Pas de répit pour Mélanie

Goulet Stella · Chapitre 2 sur 11

Pages du PDF

Pas de répit pour Mélanie

Chapitre 2 - Un grand défi

CHAPITRE 2

 

 

Un grand défi

 

— Penses-tu que ça va marcher ? demande Florence à Mélanie.

— Je ne vois pas pourquoi ça ne marcherait pas !

— Tu parles d’une idée : apprivoiser une sorcière !

— C’est sûrement pas plus difficile que d’apprivoiser un renard !

Mélanie a donc décidé de s’occuper de madame Labbé. Naturellement

elle a entraîné Florence dans son projet. Celle-ci tient un immense bouquet

de fleurs sauvages et Mélanie porte un bocal rempli d’eau. Se faufilant entre

les barreaux manquants de la galerie, Mélanie va déposer le bouquet tout

près de la porte, prenant bien garde de ne pas se faire voir. Puis, frappant à

la porte, elle court rejoindre Florence, cachée à l’angle de la maison. Ainsi,

elles pourront observer à loisir les réactions de la sorcière.

Il se passe un bon moment avant que madame Labbé daigne ouvrir la

porte. Méfiante, elle s’assure qu’il n’y a pas de mélasse sur la galerie. Ça

va. Scrutant les environs et ne voyant personne, elle referme la porte… sans

même apercevoir le beau bouquet ! Mélanie et Florence se regardent,

déçues.

Le lendemain, madame Labbé s’en est allée cueillir des herbes sauvages

dans un grand champ. Elle prend soin de bien les choisir et l’on pourrait

croire qu’elle s’approvisionne en vue de quelque recette magique.

Concentrée sur sa tâche, elle n’aperçoit pas Bouliamme qui, sur sa moto,

passe soudain à toute vitesse près d’elle en soulevant un rideau de poussière

qui enveloppe la vieille femme. Madame Labbé, à grands gestes, essaie de

se dégager de toute cette saleté. Irritée, elle crie à Bouliamme : « Polisson !

Espèce de polisson ! Hé ! Palabre. » Mais le motocycliste est déjà loin et la

pauvre femme n’a plus qu’à secouer sa vieille robe un peu plus sale.

Pendant que madame Labbé se débat dans la poussière, les fillettes lui

préparent une autre surprise. En effet, Florence, grimpée sur la rampe de la

galerie, essaie de suspendre une belle plante en fleurs pareille à celles qu’il

y a chez Mélanie. D’ailleurs, celle-ci retient sa copine par les jambes.

— Tiens-moi bien, Mélanie !

— Dépêche-toi !

— Énerve-moi pas, ça me donne envie de pipi !

— Tu es mieux de ne pas me pisser sur la tête, toi !

— Fais-moi pas rire, c’est pire !

— Bouh ! lance Martin-Pierre, arrivant à l’improviste.

Les filles sursautent et Florence échappe: le pot de fleur. Heureusement,

Mélanie l’attrape juste à temps.

— Qu’est-ce que tu fais ici ? demande Mélanie, fâchée. Vas-tu nous

coller comme ça tout l’été ?

— Je suis un bon espion, hein ? Je vous ai suivies depuis la maison et

vous n’avez rien vu !

Le garçon, fier de son exploit, s’éloigne. pour aller rendre visite au

cochonnet de madame Labbé. Il observe la bête pendant que Florence arrive

enfin à suspendre la jardinière bien garnie de fleurs rouges et blanches.

— Venez voir, crie Martin-Pierre aux filles. Il est drôle !

Les filles rejoignent le garçon. C’est vrai : qu’il est mignon, le

cochonnet de la sorcière. Il est tout rose et dodu avec un air coquin et

perpétuellement affamé.

— Il est beau ! s’exclame Mélanie. Je me demande s’il a un nom.

— Moi, je l’appelle Saucisse, répond Martin-Pierre.

— Saucisse ! s’écrie sa sœur, découragée.

À contempler ainsi la petite bête, les enfants ont complètement oublié le

temps et, surtout, ils n’ont pas entendu venir la sorcière qui apparaît soudain

devant eux, menaçante.

— Vous n’avez pas le droit d’être ici, gronde-t-elle. C’est une propriété

privée. Que je ne vous prenne plus sur mon terrain sinon j’appelle la

police !

