Pas de répit pour Mélanie

Goulet Stella · Chapitre 7 sur 11

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Pas de répit pour Mélanie

Chapitre 7 - Martin-Pierre le téméraire

CHAPITRE 7

 

 

Martin-Pierre le téméraire

 

Le calme est revenu à Pointe aux Lilas. Bien sûr, madame Labbé n’est

pas très heureuse mais le médecin a remis à plus tard ses projets de la

placer. Mélanie et Florence profitent de l’accalmie pour faire quelques

travaux à la ferme. Florence retire les ballots de foin de la remorque et

Mélanie les place dans le monte-charge qui se chargera de les hisser

jusqu’au fenil. Concentrées sur leur tâche, les fillettes sursautent lorsque

surgit Louis, à bicyclette.

— Allô ! lance ce dernier.

— Ahh ! allô ! répond Florence.

— … Mélanie, demande le garçon un peu embarrassé, je voudrais te

parler. C’est important, insiste le garçon.

Pendant ce temps, au dépanneur du village, Martin-Pierre, qui a digéré

le départ d’Orchidée, croque goulûment dans une barre de chocolat. Il est

assis sur la galerie en compagnie de son copain Alexis qui essaie de

replacer, aux bons endroits, les pièces du fameux casse-tête.

Une camionnette toute neuve, d’un rouge flamboyant, stationne devant

les enfants éblouis. Un jeune homme à l’air frondeur en descend pour entrer

dans le magasin.

Martin-Pierre, intéressé, s’approche du véhicule. Jetant un coup d’œil à

l’intérieur, il remarque presque aussitôt un bonhomme en cure-pipe

suspendu au miroir. Un bonhomme vert, semblable à l’indice !

— Alexis ! s’écrie le garçon… Va chercher les autres !

Et le petit Hindou saute sur sa bicyclette pour rouler à cent mille à

l’heure pendant que Martin-Pierre surveille la sortie du présumé voleur. Ce

dernier, d’ailleurs, ne tarde pas à se montrer. Mais, au lieu de remonter dans

sa camionnette, il se dirige vers une cabine téléphonique située tout près du

dépanneur. Martin-Pierre hésite, ne sachant que faire. Il décide de faire

semblant de souffler ses pneus, tout en s’étirant le cou pour entendre la

conversation de l’homme.

Décidément, c’est la journée des surprises. À la ferme, c’est Mélanie

qui vient d’en apprendre une bonne. Elle regarde Louis avec de grands

yeux, l’air incrédule et en même temps stupéfaite.

— Tu n’as pas fait ça ? T’as pris la rançon ? ! !

— Je voulais prendre le bateau, rétorque le garçon pour se justifier. Je

voulais m’en aller. Il ne se passe jamais rien ici !

— J’en reviens pas ! Te rends-tu compte ? Tu as condamné un cochon à

mort. Et madame Labbé qui est en train de mourir à cause de toi !

— Exagère pas ! Je pensais pas qu’elle en ferait une maladie…

Mélanie le regarde avec de gros yeux. Elle n’en revient pas de la

mauvaise foi du garçon.

— … O.K. O.K ! J’ai eu tort ! avoue enfin Louis. Mais qu’est-ce que tu

veux que je fasse maintenant ?

Mélanie n’a pas le temps de répondre car Florence et Alexis les

rejoignent, tout excités.

— On a trouvé le voleur ! Venez ! crie Florence.

Mélanie se tourne vers Louis, très sérieuse.

— Viens ! Tu rapporteras l’argent après.

Pendant que les enfants roulent vers le dépanneur, Martin-Pierre, lui, se

fait secouer comme un sac de pommes de terre dans la benne du camion où

il s’est caché, sous une vieille couverture. La camionnette roule sur une

route de forêt et s’arrête bientôt devant un chalet en bois rond dans lequel

l’homme entre aussitôt. Après un moment, Martin-Pierre se risque à quitter

sa cachette. Prudemment, il fait le tour du chalet. Découvrant une caisse

déposée sous une fenêtre, le garçon y monte pour regarder à l’intérieur de la

cabane. Mais il n’est pas sitôt grimpé que la boîte en bois se met à bouger,

renversant le garçon qui, à sa grande surprise, voit le cochonnet libéré enfin

de sa cage s’enfuir vers la forêt. Martin-Pierre bondit sur ses pieds pour

rattraper la bête mais une main le saisit par le collet. C’est le voleur alerté

par le bruit de la chute de Martin-Pierre. « Oh ! Oh ! Ça va mal ! » pense le

petit garçon.

Pendant ce temps, ses amis sont parvenus au dépanneur. Louis, Alexis

et Mélanie se précipitent à l’intérieur pendant que Florence, intriguée,

s’approche de la bicyclette de Martin-Pierre sur laquelle elle découvre un

papier d’emballage de chocolat.

— Mélanie, regarde ! s’écrie Florence en brandissant le papier vers sa

copine qui est déjà ressortie du magasin avec ses copains.

— Yeurk ! C’est quoi ? dit Mélanie, dégoûtée par le papier souillé de

chocolat fondu dans lequel quelques fourmis se sont embourbées.

