce qui se passe ? demande-t-il étonné en découvrant la scène
dramatique.
— Laisse faire ! dit Florence, ne voulant pas qu’il envenime la situation.
— Bien… je voudrais bien laisser faire mais… il y a un inspecteur
d’isolation dans la maison. Il fouille partout et a l’air louche…
Mélanie et Florence se regardent, l’esprit soudain aux aguets. C’est
peut-être le complice ? L’homme qui sait ce que les gens du village
possèdent dans leur maison ? Le fameux bandit soupçonné par le chef de la
police ?
Les enfants découvrent l’homme qui descend du grenier. Il griffonne
des notes sur une grande tablette. Les enfants se campent devant
l’inspecteur et, sans un mot, le suivent dans la chambre de Mélanie où
l’homme se met à mesurer le cadre de la fenêtre. Ce dernier, un peu surpris,
les regarde de temps en temps. Plus le temps passe et plus l’homme se sent
mal à l’aise. Il déboutonne son col pour avoir un peu plus d’air.
Enfin, il a terminé ! Le pauvre inspecteur s’éponge le front en
présentant une feuille à la mère.
— Je vous enverrai un rapport détaillé par la poste. Si vous voulez
signer ici, dit-il en pointant du doigt un bout de la feuille… Votre maison est assez bien isolée… En tout cas, elle est bien surveillée, déclare-t-il en
jetant un coup d’œil aux enfants toujours aux aguets.
Madame Tremblay, à la fois intriguée et gênée par le comportement des
enfants, leur lance un regard interrogateur.
— … Aimez-vous les animaux, vous ? demande soudain Martin-Pierre,
inquisiteur.
— Euh !… Oui, dit l’homme un peu soulagé par ce contact qu’il croit
amical… Mais pas autant que les gens du village, par exemple. Ça fait à
peine trois heures que je suis ici et j’ai déjà vu un lama sur une galerie et un
cochon rose dans les bras d’un ivrogne.
— Rose, s’exclament en même temps Florence et Mélanie.
— Gougoutte ! dit Martin-Pierre.
Et les enfants partent en courant, bousculant presque l’inspecteur
surpris.
• • •
— Gougoutte ! crie Mélanie en frappant à la porte du vieil autobus.
Gougoutte !
— Voyons, grogne l’homme sans sortir de sa maison. Qu’est-ce qui se
passe ici, ce matin ?
— Premièrement, rectifie Mélanie autoritaire, on est l’après-midi. Pis
sors, on a affaire à te parler !
— Attention ! conseille Martin-Pierre, qui a regardé trop de films de
bandits à la télévision, il est peut-être armé !
Gougoutte se montre enfin, par une minuscule fenêtre.
— Qu’est-ce que vous voulez ? demande-t-il, la bouche encore molle de
sa cuite de la veille.
— On sait tout ! T’es complice avec le voleur ! dit Mélanie fermement.
— Pis dépêche-toi, crâne Martin-Pierre, parce que la police s’en vient !
— Eh ! Eh ! De quoi vous parlez au juste ? demande Gougoutte en
rigolant.
— Faites pas l’innocent, monsieur Gougoutte ! dit poliment Florence en
essayant de prendre un ton ferme.
— Dis-nous où est le cochon ! enchaîne, beaucoup plus sûre d’elle,
Mélanie.
— Et qui est ton complice ? ajoute Martin-Pierre.
— Oh ! LES cochons ? répond Gougoutte en sortant à l’extérieur. Je les
ai trouvés dans un fossé.
— Où est-il ? demande Mélanie.
— Je les ai échangés…
— À qui ? dit Mélanie.
— Contre deux quarante onces, continue Gougoutte en montrant deux
doigts tout en titubant un peu, au risque de débouler les trois marches de
sortie de son autobus.
— À qui ? insiste Mélanie
— À… à Bouliamme, bégaye l’homme.
— Vite ! ordonne Mélanie à Florence, va chercher Louis. Toi, Martin-
Pierre, cours prévenir la police !
Les enfants déguerpissent aussitôt pendant que Gougoutte, se frottant le
ventre, fatigué par tant d’émotions si tôt dans sa journée, regagne son lit
douteux.
• • •
Les enfants n’ont pas perdu de temps. Ils sont déjà aux aguets dans le
petit bois entourant le chalet de Bouliamme. Martin-Pierre a même amené
Piqueur, Devant la maisonnette, la grosse moto de Bouliamme trône
majestueusement.
— Il ne faudrait pas qu’il parte avant l’arrivée de la police, s’inquiète
Mélanie. Attendez-moi, dit-elle aux autres en les quittant pour s’approcher
de la motocyclette.
Mélanie s’accroupit derrière le véhicule et commence à dégonfler le
pneu arrière. Puis, levant le regard vers le chalet pour s’assurer que
personne ne vient, elle voit quelque chose d’insolite dépasser d’un sac à
bagages attaché à l’arrière de la moto. Mélanie y plonge la main et… en
retire le coffret de velours rouge renfermant le bijou de madame Labbé !
Mélanie le glisse aussitôt dans sa poche et continue à dégonfler le pneu.
Mais voilà que Bouliamme sort sur sa galerie ! Mélanie, effrayée, se
tourne vers Florence qui la regarde, les yeux ronds. Cette dernière adresse à
son tour un regard désespéré à Louis qui, comprenant immédiatement le
danger pour Mélanie, attire l’attention de Bouliamme vers le garage près
duquel il se tient, en frappant un grand coup de poing sur le mur de tôle.
Bouliamme se dirige aussitôt vers le bruit suspect, sans voir Mélanie qui se
hâte de rejoindre Florence.
Bouliamme lève la lourde porte du garage et on entend aussitôt un
cochon crier. Mélanie regarde sa copine, inquiète pour l’animal. Mais le
jeune homme, ne découvrant rien de suspect, referme et retourne vers sa
moto qu’il enfourche. Il se rend aussitôt compte que le pneu arrière est à
plat. Il enlève son casque, impatient, et tâte le pneu. C’est à ce moment que
l’auto des policiers tourne dans l’entrée. Bouliamme, qui n’a pas la conscience tranquille, s’enfuit aussitôt, suivi de près par l’assistant du chef
qui s’avère très rapide malgré son excédent de poids.
— Piqueur, vas-y ! lance Mélanie au chien, qui ne comprend pas
vraiment ce que l’on attend de lui.
Bouliamme surgit près des enfants et Louis lui barre la route en
plongeant dans ses jambes. Ils tombent à la renverse tous les deux et les
autres enfants surgissent pour prêter main forte à leur copain. Les policiers
arrivent à leur tour et, en un tour de main, passent les menottes au jeune
homme qui cesse de se débattre. L’assistant du chef fouille dans les poches
de Bouliamme et y découvre un sac contenant des bijoux.
— Tu portes des bijoux maintenant, le jeune ? dit-il ironiquement en
poussant Bouliamme vers la voiture.
Pendant ce temps, Mélanie est allée délivrer Rose.
— Je vous laisse vous occuper du cochon, dit le chef, fier de sa prise.
— Oui, oui ! répond Martin-Pierre, radieux. On va le rapporter à
madame Labbé.
— À l’hospice ? demande Florence, d’une petite volx.
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