Les enfants n’ont pas attendu la fin des menaces pour s’enfuir et ils sont

déjà loin lorsque le petit cochon vient se frotter aux jambes de la femme

acariâtre. Celle-ci s’adoucit immédiatement et se penche pour flatter la bête.

— Ils sont partis, ma belle Rose. Ils ne te feront plus de mal, mon gros

bonbon. Viens voir grand-maman. As-tu faim ? Attends, je vais aller te

chercher quelque chose.

Regagnant sa maison, la femme aperçoit soudain les fleurs suspendues.

— Qu’est-ce que… ?

Elle réfléchit un moment puis se tourne, lentement vers la direction

qu’ont prise les enfants. Que se passe-t-il soudain dans sa vie monotone ?

Que veut dire ce présent ? La vieille femme ne comprend pas et reste sur

place, décontenancée, oubliant presque la grosse faim de son cochonnet…

Madame Labbé se poserait encore bien des questions si elle pouvait voir

Mélanie et Florence, quelques jours plus tard, en train de finir le tricot d’une longue écharpe rose. Bien calées au fond de leur lit, les fillettes

travaillent chacune à leur bout, tout en bavardant de choses et d’autres.

— T’es chanceuse, toi, dit Mélanie, tu n’attrapes jamais de coups de

soleil !

— Justement non, ça m’arrive comme à tout le monde.

— Ah oui ? s’exclame Mélanie, surprise. Je ne savais pas.

Mais Florence a un mouvement d’impatience : elle vient d’échapper une

maille.

— Grr ! Encore ! Hey là ! J’espère que ça va marcher cette fois.

Franchement : tricoter en plein été ! On aurait dû l’acheter toute faite.

— Ça n’aurait pas du tout la même valeur !… Mais dis donc, toi, il me

semble que tu étais très bonne en tricot ?

— Hm ! Hm !… J’en ai perdu beaucoup ces dernières années, affirme

Florence, taquine.

Mais regardant son tricot, la fillette grogne à nouveau, découragée :

— Regarde-moi ça ! Il n’est même pas comme ton bout !

En effet, Florence tricote serré et son ouvrage est parsemé de trous et de

nœuds tandis que celui de sa copine est plus lâche et tout à fait régulier.

Malgré tout, le lendemain matin, les fillettes s’empressent d’aller porter

l’écharpe terminée à la vieille dame. En arrivant, elles aperçoivent Louis

qui sort de chez celle-ci, poussant une tondeuse en direction du garage.

— Eh ! Louis ! crie Mélanie en rejoignant le garçon. Tu tonds le gazon

de madame Labbé ?

— Elle m’a demandé de réparer sa tondeuse, répond le garçon, boudeur.

— Tu lui parles, toi, à madame Labbé ? s’exclame Mélanie, surprise.

— Ah ! Ça ne te regarde pas, répond Louis, qui ne semble pas du tout

enchanté de rendre service à la vieille dame.

Et le garçon s’éloigne rapidement, laissant sur place la fillette insultée.

— Tu n’as pas besoin d’être aussi bête, Louis Dupuis ! lui crie-t-elle.

— Il me semble qu’il était amoureux fou de toi ? dit Florence, taquine.

— Hey ! toi. Es-tu venue ici pour m’écœurer ? riposte aussitôt Mélanie,

une grande colère au fond des yeux.

Florence reste bouche bée, estomaquée. Elle regarde Mélanie qui

s’éloigne et les larmes lui montent aux yeux. Florence est une fille sensible

qui supporte mal qu’on la bouscule. Et ce matin, sa copine semble vraiment

de mauvais poil. Mais Florence ravale ses larmes en voyant madame Labbé

sortir sur sa galerie pour leur faire signe de venir.

— Mélanie ! crie-t-elle à son amie qui n’a rien vu.

Les fillettes se regardent, indécises, oubliant leur dispute. Que faire ?

Est-il prudent d’entrer dans cette maison sinistre ? Dans l’antre de la

sorcière ?