Mais en regardant de plus près, elle y découvre un message :

— Cabane Samson. S.O.S.

— Hé ! s’exclame Louis, je la connais, moi, cette cabane.

— Vite ! s’exclame Mélanie. Martin-Pierre est peut-être en danger.

Et les enfants enfourchent à nouveau leurs bicyclettes. Ils roulent

rapidement et le vent emmêle leurs cheveux. Au moment où ils s’apprêtent

à tourner sur un chemin qui s’engage dans la forêt, la camionnette du voleur

les croise. On peut même apercevoir, sous la couverture mal tirée, quelques-

unes des boîtes-cadeaux. Alexis freine brusquement, au risque de se faire

heurter par ses compagnons qui le suivent de près.

— C’est le camion du voleur ! dit Alexis.

— Alexis, suis-le ! ordonne Mélanie. Essaie de savoir où il s’en va.

Et le garçon file sur les traces de la camionnette pendant que les trois

autres s’engagent dans la forêt.

La cabane se dresse bientôt devant eux, au milieu de la forêt dense où

seuls quelques rayons de soleil parviennent jusqu’au sol. Les oiseaux

chantent mais l’atmosphère, malgré tout, contient comme une menace. Les

enfants s’avancent prudemment ; ils regardent par les fenêtres avant de se

décider à entrer dans la cabane. Puis, afin de se donner du courage. Ils se

regroupent dans la pièce unique et vide.

— … Il n’y a personne ! finit par dire Mélanie, déçue, après avoir

regardé autour d’elle.

À ce moment même, un bruit sec fait sursauter les enfants. C’est

Martin-Pierre qui, recroquevillé dans une petite armoire sous l’évier, a

réussi à pousser la porte de ses épaules. Il est ligoté et bâillonné. Mélanie se

précipite pour extirper son frère du réduit.

— Qu’est-ce que tu fais là ? dit-elle en tentant de dénouer le nœud très

serré du bâillon. Bouge pas là ! Attends !

— Qu’est-ce que je fais là ? Qu’est-ce que je fais là ? s’écrie Martin-

Pierre enfin libéré. Je me fais bronzer peut-être ? dit-il avec humeur.

Florence pouffe de rire.

— Oups ! excusez ! dit-elle, pas très sûre que les circonstances se

prêtent à l’humour.

— Es-tu correct ? demande Mélanie en massant les chevilles un peu

enflées de son frère. As-tu mal ?

— Non, non, ça va, répond Martin-Pierre en bondissant hors de la

cabane.

— Où est-ce qu’il va encore ? se demande Mélanie, excédée.

Les enfants ont rejoint le garçonnet derrière la cabane.

— Il s’est échappé par là ! dit Martin-Pierre en désignant la forêt.

— Qui ? demande Mélanie.

— Ben le cochon, voyons !

— Quoi ? Rose ? Il faut la retrouver.

Les enfants se précipitent vers le bois à la recherche du cochonnet.

Hélas ! ils reviennent bientôt, bredouilles. Ils ne peuvent tout de même pas

prendre le risque de se perdre en forêt ! La journée a été assez

mouvementée comme ça !

Pourtant, à quelques milles de là. le voleur entre à nouveau dans une

cabine téléphonique et compose un numéro. Il est nerveux et trouve son

interlocuteur bien long à répondre. Enfin. celui-ci décroche.

— Écoute, dit le voleur, arrange-toi pour que quelqu’un passe à la

cabane. Il y a un enfant sous l’évier. Ben non, vivant ! Écœure-moi pas

O.K. ? J’ai pas eu le choix !… De toute façon, moi, je fous le camp. Je ne

veux plus rien savoir de cette histoire-là ! J’écoule les cadeaux, tu gardes le

bijou. Comme ça on est quittes puis on ne se connaît pas. Compris ? Ah !

oui : le cochon s’est échappé. Les loups vont se régaler ! Salut !

Raccrochant brusquement, il quitte la cabine. Au bruit des pneus qui

crissent, on devine que le voleur ne s’attarde pas.

Sur le chemin de la forêt, les enfants se sont remis en route. Alexis les

rejoint presque aussitôt.

— Je l’ai perdu ! Il roulait trop vite ! dit-il.

Et le garçon se joint au groupe pour retourner au village.

— J’aurais jamais dû me laisser attraper ! dit Martin-Pierre. J’aurais pu

aller chercher la police pis…

Mélanie arrête brusquement et se tourne vers son frère qui, surpris, s’est

tu.

— Écoute-moi bien, Martin-Pierre Tremblay. Je ne veux plus jamais

que tu prennes des risques comme ça ! As-tu compris ? Plus jamais ! Pense

à papa et à maman s’il avait fallu qu’ils te perdent. Ils seraient morts… et à

cause de toi, je serais orpheline !

— … Tu ne leur diras pas, hein Mélanie ? supplie le garçon,

impressionné par le discours de sa sœur.

— … Non, promet Mélanie en ébouriffant les cheveux de Martin-

Pierre.

Les enfants se sourient et l’on sent une belle complicité entre eux car,

malgré leurs querelles fréquentes, ils demeurent très attachés l’un à l’autre.

 

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