Franchissant la porte, les fillettes sont d’abord surprises par la

pénombre. Puis l’atmosphère sinistre, le silence… et une drôle d’odeur, une

odeur de renfermé. Il y a longtemps que le soleil et le grand air ne se sont

pas infiltrés dans cette maison triste et lugubre, encombrée de boîtes de

toutes sortes comme un entrepôt.

Mélanie et Florence regardent la vieille femme avec de grands yeux

inquiets. Et si elle ne les laissait plus repartir ? C’est qu’elle non plus n’est

pas très rassurante avec sa robe froissée et ses cheveux ébouriffés ! Et ses

pantoufles usées jusqu’à la corde ! Elle a plus que jamais l’air d’une

sorcière et les filles sont pétrifiées de peur.

— Qu’est-ce que vous me voulez au juste, hein ? demande sèchement la

femme.

Mélanie ne répond pas. Elle semble avoir perdu sa langue. C’est

Florence qui, dans un grand sourire, lance naïvement :

— Vous apprivoiser.

Surprise, madame Labbé regarde les fillettes avec suspicion. Mais son

visage retrouve soudain toute sa dureté.

— Allez-vous-en ! ordonne-t-elle.

Les fillettes ne se le font pas dire deux fois. Toutefois, Mélanie pense à

déposer le cadeau sur une petite table.

— C’est pour vous, dit-elle tout simplement avant de rejoindre

Florence.

La femme, intriguée, regarde le sac. Les idées se bousculent dans sa

pauvre tête. Elle n’est pas habituée à tant de visite. Elle ne comprend

vraiment plus ce qui se passe. En tout cas, ce n’est certainement pas un été

comme les autres pour la vieille femme solitaire.

Mais c’est juillet, le beau temps et les vacances pour les enfants de

Pointe aux Lilas. Aussi, Mélanie et Florence ont-elles déjà oublié leur peur

et pataugent dans les eaux claires d’une rivière. Pudiques, pour ne pas

dévoiler les nouvelles formes que l’approche de l’adolescence leur apporte,

les fillettes ont gardé leurs chandails. Elles s’amusent à s’éclabousser tout

en imitant madame Labbé.

— Qu’est-ce que vous me voulez, hein ? dit Mélanie en remontant ses

cheveux pour ressembler à la sorcière.

— Petits chenapans ! riposte à son tour Florence.

Leur aventure chez la sorcière a raccommodé les fillettes, qui s’amusent

comme des folles dans l’eau rafraîchissante.

À deux pas de là, Martin-Pierre vient rejoindre les filles, à bicyclette.

Naturellement, Piqueur l’accompagne. L’enfant a pris un raccourci. Il passe

devant le vieil autobus planté au milieu d’un dépotoir et qui sert de logis à

Gougoutte. Ce dernier est l’ivrogne sans malice du village, celui qui porte

toujours un nœud papillon au cou, comme pour redonner un peu de chic à

ses vieux vêtements froissés.

— Hey ! p’tit gars. Tu es sur mon terrain ici ! dit le bonhomme qui était

en train d’empiler des vieux journaux.

Mais personne ne craint Gougoutte

— Oui, oui, répond Martin-Pierre en riant. Garde donc ma bicyclette,

Gougoutte.

Et le garçon abandonne son vélo pour s’approcher de la rivière où les

filles, toutes à leur jeu, ne s’aperçoivent pas de sa venue.

— Hm ! dit Martin-Pierre, d’un ton réprobateur. Il me semblait qu’il ne

fallait pas se moquer de la sorcière ? Vous n’avez pas peur qu’elle vous

lance un mauvais sort ?

Les filles se taisent, un peu honteuses mais peut-être aussi légèrement

apeurées par la prédiction de Martin-Pierre. Elles avaient presque oublié les

rumeurs entourant la vieille femme et ses maléfices.

— T’as reçu une lettre, Florence Dupaul ! ajoute le garçon, désinvolte,

en lançant une enveloppe sur les vêtements de Florence déposés au pied

d’un arbre.

Et l’enfant s’éloigne d’un pas nonchalant pendant que Florence,

heureuse, se précipite hors de l’eau en dégoulinant.

Pendant ce temps, madame Labbé n’arrive pas à oublier les deux

fillettes si différentes et semblables à la fois. Elle va jusqu’à soulever un

coin de la toile de la fenêtre du salon dans l’espoir de les apercevoir. Ces

petites filles qui sont venues perturber sa solitude, ces deux enfants

effrontées et mystérieuses à la fois ! Que lui veulent-elles vraiment ? Et la

vieille femme serre tendrement sur sa joue l’écharpe rose, si douce et

chaude.

À la rivière, Florence, elle, lit sa lettre une deuxième fois. Mélanie est

venue s’étendre à ses côtés et le soleil s’attarde sur la peau lisse des fillettes. Mélanie s’aperçoit aussitôt de la mine triste de sa compagne. Florence

renifle même un peu.

— … As-tu reçu une mauvaise nouvelle ? finit-elle par demander à

Florence, qui secoue négativement la tête tout en essuyant une larme.

— … Tu t’ennuies de tes parents ? Florence fait signe que oui et renifle

de plus belle. Mélanie, songeuse, fixe l’horizon un bon moment, en silence.

— … J’espère que tu ne t’en iras pas maintenant !… Même si je suis

bête avec toi, des fois…

Et Mélanie entoure son amie de son bras. Dans la campagne n’existe

plus que deux grandes amies et l’on croirait que la nature vibre au diapason

de cette amitié car les oiseaux se lancent dans une charmante mélopée

pendant que la rivière murmure un air cristallin.

Cette nuit-là, pourtant, Mélanie ne parvient pas à dormir. Elle repense à

Louis et essaie, pour la vingtième fois, de s’expliquer sa mauvaise humeur

de l’après-midi.

La fillette entrouvre la porte de la chambre de sa mère. Celle-ci travaille

sur son ordinateur à quelque calcul pour les besoins de la ferme. Absorbée

par les chiffres qui défilent sur son écran, elle sursaute un peu à l’approche

de Mélanie.

— Oups ! tu m’as fait peur.

— Je te dérange ? Qu’est-ce que tu fais ?

— Je calcule combien nous aurons besoin de rations de foin pour

l’hiver.

Mélanie jette un coup d’œil distrait sur l’écran. Son silence finit par

intriguer sa mère, qui lève la tête vers elle.

— Qu’est-ce qu’il y a ? Tu n’arrives pas à dormir ?

— Il fait trop chaud.

— As-tu ouvert ta fenêtre ?

— Oui, oui..

— … Es-tu certaine que c’est la chaleur ? demande la femme qui voit

bien l’hésitation de Mélanie.

— … Toi, maman, se décide enfin la fillette, la connais-tu bien madame

Labbé ?

— Un peu, pourquoi ? demande la mère, surprise.

— C’est quoi le rapport avec les Dupuis ?

— … Disons que c’est un peu la grand-mère de Louis.

— Sa grand-mère !

— Le père de Louis était orphelin, c’est elle qui s’en est occupé.

— Ah oui ? s’exclame la fillette de plus en plus étonnée. En tout cas ils

n’ont pas l’air de s’aimer beaucoup.

— C’est vrai… c’est triste.

— Comment ça se fait ?

— … Disons qu’elle aurait aimé qu’il fasse de hautes études, qu’il

devienne médecin.

— Mais c’est pas une raison ça !

— … Quand son mari est mort dans un accident de voiture, c’est

Gaston Dupuis qui conduisait… Ils ne se sont plus jamais reparlé.

— Pauvre Louis…

— Elle s’est enfermée dans sa maison. Puis elle s’est mise à se méfier

de tout le monde. Elle est devenue complètement sauvage…

— … Comme un renard ! s’exclame tout bas la fillette, qui s’est

approchée de la fenêtre et dont le beau visage se reflète dans les carreaux.

 

• • •

Mélanie est décidée plus que jamais à apprivoiser la sorcière. Sa

dernière idée est de rendre Rose encore plus jolie. Aussi, Florence

maintient-elle la petite bête pour que Mélanie puisse lui nouer un beau

ruban rouge autour du cou. Martin-Pierre surveille pour ne pas se faire

surprendre par madame Labbé. Hélas ! celle-ci surgit derrière eux.

— Hm ! Hm ! tousse Martin-Pierre pour avertir les fillettes.

Les enfants s’apprêtent à fuir à nouveau en quatrième vitesse mais se

ravisent en apercevant les belles pommes que la vieille femme leur tend

avec un sourire qui se veut engageant. D’ailleurs, cette dernière a même

pris soin d’enfiler une belle robe, ce matin.

— Tenez, leur dit-elle. Mais faites attention à ma Rose… petits

vlimeux ! Tenez !

Les enfants prennent les pommes avec un peu de réticence. Mélanie et

Florence remercient la femme d’un grand sourire pendant que Martin-Pierre

examine son fruit avec méfiance. Au moment où Florence s’apprête à

croquer dans sa pomme, elle reçoit un coup de coude dans les côtes de la

part du garçon, qui lui chuchote d’attendre.

De retour à la cabane de Mélanie, les enfants se sont réunis autour de la

table. Ils coupent leurs pommes en quartiers.

— Plus petits, les morceaux ! conseille Martin-Pierre. C’est pas gros

une lame de rasoir !

Le garçon, toujours aussi méfiant, va même jusqu’à sentir longuement

les bouts de pomme pour s’assurer qu’ils ne sont pas imprégnés de poison.

— O.K. déclare-t-il enfin. C’est concluant ! On peut les manger.

Et pour donner l’exemple, il engouffre un morceau qu’il mastique

goulûment.

• • •

 

Ça y est ! Les enfants ont réussi à mettre en confiance la sorcière. Ah !

c’est sûr qu’elle n’est pas complètement apprivoisée et que sa méfiance

pourrait refaire surface n’importe quand, mais le fait qu’elle les reçoive

dans sa maison s’avère déjà une grande victoire.

Mélanie et Martin-Pierre sont assis devant une table ronde. Ils regardent

un album de photo pendant que Florence s’amuse à capter des rayons de

lumière à travers le verre rose d’un beau bijou.

— Ce collier est très précieux pour moi, lui confie madame Labbé. Ma

mère l’a porté et avant elle, ma grand-mère.

— Wow ! s’écrie Florence. C’est vieux !

Madame Labbé est un peu insultée et, laissant là Florence, elle rejoint

les deux autres enfants. Florence replace le bijou dans son écrin de velours

rouge et va, à son tour, regarder les photos du grand livre.

Mélanie et Martin-Pierre, tournant une page de l’album, aperçoivent

une photo de madame Labbé, du temps de sa jeunesse, accompagnée de son

mari. Elle n’était pas mal à cette époque et l’on voit, dans son regard, le

grand amour qu’elle portait à son époux.

— Dans ce temps-là, déclare madame Labbé, seuls les garçons avaient

la chance de poursuivre leurs études… Ça fait que je me suis mariée. Mon

mari était le vétérinaire du canton, ajoute-t-elle, très fière. C’est lui, dit-elle

en pointant une photo du doigt.

— Il est beau, décrète Florence.

Puis Mélanie tourne la page et aperçoit un grand garçon.

— On dirait Louis ? s’étonne-t-elle.

— C’est Gaston, le père de Louis, quand il était jeune… Mais ça ne sert

à rien de regarder ça. Ils sont tous morts pour moi maintenant, déclare la vieille femme en refermant brusquement le livre qu’elle va replacer sur

l’armoire vitrée.

— Le père de Louis est mort ? demande naïvement Martin-Pierre à sa

sœur.

— Chut ! Pas pour vrai.

Le garçon ne comprend pas mais il n’insiste pas en se rendant compte

que l’atmosphère joyeuse a brusquement chaviré.

 

• • •

 

Encore une belle journée ! Décidément, il y a bien longtemps que le

soleil n’a pas pris de vacances. Malgré tout, Martin-Pierre s’est réfugié dans

la cabane pour lire Les Aventuriers du timbre perdu. Assis par terre, il s’est

adossé à un tapis marocain suspendu au mur et représentant une scène de

désert, avec des chameaux et des pyramides. Mais sa tranquillité est de

courte durée car Mélanie dépose soudain devant lui une pile de vieux

journaux.

— Tiens, ordonne-t-elle, aide-nous à découper des mots croisés.

Martin-Pierre comprend aussitôt qu’il est inutile de résister aux plans de

sa sœur. Aussi se met-il à la tâche sans rouspéter et les mots croisés

s’accumulent rapidement dans la cabane envahie d’une douce lumière.

 

OceanofPDF.com